‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 243 sur 276 · PEPSINE · texte numérisé non relu

PEPSINE

pays du Nord de l'Europe, les choux confits dans de l'eau panée, aigrie, des contrées orientales, le sérum qui fermente, enfin les différentes sortes de bières. L'extrait de malt, qui n'est autre qu'une bière concentrée, agit moins par ses qualités nutritives que par le ferment qu'il introduit dans l'économie. Certains aliments en voie de transformation, et dont les molécules sont pour ainsi dire ébranlées, comme le pain et le fromage, viennent eux-mêmes en aide aux facultés digestives languissantes. Mais la Pepsine trouve de véritables synergiques dans les acides acétique, citrique, et surtout dans les acides lactique et chlorhydrique, dont l'action dissolvante, par rapport à la fibrine, est des plus remarquables (Mialhe, Bouchardat, ïhore, Adrian et Bricheteau).

Substances antagonistes. — Les alcalins et les basiques, en d'autres termes les antacides, paralysent l'activité de la Pepsine lorsqu'ils sont en excès. Il en est de même des spiritueux et des astringents à hautes doses, ainsi que des sels métalliques capables de précipiter la Pepsine de ses dissolutions aqueuses.

Usages. — La Pepsine n'est, à proprement parler, ni un tonique, ni un reconstituant; c'est un succédané du suc gastrique normal, pouvant tenir utilement la place de ce dernier quand la digestion stomacale est défectueuse ou absente. En qualité d'agent de la digestion, elle contribue indirectement à la réparation des organes et à la restauration des forces. Les indications de son emploi sont nettes et précises : souveraine dans la dyspepsie asthénique ou torpide avec insuffisance de suc gastrique, elle ne constitue qu'un adjuvant dans les dyspepsies acescentes et douloureuses,, souvent compliquées à la vérité d'un certain degré d'apepsie, quand elles ne dépendent pas de ce dernier état morbide. En conséquence, on prescrira la Pepsine lorsqu'il y aura perte d'appétit, répugnance pour les aliments, digestion lente et laborieuse avec sensation de pesanteur à l'épigastre, distension et flatulence stomacale, diarrhée lientérique ou vomissements dans lesquels on reconnaît les aliments inaltérés.

Depuis que Lucien Corvisart a introduit ce médicament dans la pratique médicale, il a rendu des services incontestables à un grand nombre de malades atteints de dyspepsie atonique (Rilliet, L. Fleury, Dechambre, Debout, Tosi, Strambio, Chambers, Trousseau et Pidoux, Bouchardat, Nonat, Bayard, Fonssagriws). Maintenant cette dyspepsie peut exister à l'état protopathique, comme dans l'apepsie des enfants, décrite par Ern. Barthez, ou bien à titre d'accident secondaire dans le cours ou à la suite d'une autre affection. Elle se rencontre dans la convalescence des maladies aiguës, telles que la fièvre typhoïde, où elle a été combattue efficacement par Longet, Rilliet, Godard, etc. , ou comme conséquence de la gastrite ; ou bien comme expression d'une névrose générale, des émotions tristes, de la chlorose et des anémies, à la suite de l'abus des plaisirs de la table et de ceux de l'amour, sous l'influence énervante de la chaleur ou dépressive du froid, dans les dia-

thèses herpétique, rhumatismale et goutteuse, et dans quelques autres circonstances encore.

En facilitant la digestion, la Pepsine fait disparaître divers symptômes locaux plus ou moins étroitement enchaînés à la mauvaise élaboration des substances alimentaires dans l'estomac : par exemple, la gastralgie, quelquefois la pyrosis, la diarrhée et les vomissements. L. Gros se loue beaucoup de l'emploi de ce remède dans le traitement des vomissements opiniâtres de la grossesse.

Malgré les nombreux succès dont la Pepsine a été l'instrument entre les mains des praticiens les plus compétents et les plus autorisés, quelques médecins, s'appuyant sur les expériences de laboratoire, refusent de croire à l'efficacité de ce moyen thérapeutique. Mais l'observation clinique donne de toutes parts des résultats trop concordants pour qu'il soit permis de les révoquer en doute ; nous n'avons qu'à les accepter et à interpréter. Or, il ne me semble pas que la Pepsine soit utile par le seul fait de la petite quantité de fibrine qu'elle dissout; elle le devient davantage, h mon avis, par l'activité qu'elle imprime à la muqueuse stomacale, dont elle est sans doute le meilleur stimulant.

Modes d'administration et doses. — Par suite de la difficulté de s'en procurer des doses un peu considérables, la Pepsine ne s'administre pas à l'état d'isolement; on la donne toujours, soit en dissolution dans l'eau, soit mélangée avec une poudre inerte. En outre-elle est ordinairement additionnée d'acide lactique ou chlorhydrique, ou de quelque autre adjuvant.

La Poudre nutrimentive (L. Corvisart) se compose de : Pepsine neutre, 50 centigrammes; acide lactique, 3 gouttes; amidon, 50 centigrammes. C'est . cette même poudre qui, préparée industriellement, est connue sous le nom de Pepsine de Boudault. On peut en augmenter les vertus digestives en y ajoutant des proportions plus ou moins fortes d'acide lactique ou d'acide chlorhydrique, ce qui donne la Pepsine acidulée. Parfois enfin on associe la Pepsine amylacée à l'opium pour calmer la gastralgie concomitante de l'apepsie. La Poudre de Pepsine amylacée est fractionnée par doses d'environ 1 gramme, et l'on en prend un paquet au début ou dans le cours du repas, soit dans la première cuillerée de potage, soit dans du pain azyme.

La Liqueur de Pepsine, ou Liquor pepticus (Morson)> est une solution de ce principe actif dans de l'eau salée. Squire recommande de la préparer avec k grammes de Pepsine dans 30 grammes de véhicule.

Le Sirop de Pepsine (L. Corvisart) se compose de 6 grammes de Pepsine amylacée, neutre ou acide, dissous dans 20 grammes d'eau, et ajoutés à 70 grammes de sirop de cerises acidulés. La dose est d'une cuillerée à soupe, soit environ 1 gramme de Pepsine, pour les adultes, et d'une demi-cuillerée pour les enfants.

VÉlixir de Pepsine (Mialhe) est préparé avec : Pepsine amylacée de Corvisart et Boudault, 6 grammes; eau distillée, 1k grammes; vin blanc de

Page 1