SABINE
La Sabine exerce principalement son action irritante ou stimulante sur le tube digestif, qui la reçoit d'abord, et sur les reins, chargés en grande partie de son élimination. Ses autres effets sont secondaires dans l'ordre d'importance comme dans l'enchaînement 'sériai. L'action emménagogue, démontrée par Home et d'autres observateurs, paraît être attachée à l'impression que fait au passage l'huile volatile sur les surfaces internes des organes uro-poiétiques étroitement liés à l'appareil génital. Quant aux vertus abortives de la Sabine, elles n'ont rien de direct ni de constant, et le fœtus n'est souvent expulsé qu'au milieu d'accidents terribles qui mettent la vie de la femme en péril. Encore, des doses considérables et longtemps répétées sont-elles parfois demeurées sans résultats. Fodéré parle d'une femme qui, pour se faire avorter, prit chaque matin, pendant vingt jours, une centaine de gouttes d'huile volatile de Sabine, et qui accoucha à terme d'un enfant vivant.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les huiles volatiles, les térébenthines et les corps qui en renferment, jouissent de propriétés physiologiques plus ou moins analogues à celles de la Sabine. Dans son action locale, elle peut être aidée par les toniques, les substances rubéfiantes, vésicantes ou légèrement cathérétiques. Gomme abortive, la Sabine trouverait des auxiliaires dans ies drastiques, le séné et les convulsivants de l'utérus.
Substances antagonistes. — Antidotes, contre-poisons. — Nous ne voyons point à la Sabine d'antagonistes dynamiques bien caractérisés. Mais les émollients, les mucilagineux, les astringents, peuvent en atténuer l'action locale. Les opiacés, les narcotiques et les stupéfiants peuvent calmer l'irritation qu'elle a fait naître.
Usages. — Modls i> administration et doses. —La poudre ou le suc exprimé de la plante sert à faire tomber les verrues, à ranimer les ulcères indolents, et à faire périr les parasites de la gale et de la teigne. Une poudre composée à parties égales de Sabine et de vert-de-gris est considérée, par quelques praticiens, comme le topique le plus efficace pour réprimer les végétations syphilitiques. Lu Angleterre, le Cérat de Sabine sert à entretenir les vésicaloircs (perpétuai Misters).
A l'intérieur, la Sabine a été conseillée dans le rhumatisme chronique, l'hystérie et surtout dans l'aménorrhée torpide des chlorotiques. L'expérience semble favorable k L'opinion de ceux qui croienl que c'est le plus puissant et le plus certain de tous les emménagogues. Administrée avec ménagement la Sabine est exempte d'inconvénients sérieux; cependant on doit éviter d'y recourir toutes les fois qu'il existe une inflammation de l'utérus et des viscères pelviens, ou bien quand on a lieu de soupçonner une grossesse.
La pondre se donne à la dose de 50 centigrammes à 2 grammes par jour en plusieurs prises; c'est une mauvaise préparation, parce qu'elle est privée, par la dessiccation, d'une grande partie de son huile essentielle.
La décoction et Yextrait sont passibles des mêmes objections. L'infusion se fait avec 1 à 5 grammes de plante pour un litre d'eati. La teinture alcvo
lique se donne en potion à la dose de h grammes, l'huile essentielle, qui esl la meilleure préparation, se prend à la dose de 2 à 10 gouttes.
SAFRAN, Crocus officinal is, L. — IrIDées. Angl. Saffron, Saffron Crocus. — Ail. Saffran.
Le Crocus officinalis est une plante de l'Asie Mineure, abondamment cultivée en France dans le Gâtinais, et en Espagne.
Composition. — Les stigmates de Safran contiennent, d'après les analyses de Vogel, Bouillon-Lagrange et Aschofï: huile volatile, cire, polychroïte, gomme, albumine soluble, fibre ligneuse et matière balsamique soluble dans l'éther et l'alcool.
L'huile volatile, d'où dépendent sans doute les propriétés du Safran, est d'un goût brûlant, acre, un peu amer; elle est légèrement soluble dans l'eau.
ACTION physiologique et usages. — Le Safran est un stimulant aromatique, d'une odeur et d'une saveur spéciales et très-prononcées. Ses émanations respirées en grande abondance causent la céphalalgie, la prostration des forces, et parfois un état en apparence voisin de l'apoplexie, pouvant être suivi de mort. On reconnaît dans ces symptômes une analogie d'action avec les arômes des fleurs en général, et avec les anesthésiques.
Pris à l'intérieur, il agit comme excitant, cordial, stimulant diffusible, et même, ajoute-t-on, comme narcotique. Murray prétend que le Safran équivaut à l'opium et au vin réunis.
La matière colorante du Safran [polychroïte) teint en jaune les matières fécales, et après absorption, les urines et les sécrétions diverses, mais non pas les os.
On emploie le Safran comme condiment et comme médicament. À ce dernier titre, il est usité pour ses vertus exhilarantes, antispasmodiques, sédatives et surtout emménagogues, dans l'hypochondrie et la mélancolie ; dans l'hystérie, l'asthme et même la coqueluche; enfin dans la suppression des lochies ou des règles, quand l'économie pèche par défaut d'excitatiom
Modes d'administration et doses. — ■ Le Safran se donne en poudre ou en pilules, à la dose de 20 à 50 centigrammes comme stomachique, ou de 50 centigrammes à 2 grammes, comme emménagogue. Vulgairement on le prend en infusion théi forme, en quantité plus considérable.
La teinture et Y alcoolat sont des stomachiques agréables qui se prennent a la dose de 5 à 10 grammes. On prépare aussi un extrait peu usité, et un Sirop de Safran.
L' Electuaire de Safran composé, ou Confection d'Hyacinthes, est une préparation qui renferme des absorbants : terre sigillée et pierres d'écrevisse, associés à des stimulants aromatiques : Cannelle, Dictame, Santal citrin, Myrrhe et Safran. On en a supprimé les Hyacinthes, qui étaient inertes. La dose est de 2 à 5 grammes dans les dyspepsies acescentes atoniques. Le Safran