DIGITALE
nuation progressive, puis de la suppression totale d'une pulsation sur deux en passant par un rhythme formé d'une série de paires de révolutions cardiaques, dans chacune desquelles la première contraction ventriculaire est forte et la seconde faible, avec un pouls véritablement redoublé, analogue au pouls dédoublé de la fièvre typhoïde (Gubler). A mesure que le nombre des pulsations diminue, le pouls devient plus plein, plus fort et plus résistant, et la colonne de mercure, dans rhémodynamomètre, s'élève beaucoup plus haut à chaque coup de piston du cœur (CI. Bernard). La Digitale n'est donc pas un hyposthénisant de la circulation centrale, elle en est plutôt le régulateur et le tonique : elle est moins l'opium du cœur qu'elle n'en est le quinquina (Bouillaud).
Mais tandis que des doses modérées ralentissent et régularisent les battements cardiaques en élevant la tension vasculaire, des doses toxiques ramènent, par un autre mécanisme, la précipitation et le désordre dans ces battements. D'où la nécessité de surveiller la Digitale dans chaque cas particulier, d'autant plus que quelques médecins ont cru reconnaître des inconvénients sérieux, même à des doses faibles, mais longtemps répétées : ce qu'ils attribuaient à X accumulation d'action de la substance. A la vérité, ces inconvénients n'ont pas été constatés par la majorité des observateurs, et s'ils existent, on est en droit de les attribuer plutôt aux accumulations de doses lorsqu'on fait usage de pilules renfermant la Digitale en nature.
Substances synergiques-auxiliaires. — La Digitale est jusqu'ici le seul poison de son genre ; mais, comme diurétique, elle a des analogues dans le règne organique : Scille, Asperge sauvage; et dans le règne minéral : nitrate et acétate de potasse, bromure de potassium, etc. , sans compter le froid.
Substances antagonistes , incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes de la Digitale sont la chaleur, les aromatiques, les alcooliques, l'ammoniaque et les stimulants diffusibles, l'opium et les agents narcotiques congestionnants.
Pereira pense que le tannin peut lui servir de contre- poison, comme aux alcaloïdes proprement dits. Les antidotes dynamiques sont les antagonistes indiqués ci-dessus, et spécialement les alcooliques et les stimulants diffusibles.
Usages. — A litre de galvanisants des nerfs cardiaques et du système vaso-moteur en général, la Digitale et la Digitaline sont rationnellement indiquées dans tous les cas où l'atonie paralytique de cet appareil nerveux, complexe, constitue le phénomène morbide fondamental, ou bien l'un des éléments importants de l'affection. De ce genre sont : les palpitations asthéniques, idiopathiques des sujets nerveux, l'asyslolic des maladies organiques du cœur, les fluxions sanguines viscérales, l'éréthisme fébrile, qui est la plilogose légère de tout L'organisme, et même les inflammations localisées. Indirectement, en diminuant le calibre des capillaires, la Digitale sert a prévenir et à réprimer les hémorrhagies qui se font par les petits vaisseaux. On l'a conseillée surtout contre les métrorrhagies. Par son action diurétique, la Digi-
taie rend des services dans les hydropisies et dans les conditions pathologiques : albuminurie, goutte, gravelle, où l'on veut favoriser la diurèse et l'élimination de produits excrémentitiels sans accroître la congestion rénale.
Ce médicament a reçu à tort d'autres applications fondées sur une mauvaise interprétation de son activité physiologique. Ainsi, on l'a souvent administré à des sujets menacés d'apoplexie ou atteints d'anévrysmes, sous le prétexte de calmer le cœur et de diminuer par là les chances de rupture de l'aorte, par exemple, ou de déchirure de la substance cérébrale. Nous savons maintenant ce qu'il faut penser de cette prétendue asthénie cardiaque produite par la Digitale. Cette substance est hémostatique parce qu'elle agit sur la contraction des capillaires et quoiqu'elle augmente la force d'impulsion du cœur.
La Digitale ne doit être employée dans la lièvre que quand l'excitation circulatoire se trouve hors de proportion avec les autres phénomènes principaux. Elle convient à de certaines palpitations nerveuses, par défaut d'innervation cardiaque, et non à celles qui dépendent d'une stimulation excessive et désordonnée du centre circulatoire. Aussi manquent -elle souvent son elfet dans les palpitations purement névropathiques (Trousseau et Hdoux). Elle produit, au contraire, presque toujours ses effets physiologiques dans les affections chroniques-organiques du cœur où domine Yamyosthénic cardiaque. Seulement cette action physiologique n'amène pas toujours des conséquences thérapeutiques également favorables. L'augmentation de puissance de la contraction musculaire du cœur a tout son effet utile dans le rétrécissement aortique ou pulmonaire, tandis qu'elle rend de mauvais services dans les cas d'insuffisance mitrale. La Digitale n'est pas non plus bien efficace dans la dégénérescence graisseuse ou l'atrophie avec dilatation (anévrysme vrai) du cœur.
Conseillée avec instance, par un grand nombre de praticiens, contre la phthisie pulmonaire, la Digitale ne trouve pas, dans cette cruelle maladie, inflammatoire et fébrile, d'indications spéciales à remplir, si ce n'est lorsque, les tubercules dominant à gauche, il existe, selon la remarque de Bouillaud, une excitation circulatoire de voisinage.
Dans la pneumonie, elle peut diminuer l'hypérémie et la fièvre, et favoriser la circulation au travers du poumon condensé. Dans l'aliénation et l'épilcpsie, elle agit aussi comme contre-stimulant.
On l'a prescrite contre l'asthme (Ferriar); mais il y a deux espèces d'asthme au point de vue des conditions fonctionnelles du système nerveux (voy. Oxygène), et nous pensons que la Digitale convient à la névrose que calme le bromure alcalin. Elle est également indiquée (L. Corvisart, Duclos, etc. ) dans la spermatorrhée d'un caractère irritatif, où le spasme est symptomatiquede l'hypérémie.
Enfin, la Digitale donne d'excellents résultats dans le delirium tremens; mais elle doit être réservée (Gubler) pour cette période du mal où la congestion des centres nerveux a fait place a l'état asthénique ou d'abincitalion qui réclamait l'emploi des stimulants di (fusibles et des hypérémiants, tels que les alcooliques et l'opium.