‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 242 sur 276 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

MANNIYE, Mannita.

Angl. Mannite. — Ail. Mannitum.

La Mannite (C12H14012) est le principe le plus abondant de la Manne (voy. p. 192). Elle existe non-seulement dans le suc des Frênes, mais dans la séve de nos arbres fruitiers, dans le lactucarium et le suc des Cliicoracées, dans les Champignons, les Algues saccharifères, etc. ; c'est aussi un des produits de la fermentation visqueuse ou muqueuse des liqueurs sucrées. La Mannite, insoluble dans l'éther, peu soluble dans l'alcool absolu et même dans l'alcool hydrate, qui n'en prend pas un centième de son poids, est très-soluble dans l'eau. Sa solution dissout abondamment la chaux, et, mêlée à du sulfate de cuivre, elle empêche la précipitation de l'oxyde cuprique par les alcalis.

Action physiologique et usages. — La Mannite pure, cristallisée en masses blanches soyeuses., est dépourvue d'odeur et conserve un goût sucré agréable. Ses propriétés laxatives sont faibles ou douteuses, et l'expérience (Pereira) n'autorise pas à la considérer comme le principe actif de la Manne. Il n'y a donc pas lieu de s'en servir dans la médication évacuante ; mais on pourrait utiliser son action de présence lorsqu'il s'agit de faire absorber un sel de cuivre sans avoir à craindre la décomposition de celui-ci par les liquides alcalins de l'économie, ou bien sa faculté dissolvante, quand on veut dissiper les taches calcaires de la cornée, comme dans le cas de Gosselin. Les auteurs qui la croient aussi utile que la Manne conseillent de l'administrer à la même dose; je pense qu'il en faudrait donner beaucoup plus que de la Manne en larmes, et surtout que de la Manne grasse, pour obtenir des effets équivalents,

SAVJTO^'IXE, Santonina.

Angl. Santonine or Cinin. -— Ail. Santonin.

La Santonine (C30H14O6) est réellement le principe actif du Sernen-contra, d'où on l'extrait. Bien que neutre aux réactifs, elle joue le rôle d'acide [Acide santonique) vis-à-vis des bases avec lesquelles elle se combine aisément. Peu soluble dans l'eau, qui n'en prend qu'un trois-centième à la température ordinaire et un peu plus quand elle est bouillante, ce principe se dissout trèsbien dans l'alcool bouillant, assez bien dans l'alcool froid, dans l'éther et le chloroforme. Incolore quand elle est pure, la Santonine devient jaune à la lumière, et prend une teinte rouge au contact de divers agents acides ou alcalins.

La couleur que lui communique la potasse caustique pourrait faire croire à la présence du sucre dans l'urine (Nolta).

Action physiologique, — La Sanlonine possède une saveur amère, trèsdésagréable et très- persistai! te. Ses effets sur le tube digestif consistent en une légère constipation et un peu de météorisme intestinal, quelquefois des vomissements. Elle passe dans la circulation, et de îà dans les sécrétions, particulièrement dans l'urine, qu'elle colore en jaune orangé ou safrané lorsque celle-ci est acide, en rouge pourpre quand elle est alcaline (E. Rose), et dont elle augmente la quantité (Mauthner, E. Rose) pendant plusieurs jours, aussi longtemps que dure la coloration. En même temps il survient un trouble singulier de la vue, consistant à voir en jaune les objets blancs, en orange ceux qui sont rouges et en vert ceux qui sont bieus (Witlke). La première idée qui se présente pour expliquer ce phénomène, c'est que les milieux transparents de l'œil sont teints comme la sécrétion rénale par la Sanlonine oxydée (Napoli, Mialhe) , jaunie et transformée en Sanêonéine (Phipson). La xanthopsîe est autrement interprétée par Rose, qui l'attribue à une sorte de daltonisme transitoire, dans lequel le sujet éprouverait une cécité partielle pour certaines couleurs. Bien que cet observateur trouve dans certains symptômes, tels qu'une céphalée particulière, un grand abattement et un état de narcotisme exceptionnel, des preuves en faveur de son opinion, je ne la crois cependant pas exacte. Le trouble visuel consiste dans la superposition du jaune à toutes les autres couleurs; or cette superposition ne peut dépendre que de l'une de ces deux conditions : ou bien il existe réellement une coloration jaune dans les milieux organiques que traversent les rayons lumineux venus de l'extérieur, ou bien la rétine éprouve spontanément les vibrations lumineuses du jaune, lesquelles s'ajoutent à celles qu'engendrent naturellement dans cette membrane les rayons émanés des objets colorés. Il est impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de se prononcer entre ces deux hypothèses. Cependant l'explication de Rose acquerrait un certain degré de probabilité, s'il était vrai que parmi les personnes qui prennent de la Santonine, la plupart voient les objets colorés en vert, quelques-unes en bleu et d'autres en jaiine-paille.

La Santonine est loin d'être aussi vénéneuse pour l'homme qu'on le pense généralement, puisque Rose a pu en prendre 1 gramme sans en être incommodé; mais elle exerce sans doute line action toxique sur les animaux inférieurs.

Usages. — C'est même sur cette dernière action que sont fondées les applications thérapeutiques les plus importantes et les moins contestables de cette substance active qu'on emploie souvent aujourd'hui de préférence au Semen-contra et à d'autres anlhelminthiques contre les ascarides lombricoïdes et les oxyures vermiculaires, rarement contre le ténia (Abbot-Smith).

Mais les modifications singulières imprimées à la vision par la Santonine ont envasé les médecins à la prescrire contre diverses affections oculaires organiques ou purement nerveuses. Elle a été conseillée avec quelque avantage par

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Guépin (de Nantes) et Martini dans l'amaurose essentielle, et dans des cas variés de choroïdite, d'iritis et d'irido-choroïdite, avec ou sans exsudais plastiques et passées à l'état subaigu ou chronique. Chose remarquable, on n'aurait pas observé de coloration jaune des images visuelles chez les sujets atteints d'atrophie des artères de la rétine ou de choroïdite ayant donné lieu à la résorption du pigment, comme si la matière colorante étrangère à l'organisme, était sécrétée par les cellules pigmentaires, auquel cas l'usage prolongé de la Santonine aurait pour résultat de surcharger d'une couleur jaune les régions naturellement pigmentées de la peau, des méninges, du bulbe rachidien, etc.

Les effets stupéfiants de la Santonine justifient son emploi dans les coliques néphrétiques et d'autres affections éminemment douloureuses. Les bons résultais obtenus en pareille circonstance par Ganeva ont fait supposer que ce principe immédiat, à l'inverse de la strychnine, pourrait bien ralentir la dénutrition et diminuer la proportion d'acide urique dans la sécrétion rénale. Bouchardat émet l'hypothèse que la Santonine agit par l'intermédiaire du système nerveux, et que, comme l'acide benzoïque, elle forme peut-être avec l'acide urique un acide copulé, soluble.

Modes d'administration et doses. — A la dose de 10 à 20 centigrammes, la Santonine possède des propriétés vermifuges bien prononcées. Il ne faut pas dépasser d'abord la dose de 5 à 20 centigrammes à la fois chez les enfants, ni celle de 30 à ZiO centigrammes chez les adultes. On peut la mêler à du sucre en poudre, ou l'administrer sous l'une des formes officinales suivantes.

Les Dragées de Santonine (Garnier), comme les Tablettes de Santonine (Galloud, Mialhe), contiennent chacune 25 milligrammes seulement du principe actif. On en prescrit deux à six par jour pour les enfants. Les Biscuits de Santonine présenteraient quelques avantages chez les jeunes sujets récalcitrants. La Santonine a été administrée en lavement par Abbot-Smith contre les oxyures vermiculaires qui habitent ordinairement la fin de l'intestin.

Dift italitce , Dig italina .

Angl. Digitaline, Picrin. — Ail. Digitalin.

La Digitaline (Homolle et Quevenne), principe actif de la Digitale (voy. page 103), aurait pour formule, selon Walz, G-°IÏ,8Os, et selon Kosmann, C54I144030. C'est une matière neutre, blanchâtre et amorphe, d'apparence résineuse, d'urî arôme spécial, d'une amertume excessive qui ne se développe que lentement en raison de la faible solubilité de la substance dans l'eau. L'eau froide n'en prend qu'une quantité insignifiante, l'eau bouillante n'en dissout qu'un millième de son poids. Insoluble ou peu soluble dans l'éther, elle se dissout en toutes proportions dans l'alcool et le chloroforme. Elle se dissout dans les acides à la manière des bases végétales. L'acide chlorhydrique lui communique en même temps une belle coloration vert-pré caractéristique. Il existe cependant une variété de Digitaline plus soluble dans l'eau, qui ne possède pas la

propriété de verdir par l'acide muriatique concentré, et dont les effets physiologiques ne sont pas identiques avec ceux du type répandu dans le commerce par ses inventeurs Homolle et Quevenne. Cette seconde variété, ou Digitaline allemande, est plus abondante dans les semences d'où on l'extrait (Kosmann), tandis que la Digitaline française, rare dans les semences, est fournie en grande quantité par les feuilles. C'est ce qui a porté un chimiste distingué (Lefort) à supposer que la métamorphose de la Digitaline insoluble (Hom. etQuev.) en digitaline soluble (Kosm.) a lieu en vertu d'une oxydation semblable à celle qui transforme la cinchonine en quinine.

En outre, Nativelle a pu isoler un produit blanc, cristallisé, à peine soluble dans l'eau, mais soluble en toute proportion dans l'alcool, qu'il considère comme de la Digitaline parfaitement pure.

Tout ce qui va suivre doit s'entendre de la Digitaline française, la seule qui soit bien connue des cliniciens et la seule qu'il faille employer couramment jusqu'à plus ample information. Cette Digitaline est véritablement le principe actif de la plante (Homolle et Quevenne, Bouillaud, Andrai, etc.). A doses cent fois moindres, elle reproduit toutes les propriétés essentielles et les effets thérapeutiques demandés à la Digitale elle-même.

Action physiologique. — Outre son odeur spéciale et son excessive amertume, la Digitaline possède des propriétés sternutatoires énergiques, qui lui sont communes avec la poudre de feuilles de Digitale et avec la plupart des poussières irritantes.

Appliquée sur le derme dénudé , elle provoque , sans être caustique (voy. Digitale, page 103), une inflammation locale des plus vives et des plus douloureuses, pouvant aller jusqu'à la mortification suivie d'ulcération. Injectée sous la peau en quantité trop forte, elle détermine parfois un phlegmon gangreneux. La violence de ces effets topiques varie selon l'espèce animale : chez le chien et même chez l'homme, la Digitaline exerce une sorte de corrosion, tandis qu'elle respecte la chair du lapin et des herbivores. Mentionnons spécialement ici les effets topiques de la Digitaline sur le cœur. Avec une solution forte, on voit les contractions cardiaques augmenter d'énergie et de fréquence, et s'interrompre de temps à autre par des intermittences d'une à deux minutes. Avec une solution très-concentrée la suspension des battements du cœur est bientôt définitive (Eulenburg, Ehrenhaus, E. Hardy, Legroux). Il faut distinguer ces effets directs de l'excitation cardiaque sympathique, nettement démontrée par les expériences sur les grenouilles (Dybkowski et Pelikan, Vulpian), et dans lesquelles on voit l'irritation d'un point éloigné du centre circulatoire provoquer aussitôt, par action réflexe, une accélération des mouvements de l'organe central de la circulation.

Pour obtenir les effets dits généraux ou diffusés de la Digitaline, on a eu recours à trois voies d'introduction différentes : l'estomac, le tissu cellulaire et les veines. De quelque façon qu'on s'y prenne, on observe toujours à peu près le même ensemble symptomatique. Cependant l'ingestion dans le tube ali-

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mentaire est particulièrement suivie de malaise épigastrique, de vertige, de nausées, de vomissements et de selles diarrhéiques, phénomènes d'ailleurs beaucoup plus rares (Andral et Lemaistre, Homolle et Quevenne) avec la Digitaline qu'avec les feuilles de la plante ou les teintures qui en renferment les différents principes immédiats. Ces effets ne se produisant avec la première que sous l'influence de doses vraiment exagérées ou toxiques, telles que celles de 1 à 10 centigrammes qui ont été employées dans les expériences sur les mammifères. A doses modérées (1 à U milligrammes par jour), la Digitaline donne sensiblement les résultats indiqués^ à l'occasion de la Digitale (voyez page 103).

Sans parler de l'opinion de Sanders, qui concluait de deux mille expériences que la Digitale accélère le pouls et cause la fièvre, plusieurs auteurs (Baydon, Baehr, Hirtz, Pfaff) admettent une période d'accélération du pouls au début. Il y a même deux opinions en présence sur l'interprétation du fait, les uns l'expliquant par une excitation directe, les autres par une réaction du centre circulatoire contre l'action dépressive du médicament. Mais cette période d'excitation fait défaut (Bouley et Reynal, Paul Duroziez) quand on n'atteint pas les doses toxiques, ou que la Digitaline n'est pas appliquée sur une surface très-sensible et capable d'exciter des sympathies lointaines (Gubler). Des doses thérapeutiques amènent d'emblée un ralentissement plus ou moins marqué du pouls. Tantôt, et c'est ce qui a lieu dans l'état de santé ou quand la circulation demeure presque normale, l'abaissement n'est que de quatre à dix pulsations à la minute ; tantôt, dans les états morbides où la circulation est considérablement accélérée, le nombre des pulsations est réduit à la moitié, au tiers et même au quart de la fréquence primitive, avec des particularités dont j'ai parlé à l'occasion de la Digitale. Mais ces derniers chiffres ne sont obtenus qu'à la faveur d'une action énergique et soutenue : 2 ou 3 milligrammes de Digitaline continués plusieurs jours de suite. L'administration prolongée de l'agent médicamenteux pendant trois, quatre, six ou huit jours, quelquefois deux septénaires, suivant Hervieux, produit des effets de plus env plus prononcés ; mais la majorité des cliniciens s'accorde à reconnaître que le maximum du ralentissement s'observe après qu'on a cessé l'ingestion de la Digitaline (Sanders, Hutchinson, Homolle [et Quevenne, Sandras, Hirtz, Strohl). Cette assertion mérite examen et contrôle.

Le ralentissement ultra-normal, c'est-à-dire inférieur à la moyenne physiologique, ne se maintient guère que deux jours après la cessation du médicament; mais le calme circulatoire relatif se prolonge bien davantage, et le bénéfice de la Digitaline se fait sentir souvent plus d'une semaine encore.

En même temps que le pouls se ralentit, il devient plus plein, plus fort et plus résistant, ainsi que nous l'avons vu à l'occasion de la Digitale, ce qui ne veut pas dire que son ampleur soit accrue toujours; bien au contraire, j'admets avec Schiemann, Bouley et Reynal, Hervieux, Lelion, que souvent l'artère se développe moins à chaque ondée. Néanmoins il ne faudrait pas re-

garder cette règle comme absolue, ni même comme à peu près générale. Dans beaucoup de cas le pouls, d'abord très-fréquent et très-petit en raison de la faible quantité de sang qui arrive chaque fois dans le ventricule, augmente de volume à mesure qu'il diminue de fréquence, ce qui n'empêche pas l'accroissement simultané de la tension vasculaire, et par la propulsion plus forte de la colonne sanguine (Kinglake, Bidault de Yilîiers, Schwilgué, Beau, Briquet, Gubler, Lelion, etc.) et, comme on le veut, par la tonicité plus grande des vaisseaux. Au résumé, nous répétons ici ce que nous disions à propos de la Digitale : La Digitaline « n'est donc pas un hyposthénisant de la circulation centrale ; elle en est plu lot le régulateur et le tonique ; elle est moins l'opium du cœur (Bouillaudj qu'elle n'en est le quinquina (Beau) », proposition pouvant s'exprimer encore en ces termes : « La Digitaline est un galvanisant des systèmes nerveux cardiaque et vaso-moteur. »

Les tracés sphygmographiqucs (Siredey, Marey et Chauveau, Legroux, Gubler) servent à démontrer l'augmentation de la tension vasculaire par leurs courbes extrêmement surbaissées. Quant à l'accroissement de la puissance du cœur, ou, ce qui revient au même, quant à l'augmentation de force de ses contractions musculaires, elle est rendue évidente par les expériences de Briquet, qui, ayant introduit le tube d'un hémodynamomètre dans la carotide d'un chien, et ayant noté la hauteur de l'ondée, a vu, après l'administration de la Digitale, la colonne liquide chassée avec beaucoup plus de force à chaque systole ventriculaire.

Les tracés Ferrand et d'A. Bordier précisent davantage le mode nouveau de la circulation sanguine sous l'influence de la Digitaline, car ils montrent nonseulement la diminution d'amplitude des projections pulsatiles, mais aussi l'obliquité de la ligne ascensionnelle, la formation d'un plateau horizontal, et une ligne oblique descensionnelle uniforme. La première particularité indique l'accroissement gradué de la force de contraction du ventricule ; la seconde, le maintien du maximum de cette contraction pendant un temps mesurable, et la troisième, le retrait soutenu et régulier des artères durant leur systole.

Lorsque les doses de Digitaline sont exagérées et deviennent nocives, le ralentissement fait place à l'accélération, et des intermittences, des irrégularités plus ou moins marquées succèdent au rhythme cadencé de la période thérapeutique. Avec une accélération modérée, l'énergie du pouls reste accrue ; celleci ne faiblit, concurremment avec la tension vasculaire, que lorsque le nombre des battements du cœur devient excessif. Alors le pouls se montre petit, dépressible, filiforme en même temps que désordonné.

Bien qu'il existe généralement un rapport proportionnel entre le rhythme des mouvements respiratoires et celui des contractions cardiaques, la respiration n'est que médiocrement influencée par la Digitaline à doses thérapeutiques (Bouiiîaud, P. Duroziez, Gubler).

Toutefois, quand il existe de la dyspnée cardiopathique, on la voit se calmer à mesure que se ralentit et se régularise la circulation sanguine; et, dans un

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cas, Bouley et Reyiïal ont vu le rhythme respiratoire se réduire au chiffre de dix et même six inspirations à la minute. Mais, d'un autre côté, la respiration s'accélère parfois an début de l'action de doses toxiques (Bouley et Reynal), et dans un empoisonnement confirmé on a compté (Dubuc) jusqu'à soixantehuit inspirations, tandis que le pouls, devenu irrégulier et intermittent, était tombé à soixante.

L'expérience clinique, contradictoire à quelques expérimentations sur les animaux, me fait admettre avec Traube, Hirtz, Coblentz, Wunderlich, Ouimont, etc., qu'à doses modérées, la Digitaline abaisse la température comme les rhythmes respiratoire et circulatoire. Le phénomène ne devient d'ordinaire apparent qu'au bout d'un ou deux jours d'administration ; fréquemment il précède la modification circulatoire (Smoles, Wunderlich, Lœdcrich) ; eu outre, il persiste après qu'on a cessé l'usage du principe actif. A. Duméril, Dcmarquay et Lecointe, ont presque toujours vu la température s'élever d'un ou deux degrés chez les chiens. Ce résultat doit se rencontrer souvent en effet avec des doses élevées, capables de produire l'accélération et l'irrégularité du pouls, ainsi que l'expansion des capillaires sanguins. Un certain degré d'action toxique, amenant des effets vomi-purgatifs, entraînerait momentanément une conséquence inverse, c'est-à-dire la réfrigération.

Pendant que la Digitaline exerce celte influence sédative suc la circulation, la respiration et la calorification, elle détermine ordinairement une hypercrinie rénale bien prononcée. Cette action diurétique, reconnue par un grand nombre d'excellents observateurs (Withering, Cullen, Joerg, Mérat etdeLcns, Bayle, Trousseau et Pidoux, Bouillaud, Bouley et Reynal, etc.), est cependant mise en doute par quelques-uns ou déclarée par d'autres aléatoire et de peu de valeur. Le fait est qu'elle est fréquente, sinon constante, principalement dans les cas morbides où existent des hydropisies liées aux troubles de la circulation centrale. On verra plus loin comment peut s'expliquer cette augmentation de la sécrétion urinaire.

A mesure que la diurèse augmente, les matériaux solides de l'urine, et conséquemment sa densité, subissent une diminution correspondante. Le chiffre de l'urée s'abaisse, soit par le fait de l'exagération de la proportion d'eau sécrétée (Stadios), soit par le ralentissement de la combustion respiratoire (Siegmund), soit, à mon avis, par ces deux circonstances réunies. Cependant d'autres auteur^ (Albert, Homolle) signalent l'accroissement de densité de l'urine malgré l'augmentation de la diurèse aqueuse.

Les autres sécrétions ne paraissent pas sensiblement influencées par la Digitaline en circulation dans le sang. Il n'en est pas de même lorsque ce principe agit localement : dans ce cas, l'irritation de la surface touchée produit, directement ou par action réflexe, une hypercrinie plus ou moins forte des glandes de la région, par exemple des glandes muqueuses et salivaires, si le contact a lieu dans la bouche.

A doses thérapeutiques, la Digitaline n'exerce aucune influence notable sur

le système nerveux, dont elle trouble au contraire les fonctions quand elle est absorbée en quantité excessive. Dans ce cas on peut observer de La céphalalgie, des vertiges et des bourdonnements d'oreilles, de l'obscurcissement de la vue, des hallucinations et du délire apyrétique (Vassal, Joerg, Bouillaud, Sandras, Tardieu), la faiblesse musculaire, l'obtusion des sens et l'insensibilité générale (Bouley et Reynal, Orfila), des mouvements convulsifs (Bouley et Reynal, Stannius). Ajoutons à ces symptômes la dilatation pupillaire, habituelle dans l'empoisonnement par la Digitale et ses préparations, ainsi que la diminution de contractilité de l'iris, observée une seule fois par Homolle et Quevenne à la suite de l'introduction dans l'œil de quelques parcelles de Digitaline solide.

L'intolérance du tube digestif à l'égard de la Digitaline ne se manifeste non plus qu'en présence de doses vraiment exagérées; 2 à k milligrammes de cette substance par jour n'occasionnent ni dyspepsie, ni pyrosis, ni nausées, ni vomissements, encore moins de la diarrhée.

Quand les sujets succombent aux accidents occasionnés du côté du tube digestif, ainsi qu'aux troubles généraux de l'innervation cardiaque et vasomotrice, on constate, à l'autopsie, les lésions suivantes : La muqueuse stomacale est rouge, tachetée de petites sugillations ecchymotiques qui se retrouvent dans l'intestin grêle; la rate est ecchymosée et le foie devenu friable (Bouley et Reynal). Aussitôt après la dernière diastole (Claude Bernard), une rigidité cadavérique rapide et persistante s'empare des ventricules, qui demeurent contractés et presque entièrement vides, tandis que les oreillettes sont dilatées et gorgées de sang (Dybkowski et Pelikan, Tardieu, Vulpian, Claude Bernard, Hilton, Fagge, Stevenson). Le cœur perd son irritabilité électrique plus rapidement qu'à la suite d'autres intoxications, par la strychnine, l'acide cyanhydrique, etc. (Stannius). Les reins ont été trouvés plus rouges, plus friables, et la muqueuse vésicale fortement injectée (Bouley et Reynal).

Des opinions contradictoires ont été émises sur le mode d'aciion de la Digitale et de son principe actif, le principal phénomène, ralentissement du pouls, sédation circulatoire , ayant été expliqué tantôt par la paralysie du cœur (Orfila, Stannius, Dybkowski et Pelikan) ou par sa narcose (Bouillaud), tantôt par la tonification (Hutchinson, Beau, Briquet, Lelion, etc.), et par une sorte de galvanisation (Gubler) de l'appareil central de la circulation. Maintenant chacune de ces doctrines principales présente trois nuances ou subdivisions, suivant que la débilitation ou l'augmentation de puissance sont censées appartenir, soit aux centres nerveux, soit aux conducteurs du mouvement, soit à la substance charnue du cœur.

La doctrine de la paralysie régna quelques années sans partage, bien qu'elle n'eût en sa faveur que les apparences. On pouvait cependant présumer que la diminution de fréquence et la régularisation du pouls ne signifiaient pas nécessairement faiblesse ou stupeur ; mais une constatation plus exacte des phénomènes et une analyse plus rigoureuse de leurs caractères ont permis d'établir

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définitivement l'accroissement de puissance du cœur sous l'influence de la Digitaline.

Le sphygmographe, entre les mains de quelques expérimentateurs habiles, et l'hémodynarnomètre, dans celles de Briquet, ont démontré rigoureusement cette hypersthénie cardiaque déjà rendue probable par l'étude clinique des caractères du pouls et des symptômes généraux du digitalisme chez les malades et les sujets bien portants. De plus, l'instrument de Marey met en évidence l'augmentation de la tension vasculaire, ainsi que de la tonicité artérielle, induite auparavant de la concentration et surtout de la résistance du pouls. Telles sont les deux assises principales de la théorie pharmacodynamique de la Digitaline.

Deux points essentiels restent à éclaircir : ce sont premièrement les conditions prochaines du développement de la puissance contractile du cœur et du système vasculaire sanguin; en second lieu, celles de la plus grande rareté des révolutions cardiaques. Or, la cause de la propulsion plus énergique du sang peut être cherchée, ou dans un accroissement de la force contractile des libres charnues du cœur, ou bien dans une excitation plus vive de ces mômes libres de la part du système nerveux qui les anime. La seconde hypothèse comporte à son tour plusieurs solutions, car les décharges nerveuses qui éclanchent le mécanisme de la circulation centrale peuvent être accrues, soit parce que les nerfs excitateurs jouissent d'une meilleure conductibilité, soit parce que les nerfs antagonistes, s'il en existe, ont perdu de leur puissance, soit parce que la Digitaline a doublé ou triplé la force excito-motrice des centres d'innervation du cœur, ou bien enfin parce que le système nerveux cardio-vaso-moteur possède simultanément la faculté d'acquérir plus de force et celle de la mieux retenir. Cette dernière interprétation, que je crois plausible, suppose admise l'assimilation des lois de la dynamique nerveuse à celles qui régissent l'électricité ou le magnétisme ; elle sous-entend la réalité de la corrélation des forces physiques et organiques, à l'exposition de laquelle j'ai consacré en 1858 les premières leçons du cours de pathologie et de thérapeutique générales professées à l'École de médecine (suppléance du professeur Andral). L'explication suivante a pour base quelques propositions résumant les faits généraux de la physiologie des organes de mouvement.

Au point de vue de sa structure et des fonctions de ses parties élémentaires, le cœur, en effet, n'est pas autre chose qu'un muscle compliqué. Comme tous les muscles, il possède en lui-même sa force dont la source est dans la combustion respiratoire locale, s'elfectuant aux dépens du sang en circulation ou de sa propre substance incessamment renouvelée. La contraction n'est qu'un changement d'état moléculaire qui convertit de la force musculaire latente en travail mécanique ; elle peut être excitée directement dans la fibre charnue par un irritant physique ou chimique quelconque, sans l'intermédiaire des filets nerveux, lesquels n'en sont pas moins les excitateurs ou les régulateurs physiologiques des contractions musculaires. Les nerfs moteurs en général

exercent une double influence sur l'appareil contractile : non-seulement ils ont la faculté de provoquer le muscle à entrer en contraction, mais ils jouissent jusqu'à un certain point de celle d'empêcher ce changement d'état. La découverte, quelque peu inattendue, des nerfs suspensifs ou modérateurs du cœur ne révélait donc à mes yeux qu'un cas particulier d'une règle générale. Un muscle quelconque en puissance de nerf n'est pas libre d'obéir à toute sollicitation extérieure, tandis qu'il réagit immédiatement et proportionnellement à sa charge dynamique contre les excitations venues du dehors dès qu'il échappe à la suzeraineté nerveuse. Voilà pourquoi l'irritabilité hallérienne, relativement faible à l'état normal, s'exagère à mesure que, par le fait d'une maladie générale ou partielle, le système nerveux va perdant son empire. Ces données sont de tous points applicables à la physiologie de l'organe central de la circulation ; la seule différence essentielle entre les muscles volontaires et le muscle cardiaque, c'est que ce dernier renferme son stimulant normal, le fluide sanguin, auquel il ne peut se soustraire un court instant.

Claude Bernard, ayant vu le cœur battre pendant la vie, malgré la suppression, par le curare, de ses sources d'innervation, est conduit à reconnaître que les contractions cardiaques sont, dans une certaine mesure, indépendantes du système nerveux. Si cet organe séparé du corps continue à se resserrer sous l'action d'une piqûre ou d'un courant d'induction, ce fait n'a donc rien qui doive surprendre, et, pour l'expliquer, il n'est pas besoin de recourir (Dybkowski et Pelikan) à l'intervention hypothétique des ganglions intra -cardiaques. Quelques expériences semblent démontrer que le pneumogastrique, irrité mécaniquement, peut déterminer la contraction des fibres charnues des ventricules, mais le sang demeure l'excitant normal du cœur. Toutefois les nerfs du plexus cardiaque conservent le privilège de régler la marche de ses battements.

Ce résultat est sans doute obtenu par deux voies différentes. Les filets sympathiques, qui gouvernent les vaisseaux propres du centre circulatoire comme les autres, dispensent à ce dernier avec plus ou moins de largesse les matériaux de sa nutrition. Moins actifs, ils permettent l'abord d'une plus grande masse de sang, une réparation plus rapide, et conséquemment une force contractile plus grande ; c'est naturellement l'inverse qui a lieu dans le cas contraire, et la galvanisation du grand sympathique peut aller jusqu'à supprimer les battements du cœur (Moleschott) par ischémie (Gubler). D'après les expériences de Traube, dont j'accepte la validité, bien qu'elles soient en partie contredites par celles de Schilïet de Moleschott, les filets émanés du pneumogastrique se comportent, en apparence de même : tonifiés par un courant électrique, ils renforcent et ralentissent ou suspendent momentanément les contractions cardiaques ; hyposthénisés ou supprimés par une solution de continuité, ils donnent lieu à l'accélération et à l'affaiblissement de ces mêmes contractions ; seulement le mécanisme me paraît tout autre. Ici le système nerveux ne se sert plus de l'intermédiaire de la circulation intra-cardiaque, il

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impose directement, selon moi, son influence à l'appareil musculaire du cœur. Celui-ci est maintenu dans une tonicité telle, que la mise enjeu de sa contraction instantanée exige une excitation beaucoup plus intense qu'à l'état normal. Dès lors les ventricules n'entrent plus en convulsion qu'au moment où ils sont fortement distendus par le sang. Et comme ces longs intervalles de repos sont favorables à la restauration de la force musculaire, il en résulte que chacune des contractions effectuées dans ces conditions nouvelles est plus énergique et lance avec plus de vigueur l'ondée sanguine dans les divisions artérielles. A la vérité, cette bonne influence pourrait être contre-balancée par l'excès d'action du vaso-moteur qui règle la circulation intra-cardiaque ; mais il se peut que cette division du trisplanchnique ne subisse pas la loi commune, et qu'elle échappe à cette hypersthénie dont le reste du système sympathique donne la preuve par le retrait des artères et des réseaux capillaires sanguins.

Avec les changements du centre d'impulsion, cette modification des canaux circulatoires constitue les deux effets fondamentaux de la Digitaline, laquelle s'adresse d'ailleurs à d'autres fibres musculaires de la vie organique., notamment aux tissus contractiles de l'utérus et de l'appareil uro-génilal dans les deux sexes, ainsi que cela ressort des effets thérapeutiques.

Autour de ces deux actions primordiales pivotent un certain nombre de phénomènes secondaires, observables à l'état physiologique ou morbide : ce sont la diminution ou la cessation de la dyspnée cardiaque, la réduction des hypérémies viscérales et des éréthismes vasculaires, l'apaisement de la fièvre et l'apparition de modifications sécrétoires dont la principale est offerte par les glandes uropoiétiques. Les premières conséquences se déduisent trop naturellement de leurs prémisses pour qu'il soit besoin d'y insister; il n'en est pas de même de la dernière. Comment la Digitaline arrive-t-elle à produire la diurèse aqueuse ? C'est ce qu'il faut expliquer.

Un agent quelconque n'augmente le flux des urines que de deux façons : premièrement en stimulant directement au passage l'organe sécréteur, secondement en faisant varier les conditions de la circulation rénale. Or, la Digitale agit à si faible dose, qu'il n'est guère permis de supposer qu'elle se rencontre à un moment donné en assez forte proportion dans le sang rénal pour exciter la glande comme ferait un excès d'un sel neutre diurétique. D'ailleurs la Digitaline semble peu apte à filtrer avec les urines, puisqu'on ne l'a jamais retrouvée dans ce produit de sécrétion (Homolle et Quevenne). Restent donc les modifications circulatoires dont l'importance a été bien comprise par Trousseau et Pidoux, Hirtz, Germain, Legroux et surtout par Lelion, mais dont le mode d'intervention dans la production de la diurèse n'a peut-être pas été jusqu'ici fidèlement interprété.

En augmentant, ainsi qu'on l'a vu plus haut, la tonicité vasculaire, en faisant pâlir les tissus et en diminuant la caloriucation, le principe actif de la Digitale favorise nécessairement la diurèse aux dépens de la sudation ; car, chose remarquable, tandis que l'activité des glandes sudoripares est proportionnelle à

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la congestion périphérique et à l'exaltation de la température, celle des glandes uropoiétiques est en raison inverse de L'éréthisme vasculaire. Pour que la peau sécrète abondamment, il faut que ses capillaires, préalablement turgides, soient violemment distendus à chaque coup de piston du cœur. Le flux urinaire exige deux conditions diamétralement opposées : savoir, l'absence de congestion sanguine dans le rein, l'expansibilité et la contractilité parfaites de son appareil vasculaire et la circulation rapide du sang dans l'intérieur de la glande. L'accroissement de la tension devient en pareil cas une circonstance accessoire. Au contraire, l'énergie communiquée par la Digitaline aux contractions cardiaques a plus d'importance ; elle accélère davantage la marche du sang dans le parenchyme rénal et contribue puissamment au résultat définitif.

Est-il besoin d'ajouter après cela que l'action diurétique spéciale de la Digitaline sera d'autant plus prononcée, que l'anurie se rattachera plus étroitement à l'état pathologique de la circulation, et que la pléthore aqueuse ou les réserves de sérosité libre, soit dans les cavités closes, soit dans le tissu cellulaire, seront plus abondantes ? Cette double influence ne saurait être mise en doute, et la dernière, reconnue par Vassal, Bayle et Strohl, se montrerait à l'occasion l'auxiliaire de tous les stimulants de la sécrétion rénale ; mais il ne s'ensuit pas qu'il faille (Giacomini, Hirtz, Germain) restreindre l'action diurétique de la Digitaline aux seuls cas de lésions organiques du cœur, non plus qu'à ceux d'hydropisies partielles du tissu cellulaire ou d'anasarque générale.

Les symptômes toxiques de la Digitaline, entièrement différents de ceux qui caractérisent les doses moyennes, reconnaissent nécessairement des conditions organiques opposées. La diminution de la tension vasculaire, l'affaiblissement, l'accélération et le désordre du pouls aboutissant à la cessation des battements du cœur expriment la paralysie progressive du système circulatoire ; seulement, tandis que Stannius considérait cette paralysie comme primitive, d'autres et je suis de ce nombre, pensent avec Bouley et Reynal que la débililation des nerfs vasculaires et cardiaques est un phénomène secondaire, consécutif à la surexcitation. C'est l'épuisement qui succède à l'excès d'action.

Surstances synergiques auxiliaires. — Ainsi qu'il a été dit à propos de la plante qui la fournit, la Digitaline est un agent sui generîs qui n'a que des analogues et non pas des semblables dans l'arsenal thérapeutique. Par ses propriétés hypercinétiques, elle se rapproche à la vérité des alcaloïdes des Strychnées, de la picrotoxine et surtout de l'Ergot (Dickinson, Delpech), mais elle en diffère par des caractères essentiels, notamment par son intensité d'action sur le centre circulatoire. Comme sédatif de la circulation et comme diurétique, la Digitaline trouve des succédanés dans la Scille et l'Asperge sauvage, qui agissent dans le même sens. En cette même qualité, elle rencontre des auxiliaires dans les diurétiques-stimulants, c'est-à-dire dans les sels neutres alcalins qui, tels que le Nitrate et l'Acétate de Potasse ou de Soude, le Bromure de Potassium, etc. , excitent directement les glandes uropoiétiques. C'est un fait d'observation îque l'association des sels neutres à la Digitale donne un mélange diurétique

DIGITALINE.

éminemment efficace. Le froid et les émotions morales dépressives agissent encore sur les reins à la manière de la Digitaline.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les antagonistes et les antidotes dynamiques de la Digitale : chaleur, stimulants dilfusibles, opium, etc., sont aussi ceux de son principe actif. Le tannin précipite la Digitaline aussi bien que les bases végétales, et peut lui servir de contre- poison chimique.

Usages. — De même que la plante qui la renferme, la Digitaline se prête à des rôles variés, et se montre tour à tour tonique du cœur et des vaisseaux, diurétique, fébrifuge, antiphlogistique, etc.

En qualité de tonique cardio -vaso-moteur , cette substance trouve son indication formelle dans les affections du système circulatoire où dominent l'amyosthénie cardiaque et la paresis vasculaire avec ou sans faible tension, que ces symptômes soient l'expression d'une névrose ou bien d'une lésion organique. Elle convient aux palpitations nerveuses par défaut d'innervation cardiaque, non dans celles qui reconnaissent pour cause une surexcitation des nerfs vagues ; aussi les préparations de Digitale échouent-elles souvent contre les désordres purement fonctionnels du cœur (Trousseau et Pidoux). Dans les altérations anatomiques de l'appareil central de la circulation compliquées d'affaiblissement musculaire, la Digitaline est toujours rationnellement indiquée ; mais, conformément aux vues de Bouillaud, elle est loin de rendre dans tous les cas des services équivalents. Le rétrécissement aortique, voilà son triomphe, car elle se fait alors l'auxiliaire de l'hypertrophie cardiaque et toute la force ajoutée devient efficace. Le rétrécissement accompagné d'insuffisance sigmoïde lui offre moins de chances de succès, attendu que la seconde lésion, de beaucoup la plus grave, n'en est nullement influencée. Quant à l'insuffisance et au rétrécissement de l'orifice mitral, ils retirent peu de bénéfices de l'emploi de la Digitaline, parce que la puissance artificiellement acquise par le ventricule sert aussi bien à réintégrer le sang dans l'oreillette qu'à le pousser dans l'arbre artériel. Néanmoins, même dans ce cas, il n'est pas inutile de combattre l'asystolie auriculo-ventriculaire, d'autant mieux qu'en même temps on stimule la contractilité de tout le système vasculaire sanguin. Or, de même que l'asystolie proprement dite, l'atonie des vaisseaux de calibre et des réseaux capillaires vient presque toujours compliquer les lésions chroniques organiques du cœur et en augmenter la gravité; elle peut même, selon Rigal, préexister à la lésion centrale, et déterminer consécutivement l'hypertrophie cardiaque. C'est l'intégrité dynamique du système circulatoire qui fait la bénignité relative des maladies du cœur dans le jeune Age ; dès lors on comprend quel intérêt s'attache à la suppression de l'atonie cardio-vascuiaire, soit qu'elle représente l'état morbide tout entier, ou qu'elle ne constitue qu'un élément de l'affection principale.

Contrairement aux idées qui avaient cours lorsqu'on croyait à Faction hyposthénisante de la Digitaline, ce principe actif n'interviendra presque jamais

utilement ni dans les blessures du cœur, ni dans les inflammations aiguës de cet organe, du moins dans leur première période. Je ne vois guère d'indication possible de l'emploi de la Digitaline que dans les cas d'endo-péricardite compliquée de demi-paralysie du muscle cardiaque. Toutes les fois, au contraire, que la phlegmasie aiguë déterminera l'excitation motrice du cœur ou ne donnera lieu qu'à un affaiblissement modéré de ses contractions, il vaudra mieux s'abstenir.

La Digitaline est efficace, d'après Trousseau, dans la cachexie décrite par Graves et Basedow, et qui se caractérise par des palpitations, l'hypertrophie du corps thyroïde et l'exophthalmie. Elle est insignifiante dans l'angine de poitrine et absolument contre-indiquée dans les anévrysmes, malgré l'opinion contraire fondée sur la prétendue asthénie cardiaque qu'elle est censée produire. J'en dirais autant de la congestion et de l'apoplexie cérébrales, si la puissance impulsive du cœur et l'excès de la tension vasculaire avaient toute l'influence qu'on leur prête sur les hémorrhagies intra-crâniennes.

L'action diurétique delà Digitaline ne se fait pas également sentir dans tous les cas pour lesquels on la réclame. Elle est principalement efficace lorsque la congestion des reins dépasse les limites favorables à leur activité sécrétoire : ce qui a lieu particulièrement dans les maladies organiques du cœur et dans les troubles fonctionnels du système circulatoire essentiellement caractérisés par l'asthénie, et conséquemment par la stase sanguine. Mais cette fâcheuse circonstance se rencontre aussi dans diverses affections rénales primitives ou secondaires, dans les néphrites simples ou liées à un état diathésique tel que la goutte, la diathèse urique permanente, ou bien accidentelle comme au déclin des fièvres et des phlegmasies fébriles, la dyscrasie albumineuse ou maladie de Bright (diabète leucomurique) et dans quelques cas analogues. Encore faut-il, pour que le résultat thérapeutique soit obtenu, que les glandes rénales soient spontanément ou artificiellement excitées à la sécrétion ; aussi l'association des sels neutres à la Digitaline est-elle souvent indispensable à la réalisation des effets diurétiques de cette substance. Quand l'irritation sécrétoire préexiste, il suffit d'administrer la Digitaline pour déterminer la diurèse plus sûrement et avec moins d'inconvénients que ne le feraient le nitrate ou l'acétate de potasse, dont l'action stimulante augmenterait parfois la congestion rénale antérieure, et placerait les reins dans des conditions plus défavorables encore à l'exercice de leurs fonctions.

On s'est beaucoup évertué à démontrer expérimentalement que la Digitale et son principe actif réussissent mieux dans les infiltrations séreuses du tissu cellulaire que dans les hydropisics enkystées, dans les épanchemenls dus à une cause mobile, comme l'amyosthénie cardio-vasculaire, que dans ceux qui dépendent d'un obstacle fixe, comme une thrombose, et que la diurèse qu'ils procurent est d'autant plus abondante que l'anasarquc est elle-même plus considérable. Tout cela était aussi facile à prévoir qu'à vérifier, attendu que l'abondance d'un flux est nécessairement proportionnelle à la richesse de la

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source dont il provient, que les collections séreuses ne peuvent disparaître qu'à la condition d'en supprimer la cause, et qu'enfin les aréoles du tissu conjonctif sont reconnues éminemment propices à la résorption des produits épanchés.

La sédation exercée par la Digitaline sur l'éréthisme vasculaire en fait un agent précieux de la médication contre-stimulante. Dans la fièvre, les congestions localisées et les phlegmasies fébriles, elle amène la réduction du calibre des vaisseaux, la diminution concomitante des actes organiques qui se passent dans les capillaires sanguins, et l'abaissement de la température, en même temps qu'elle accroît la tension vasculaire et ralentit les battements du cœur.

Vantée comme antipyrétique (Graffenauer, Cliïtterbuck, Cuirard), la Digitale, c'est-à-dire son principe actif, a procuré sept succès au professeur Bouillaud contre la fièvre intermittente. Elle a présenté aussi quelques avantages dans la fièvre typhoïde (Wunderlich, Loederich, Hirtz), en abaissant d'abord la température, puis le pouls, sans avoir l'inconvénient d'affaiblir le sujet ni de compromettre davantage la structure de ses organes digestifs.

En qualité à'antiphlogistique, la Digitaline a trouvé son emploi dans les phlegmasies thoraciques et le rhumatisme articulaire aigu. Dans la pleurésie aiguë, dont le mouvement fébrile est généralement très-modéré, ce médicament rend peu de services, si ce n'est comme diurétique, au moment de l'épanchement séreux. Il est mieux indiqué dans la pneumonie, où de nombreuses autorités en recommandent l'emploi (Rasori, Tommasini, Cnrrie, Cuming, Duclos, Millet, etc.). Cependant l'influence de la Digitaline ne peut se faire sentir que sur le mouvement fébrile et sur Phyperémie pulmonaire, elle ne peut rien ou presque rien dans les formes violentes et les périodes avancées de la phlegmasie thoracique ; son opportunité se montre non pas dans les simples congestions qui se terminent souvent d'elles-mêmes par délitescence ou résolution, mais dans les cas où l'état général est déjà modifié en même temps que l'hépatisation est arrêtée par l'emploi des émissions sanguines ou des éméto-cathartiques, agents principaux de la médication spoliatrice antiphlogistique. Une fois le système sanguin désempli, une fois tombés l'éréthisme vasculaire et l'ardeur de la fièvre, le principe actif de la Digitale intervient avec avantage pour abaisser encore les hémalocausies et les actes organiques liés au travail de phlogose. L'emploi de la Digitaline est d'autant mieux justifié, que la débilité préalable ou la dépression morbide, récente, du sujet, ainsi que le mauvais état des voies digestives, contre-indiquent plus formellement les moyens spoliateurs et les préparations stibiées (Gallard). A leur tour, la Digitale et ses dérivés présenteraient quelques inconvénients chez les personnes affectées de nausées et de vomissements.

Conseillée depuis Fuchs et Beddoès par un grand nombre de médecins contre la phthisie pulmonaire, la Digitale et son principe actif ne sauraient être dans cette funeste maladie que des palliatifs de la fièvre et des fluxions

710 SUBSTANCES NEUTltES ORGANIQUES,

inflammatoires, mais nullement des agents de curation. La Digitaline, ainsi que je l'ai dit ailleurs (page 106), ne trouve son indication formelle que dans les cas où l'excitation cardiaque fomentée par la phlegmasie voisine (Bouillaud) se montre supérieure au mouvement fébrile caractérisé par l'exaltation calorifique, les désordres nutritifs et plastiques, et par les troubles de la sécrétion urinaire. La Digitaline conviendrait de même dans la scrofule irritative et fébrile pour calmer l'éréthisme vasculaire sans exercer d'ailleurs aucune influence sur la diathèse.

La Digitale a été prescrite avec succès dans le rhumatisme articulaire aigu par Hirtz, Goblentz et Oulmont. Les faits sont encore peu nombreux, mais d'avance nous pouvons prédire que, pas plus que les autres analogues, ce nouvel agent ne pourra abréger sensiblement la durée de l'état diathésique qui donne naissance aux procès inflammatoires localisés dans les séreuses. La Digitaline apaisera seulement la fièvre et réduira l'hypérémie capillaire, ni plus ni moins que les acidulés, le froid, le sulfate de quinine, les alcalins ou le bromure de potassium, elle n'effacera pas la disposition générale dont les lésions organiques sont les manifestations,

La vertu hémostatique de la Digitaline repose en partie sur des vues erronées. A l'époque où la Digitale passait pour affaiblir les contractions cardiaques, on ne manquait pas de la conseiller contre les hémoptysies, les apoplexies pulmonaires et les hémorrhagies cérébrales placées dans la dépendance des maladies du cœur et des vaisseaux. Cette doctrine n'est plus de mise aujourd'hui, et l'expérience enseigne que, dans la majorité des cas précités, la Digitaline rend de tout autres services. Cette substance ne peut conjurer les hémorrhagies qu'en augmentant la tonicité des vaisseaux grands et petits, en diminuant la stase sanguine dans les capillaires quand l'hypérémie est excessive, et par là la difficulté de la circulation périphérique. En outre, comme le principe actif de la Digitale porte aussi son action sur des fibres musculaires organiques, ou mieux sur des éléments contractiles, autres que ceux qui sont dévolus au système circulatoire, il est clair que cet agent thérapeutique fera principalement sentir son influence sur les organes abondamment pourvus de ces éléments contractiles. On ne s'étonnera donc pas de voir la Digitaline réussir particulièrement dans les métrorrhagies (Brera, Howship Dickinson, Trousseau, Lasègue, etc.).

Cette action élective de la Digitaline sur les fibres musculaires végétatives lui assure, dans la pratique obstétricale, un usage inverse de celui auquel elle paraissait destinée, suivant l'opinion ancienne. Loin de la faire servir à calmer les douleurs utérines intempestives ou de la proscrire dans les cas d'inertie de la matrice, on la recommande au contraire (Dickinson, Delpech), de concert avec l'ergot et les astringents, toutes les fois qu'il s'agit de stimuler la contractilité de l'utérus pour l'aider à expulser le fœtus ou le délivre. La Digitaline rendra des services analogues dans l'atonie vésicale consécutive à la cystite. C'est par un mécanisme différent que s'explique son action dans

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la spermatorrhée irritative, où elle s'adresse d'abord à l'éréthisme vasculaire pour faire cesser les spasmes qu'il occasionne.

Dans les maladies des organes des sens et les affections nerveuses, la Digitaline est appelée à rendre les mêmes services que dans les différents états morbides qui viennent d'être passés en revue, c'est-à-dire qu'elle réprimera seulement les phénomènes phlogistiques et pyrétiques. Celte substance ne s'adresse donc pas à telle ou telle espèce de névrose, mais bien à Phypérémie ou à la fièvre qui l'entretient ou la complique. D'une manière générale, elle convient aux névroses accompagnées ordinairement de fluxion sanguine, et occasionnellement à celles de nature abirritative ou mixte quand survient la période d'éréthisme vasculaire (Jos. Franck, Legroux, Gubler) ; c'est donc à tort qu'on la conseille empiriquement contre la migraine (Debout, Serre d'Alais), la manie (Willis, Gurrie, Mason-Cox, etc.), l'épilepsie ou le délire tremblant (Spath, Jones, Launay, Nonat, etc.), sans distinction de natures et de circonstances. Pour tracer un précepte conforme à la réalité des choses, il faudrait dire que la Digitaline est utile dans une névrose quelconque, pourvu que celle-ci soit actuellement liée à des symptômes d'irritation vasculaire et de congestion sanguine, comme cela se voit dans une phase avancée d'un accès de migraine ou dans la seconde période du delirium tremens ; mais qu'elle est inefficace ou nuisible dans les débuts de ces mêmes affections à la période d'abincitation et d'ischémie, comme dans le délire asthénique des fièvres et des maladies graves. L'observation des malades et l'examen des faits publiés confirment cette proposition. En ce qui concerne les affections mentales, je ferai remarquer que les principaux succès de la Digitale ont été obtenus, soit dans le délire furieux (Mason-Cox, Fanzago), soit dans la manie aiguë et la paralysie générale (Scharkey, Williams et Robertson), dont la première répond à de l'hypérémie cérébrale et la seconde à une péri-encéphalite diffuse. Pour mon compte, je ne l'ai vue réussir que contre les accidents alcooliques de forme congestive. Quant à l'épilepsie, comme la crise semble toujours accompagnée ou occasionnée par un raptus sanguin vers les centres nerveux, on peut, sans distinction de cas, diriger contre elle le principe actif de la Digitale (Withering, Corrigan, Neligan, Duclos, etc.), et espérer des succès semblables à ceux que donnent le sulfate de quinine, la belladone ou le bromure de potassium.

A part l'asthme cardiaque par amyosthénie du centre circulatoire, la Digitaline ne convient non plus qu'aux formes irritalives de l'asthme pulmonaire, ou proprement dit, que soulagent si bien le bromure alcalin et les solanées vireuses.

Modes d'administration et doses. ■ — En raison de son action topique irritante, la Digitaline n'est guère administrée que par la voie stomacale. Pour la faire pénétrer par le derme mis à nu ou par absorption sous-cutanée, il faudrait en ménager beaucoup les doses, et conséquemment répéter souvent les applications : avec cette précaution, les injections hypodermiques ne pré-

sèmeraient aucun inconvénient et rendraient même des services chez les sujets exposés aux nausées et aux vomissements. On pourrait injecter à la fois 1 ou 2 milligrammes du principe actif dissous dans 1 gramme d'eau additionnée d'une quantité suffisante d'eau de Rabel.

A l'intérieur, cette substance s'emploie d'ordinaire sous forme de granules, semblables aux petites dragées qui couvrent certains pains d'épices. Les Granules de Digitaline d'Ilomolle et Quevenne contiennent chacun 1 milligramme du principe actif. On en prend un seul à la fois ; la dose est de 1, 2, /j, quelquefois 6 ou 8 par jour.

Le sirop , qui renferme également 1 milligramme de Digitaline pour 20 grammes, ou environ une cuillerée à soupe de sirop, n'est presque pas usité.

La Digitaline peut se mettre en potion (Homolle et Quevenne) à la dose de 5 milligrammes dissous dans un peu d'alcool, et ajoutés à 100 grammes d'eau distillée de laitue avec 25 grammes de sirop de fleur d'oranger. Les inventeurs de la Digitaline insoluble ont aussi fait préparer des pilules diurétiques et purgatives, renfermant chacune un décimilligramme seulement de Digitaline avec scille et scammonée d'-Alep, de chacune 5 centigrammes. On en prend de 2 à 6, 8 et 10 par jour. Elles conviennent dans la migraine et les céphalalgies congestives, dans les maladies du cœur et l'anasarque, etc. Bouchardat associe avec raison la Digitaline au sulfate de quinine pour combattre l'hémicrânie, conformément à la prescription de Debout, qui avait adopté une formule analogue dans laquelle entrait la Digitale en nature.

CANTMARimNE, Cantharidina seu Cantliaridinum. Angl. Cantharidin. — Ail. Kantharidin.

La Cantharidine, substance ternaire d'après Robiquet (C10HGO4), renfermerait de l'azote (G6H7Az06) selon Liebig, et se rapprocherait des alcaloïdes organiques. Blanche, inodore, cristalline, d'une saveur excessivement acre, elle est entièrement volatilisable à la température ordinaire. Parfaitement soluble dansl'éther, le collodion, le chloroforme, les huiles, fixes ou essentielles, elle se dissout assez bien dans l'alcool chaud, mal dans l'alcool froid, et se montre, à l'état de pureté, complètement insoluble dans l'eau, ce qui n'empêche pas la solution aqueuse de Cantharide de contenir de la Cantharidine, laquelle devient soluble dans l'eau à la faveur des autres principes immédiats de ce coléoptère^ et spécialement de la matière jaune (voy. Cantharide, page 59).

Action physiologique. — Elle est semblable à celle de la poudre de Cantharide (voy. ce mot), et n'en diffère que par l'intensité. D'après le professeur Dieu (de Metz), 6 centigrammes de Cantharidine équivalent à 1 gramme de Cantharide en nature. Sa puissance vésicante est extrême : moins d'un demi-milligramme appliqué sur la lèvre inférieure suffit à produire un petit vésicatoire au bout d'un quart d'heure. Quelques atomes en dissolution dans

CANTHÀRIMNE.

deux ou trois gouttes d'huile d'amandes douces, et imbibant un petit carré de -papier qu'on a appliqué sur le bras, font lever un vésicatoire en six heures [Robiquet). Mais la Cantharidine n'est pas assez volatile à la température ordinaire pour déterminer les eifets fâcheux qu'on lui a attribués, Dans le cas de l'élève de Robiquet, qui fut pris d'une conjonctivite aiguë, les accidents doivent être, je pense, attribués sinon à l'étber pur (Procter), du moins à la vapeur d'éther chargée du principe irritant. Administrée avec précaution à l'intérieur j la Cantharidine n'aurait pas, suivant Bretonneau, les vertus aphrodisiaques qu'on met sur le compte de la Cantharide. À la vérité, la stimulation génésique, déterminée par la substance tout entière de l'insecte, est elle-même aléatoire et incertaine, parce qu'elle n'est qu'une conséquence détournée de la phlogose des voies urinaires. A dose vénéneuse, mais pourtant ménagée de telle sorte que les accidents topiques ne prédominent pas, ce principe actif a produit chez les lapins des mouvements convulsifs alternant avec des symptômes de collapsus, puis la léthargie et la mort (Bretonneau, Giacomini). Des élèves de ce dernier médecin, ayant avalé 1 à h centigrammes de Cantharidine dissoute dans l'huile et invisquée dans un mucilage, ont éprouvé les symptômes suivants : ralentissement du pouls, prostration, vertige, tremblement des membres, envies fréquentes d'uriner, ardeur dans l'urèthre sans priapisme, et sueurs copieuses. De ces expériences, Giacomini conclut que la Cantharidine est un hyposthénisant cardiaco-vasculaire.

Les synergiques et les auxiliaires du principe actif de la Cantharide sont les irritants, rubéfiants et vésicants, tels que le Garou, l'Essence de Moutarde, l'Ammoniaque, etc. ; ou bien les dissolvants qui lui permettent de traverser plus aisément les couches épidermiques et de pénétrer dans la circulation. L'albumine, qui est son antagoniste, en ce sens qu'elle la dissimule dans le sang, devient au contraire son adjuvant lorsqu'il s'agit d'aller porter au loin une action irritante sur les émonctoires dont la sécrétion n'est pas albumineusc. Au point de vue de ses eifets généraux, la Cantharidine, qui produit la sédation circulatoire, trouverait des antagonistes, et, jusqu'à un certain point, des antidotes dans l'opium et les stimulants diffusibles; mais on ne lui connaît pas de contre-poisons chimiques.

Usages. — Modes d'administration et doses. — La Cantharidine pourrait être employée aux mêmes usages externes et internes que l'insecte qui la fournit, ou que les animaux vésicants en général, seulement elle est peu usitée à cause de la difficulté de sa préparation.

Elle pourrait servir : 1° à la préparation duCollodion cantharidal (Hisch), dans lequel on fait entrer la poudre de Cantharides, et qui donnerait commodément des vésicatoires de toutes formes et de toutes grandeurs ; 2° à celle de YÉther cantharidal (Etlinger), à l'aide duquel on obtient le Taffetas et le Papier vésicants. La Pommade de Cantharidine (Soubeiran) est formée de 5 centigrammes du principe actif dans 30 grammes d'axonge.

PEPSINE, Pepsina seu Pepsinum. Angl. Pepsin. — Ail. Verdaungstoff.

La Pepsine ou Chymosine (Deschamps), Gastérase (Payen), est une substance quaternaire azotée, ayant pour formule approximative G5H6Az202, et se comportant à peu près à la manière des bases, puisqu'elle forme avec les acides acétique, chlorhydrique, etc. , des sels bien définis. Elle paraît également susceptible de se combiner avec les chlorures alcalins. Pure et parfaitement desséchée, elle se présente sous forme d'une poudre blanche amorphe soluble dans l'eau et pourvue d'une réaction alcaline, mais dépouillée de toute propriété catalytique spéciale. Impure et retenant des traces d'acide acétique et une notable proportion d'eau, c'est une matière jaunâtre visqueuse, d'une odeur animale particulière. Amenée à siccité dans cet état, elle prend l'apparence d'un vernis et se détache en écailles transparentes, comme de la gomme.

Action physiologique. — La Pepsine est l'agent essentiel de la digestion stomacale ; son action s'exerce sur les matières protéiques : caséum, albumine, fibrine, etc., qu'elle dissout ou désagrège, de manière à les rendre dialysables et assimilables. Liquéfiées ainsi, ces matières albuminoïdes prennent le nom de peptones. La Pepsine, extraite de l'estomac des porcs ou de la caillette des ruminants, exerce dans un verre de montre cette action catalytique sur la chair des animaux et sur le blanc d'œuf coagulé, seulement on ne connaît pas exactement la valeur de son pouvoir dissolvant. Tout ce que nous savons, c'est que 1 gramme du mélange de Pepsine et d'amidon, préparé par Boudault, transforme environ 6 grammes de syntonine en une matière gélatineuse et difïluente. D'après d'autres expériences, il ne faudrait pas moins de 25 centigrammes de Pepsine pour dissoudre une égale quantité de coagulumalbumineux dans l'espace de vingt-quatre heures (Sieveking). Ce résultat est singulièrement favorisé par la présence des acides libres, notamment de ceux qui, comme l'acide lactique ou l'acide chlorhydrique, font naturellement partie du suc gastrique des mammifères. Au contraire, la fermentation peptique est retardée ou empêchée par les divers agents qui s'opposent aux fermentations en général : tels sont le froid, une température supérieure à 75 degrés centigrades, l'alcool concentré, les sels solubles de fer, de plomb, de cuivre à hautes doses, le sublimé corrosif, le tannin, la créosote, etc.

Substances synergiques, auxiliaires. — La Pepsine est le premier des agents cataly tiques dont le médecin emprunte la puissance pour favoriser la digestion, c'est-à-dire la métamorphose des matières alimentaires ; mais elle a des analogues, non-seulement dans les diastases salivaire et pancréatique, mais encore dans un grand nombre de substances organiques qui mériteraient de former une classe spéciale au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique. De ce nombre sont les liqueurs en voie de fermentation alcoolique, acétique et lactique, et retenant leurs ferments spéciaux : ainsi le vin et le cidre nouveaux non soutirés, la choucroute et les soupes aigres des

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