‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 48 sur 276 · FÈVE D'ÉPREUVE DU CALABAR · texte numérisé non relu

FÈVE D'ÉPREUVE DU CALABAR

de la pupille, qui devient poncli forme (Fraser, Robertson, Bowman, Donders, von Grafe, G irai dès, Vée, etc.). Cela coïncide avec la contraction do muscle ciliaire et le changement de courbure du cristallin, et s'accompagne d'une sensation de fourmillement, de tension, de gêne dans l'intérieur de l'œil, qui augmente pendant les essais d'accommodation, ainsi que d'un défaut de vision distincte aux distances moyennes, et d'une sorte de myopie temporaire. Ce phénomène est constant lorsque la solution d'extrait ou de sulfate d'Ésérine est instillée entre les paupières et agit directement sur le globe oculaire. ïl manque au contraire assez souvent, quelquefois même ii est remplacé par la dilatation pu pi lia ire, quand le poison a été administré par les premières voies (Fraser, Yée).

Introduits dans l'estomac, la Fève d'épreuve et ses dérivés déterminent, au bout de dix minutes environ, les symptômes suivants : pesanteur de tête, vertiges, troubles spéciaux de la vue, nausées, tout cela augmentant quand la vue se porte en haut (Leieinturier) ; faiblesse musculaire, tremblement dans les membres (Gubler) ; peau froide, pâleur du visage, puis rougeur réactionnelle, ralentissement du pouls, vomissements.

Si la dose est toxique, comme dans l'épreuve juridique des Nègres, elle produit une soif subite et intense, qui devient de plus en plus pénible; la déglutition se montre difficile et même impossible, la salive s'échappe de la bouche, des secousses et de véritables convulsions agitent les muscles, surtout ceux du dos ; l'intelligence reste indemne, et la mort survient en trente minutes, à moins que des vomissements ne se produisent, ce qui sauve le sujet (Fraser). Dans les empoisonnements accidentels de Liverpool, le même auteur a constaté des symptômes analogues, et a noté, dans un certain nombre de cas, l'absence de contractilité pupilîaire.

Chez les animaux, on a également constaté cette absence, et l'on a observé des contractions fibrillaires, des mouvements convulsifs, l'écoulement d'une bave écumeuse, des états pupi II aires variés ; ensuite la paralysie du train postérieur, finissant par s'étendre au tronc et aux membres de devant, le ralentissement et l'affaiblissement de la circulation, une gêne respiratoire extrême et la mort (Fraser).

Appliqué sur les tissus musculaires, l'extrait alcoolique y abolit la contractilité. Le cœur subit cette action comme les autres muscles.

Substances synergiques-auxiliaires. — Comme antimydriatique, et même comme résolutif du système musculaire, l'opium est synergique de la Fève du Calabar.

Substances antagonistes. ■ — Antidotes. — En ne tenant compte que de la seconde série des symptômes observés chez les animaux, ou de la période de collapsus, on a cru trouver un antagonisme parfait entre la Fève d'épreuve et les Strychnos. Dans celte vue, la Fève du Calabar et la noix vomique, l'Ésérine et la strychnine ont été administrées simultanément ou successivement, mais les résultats n'ont pas été satisfaisants, en ce sens que la rigidité

tétanique s'est continuée clans les membres supérieurs, malgré la paralysie dont l'extrait de Fève du Calabar avait frappé le train de derrière. Ainsi, les deux poisons agissaient chacun de son côté. On ne peut donc compter sur la strychnine pour combattre l'empoisonnement par i'Éséré ; mais il faudra s'adresser à l'opium, aux alcooliques, à l'ammoniaque, au café et aux stimulants difïusibles, après avoir donné le tannin comme contre- poison chimique.

Usages. — Jusqu'ici la Fève du Calabar n'a guère été employée que pour son action antimydriatique, soit lorsque la dilatation pupillaire était spontanée et morbide, rhumatismale ou par cause traumatique, soit lorsqu'elle avait été déterminée, accidentellement ou volontairement, par la belladone ou l'atropine. Seulement, l'application de l'extrait de Calabar doit être répétée plusieurs fois, pendant que l'appareil visuel reste sous l'influence de la Belladone, et employé à doses fortes, parce que son action est à la fois beaucoup moins durable et incomparablement moins énergique que celle de l'agent mydria- . tique.

La Fève du Calabar sert également à rompre les adhérences contractées par l'iris, tant avec la face postérieure de la cornée qu'avec la capsule antérieure du cristallin. A l'intérieur, on l'a donnée contre la chorée et pour combattre les effets de la Belladone et de l'Atropine (Sédillot).

L'Esérine est appelée à rendre les mêmes services. Déjà Fano, Gallard et A. Dufour l'ont utilisée dans la mydriase artificielle. De mon côté, je l'ai employée avec avantage dans un cas de paralysie de la troisième paire avec mydriase, et j'ai pu observer chez le sujet, pendant toute la durée de l'action de l'Esérine, non-seulement une vision plus distincte, mais encore un soulagement très-prononcé de la gêne douloureuse dont le globe oculaire était le siège, J'ai réussi également à déterminer, par l'introduction dans l'œil de quelques gouttes de sulfate d'Ésérine au 1/1000% la rupture d'adhérences filamenteuses de la pupille avec la capsule du cristallin, consécutives à une iritis varioleuse.

Comme exemple d'emploi dans la médication interne, A. Vée mentionne un cas de contracture symptomatique des extrémités inférieures, où l'Esérine fut essayée en injections hypodermiques sans résultat appréciable. J'ai moi-même fait, sans beaucoup de succès, quelques tentatives avec cet alcaloïde, notamment chez une femme affectée de mouvements choréiformes, et qui prit jusqu'à 10 milligrammes de sulfate d'Ésérine dans une seule journée. Mais l'expérience est insuffisante, et toute conclusion serait actuellement prématurée.

Modes d'administration et doses. — La Fève du Calabar se donne en poudre, à la dose de 5 centigrammes d'abord, qu'on porte ensuite à 15 et à 30 centigrammes. L'extrait alcoolique doit se prescrire à la dose de 1 centigramme seulement, renouvelée plusieurs fois dans la journée.

Pour l'usage externe, on peut employer l'extrait alcoolique, délayé dans l'eau, ou bien une solution glycérinée étendue sur du papier d'après la méthode de Streatfîeld. Les papiers gradués de Leperdriel, divisés en centimètres et milli-

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