‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 189 sur 276 · IODURE DE POTASSIUM · texte numérisé non relu

IODURE DE POTASSIUM

phie concomitante des glandes mammaires ou des testicules ne s'expliquent pas uniquement par la disparition des vésicules adipeuses ou des éléments embryonnaires qui n'ont pas encore droit de domicile dans l'économie. Je pense qu'il s'y ajoute la résorption des produits de sécrétion des glandes, peut-être une réduction de volume de chacun de leurs éléments histologiques, mais je me refuse à croire, avec Moïsisowilz, qu'il disparaisse jamais un tube de la substance testiculaire, non plus qu'un acinus de la glande mammaire ; s'il en était autrement, il faudrait donc admettre aussi la reproduction consécutive d'éléments glandulaires, puisque nous voyons des femmes arrivées un moment à la plus extrême émaciation, recouvrer plus tard leur embonpoint et le volume, ainsi que la consistance normale de leurs seins.

La prédominance du mouvement de dénutrition peut-elle s'expliquer ? Je serais tenté de la rattacher à un phénomène analogue à l'accélération de la progression de l'eau dans les tubes capillaires, sous l'influence de l'Iodure de Potassium qu'elle tient en dissolution. Il semble que l'Iodure alcalin enlève aux hématies la faculté d'adhérer aux parois des petits vaisseaux, assez longtemps pour que le sang puisse fournir aux différents organes les matériaux de leur réparation. Cependant, la dénutrition continuant toujours, l'économie se réparerait imparfaitement aux dépens de ses réserves normales (tissus adipeux) ou accidentelles (épanchements plastiques).

L'Iodure de Potassium augmente l'appétit s'il est pris en petite quantité, et détermine en même temps la constipation. Il amène à peu près invariablement une exagération du flux menstruel pouvant aller jusqu'à la ménorrhagie et facilite les hémoptysies chez les tuberculeux. On a mis encore l'insomnie au nombre des symptômes de l'iodisme, mais il faut distinguer. L'Iodure de Potassium, qui congestionne, empêche de dormir lorsqu'il détermine une fluxion excessive du côté de l'encéphale, soit en vertu de la prédisposition des sujets, soit en vertu de sa trop forte proportion dans l'économie. Il fait dormir au contraire les sujets dont le cerveau est anémique et peu excitable. C'est exactement l'inverse de ce qui a lieu pour le Bromure de Potassium et le Sulfate de Quinine.

L'Iodure de Potassium s'élimine certainement par les urines, la salive, les larmes et le lait, où il est facile de Je retrouver; probablement par le sperme, le mucus buccal et les glandules sébacées de la peau.

Cette élimination, qui se fait principalement par les urines et la salive, commence parfois quelques minutes après l'ingestion dans l'estomac. Mais on n'observe une telle rapidité que dans les cas où la dose ingérée est énorme, quasi toxique, parce qu'il faut, d'une pari, un certain degré de saturation du sang par Piodure pour que les émonctoires s'emparent de ce dernier, et, d'autre part, une quantité notable d'Iode dans la sécrétion pour qu'elle soit mise en évidence par les réactions courantes auxquelles se livrent les cliniciens ou les physiologistes expérimentateurs. Lorsqu'il pénètre une très-petite quantité à la fois du principe ioduré dans l'économie, l'apparition

GUlîLER. 34

530 TODURES.

s'en fait beaucoup plus tardivement clans les sécrétions. Par exemple, à la suite des badigeonnages de teinture d'Iode sur le genou, je n'ai généralement obtenu la réaction caractéristique qu'au bout d'une heure ou deux ; elle s'accusait davantage dans les deux heures suivantes, puis elle décroissait graduellement. Il m'est arrivé de constater une faible proportion d'Iode dans les urines du lendemain, sans doute parce que l'absorption continuait à s'exercer vers la périphérie cutanée.

Substances synergiques, auxiliaires. — Comme excitant, l'Iodure potassique a pour auxiliaires tous les agents de la médication stimulante. Comme modificateur du mouvement nutritif et plastique, il a pour adjuvants les différentes substances qui passent pour fondantes, résolutives, antiscrofuleuses. En tête de ces dernières se trouve le Bromure alcalin, qui, sous ce rapport, est véritablement congénère de l'Iodure.

Substances antagonistes. — Antidotes, contre -poisons. — Le Bromure de Potassium est le correctif et l'antidote par excellence de l'Iodure de Potassium, sous le rapport de l'action excitante seulement; car, à d'autres égards, il en est l'auxiliaire. Comme agent de stimulation, l'Iodure potassique peut être combattu également par les divers médicaments qui ont une action tempérante, sédative ou contre-stimulante : ainsi par les acides, les amers, le froid, le sulfate de quinine et ses nombreux succédanés. Les substances que nous venons d'énumérer devraient être évitées si l'on voulait obtenir l'iodisme aigu; mais comme généralement on ne recherche pas ces phénomènes physiologiques, qui sont même presque toujours un inconvénient sans profit, il n'y a pas de raison pour éloigner les médicaments antagonistiques de l'Iodure de Potassium eu égard à ses effets stimulants; au contraire, il y aurait lien de les lui associer, à l'exception toutefois de ceux qui sont capables d'en altérer la composition chimique. De ce nombre sont les acides qui dégagent de l'Iode libre pouvant agir comme irritant local. Comme contre-poison chimique de l'Iodure alcalin, on pourrait employer un mélange de limonade sulfurique et d'amidon , l'Iode mis en liberté par l'acide devant se combiner aussitôt avec la substance hydrocarbonée.

Usages. — Les médecins n'ont guère cherché dans l'Iodure de Potassium qu'un agent altérant, ou tout au plus un adjuvant chimique de l'Iode auquel était réservé le rôle de stimulant. Cependant j'ai, pour ma part, utilisé dans plusieurs circonstances l'action congestionnante et excitante de l'Iodure alcalin chez des sujets anémiés et énervés, atteints de céphalalgie, de vertiges, de tintouins, de névralgies et de névroses, de tremblements (amyostasie), de subdélire, lorsque ces accidents étaient d'origine hyposthénique. L'Iodure de Potassium convient encore, d'après Trousseau, dans certaines espèces d'asthme ducs peut-être à l'excès d'action des nerfs vaso-moteurs, à l'anémie du parenchyme pulmonaire et au défaut d'échange entre l'atmosphère et le sang.

La vertu fondante et résolutive de l'Iodure de Potassium est au contraire journellement mise à profit contre le goitre, les affections strumeuses ou scro-

Page 1