‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 128 sur 276 · TÉRÉBENTHINE · texte numérisé non relu

TÉRÉBENTHINE

— ■ Voy. Manioc.

térébenthine., Terebintliina.

Angl. Turpentine. — AU. Terpenthine.

On donne le nom de Térébenthine à toute substance naturelle oléorésineuse, c'est-à-dire composée dune résine et d'une huile essentielle. Le type est pris dans la Térébenthine de Chio, Résina terebintliina, fournie par le Pistacia Terebinthus. On considère aussi le Copahu comme une Térébenthine, mais la plupart des produits qui portent ce nom sont des sucs propres de la famille des Conifères, notamment des genres Pinus, Abies et Larix.

Composition. — Les Térébenthines sont généralement d'une consistance visqueuse se rapprochant davantage tantôt de la fluidité, tantôt de la mollesse, selon la proportion plus ou moins forte du principe volatil, fluide, eu égard à la matière résineuse solide.

V huile essentielle est ordinairement formée de deux hydrogènes carbonés isomériques. C'est la substance primitive et fondamentale, celle qui a pris nais, sance d'abord dans l'organisme végétal, et dont la résine dérive.

La résine est en effet une matière oxydée ternaire, jouant le rôle d'acide, se décomposant en deux principes : les acides pinique et sylvique, auxquels se joint quelquefois V acide pimarique. L'exposition à l'air et le contact des corps oxydants transforment lentement ou rapidement toute l'essence en principes résineux, et augmentent par degrés la consistance de la térébenthine en même temps qu'ils en diminuent la fragrance et l'activité. Quand on laisse à l'oxygène atmosphérique le soin d'oxyder la masse, il faut toujours beaucoup de temps pour que la transformation soit complète; cependant pour certaines Térébenthines, qui méritent le nom de siccatives, l'opération marche relativement assez vite. La Térébenthine communique son odeur à l'eau qui la baigne, et dans laquelle on peut l'émulsionner à l'aide d'un jaune ou d'un blanc d'œuf, ou même encore d'un mucilage végétal. Elle est soluble, du moins partiellement, dans l'alcool, l'éther, l'huile de pétrole et les huiles volatiles.

Action physiologique. — L'action topique et une partie de l'action générale de la Térébenthine se rapportent à l'essence (voy. Pin maritime). Appliquée sur la peau, la Térébenthine agit comme excitant, puis comme irritant, et détermine à la longue de la chaleur, de la rougeur et une éruption vésiculeuse. Avalée, elle cause dans l'estomac une sensation de chaleur, avec du malaise lorsque la dose est forte, et provoque des mouvements péristaltiques réflexes qui peuvent amener l'exonération.

Dès lors, et principalement après l'absorption, la Térébenthine produit une excitation générale déjà décrite à propos de l'essence (voy. ce mot). Comme celle-ci, elle stimule la circulation, s'échappe en partie par l'appareil respiratoire et la peau, en partie par les reins, dont elle accroît la sécrétion. Mais c'est l'huile volatile, non modifiée et reconnaissable à son odeur habituelle,

qui suit la première voie, taudis que la résine et la portion d'essence oxydée dans le sang se dirigent du côté des glandes rénales, et communiquent à l'urine l'odeur de violette, ainsi que la propriété de donner, par l'acide nitrique, un précipité soluble dans l'alcool et l'élher.

Il est probable que les acides pinique, sylvique et pimarique de la résine, passent dans la sécrétion urinaire à l'état de pinate et de sylvate ou de pimarate de soude.

Cette détermination élective de chacun des constituants de la Térébenthine vers un émonctoire spécial explique les différences d'action des diverses espèces ou sortes commerciales de cette substance médicamenteuse, suivant leur degré de consistance, et par conséquent suivant les proportions relatives de résine et d'huile essentielle qu'elles renferment. Une Térébenthine liquide s'adresse spécialement aux voies respiratoires et à l'appareil sudoral, comme fait l'essence, dont l'action serait même exclusivement bornée à ces régions de l'économie, si elle était inattaquable par l'oxygène du sang. Au contraire, une Térébenthine molle ou presque solide agit presque exclusivement sur les reins et sur les organes génito-urinaires, en raison de la prédominance de la résine sur l'huile volatile. Il n'est donc pas tout à fait exact de dire que l'essence est la partie la plus active du mélange. Assurément, elle produit plus que la résine l'excitation vasculaire ou nerveuse, ainsi que l'exanthème sudoral, mais elle cède le pas à la résine pour l'influence exercée sur l'appareil uro-génital. En d'autres termes, l'huile volatile possède exclusivement les qualités d'un stimulant diffusible et d'un modificateur de la muqueuse respiratoire ou des glandes sudoripares ; tandis que la résine, sans action sur ces émonctoires, non plus que sur la circulation, est l'unique agent des, phénomènes qui se passent du côté des organes génito-urinaires.

Ces phénomènes consistent en une augmentation de la diurèse aqueuse avec diminution de la vascularité des glandes uropoiétiques et de la muqueuse des canaux parcourus par l'urine, amoindrissement de l'exhalation du plasma de l'épithélium, et conséquemment réduction du flux muqueux ou purulent, quand il existe. Du côté de la muqueuse bronchique il se passe des changements analogues, se traduisant aussi par la diminution ou la suppression de la sécrétion catarrhale. Si donc les râles cessent d'être entendus dans la poitrine, cela tient non pas, comme on le répète généralement, à ce que l'expectoration est plus facile, mais à ce que la matière de l'expectoration fait défaut. La Térébenthine et les autres substances balsamiques ne sont donc pas des expectorants, mais des antieatarrhaux, aussi bien pour la muqueuse respiratoire que pour celle de l'urèthrc.

Aux doses où l'on emploie d'ordinaire la Térébenthine, la quantité d'huile qu'elle renferme est généralement insuffisante pour produire les troubles de l'innervation qui signalent parfois cette dernière, et qui rappellent les effets des anesthésiques et des substances analogues, telles que le camphre et les émanations odorantes des fleurs. C'est ce qui a pu faire croire que les oléorésines

TÉUÉBEN'J BINE.

bornaient leur action aux appareils de la vie organique, tandis (pie les essences s'adressaient au système nerveux de la vie de relation.

USAGES. — Les Térébenthines sont utiles principalement dans les llux muqueux ou purulents des voies uro-génitalcs et de l'arbre aérien, ainsi que dans le catarrhe chronique de l'intestin avec ou sans altération anatomique de la muqueuse. On les administre aussi à l'intérieur dans le rhumatisme chronique . Pour ces différents usages, l'espèce de Térébenthine est loin d'être indifférente. Les Térébenthines Iluides, non siccatives, conviennent dans les rhumatismes et les affections des organes respiratoires, tandis que les Térébenthines consistantes, ou facilement oxydables dans la circulation, doivent être préférées pour les catarrhes de l'appareil génito- urinaire.

Pour l'usage externe, les Térébenthines sont employées comme topiques détersifs et digestifs sur les ulcères sanieux et indolents.

Modes d'administration et doses. — La Térébenthine peut se donner en capsules comme le Goudron. Quelquefois on l'administre sous forme iVémulsion ou à'électuaire. L'émulsion s'obtient avec du jaune d'œuf ou bien avec un mucilage; l'électuaire avec du sucre ou du miel. Ordinairement on la mêle à une poudre inerte pour en faire des pilules.

La Térébenthine peut être aisément solidifiée à laide de la magnésie calcinée, qui se combine avec la résine acide et forme un résinate qui absorbe 1 huile volatile. On en augmente également la consistance en faisant agir la chaleur, qui dissipe une grande partie de l'essence et laisse la résine simple ment amollie par le reste de l'huile volatile : c'est ce qu'on nomme Térébenthine cuite.

La Térébenthine se donne intérieurement à la dose de 1 à h grammes par jour, par prises de 20 à 50 centigrammes, sous l'une des formes indiquées ci-dessus. Celle dose quotidienne peut être exceptionnellement dépassée.

Les Térébenthines font partie du Bannie de Fioravanti ou alcoolat de Térébenthine composé, des Onguents d'Arcœus et épispastique, des Emplâtres diabotanum, diachylum et de galbanum, du Baume de soufre., des Pilules mcrcurîelles, du Savon de Starkey, etc.

TÉRÉBENTHINE DE L'ÉPICÉA. — Voy. POIX DE BOURGOGNE.

tékéiie vrai i\e de mélèze, Larix europœa, DU. — Conifères.

Àngl. Larch or Venice Turpentine. — AH. Làrchen Terpenthine.

La Térébenthine fournie par le Mélèze, dite aussi Térébenthine suisse ou Térébenthine fine, et, dans le commerce, Térébenthine de Strasbourg, est !a plus usitée en pharmacie. Elle se compose de deux huiles volatiles, de beaucoup d'acide pinique, d'un peu d'acide sylvique, d'une résine indifférente, insoluble dans l'huile de pétrole, d'un extraclif amer, el d'une peiile quantité d'acide succinique qui lui vaudrait, à la rigueur, le litre de baume. Elle est assez épaisse, d une odeur peu n'-.ti »!<-. p.is 1res f«>ri«\ d'une' saveur a mère,

puissante fit laissant une sensation dacreté dans la gorge. A peine oxydable à l'air, elle n'est point siccative et non solidiliabie par un seizième de magnésie calcinée.

Ces qualités la désignent spécialement pour les catarrhes des voies respiratoires, à l'exclusion de ceux des organes génito-urinaires. Mais c'est surtout l'essence extraite de cette Térébenthine qu'il faudrait réserver pour les névroses et les affections tég uni en ta ires, cutanées ou bronchiques, puisque, ne s'oxydant pas, elle conserverait plus longtemps dans la circulation son action spéciale d'hydrogène carboné, et passerait presque tout entière par la respiration et l'appareil sudoripare.

TÉRÉBENTHINE 01] PIN ©'AMÉRIQUE, Pinus palustris, Lamb. — Conifères.

Angl. White Turpentine.

Cette Térébenthine, appelée aussi de Boston ou du Pin tœda, présente une consistance variable, demi-fluide ou molle, avec une odeur aromatique et une saveur chaude, piquante et arrière. Elle s'emploie aux mêmes usages que la suivante.

TÉRÉBENTHINE PU PIN MARITIME, Pinus maritima, Lamb. — Conifères.

Angl. Bordeaux Turpentine.

La Térébenthine de Bordeaux ou commune offre une composition chimique semblable à celle de la Térébenthine du Mélèze, seulement elle ne renferme pas d'acide succinique. Elle possède une odeur désagréable, un goût acre, amer et nauséeux; aussi est-elle moins estimée que les autres pour l'emploi pharmaceutique. Cependant elle jouit de l'avantage de se solidifier par l'addition d'un seizième de magnésie calcinée. Elle est aussi très-siccative à l'air, par conséquent très-oxydable dans le sang, et répond mieux que d'autres à l'indication de guérir les flux mu queux et purulents des reins, de la vessie et de l'urèthre.

térébenthine HU sapin ARGENTÉ, Abies pectinata, DC. — Conifères. ' Angl. Strasburgh Turpentine.

Cette Térébenthine, dite aussi Térébenthine au citron, d'Alsace ou de Venise, se distingue des précédentes par la présence d'une résine cristallisable (abiétine), et renferme aussi une petite proportion d'acide succinique ou peutêtre d'essence de citron. Son odeur est agréable et son goût modérément acre et amer. Elle est très- siccative comme la précédente, dont elle a les propriétés spéciales.

C'est avec la Térébenthine du Sapin argenté qu'on prépare Y Eau térébenthinée et la Térébenthine cuite.

THAPSIE. 355

TÉRÉBENTHINE DÏJ SAPIN balsamifère, Abies balsamea, Lindl. — Conifères.

Angl. Canadian Turpentine, Canada Balsam.

Le Baume du Canada, analysé par Bonastrc, a donne : huile volatile, résine, sous-résine, caoutchouc, trace d'acide acétique, extractif amer et sels.

Il offre une odeur agréable, un goût légèrement amer et quelque peu acre. Il est très-siccatif, et se solidifie par la magnésie, connue la Térébenthine de Bordeaux; aussi est-il assez souvent employé avec avantage contre les biennorrhées et les catarrhes chroniques de la vessie (Ricord, Gubler, etc. ).

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