‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 61 sur 276 · GRENADIER · texte numérisé non relu

GRENADIER

Composition. — Vauquelin y a trouve une matière gommeuse brune, une matière résineuse très-amère, soluble dans l'alcool et clans l'eau à la faveur des autres principes; de l'acide raalique, un autre acide indéterminé, du ligneux, de la chaux et de la silice.

La substance amère, ou Gratioline (Alibert), est le principe actif de la plante.

Action physiologique. — La Gratiole possède une saveur amère et nauséeuse, et jouit de propriétés éméto-cathartiques d'une énergie comparable à celle de la Coloquinte. Des doses excessives produisent des superpurgations violentes avec coliques atroces, syncopes, crampes, refroidissement, selles sanglantes, inflammation consécutive de l'intestin, ictère, etc. La mort a été la conséquence de ces désordres chez des chiens soumis à l'expérience par Orfila.

Bouvier a observé quatre cas de nymphomanie chez des femmes qui avaient pris un lavement de Gratiole, et le fait a été observé depuis (Mérat et de Lens).

Usages. — Comme tous les drastiques, la Gratiole est utile dans les hydropisies, la congestion et l'apoplexie cérébrales, les maladies du cœur, certains engorgements viscéraux. Par l'intensité de son action spoliatrice, elle peut conjurer un accès de fièvre, une attaque de goutte, ou supprimer momentanément un écoulement uréthral. Elle convient particulièrement dans les affections apyrétiques, chez les sujets d'un tempérament lymphatique, d'une structure molle. l>lle est, au contraire, contre-indiquée quand il existe de la fièvre, de l'irritabilité et, à plus forte raison, de la phlogose des premières voies ou des annexes du tube digestif, ainsi que de la congestion utérine et des règles trop abondantes. D'après les observations de Bouvier, on devrait aussi s'en abstenir quand on a lieu de craindre un éréthisme génital excessif. Les paysans robustes s'en servent comme d'un purgatif habituel, d'où vient le nom d'herbe au pauvre homme donné à la Gratiole, qui est également un bon anthelminthique.

Modes d'administration et doses. — La Gratiole se donne en poudre , en infusion, en décoction et en extrait.

La poudre se prescrit comme émétique, à la dose de 60 centigrammes a 1 gramme; comme purgatif, à dose un peu plus forte. Pour le même objet on fait prendre V infusion de 2 à k ou 8 grammes dans une quantité d'eau indéterminée. Vcxtrait se> donne à la dose de 30 à 60 centigrammes en plusieurs prises dans la journée.

La Gratiole entrait dans Y Eau médicinale de Husson.

^REVUHtt-R, Punira Granatum, L. — Granatées. Angl. Common Pomegranate. — Ail. Granatapfelbaum. Le Grenadier habile le nord de l'Afrique et toute la largeur du continent asiatique. Jl est également spontané en France et dans le midi de l'Europe.

GUBLER. 10

On conserve dans les officines la fleur dite Balauste, l'épicarpe nommé écorce de Grenade ou Malicor,el l'écorce de la racine, actuellement presque toujours remplacée par celle du tronc ou des branches, qui paraît jouir des mêmes propriétés.

Composition. — Toutes ces parties sont remarquables par la présence de principes amer et tannique.

Dans le Malicor, Reuss a trouvé: résine, tannin, tannin oxydé, extractif et gomme. D'après Latour de Trie, l'écorce de la racine contient : matière grasse, tannin, acide gallique, Granadine, résine en abondance, cire, chlorophylle et matière insoluble.

La Granadine paraît n'être autre chose que de la mannite. La résine, sans odeur ni goût remarquable, estsoluble dans l'eau, dans l'alcool, surtout chaud, et très -peu dans l'éther.

Action physiologique. — L epicarpe, les écorces de la racine et de la tige, ainsi que la pulpe des graines, sont remarquables par leur astringence et produisent, sous ce rapport, les effets physiologiques de l'acide gallique ou du Tannin (voy. ce mot). Mais, dans les écorces, il existe en outre un principe amer et nauséeux qui, lorsqu'elles sont employées à haute dose, détermine des vomissements, de la diarrhée et parfois des étourdissements et des évanouissements.

Ce principe, probablement la résine, exerce sur les organismes inférieurs une action toxique utilisée contre les vers intestinaux.

Usages. — Depuis le travail de Gomès (182^), X écorce déracine de Grenadier jouit en France et ailleurs d'une réputation méritée comme téniafuge. Mérat la croit également bonne contre les strongles, les ascarides et les autres parasites de l'intestin.

V écorce ou épicarpe de Grenade est employée contre les maux de gorge, le relâchement de la luette, la leucorrhée, la diarrhée chronique, etc., à cause de ses propriétés astringentes. Il en est de même des baiaustes ou fleurs non épanouies. Enfin, la pulpe des semences, fortement astringente et légèrement sucrée, dont quelques personnes sont très-friandes, est rafraîchissante en même temps que tonique, et convient mieux que ia plupart des autres fruits chez les sujets faibles, atteints de dyspepsie torpide et de relâchement de corps.

Modes d'administration et doses. — Comme vermifuge, Vécorce de Grenadier s'emploie en poudre, décoction et extrait. La première se donne à la dose de k à 8 grammes. Pour la décoction, on fait bouillir 64 grammes d'écorce dans 750 grammes d'eau qu'on laisse réduire à 500 grammes par l'évaporation. Cette quantité se prend en trois fois à une heure d'intervalle. Si le ver n'a pas été rendu dans la journée, on administre un drastique le lendemain. On laisse un jour de repos, et, en cas de résultats négatifs, on recommence le traitement trois fois de suite, s'il y a lieu. Contre les oxyures, on donne la décoction en lavement.

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On préfère l'écorce de racine et surtout l'écorce fraîche.

Vécorce de Grenade s'emploie en décoction pour l'usage interne et pour

gargaris?nes, injections et lotions.

grenouille, Rana esculenta., L. — Reptiles-Batraciens. Angl. Frog. — Ail. Frosch.

La Grenouille verte ou commune est comestible en Allemagne, en France, et surtout en Italie. Chez nous, on ne mange que le train postérieur. La chair en est blanche, tendre lorsqu'elle est bien cuite, et savoureuse comme le poulet. Elle est peu nutritive, et convient aux estomacs actifs et aux sujets pléthoriques, aussi bien qu'aux convalescents qu'on veut nourrir très-légèrement.

Avec 125 grammes de corps de Grenouilles dans 500 grammes d'eau, on obtient un bouillon qui est adoucissant, relâchant et bon, si Ton en croit Pomme, pour les états de langueur, les affections nerveuses, les maladies chroniques de la poitrine et du bas -ventre.

Autrefois la Grenouille vivante passait pour absorber les venins; aussi en appliquait-on sur les morsures de vipères et dans certains cas d'anthrax malin, ainsi que contre le tétanos. Sans parler de plusieurs autres usages, nous dirons que le frai de Grenouille a servi jadis en guise de mucilage dans une foule de circonstances où nous employons actuellement les mucus végétaux.

groseillier ROUGE, Ribes rubrum, L. — Grossulariées. Angl. Red Currant. — Ail. Rothe Krausbcere.

Le Groseillier rouge, naturel aux contrées septentrionales de l'Europe et aux montagnes de nos régions tempérées, est très-fréquemment cultivé pour ses fruits acidulés qu'on mange au dessert, dont on prépare, dans quelques contrées privées de vignes, une liqueur fermentée assez agréable, et qui doivent à la grande proportion de leur pectine de donner par la cuisson une gelée très-recherchée dans diverses conditions de santé. On en fait aussi des glaces, des sorbets, et l'on prépare un sirop de Groseille simple ou framboisé qui contient un peu plus de son poids de sucre.

La Groseille est un des Quatre fruits rouges employés en médecine; elle est éminemment rafraîchissante en raison de la grande quantité d'acide citrique qu'elle renferme, et jouit d'ailleurs de toutes les propriétés des acidulés, à savoir : une légère action styptique locale, avec pâleur et réfrigération; une diminution momentanée des phénomènes chimiques de l'hématose ; la sédation de la fièvre et finalement l'alcalinité de l'urine, si la dose ingérée est suffisante.

gruau. — Voy. Avoine.

GUARANA, Paullinia sorbilis, Mari. — Sapindacées-Paulliniées. Les semences du Paullinia sorbilis, arbrisseau grimpant de la vallée de l'Amazone, après avoir été grossièrement broyées, additionnées d'un peu de

Cacao ou de fécule de Manioc, et converties en pâte qu'on fait sécher sous forme de cylindres, constituent le produit désigné au Brésil sous le nom de Guarana.

Composition. — Berthemot et Dechastelus ont constaté dans le Guarana : tannate de caféine (Guaranine, Théod. Marti ns), gomme, amidon, matière résineuse d'un brun rougeâtre, huile grasse, colorée par la chlorophylle, et tannin colorant en vert la solution ferrique.

Action physiologique. — Le Guarana possède une saveur amère- astringente bien prononcée, et une odeur suî generis. Il agit localement et après absorption comme les amers en général (voy. Gentiane et Tannin). Cette substance stimule l'estomac languissant, favorise la digestion, relève les forces, contracte les vaisseaux et les fibres musculaires avec lesquels elle se trouve en contact, enraye les phénomènes chimiques qui se passent dans les capillaires sanguins, diminue la supersécrétion intestinale et augmente la sécrétion de l'urine dans certaines conditions déterminées.

Usages. — Ces propriétés du Guarana en rendent l'emploi réellement utile dans la dyspepsie atonique. la débilité générale, la diarrhée. On s'en est servi avec succès pour combattre ces symptômes chez les convalescents, les malades atteints d'affections adynamiques, les phthisiques. Il a été particulièrement recommandé dans la colite (Meyr), et jusque dans la dysenterie aiguë et subaiguë (Trousseau). Enfin on l'a vanté outre mesure contre la migraine, sous le nom de Paullinia- Four nier.

La migraine n'est pas une affection toujours identique avec elle-même. Tantôt simple névralgie, tantôt phénomène prédominant d'une crise qui a sa raison d'être dans un état diathésique variable : accident de forme asthénique ou de forme irritalive, I'hémicranie réclame, selon les cas, des traitements tout à fait différents. Certaines migraines demandent l'opium, d'autres le sulfate de quinine. La Paullinia- Four nier réussit chez ces dernières, mais pas plus que toute autre préparation de Paullinia. C'est un palliatif qui n'a paru curât if que parce que la constitution du sujet se modifiait par l'âge ou par une autre cause durant l'emploi du remède. Le Guarana, qui réunit les propriétés du café et du tannin, n'agit pas autrement que ces substances, et ne possède pas une efficacité spéciale.

Substances synergiques et substances antagonistes. — Yov. Café et Tannin.

Modes d'administration et doses. — Le Guarana ou Paullinia s'administre en poudre à la dose de 50 centigrammes à 1 ou U grammes et au delà; en extrait hydro-alcoolique sous forme de pilules de '10 centigrammes répétées quatre ou cinq fois par jour.

On en fait aussi un sirop, un chocolat et une pommade. Ces dernières préparations sont peu usitées.

«itlAKAftHEtl. — Voy. BURANHEM»

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