GOMME-GUTTE
Outre la Gomme arabique proprement dite, on trouve dans le commerce
la Gomme du Sénégal (voy. plus bas) ; la Gomme des Indes orientales, fournie par Y Acacia arabica; la Gomme du Cap, due à VA. Karoo; la Gomme de Barbarie, produite par VA. gummifera. Enfin, les A. tortilis et A. Ehrenbergii fournissent peut-être une partie de la Gomme arabique vraie.
Composition. — La Gomme arabique vraie est une substance ternaire, C,2H10O10, uniquement constituée par VAra bine, matière gommeuse, soluble dans l'eau froide, avec de l'eau et des cendres en petites proportions.
Action physiologique. — A part les effets adoucissants locaux, et son rôle d'enduit, capable de soustraire les surfaces irritées au contact de l'air et des corps étrangers, la Gomme arabique est dénuée de toute action physiologique. Les effets observés chez les animaux (Viborg, Scbeele, Hartwich) et sur l'homme (Regnandot), à la suite de l'injection dans les veines de solutions de gomme plus ou moins chargées et abondantes, sont ceux que détermine tout corps étranger introduit à closes un peu massives dans la circulation sanguine. Quant à l'action sédative des boissons gommées sur les inflammations des voies urinaires, elle s'explique par l'introduction dune plus grande quantité d'eau dans les sécrétions et par l'influence de voisinage exercée sur l'appareil urina ire par le tube digestif constamment baigné d'un liquide émollient.
Usages. — La Gomme arabique est un émollient usité dans les irritations de la gorge, du tube digestif, ainsi que dans celles des voies respiratoires et urinaires.
En qualité de substance colloïde, la Gomme est extrêmement peu dialysable ci se prèle mal aux phénomènes exosnotiques que les boissons aqueuses tendent à provoquer sur le canal intestinal. Sa présence, en quantité un peu considérable, dans l'eau, a donc pour effet de prévenir, d'atténuer l'entérorrhée, qui ne manque pas de se produire quand on abuse des liquides aqueux.
Tel est l'avantage de la solution de gomme sur la plupart des autres tisanes. Mais, en même temps qu'elle empêche Pexosmose, la Gomme s'oppose à l'absorption, et son mucilage esl administré dans les empoisonnements, tant pour diminuer la diosmose que pour enduire la muqueuse gastrique irritée.
La poudre de (minute sert à arrêter l'écoulement sanguin qui se fait par les piqûres de sangsues.
On emploie la Gomme en pharmacie, soit en 'poudre, soit en mucilage, comme excipient et correctif d'un grand nombre de médicaments.
Moin s D'ADMINISTRATION ET doses. — La Gomme se donne à doses illimitées : en morceaux, qu'on laisse fondre lentement dans la bouche ; en poudre, qu'on fait dissoudre dans l'eau, c'est-à-dire en tisane; m pastilles (angl. lozenges), et en sirop.
GOlH9lE-(3UTTE. Gomme-résine de VHebradendron cambogioïdes, Graham ; Cnmho'pa yutta, L — GUTTIFÈKES.
Angl. Gamboge. — AH. GummiGutt.
V ffebradendron cambogioïdes habite Geylan et l'archipel indien. La substance usitée en médecine est le suc laiteux qui découle de ses rameaux et de ses feuilles, concrété et durci.
Composition. — La Gomme-gutte, analysée par Braconnot, John et Christison, renferme de la résine, une gomme soluble, du ligneux, de !a fécule et de l'eau.
La résine, ou acide Cambogique, Ci0H23O8, friable, d'un jaune orangé, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, forme des sels avec les alcalis. C'est le principe actif de la Gomme-gulte ; 25 centigrammes procurent d'abondantes selles aqueuses, sans colique ni aucun malaise.
Action physiologique. — La Gomme-gutte est un irritant énergique de la muqueuse digestive. A faible dose, elle augmente simplement les sécrétions du canal alimentaire et des reins, et donne lieu à des garde-robes plus fréquentes. A doses fortes ou excessives, elle occasionne des nausées, des vomissements, des coliques, des selles aqueuses, des émissions d'urine plus abondantes, avec dépression du système vasculaire, douleurs de ventre à la pression, refroidissement des extrémités, le tout suivi quelquefois d'un état syncopal et de la mort. A l'examen cadavérique, on trouve la muqueuse du canal digestif enflammée, ulcérée et même mortifiée. Si l'issue est favorable, on observe consécutivement la continuation des tranchées ou des coliques, des épreintes, du ténesme, des selles muqueuses et même ensanglantées, comme dans la dysenterie spontanée.
La Gomme-gutte est donc un purgatif hydragogue qui, pour être moins violent que l'huile de Croton, n'en est pas moins l'un des plus redoutables d'entre les drastiques.
Ses inconvénients sont d'exciter facilement les vomissements ou du moins les nausées, en raison de sa facile solubilité dans le suc gastrique. Mais il possède l'avantage d'exciter la diurèse, en même temps que l'hypercrinie séromuqueuse de l'intestin. L'action congestionnante sur les organes pelviens est supérieure, d'après Sundelin, à celle de l'Aloès.
Substances synergiques, auxiliaires. — Ce sont l'Aloès, le Jalap, la Scammonée, l'extrait de Coloquinte, et les autres purgatifs résineux et drastiques.
Substances antagonistes. — Antidotes. — Les émollients et les mucilagineux, les narcotiques, sont, jusqu'à un certain point, contraires à l'action irritante de la Gomme-gutte, mais ne méritent pas d'être appelés ses antidotes. Hahnemann prétend que l'alcali du tartre, à savoir, le sous-carbonate de potasse, atténue ses elfets irritants.
Usages. — La Gomme-gutte est indiquée toutes les fois qu'il s'agit d'obtenir une forte purgation, de congestionner l'utérus et la fin de l'intestin, de développer les hémorrhoïdes, et de provoquer le flux cataménial chez un sujet dont le tube digestif est languissant et dont l'aménorrhée est torpide. Dans les conditions opposées, ce drastique peut être dangereux.
(jQUDRON VÉGÉTAL. ilx\
Tantôt on recherche les effets directs et primitifs, lorsque, par exemple, on veut triompher d'une constipation habituelle ou accidentelle. Tantôt on veut obtenir indirectement par le mécanisme de la révulsion ou de la dérivation, soit l'atténuation d'une fluxion ou d'un travail morbide quelconque, soit la résorption d'épanchements dans le tissu cellulaire et les séreuses. C'est ainsi que la Gomme-gutte devient un agent efficace de la thérapeutique des affections cérébrales et des hydropisies liées aux maladies du cœur ou bien à une dyscrasie sanguine. Elle est aussi employée comme vermifuge, et fait partie constituante du remède de madame Nouffer.
Modes d'administration et doses. — La Gomme-gutte, prise isolément, constitue un laxatif doux, à la dose de 10 à 20 centigrammes, répétée deux à quatre fois par jour ; un purgatif puissant, à la dose de 50 centigrammes et au delà. On l'emploie ordinairement en pilules.
On en fait un savon qui s'emploie de même.
Cette substance entre dans la composition de la Teinture de Gomme-gutte, avec le sous-carbonate de potasse et l'alcool faible ; dans celle des Pilules écossaises, des Pilules de Gomme-gutte composées, et d'un certain nombre de préparations tombées en désuétude.
gomme DU SÉNÉGAL. Fournie par les Acacia Verek, Adans. ; A. Seyal, Delile ; A. ver a, AYilld. — LÊGUMINEUSES-MlMOSÉES. Angl. Gum Sénégal.
La Gomme de notre colonie du Sénégal offre les mêmes propriétés et la même composition chimique que la Gomme arabique vraie. Elle agit de même, et sert exactement aux mêmes usages.
goudrox végétal. Provenant du Pinus maritima, L. — Conifères. Angl. Wood Tar. — AU. Teer Flussiges.
Tous les arbres résineux peuvent fournir du Goudron par leur combustion incomplète. En France, c'est du Pin maritime, qui couvre les Landes, que nous l'extrayons.
Composition. — Le Goudron est une matière très-complexe, dont les principaux ingrédients sont : une résine empyreumatique (pyrètine), une huile pyrogénée [pyroléiné), de la colophone, de l'huile de térébenthine, de l'acide acétique et de l'eau. 11 faut y joindre un certain nombre de produits pyrogénés, décorés des noms les plus bizarres et les plus sonores, dont le plus important est la Créosote, découverte par Reichenbach. Soumis à la distillation, il laisse dégager de Yacide pyroligneux^ de Yhuile volatile de Goudron, et donne pour résidu de la poix. Dans l'huile volatile, Pereira a distingué trois substances qu'il nomme : résinouc, résinéonc et résinéine.
Il se sépare spontanément du Goudron une solution aqueuse, très-chargée des principes actifs de ce composé, laquelle, d'après Derlon (ils, remplacerait avantageusement toutes les liqueurs de Goudron préparées en pharmacie.
Le Goudron est soluble dans l'alcool, i'éther, les huiles fixes et volatiles.
Action physiologique. — Analogue à celle des balsamiques, spécialement de la térébenthine, elle en diffère, cependant, par la présence de l'acide acétique, de la créosote et des produits pyrogénés, qui sont fortement styptiques. Aussi le Goudron est-il plus astringent et moins stimulant que la térébenthine.
Localement et à petite dose, le Goudron stimule la contractilité des capillaires, resserre les tissus et les fait pâlir. A cette action positive peut succéder une réaction qui ramène une dilatation exagérée des vaisseaux sanguins et un accroissement de volume et de chaleur dans la région ; ce sont les effets négatifs du Goudron. En masse plus considérable, il détermine d'emblée une vive irritation. Dans la bouche, il excite la sécrétion salivaire et donne une sensation d'astriction. Dans l'estomac, il produit des phénomènes analogues; mais, s'il est ingéré en trop grande quantité, il en résulte des vomissements, des douleurs de ventre et de reins. La vapeur de Goudron, chauffée, occasionne l'irritation de la muqueuse respiratoire et une hypercrinie de cette membrane. Absorbés, les principes actifs du Goudron stimulent le centre circulatoire, réduisent le calibre des capillaires sanguins, et produisent d'autres modifications dans les organes sécréteurs par iesquels se fait leur élimination. Ils diminuent la sécrétion des muqueuses et augmentent celle d'autres organes, tels que les reins.
On a vu l'urine prendre, durant»l'usage du Goudron, une teinte rongeât re et une odeur caractéristique qui se retrouve également dans d'autres produits. En pareil cas, l'acide nitrique dénoterait dans le liquide urinai re la présence des principes résinoïdes, en déterminant un précipité soluble dans I'éther et l'alcool.
Tels sont les effets physiologiques du Goudron sur l'homme. Ils seraient semblables sur les animaux supérieurs. En outre, ce composé paraît exercer une influence fatale sur les organismes placés au bas de l'échelle : mycodermes et autres mucédinées jouant le rôle de ferments. Toujours est-il qu'il arrête la putréfaction et les autres décompositions organiques, en même temps qu'il masque les odeurs des produits de la fermentation putride.
Usages. — A l'extérieur, on emploie le Goudron pour affermir, déterger et désinfecter les plaies, dont il favorise ainsi la cicatrisation ; pour modifier les dartres rebelles de forme squameuse.
On le prescrit, à l'intérieur, comme tonique de l'estomac, dans la dyspepsie torpide ; comme astringent et détersif, dans les affections inflammatoires et ulcéreuses des premières voies : comme anticatarrhal et diurétique, comme hémostatique, et, en inhalations, comme tonique de la muqueuse des voies respiratoires. Les principales maladies qui réclament son emploi sont : la bronchite et la laryngite chroniques, compliquées ou non de tubercules ; la cystite catarrhale, la leucorrhée et la blennorrhagie. Même dans la tuberculisation pulmonaire, les préparations de Goudron, en diminuant les sécrétions mu-