HUILE DE FOIE DE MORUE
très-faibles puisqu'on n'indique pas plus de h centigrammes du premier élément, au maximum, dans l()t) grammes d'huile, et que le second n'a pas pu être exactement évalué. Celle proportion est manifestement trop forte; car Girardin et Preisser n'ont pu retirer que 15 à 18 centigrammes d'iodure de potassium d'un litre d' Huile de foie de Morue. Cependant le phosphore et l'acide phosphorique réunis peuvent atteindre le chiffre de "25 à 26 centigrammes par 100 grammes.
La (iciduine est un corps assez mal connu, et dont les propriétés singulières laissent le champ libre aux hypothèses, .le la crois constituée en partie par la matière glycogène du foie, en partie par des substances grasses qui imprègnent celle-ci. Comme la matière glycogène, la Gaduine est inodore, insipide, complètement insoluble dans l'eau. A la vérité, on la dit partiellement soiuble dans l'alcool et dans l'éther, mais ce ne sont probablement ([ne les substances accessoires qui sont enlevées par ces menstrues. Ce qui reste ou ce qu'on nomme la murli finition imolubh: de (iaduine, serait réellement la matière glycogène isolée. En effet, une fois desséchée, celte substance est fragile et pulvérisable, soiuble dans l'acide sulfurique, auquel elle communique une couleur rouge de sang, soiuble également dans les alcalis, tout cela à la manière de la Zoamyline.
Action physiologique. — I/Huile de foie de Morue offre généralement une odeur repoussante de poisson et de rancidité, plus prononcée dans celle de couleur sombre, ainsi qu'une sa\eur acre, sensible surtout dans l'arrièregorge, ce qui cause aux mal, ides un dégoûl souvenl invincible. Lors même qu'elle est acceptée sans répugnance, ce qui arrive presque toujours chez les enfants en bas âge, l'Huile de foie, souvenl ma! digérée, occasionne des renvois désagréables, des nausées et des vomissements. Il peut en résulter du relâchement d'entrailles et indirectement des effets diaphoniques et diurétiques. On a aussi noté l'augmentation du flux menstruel, symptôme trèsindirecl d'un retour à la santé. Quelques personnes ne peuvent souvenl s'j habituer; la plupart parviennent à en prendre deux nu trois cuillerées «à soupe par jour ; quelques-unes en prennent bien davantage sans dérangement des fonctions digestives, ce qui justifie l'opinion que l'Huile de foie est la plus digestible de toutes les huiles.
Prise îi haute dose cl pendant longtemps, l'Huile de foie de Morue amène quelquefois des éruptions cutanées en rapporl avec le passage, à travers les glandes sébacées d sudori pares, des principes ficres et \olatils, abondants surtout dans l'huile brune noirâtre. Ouand elle est bien supportée. l'Huile de foie de Morue fait engraisser. Bardslej constate que 70 sujets sur loo augmentent de poids; '1\ sont en perte, et les autres restent stationnaires. si le traitement ne donnait pas. de meilleurs résultats que d'augmenter l'embonpoint, le bénéfice serait insuffisant: mais il est probable rpie l'augmentation de poids représente, au moins dans quelques < ,is, un accroissement des muscles el de la masse sanguine; indice- plus sérieux d'un retour a des coil-
ditions de santé. Th. Thomson et Fr. Simon ont démontré qu'effectivement le sang devient plus riche en globules sanguins.
L'influence salutaire de l'Huile de foie de Morue sur la crase sanguine et la nutrition se révèle d'ailleurs avec éclat dans quelques maladies générales, telles que le rachitisme, et confirme notre manière de voir.
A quels principes ce médicament doit -il ses vertus ?
La réponse est indécise. Naguère on n'hésitait pas à mettre tout sur le compte de f iode et quelquefois du phosphore, auxquels il faudrait joindre le brome; mais les proportions de ces métalloïdes sont ordinairement si minimes, qu'il a dû naître un doute dans les esprits sévères, et que ridée de faire jouer le rôle essentiel aux matières grasses elles-mêmes a dû se présenter naturellement : cette opinion compte aujourd'hui en sa faveur de nombreuses autorités (Th. Thomson, Garrod, "Williams, Trousseau et Pidoux, Bouchardat, etc.). Reste à savoir comment agit l'Huile de foie de Morue et pourquoi elle l'emporte sur les autres corps gras.
Selon le professeur Bouchardat, l'Huile de foie de Morue est un aliment respiratoire, extrêmement utile dans les états d'asthénie et de langueur qui précèdent ou accompagnent l'évolution de la diathèse tuberculeuse, considérée comme l'expression d'une insuffisance des phénomènes chimiques de l'hématose.
"Williams prétend, de son côté, qu'étant éminemment combustible, elle détourne l'oxygène des corpuscules d'exsudation, qu'elle empêche ainsi de passer à l'état de globules de pus. Dans son opinion, elle est d'autant plus etficace, qu'elle présente à nos organes une substance plus fluide, plus stable, et pouvant mieux pénétrer par absorption dans l'intérieur de l'économie. Cette hypothèse ne repose sur aucune base solide. Voici une explication plus concordante avec les données de la physiologie moderne.
La matière grasse est le point de départ de toute formation cellulaire (Swann, etc.), elle est aussi bien le rudiment des corpuscules sanguins (Donné) : on comprend donc la nécessité de son intervention continuelle dans les actes nutritifs. Tel est, à mon avis, le rôle essentiel de l'Huile de foie de Morue. Maintenant la condition qui fait qu'elle remplit mieux que d'autres ce rôle formateur, nous la trouvons dans son origine. Les corps gras, en dépôt dans la glande hépatique, ne sont pas simplement excrémentitiels; nous admettons qu'ils sont en partie destinés, comme la substance glycogène de Cl. Bernard, à fournir des éléments à la nutrition et à la respiration. Leur état moléculaire est sans doute approprié à cette double fonction. Ainsi, rien ne serait plus facile à comprendre que la supériorité de l'Huile de foie, mais de toute espèce d'huile de foie, de mammifère ''aussi bien que de poisson, sur les huiles ou les graisses tirées des végétaux ou des autres organes des animaux, sans en excepter même le beurre. La matière grasse du lait exige une élaboration préalable dont la substance grasse du foie peut se passer. La première est très-assimilable, j'en conviens; mais la seconde est déjà assimilée; l'organisme en souffrance n'a donc presque rien à faire pour l'intégrer et l'identifier