‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 62 sur 276 · GUTTA-PERCHA · texte numérisé non relu

GUTTA-PERCHA

GUIMAUVE, Althœa officinalis, L. — Malvacées.

Angl. Common Marsh-mallow. — Ail. Gemeiner Eibisch.

Composition. — La racine de celte belle Malvacée indigène renferme, d'après Buchner : huile grasse, mucilage, sucre incristallisable, amidon, althéine, etc.

VAlthéine est identique avec YAsparagine ou Asparamide. Gristallisable, dépourvue d'odeur et de goût, elle est soîuble dans l'eau et l'alcool faible. On doit supposer qu'elle exerce une influence sur les propriétés physiologiques de la racine.

Action physiologique et usages. — La Guimauve a les qualités émollientes et adoucissantes au plus haut degré, ce qui la fait rechercher, surtout en France, toutes les fois qu'on a besoin des mucilagineux pour l'usage interne comme pour les applications topiques.

La tisane, les pastilles et h pâte de Guimauve sont réputées pectorales. On emploie assez fréquemment le sirop pour édulcorer des tisanes adoucissantes dans les angines, les laryngites ou les trachéo-bronchites.

La décoction sert à faire des cataplasmes avec la farine de lin, à bassiner les plaies, à fomenter les régions douloureuses, à pratiquer des injections vaginales.

Enfin, la poudre est utilisée pour la préparation des pilules, et la racine entière desséchée se donne en guise de hochet aux: petits enfants, qui la mâchonnent pendant les souffrances dues à l'évolution dentaire.

gutta-percii/l Extrait de Ylsonandra Gutta, Hook., ou d'autres arbres de la famille des Sapotacées.

Angl. Gutta-percha.

M lsonandra Gutta [Gutta-percha treé) est originaire de l'archipel malais, et spécialement de Singapore. Son suc laiteux, épaissi à l'air, donne la substance précieuse connue sous le nom de Gutta-percha.

La Gutta-percha, insoluble dans les menstrues ordinaires, se laisse à peine entamer par l'éther. Ses dissolvants particuliers sont le chloroforme, l'essence de térébenthine et les huiles volatiles, le benzol et le sulfure de carbone.

Composition. — A part le principe spécial, analogue au caoutchouc qui la constitue presque entièrement, la Gutta-percha contient un acide végétal, de la caséine, une résine soluble dans l'alcool, et une autre soluble dans l'éther et l'essence de térébenthine.

Usages. — Pour résumer succinctement les nombreux usages thérapeutiques auxquels cette substance est appelée, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce passage de Littré et Robin (Dictionn. de Nysten) : « La malléabilité de la Gutta-percha, jointe à l'avantage qu'elle possède de supporter une certaine élévation de température sans que la forme qu'elle a reçue en soit altérée, la rend d'une utilité constante en médecine et en chirurgie. On fabrique avec la Gutta-percha d'excellents bandages appropriés au traitement orthopédique;

on la substitue avantageusement à la soie huilée pour confectionner les draps de lit employés parles médecins hydropathes. Aussi légère que la soie, non conductrice de la chaleur, absolument imperméable, insensible aux préparations acides ou métalliques qui entrent dans la composition des lotions hydropathiques, elle a sur les tissus soyeux quantité d'avantages. Par sa 'propriété de se mouler parfaitement sans la moindre résistance sur l'objet qui lui sert de base quand elle a trempé dans l'eau à 50 ou 60 degrés, la Gutta-percha est d'un grand secours pour façonner à la minute les appareils à fractures, pour réunir les tendons divisés, pour envelopper les articulations dans les cas d'entorses. La Gutta-percha, dissoute dans le chloroforme, constitue un topique pour les coupures et les blessures. En effet, à peine ce liquide est-il étendu sur la peau, que le chloroforme abandonne, en s'évaporant, une mince pellicule solide qui protège la plaie contre l'action pernicieuse de l'air, de la poussière et des corps étrangers. On fabrique également avec la Gutta-percha des sondes, des bougies et autres instruments analogues, mais le Caoutchouc est préférable dans certains cas à cause de sa souplesse et de son élasticité. »

Ajoutons que le premier emploi de la solution par le chloroforme est dû à Simpson et Acton. Ce dernier l'a recommandée judicieusement comme moyen de protection contre les poisons contagieux. Robert la préconise contre les dartres squameuses humides. Chassaignac fait en Gutta-percha ses tubes de drainage.

Enfin, dans ces derniers temps, Mannoury et Robiquet ont eu l'idée d'incorporer un grand nombre de médicaments actifs dans la Gutta-percha, afin de pouvoir leur donner toutes les formes et les dimensions réclamées par les circonstances diverses au milieu desquelles l'application doit en être faite. Ils y ont associé spécialement le chlorure de zinc et la potasse caustique; puis, donnant à la masse des configurations variées, ils ont obtenu des plaques pour la cautérisation des surfaces étalées, des cylindres pouvant remplacer les crayons de nitrate d'argent, des fils pour la ligature des tumeurs, et des pois caustiques pour l'établissement des fonticules.

On voit, d'après cela, que la Gutta-percha est appelée à devenir entre les mains des chirurgiens un agent plein de docilité, de souplesse et d'efficacité. Un grand avenir est réservé à cette substance merveilleuse.

hachisch. Produit du Chanvre indien, variété du Cannabis sativa, L. — Cannabinées.

Angl. Hashish product of the Indian Hemp. — Ail. Indianisher Hanf.

Le Chanvre, cultivé dans presque toutes les contrées du globe, se rencontre à l'état sauvage en Perse, dans le Caucase et sur les collines dans le nord de l'Inde.

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On fait usage des semences et des feuilles,

Les semences, ou ckènevis, réduites en pulpe, servent à faire des cataplasmes qu'on suppose résolutifs. En émulsion, elles composent une boisson rafraîchissante. L'huile qu'on en retire est donnée en lavement contre la colique de plomb. Mais ces applications sont dénuées de valeur; l'importance thérapeutique appartient aux feuilles du Chanvre de l'Inde, qui possèdent des qualités remarquables.

Composition. — Les feuilles du Chanvre commun analysées par Schlosinger ont donné les résultats suivants : substance amère, chlorophylle soluble dans l'éther, id. soluble dans l'alcool, extractif résineux vert, matière colorante, extractif gommeux, malate de chaux, albumine végétale, chaux, magnésie, fer et ligneux.

La Cannabine des frères Smith, ou résine de Chanvre, correspond à la matière amère et à la résine verte de l'analyse ci-dessus. C'est une résine molle, soluble dans l'alcool et l'éther, les huiles fixes et volatiles, ainsi que dans les corps gras. Son odeur aromatique, nauséeuse, est fragrante surtout quand on la chauffe ; son goût est amer, acre, quelque peu balsamique. On la considère comme le principe actif de la plante (Smith, Pereira, Gaslinel). Cependant .1. Personne, frappé des effets narcotiques ressentis par ceux qui séjournent dans une chènevière, croit devoir attribuer les propriétés énergiques du Chanvre à l'huile volatile déjà mentionnée avant son travail, mais obtenue par lui en plus grande quantité, et sur laquelle il a publié un excellent mémoire.

Cette huile essentielle, qu'il a nommée Cannabène, possède une odeur étourdissante de Chanvre et une action puissante sur l'économie.

Quand on en respire la \apeur ou qu'on l'avale, on éprouve dans tout son être un frémissement singulier, un besoin extraordinaire de locomotion, suivi d'abattement et même de syncope. Les hallucinations qu'elle produit sont rarement agréables, plus souvent pénibles et remplacées par la stupeur.

Nous avons lien de penser, malgré la confusion établie entre les effets de l'inhalation et ceux de l'ingestion stomacale, que l'essence de Chanvre introduite par cette dernière voie ne donnerait pas lieu à tous les symptômes indiqués, lesquels rappellent plutôt l'intoxication par les vapeurs de térébenthine ou les émanations des bouquets de Heurs odoriférantes, et par les agents aneslllésiques.

Il est probable que les vertus du Chanvre indien résident à la lois dans I essence et dans la résine.

physiologique. — A dises faillies, le Hachisch excite le système nerveux, et communique une activité plus grande à ses manifestations intellectuelles, sensitives et motrices. Il stimule également l'appétit ci les tournons génésiques. A doses plus fortes, il produit l'analgésie et de l'anestliésie, la résolution musculaire, ou bien une sorte d'état cataleptique analogue à celui qu'engendre la picrotoxine, et tel, que les muscles, modérément contrac-

tés, mais cependant flexibles, conservent aux membres les attitudes dans lesquelles on les place.

Le délire du Hachisch est ordinairement agréable, les idées sont riantes et quelquefois s'accompagnent d'éclats de rire convulsifs. Cependant il n'est pas rare non plus que les mangeurs de Hachisch deviennent furieux, commettent des violences, des meurtres, et méritent le nom d'assassins, dérivé de Haschaschins. Le plus souvent la forme des troubles intellectuels et des actes déterminés par le Chanvre indien reflète le tour habituel de l'esprit et le caractère moral du sujet, ou du moins ses pensées et ses passions dominantes au moment de l'ingestion du médicament. L'ivresse toxique, aussi bien que l'ivresse alcoolique, fait tomber le masque sous lequel l'homme civilisé cherche à dissimuler ses vices ou ses imperfections ; et l'adage « In vino veritas » deviendrait une vérité plus générale s'il se transformait en celui-ci : c In veneno veritas. »

A ces symptômes succède le sommeil ou la stupeur, selon les doses employées. La dilatation pupillaire, observée à la suite du Cannabisme, intoxication par le Hachisch, et qu'on ne peut obtenir directement par l'introduction de la résine dans l'œil, est peut-être symptomatique de la lésion des centres nerveux qui cause la stupeur.

On n'observe rien de notable du côté des autres grandes fonctions et des principales sécrétions, si ce n'est une légère action sudorifique (Pereira), et une odeur de Chanvre ou de Fève tonka, que de larges doses de Hachisch communiquent à l'urine (Ballard, Garrod).

Substances synergiques, auxiliaires. — Comme exhilarant, le Chanvre a pour auxiliaire le protoxyde d'azote ; comme inébriant, les boissons fermenlées et gazeuses; comme hypnotique et narcotique, l'opium ; comme mydriatique, la Belladone ; comme cinétique, la Coque du Levant. Mais aucune de ces substances n'est entièrement synergique du Chanvre indien, qui ne trouve peut-être son semblable que dans YUrtica dioïca, espèce dont l'odeur fortement vireuse, lorsque la plante est en masse, rappelle assez bien celle des chènevières, et dans laquelle Bohlig a découvert des principes constituants très-voisins de ceux du Cannabis sativa.

Substances antagonistes. — Antidotes et contre-poisons.— Les alcaloïdes des Stri/chnos, les acides, le froid, l'électricité sous forme de décharges intermittentes, voilà autant de moyens qui contrarient l'action du Hachisch, sans pouvoir en être considérés comme les antidotes physiologiques. Nous ne connaissons pas mieux les contre-poisons chimiques de cette substance héroïque.

Usages. — On peut utiliser l'action soporifique, stupéfiante, anesthésique, liypocinétique et même mydriatique du Hachisch ; mais habituellement, on n'en recherche que les effets enivrants et exhilarants, dans le but de combattre la disposition à la morosité, à la mélancolie, au spleen, ou bien le délire sombre, lypémaniaque, qui complique momentanément ces troubles inlellec-

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tuels et moraux, et se montre parfois accidentellement dans le cours des maladies aiguës (Clendinning, Conolly, Moreau de Tours, Aubert Hoche, Brierre de Boismont). Toutefois le Hachisch est encore employé comme anodyn et hypnotique chez les sujels qui ne supportent pas l'opium, notamment chez les hystériques et les choréiques, dans les affections pulmonaires et cérébrales, le rhumatisme subaigu, la goutte, etc.

En qualité d'antispasmodique, hypocinétique, c'est-à-dire de modérateur de la contraction musculaire, il a rendu des services dans le tétanos, le choléra asiatique, la chorée, les convulsions .infantiles. On l'a essayé contre la rage (Miller, Hodson, Willemin, etc.). D'un autre côté, Alex. Christison lui attribue la propriété de hâter le travail de l'accouchement, et le place au-dessus de l'ergot, comme agent excitateur des contractions utérines. Nous croyons plutôt, avec Cregor, à son action sédative des contractions spasmodiques.

Modes d'administration et doses. — Le Chanvre indien est usité en Orient sous plusieurs formes qui sont : 1° le Gunjah, plante séchée après floraison et dont la résine n'a pas été extraite; 2° \eBang, consistant en larges feuilles, avec les graines; 3° le Hachisch, formé des sommités et des parties tendres de la plante avant la floraison.

La résine, récoltée sur les tiges à la manière du ladanum, porte les noms de Churrus et Momeea.

En Europe, on prépare un extrait alcoolique de Chanvre indien qui se donne à la dose de 5 à 30 centigrammes, et jusqu'à 1 gramme.

La teinture <ih-<nd tijne se prescrit en /ntion à la dose de 20 gouttes jusqu'à 2, 3 ou h grammes.

Pour l'usage externe, Grimault recommande un Uniment composé de

1 kilogr. de sommités de Chanvre, contusées fortement el infusées dans

2 kilogr. d'huile de Chènevis.

[nglis conseille de prendre sur un morceau de sucre deux gouttes d'une solution de '\ grammes d'extrait de Chancre dans 32 grammes d'huile de Cajeput.

On a préconisé aussi contrôla phlhisic les fumigations de Chanvre indien, imprégné de nitrate de potasse pour favoriser la combustion. On peut eu faire des eit/arettes.

En \sic ei en Afrique, ou use habituellcmenl des préparations de Hachisch

obtenues à l'aide de corps nias, huile ou leurre, et associées à du SUCrC el à

d'autres ingrédients sous forme d'électuaires ou de pastilles. Tris sont le Majoon de Calcutta, le Mapouchari du Caire, el le Dawames d'Arabie.

HELLÉBORE. — Vov. ELLÉBORE.

HERBE Al \ CHANTRES. — Vov. VÉ1 \K.

mi m i Sambucus Ebulust L. — Caprifoliacêes. Angl. Dw irfelder. — Ml Attich.

V Hièble ou Sureau herbacé, qui croît communément sur le bord des chemins, passe pour avoir des propriétés semblables et même supérieures à celles du Sambucus migra. Cependant l'odeur de ses fleurs nous paraît plus voisine de celle de Y Aubépine et des Rosacées, qui fournissent de l'essence d'amandes amères.

Les racines, les fleurs et les baies servent aux mêmes usages que les parties correspondantes du Sureau (voy. ce mot).

HOUBLON, Humulus Lupulus, L. — Cannabinées. Angl. Coramon Hop. — Ali. Hopfen.

Le Houblon, indigène en France, est fréquemment cultivé dans les contrées de l'Europe dont le climat ne permet pas la culture de la vigne. On emploie le cône des fleurs femelles et le lupulin, ou la poussière jaune réunie à la base de leurs écailles.

Composition. — D'après les analyses de Payen, Chevallier et Peiletan, le lupulin renferme : huile volatile, principe amer (Lupulite), résine ; ligneux, matière grasse, astringente et gommeuse ; acides malique, acétique, carbonique, chlorhydrique, sulfurique ; potasse, ammoniaque, chaux, etc. Outre de nombreux principes communs, les écailles, d'après les mêmes chimistes, contiennent de la chlorophylle, mais sont privées d'huile volatile et de résine.

V huile volatile de Houblon est soluble dans l'eau, mais encore plus dans l'alcool et l'éther. Elle passe pour narcotique. Dans la distillation, l'eau se charge d'acélate d'ammoniaque et d'un peu de soufre.

Le principe amer du Houblon, ou Lupulite, est une substance ternaire, neutre, incristallisable, très-amère, soluble dans 20 parties d'eau, très-soluble dans l'alcool et faiblement dans l'éther. — Ce principe est dépourvu de toute vertu narcotique.

La matière astringente est de Y acide tannique. La résine, soluble dans l'alcool et l'éther, provient de l'oxydation de l'essence.

Action physiologique. — Les émanations aromatiques du Houblon possèdent des propriétés narcotiques constatées par un grand nombre d'observateurs faisant autorité. La stupeur peut même être la conséquence d'un séjour prolongé dans un magasin de Houblon (Pereira), phénomène conforme a tout ce que nous savons sur les effets anesthésiques et asphyxiques des essences et des odeurs en général.

La Lupuline est un tonique aromatique, légèrement astringent. Elle n'a pas d'autres vertus quand elle est ingérée dans l'estomac (Bigsby, Magendie), et n'est pas plus somnifère que toute autre substance balsamique; seulement elle excite, selon les circonstances adjuvantes, la perspiration cutanée ou la sécrétion urinaire.

Usages. — • Des oreillers remplis de cônes de Houblon ont été substitués à ceux de plume ou de crin pour les sujets qui, privés de sommeil, ne peuvent supporter les opiacés. C'est un remède populaire dans certains pays. Le Houblon est administré intérieurement comme stomachique et comme tonique

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