XIV PRÉFACE
avec les gaz de la respiration, tandis que la résine acide, se combinant avec l'alcali du sang, se retrouve dans la sécrétion rénale à l'état de résinate de soude.
Mais il s'en faut bien que les agents de la matière médicale soient toujours repoussés de l'économie avant d'avoir pénétré dans la trame de nos tissus. J'ai établi ailleurs que plusieurs substances, notamment l'Arsenic, combinées avec le plasma et se substituant parfois à des éléments normaux , deviennent pour un temps partie intégrante de l'organisme. En ce cas, la portion contenue dans les épithéliums, les poils et les ongles, abandonne le sujet au fur et à mesure que tombent ces éléments caducs.
Ce qui a lieu pour les médicaments altérants pourrait bien se reproduire en partie à l'occasion des modificateurs temporaires, et je considère comme vraisemblable la combinaison ou, si l'on veut, la pénétration momentanée des divers principes actifs de l'Opium, de la Belladone, du Quinquina, etc., dans les parenchymes, spécialement dans le système nerveux. Cette intussusception serait même la condition de la mise en jeu des propriétés du médicament, qui aurait ainsi, de même que l'Arsenic ou le Tartre stibié, le pouvoir d'exciter ou d'entraver directement les actes organiques du tissu pénétré par lui. A part les cas où le grand sympathique est atteint d'emblée par la substance active, les troubles du système vaso-moteur, avec l'hypérémie ou l'ischémie consécutive, ne seraient que des phénomènes secondaires,
Si les agents toxiques de la matière médicale vont dans l'intimité des tissus modifier les fonctions de leurs parties élémentaires, il en est d'autres, moins héroïques et plus voisins des aliments, qui favorisent la genèse des éléments histologiques et surtout des globules sanguins. De même que l'albumine est indispensable au développement des utricules végétaux, de même la graisse et la glycose sont le point de départ nécessaire des cellules embryonnaires chez les animaux. Il semble donc que, pour réaliser la formation d'un organe ou d'un individu rudimentaire, il faille la réunion de deux matières caractérisant chacune l'un des embranchements de l'empire organique, et constituant, pour ainsi dire, un couple histoyénique. Mais l'espèce du sucre, de la matière grasse ou de la substance protéique
PRÉFACE
n'est pas chose indifférente, et, dans mon opinion, le foie est chargé de fabriquer de la graisse en même temps que de la zoamyline pour alimenter la production des hématies et des tissus organiques. En me plaçant à ce point de vue, j'ai été conduit à considérer l'huile de foie de Morue non plus comme un médicament iodique, bromuré et phosphoré, ni simplement comme un aliment respiratoire, mais bien comme la première des substances histogéniques.
La transmutation des forces se réalise dans les êtres vivants, ainsi que je l'ai professé dès 1858, non-seulement entre les lorces physiques, mais aussi entre ces dernières et les forces organiques. Depuis cette époque, la théorie de la corrélation des forces a trouvé sa confirmation dans quelques résultats expérimentaux, notamment dans les belles recherches de M. J. Béclard sur la contraction musculaire. Elle se trouve exposée dans plusieurs travaux remarquables, et M. le professeur Gavarret en a fait l'objet de considérations élevées dans ses leçons de physique biologique. Cette grande idée, entrevue par le génie d'Aristote, perdue pendant une longue suite de siècles et retrouvée de notre temps par des géomètres et des physiciens, puis vulgarisée par les savantes publications de Grove, me semble dès aujourd'hui susceptible de s'appliquer utilement à l'interprétation de certains faits thérapeutiques.
En étudiant le mode d'action des agents réputés antidéperditeurs, j'ai cru reconnaître que la plupart d'entre eux, cédant à l'économie la force dont ils sont chargés à la manière d'un fulminate, ralentissent ainsi le mouvement de dénutrition et la combustion des matières usées que ce travail rend disponibles. Le Café, le Thé, la Coca, me paraissent capables d'intégrer directement de la force dans le système nerveux, aussi bien que le fait un courant électrique à l'égard du système musculaire, d'après des expériences qui me sont personnelles. Je propose, en conséquence, d'accorder à ce groupe thérapeutique la dénomination de médicaments dynamophores ou dynamisants. Ces agents ne sauraient tenir lieu des aliments plastiques; ils ne suppléent que momentanément, je ne dis pas les aliments respiratoires, qui sont aussi destinés à la réparation des organes, mais les principes combustibles provenant de la désassimilation, et dont la combinaison avec l'oxygène est la source,