‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 126 sur 276 · TABAC · texte numérisé non relu

TABAC

combine avec les acides et forme des sels déliquescents, parmi lesquels Pacélate est incrislallisable.

La proportion de Nicotine varie considérablement dans les divers Tabacs, suivant les lieux de production. Celui qui en renferme le plus, est le Tabac du Lot (7,96 pour 100). Le Tabac de Virginie en contient 6,87 pour 100; celui à' Alsace, 3,21 pour 100 ; celui de la Havane, 2 pour 100 seulement, et celui de la Turquie, une proportion beaucoup plus minime encore.

La Nicotianine (Hermbstiidt), Camphre de Tabac (Gmelin), est une huile volatile concrète, insoluble dans l'eau et les acides dilués, soluble dans l'éther et la potasse caustique.

Le Tabac à fumer, qui a subi une fermentation spéciale, offre une composition différente. Zeise y a trouvé : huile empyreumatique particulière, acide butyrique, acide carbonique, ammoniaque, paraffine, résine empyreumatique, acide acétique, oxyde de carbone et hydrogène carboné. Dans cette analyse, il n'est pas question de Nicotine, mais ultérieurement Melsens en a démontré la présence dans le Tabac à fumer.

Action physiolocioitk. — Le Tabac est doué d'une odeur spéciale et nullement déplaisante, du genre de celles qu'on appelle vireuses. Son goût est à la fois amer et piquant. Il laisse une impression de chaleur dans le gosier, ainsi que dans l'estomac quand on l'avale, et donne lieu à de la nausée avec une sensation de malaise spécial, analogue à celui qui précède la syncope. De petites doses répétées agissent comme diurétique et moins habituellement comme laxatif.

A doses fortes, le Tabac détermine promptement des nausées, suivies de vomissements et de purgation, avec douleurs abdominales et sensation de défaillance épigaslrique. En même temps il se produit une langueur, une faiblesse extraordinaire avec relâchement des muscles, tremblement des membres, anxiété, tendance syncopale, affaiblissement de la vue et confusion des idées. Les pupilles se dilatent, le pouls devient petit et fréquent, la respiration quelquefois laborieuse ; la peau se refroidit, se couvre d'une sueur glaciale, et des mouvements convulsifs peuvent terminer la scène. Ou bien, si la dose es1 toxique, ce moment de désordre moteur est suivi d'une période de paralysie et de torpeur précédant la mort.

Pendant que ces symptômes se déroulent, il existe une diminution considérable delà sensibilité tactile ; rarement il survient un véritable sommeil.

Le Tabac ù priser cause sur la muqueuse nasale une double sensation olfactive et tactile. Celle-ci consiste en un vif picotement donnant lieu, pataction rétlexe, à des éternuments plus ou moins répétés, accompagnés (rime abondante sécrétion de mucus Le séjour de la poudre de Tabac dans les narines a paru produire, dans quelques cas, des étourdissements, de la prostration, de la somnolence et même des accidents plus graves ; mais de tels phénomènes, liés à l'absorption des principes actifs du Tabac, ne sont possibles que lorsque la sécrétion muqueuse fait défaut, ou que la membrane de

Schneider est exulcérée. Les inconvénients du Tabac à priser sont plus manifestes lorsqu'il se répand dans l'arrière-gorge, et surtout lorsqu'il est dégluti. Il en résulte nécessairement les effets des petites doses, prises directement par îa bouche.

Fumé, le Tabac provoque la sécrétion de la salive et du mucus buccal, et amène l'ensemble de symptômes décrit plus haut, à l'occasion du Tabac ingéré dans l'estomac. Quelques pipes fumées coup sur coup ont suffi à déterminer la mort chez des novices (Marshall -H ail, Gmelin). Plus souvent ceux-ci en sont quittes pour des vomissements et une purgation. Mais l'usage habituel et longtemps continué émousse la susceptibilité de l'économie, et les fumeurs, devenus insensibles aux mauvais effets de la plante, jouissent sans mélange du calme et de la tranquillité d'esprit singulière que leur apportent ses vapeurs narcotiques. Toutefois l'abus du Tabac à fumer entraîne, pour l'individu et pour la société, des inconvénients et même des dangers dont Jolly a tracé avec éloquence le sombre tableau. Ce sont d'abord des troubles de la digestion et de la crase sanguine; ensuite des névroses multiformes, et consécutivement la cachexie et la déchéance de l'espèce. Les phénomènes nerveux consistent en étouffements, palpitations, spasmes bronchiques, gastro-entéralgie (Praag), auxquels il faudrait joindre l'angine de poitrine (Beau).

Le Tabac à chiquer n'est guère usité que par les marins et les hommes de la plus basse classe. Pris sous cette forme, il agit localement à la manière du Tabac à fumer, et peut produire aussi quelques-uns des effets généraux du poison.

Appliqué sur des surfaces excoriées, le Tabac a donné lieu quelquefois à des accidents d'intoxication dont la terminaison a pu être funeste. Des lavements de Tabac, même à dose raisonnable, ont été suivis de semblables résultats. Ces effets observés sur l'homme sont confirmés par les expériences pratiquées sur les animaux, notamment sur les Carnivores, car les Herbivores sont incomparablement moins sensibles à l'action des poisons végétaux.

En définitive, ce qui caractérise principalement la Nicotine, c'est son action puissamment dépressive sur le système nerveux, et spécialement sur la circulation. Ceux-là se trompent, qui voient dans ces effets une analogie avec ceux de la Digitale, laquelle calme les désordres du cœur, non pas en amoindrissant son activité, mais bien en augmentant sa force impulsive et régularisant l'emploi de cette force. L'analogie est plus réelle, par rapport à l'Aconit (Vogt, Sundelin) et aux Solanées vireuses, dont le Tabac se distingue principalement parce qu'il ne produit aucun délire.

Les vertus du Tabac résident à peu près tout entières dans îa Nicotine, qui agit sur les organismes vivants avec une violence presque sans égale, et comparable seulement à celle de l'acide Cyanhydrique, de l'Aconitine et de l'Atropine. Deux gouttes suffisent à tuer un chien de moyenne taille (Orfila) en quelques minutes. Quand la dose est moins massive, et que la mort se fait attendre, on observe l'accélération de la respiration, qui est accompagnée d'un

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