‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 107 sur 276 · RUE · texte numérisé non relu

RUE

meut une action stimulante qui peut être poussée jusqu'à l'inflammation,

Action physiologique. — L'odeur de la Kiïe est forte et désagréable, son goût amer et nauséeux. Localement, la Rue agit à la manière d'un irritant acre, produisant la rougeur, le gonflement de la peau et à la longue la vésication.

Les effets généraux sont ceux des stimulants et des narcolico-âcres tout ensemble. Dans trois cas d'empoisonnement, publiés par Ilélic, les sujets ressentirent les effets suivants : inflammation et gonflement de la langue, salivalion, douleur épigastrique, vomissements continuels, coliques, fièvre, soif, démarche chancelante, mouvements convulsifs, étourdissement, vue confuse, contraction pupillaire, rêvasserie, somnolence, et après quelques jours avortement. Pendant la stupeur le pouls était faible, très-petit et d'une extrême lenteur, puisque dans un cas il ne battait que trente fois par minute. Il y avait une profonde débilité, des défaillances, du refroidissement de la peau.

Les expériences d'Orfila sur les chiens confirment ces vertus énergiques de la Hue. La mort de l'un deux a suivi l'introduction dansl'estomac de 200 grammes de suc delà plante, et la muqueuse gastrique fut trouvée enflammée.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les huiles essentielles sont en partie synergiques de la Rue, par leurs qualités stimulantes. Sous d'autres rapports la Riie trouve des analogues dans la Sabine et l'Ergot. Beau pense même qu'elle leur est supérieure dans son action convulsivante sur l'utérus, et qu'en tout cas elle réussit à influencer cet organe quand les autres agents de stimulation ont échoué.

Substances antagonistes, incompatibles. — L'Opium et la Belladone, en qualité de narcotiques, sont probablement antagonistes de la Riie.

USAGES, — Malgré sa puissante activité, ou plutôt à cause de cette activité mémo et des vertus spéciales qu'on lui connaît, les usages de la Riie sont fort restreints. Elle pourrait entrer en ligne avec les meilleurs stimulants diffusibles, mais on la réserve pour les cas de dysménorrhée ou de suppression des règles contre lesquels elle jouit d'une réputation populaire, et souvent elle devient entre les mains des matrones et des médicastres un instrument d'avortement illicite.

Cependant ses qualités stimulantes sont quelquefois utilisées dans les coliques flatulentes, particulièrement chez les enfants. On l'a employée aussi avec avantage dans les convulsions infantiles, l'hystérie et l'epilepsie. On l'a prescrite eonime anlheliniiflhiquc et on l'a mangée comme condiment. Enfui, elle a été regardée comme un alevilère d'une puissance souveraine.

Typiquement, la Riie est un antiseptique, un rubéfiant employé pour stimuler et résoudre les engorgements froids et les contusions.

Modes d'administration et doses. — En raison de la volatilisation de son principe actif, la poudre de feuilles de Riie est une préparation défectueuse qu'on employait autrefois pour déterger les ulcères de mauvaise nature. Beau conseillai! des pilules de Riie et de Sabine, contenant chacune 5 centigrammes de poudre de l'une et de l'autre substance. On emploie la Riie en infusion, à

la dose de 2 grammes dans 500 grammes d'eau quand il s'agit de l'usage interne. La dose est de 5 grammes pour la même quantité d'eau pour un lavement excitant.

On fait aussi un sirop et une confection de Rue, dans laquelle entrent un grand nombre de stimulants, ainsi qu'un onguent ou pommade, dans laquelle la Riie se trouve associée à l'Absinthe et à la Menthe.

L'huile volatile de Riie, très-active, se prend à la dose de 2 à 6 gouttes dans de l'eau sucrée.

Sabine, Juniperus Sabina, L. — Conifères. Angl. Common Savin. — Ail. Sadebaum.

Le Juniperus Sabina habite les contrées méridionales de la France et de l'Europe, surtout en Italie, au pays des Sabins.

Composition. — Les analyses de Rerlisky et de Gardes montrent dans la Sabine les principes suivants : huile volatile, résiné, acide gaîlique, chlorophylle, extractif, ligneux et sels calcaires.

l'huile volatile, Cl0H8 (Dumas), présente exaltée l'odeur désagréable de la plante avec un goût acre et amer. Elle se dissout très-bien dans l'éther, dévie , a droite la lumière polarisée, et, traitée par l'acide sulfurique, donne une essence impossible à distinguer de celle du Thym.

Action physiologique. — Appliquée sur des parties vasculaires et mal protégées par l'épithélium, sur les muqueuses saines et même sur la peau, la poudre de Sabine provoque une irritation vive, une inflammation véritable, la vésication et jusqu'à l'ulcération. Quand son huile volatile imprègne les tissus, elle y suspend les échanges de substances qui sont l'essence de la nutrition et supprime les actes vitaux sans détruire la trame organique. C'est un mortifiant et non un caustique chimique.

A l'intérieur, elle fait sentir ses qualités irritantes sur la muqueuse digeslive. De fortes doses occasionnent des douleurs épigastriques, des vomissements, des déjections alvines et tous les signes d'une violente phlegmasie gastrointestinale avec les troubles sympathiques que cette lésion appelle à sa suite. Prise en moindre quantité, la Sabine est mieux tolérée. En tout cas ses principes actifs sont absorbés, et portent, de toutes parts, leur action stimulante ou irritante, suivant la dose. Il en résulte de la fièvre, de la salivation, de la cholirrhée, de la fréquence d'urine, de l'hématurie et quelquefois delà métrorrhagie. On a vu la vie s'éteindre au milieu de ces désordres, et l'autopsie a permis de constater les signes d'une violente inflammation du canal alimentaire, et une fois la rupture de la vésicule du fiel, qui avait laissé épancher son contenu dans la cavité péritonéale. Le foie a été trouvé volumineux.

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