‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 66 sur 276 · JUSQUIAME NOIRE · texte numérisé non relu

JUSQUIAME NOIRE

Les Jujubes sont estimées , adoucissantes béchiqucs , et font partie des fruits pectoraux. On en prépare des tisanes délayantes et mucilagineuses que l'eau rend diurétiques et délayantes, en même temps que calmantes pour les irritations bronchiques et pulmonaires.

La Pâte dite de Jujube, est essentiellement constituée par de la gomme, qui en fait le principal mérite. Presque jamais on n'y fait entrer la décoction des fruits dont elle porte le nom; mais, en revanche, on y ajoute souvent de l'opium pour lui communiquer des vertus anodynes, naïvement mises sur le compte des Jujubes absentes.

jusQriANE ivoire, Il yoscyamus niger, L. — Solanacées.

Angl. Mark or common Henbane. — Ali. Schuxirze Pilsenhraut.

La Jusquiame noire est commune en France,

Toute la plante est active, mais le Codex ne prescrit que les feuilles.

Composition. — L'analyse des semences de celte espèce indigène, faite en dernier lieu par Brandcs, a donné les résultats suivants : huile grasse, matière cireuse, résine insoluble dans l'éther, hyoscyamine en combinaison avec l'acide malique, et associée aux malates de chaux et de magnésie, à un sel de potasse et d'ammoniaque; sucre incristallisable, gomme, amidon, albumine, ligneux, et sels alcalins et terreux, silice, manganèse, fer, etc.

V Hyoscyamine est un alcali végétal dont les propriétés sont semblables, sinon identiques, à celles de l'Atropine. Elle est assez solublc dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool et l'éther, possède un goût acre, et sa solution, introduite dans l'œil, détermine la dilatation de la pupille.

Morris a retiré de la Jusquiame, par la distillation destructive, une huile empyreumatique, identique par ses caractères chimiques avec l'huile empyreumatique de Digitale, et douée des propriétés d'un poison puissamment narcotique.

Action physiologique. — A. doses faibles et fréquemment répétées, la Jusquiame procure du calme et prédispose au sommeil, sans produire d'accélération du pouls, sans diminuer les sécrétions ni amener la constipation. \ doses folles, elle fait dormir. Mais il semble que le sommeil soil la conséquence de la cessation des douleurs et des spasmes plutôt que l'effet direct de L'action médicamenteuse ((iubler). Mlle occasionne aussi du mal de tète, des étourdissements, du trouble de la vision, de la mydriase et un délire pénible. Tout cela est quelquefois suivi de soif, de nausées, de coliques, de purgations, et, dans quelques cas, de chaleur fébrile el d'irritation cutanée (Fouquier). A ces symptômes se joignent la sécheresse de la bouche, de l'arrière goi'g'' et

des voies respiratoires, la difficulté de la déglutition, l'enrouement, la faiblesse et le ralentissement du pouls. Lorsque la doseesl toxique, il survient des vertiges, de l'obnubilation de la vue, de la presbyopie, des hallucinations, un délire furieux, des mouvements convulsifs, la parahsic musculaire, le coma et la mort.

L'ensemble de ce tableau symptomatique s'accorde, on le voit, avec la description des effets de Y Atropine, Peu d'hypnotisme, beaucoup de délire fantastique ; la mydriase et la presbyopie, voilà autant d'effets caractéristiques communs à la Jusquiame et à la Belladone. Les distinctions signalées par Schroff, à savoir : la promptitude plus grande des effets mydriatiques de la Jusquiame, la production d'un sommeil plus calme, d'un délire plus tranquille, et l'absence de toute paralysie des sphincters de l'anus et de la vessie, ces distinctions, croyons-nous, reposent sur des différences tout individuelles et ne peuvent servir à caractériser positivement la Jusquiame et son alcaloïde.

Ajoutons un dernier trait aux analogies déjà si étroites qui existent entre les effets des deux Solanées vireuses, c'est l'immunité des Herbivores vis-à-vis de la Jusquiame aussi bien qu'à l'égard de la Belladone.

Substances synergiques, auxiliaires. — Succédanés. — La Belladone, le Datura, la Jusquiame blanche agissent de la même manière, et peuvent remplacer la Jusquiame noire dans ses applications thérapeutiques.

Substances antagonistes. — Voy. Belladone et Atropine.

Usages. — La Jusquiame est employée comme calmant anodyn et antispasmodique, et comme hypnotique indirect dans une foule de circonstances où l'opium est préjudiciable, notamment chez les enfants et les sujets affectés de constipation habituelle, ou atteints de congestion cérébrale et de phénomènes phlegmasiques du côté des centres nerveux. Elle est spécialement recommandable dans l'excitation actuelle ou l'irritabilité mentale habituelle, dans les affections spasmodiques de l'appareil respiratoire et certaines formes d'asthme, dans le spasme du col de la vessie, de l'urèthre ou du sphincter anal, dans 1 epilepsie, dans les ophthalmies intenses avec resserrement de la pupille, dans le délire congestif et la névralgie de même caractère, ainsi que dans les douleurs, liées à la névrite, qui accompagnent les phlegmasies de toute nature, à frigore ou arthritiques, aussi bien que spécifiques.

Modes d'administration et doses. — La poudre de feuilles est rarement employée à la dose de 20 centigrammes à 2 grammes par jour. Vinfusion et la décoction pour l'usage interne se préparent avec 2 à k grammes de feuilles pour 500 grammes d'eau. V extrait aqueux se donne à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme et au delà, par fractions, en pilules; V extrait alcoolique, à la dose de 5 à 30 centigrammes seulement ; la teinture alcoolique, à celle de 1 à k grammes environ.

V Hyoscyamine se prescrit à la dose de 1 à 3 milligrammes par jour, dissoute dans de l'eau alcoolisée et triturée avec de la poudre de sucre qu'on divise en plusieurs prises. Il serait mieux d'en faire des pilules. Enfin, cet alcaloïde pourrait être administré avec avantage en injections hypodermiques.

jusquiame blanche, Hyoscyamus albus, L. — Solanacées.

Angl. White Henbane. — Ail. Weisse Pilsenfrrai.it.

V Hyoscyamus albus est une plante du midi de la France et de l'Europe

KINO DE L'INDE. 173

méridionale, dont la composition chimique et les propriétés physiologiques et thérapeutiques sont les mômes, à l'intensité près, que celles de son congénère VHyoscyamus niger (voy. Jusquiame noire). On n'est pas d'accord sur la valeur relative de ces deux espèces ; cependant la plupart des observateurs accordent une moindre énergie à la Jusquiame blanche, dont on ne trouve guère que les semences dans le commerce.

KEKMKS V\ni\L, CoCCUS Ilîcis, L. — INSECTES HÉMIPTÈRES.

La Cochenille du Ch'êne vert, ou Kermès officinal, a une grande analogie chimique avec la Cochenille du Cactus. Lassaigne y a reconnu de la Carminé et un principe particulier qu'il a nommé Coccine.

Le Kermès, inusité aujourd'hui, a joui d'une certaine vogue comme astringent et tonique. Les médecins arabes, et des modernes, à leur suite, l'ont conseillé comme cordial, exhilarant et aphrodisiaque. On le donnait, à la dose de k à 8 grammes, en poudre ou en pilules. Il entrait dans la Confection Alkermès de Mésué, la Confection d'Hyacinthe, et dans plusieurs liqueurs de table.

ki\o i>E L'INDE. Suc desséché du Pterocarpms Marsupium, Roxb.

Lé<;lmineuses-Papilionacées.

Angl. 'I' h mlde /Jean, Kino. — Ail. Kino Gummi.

Deux substances sont désignées, dans la droguerie, sous le nom de Kino: l'une, appelée Kino de Botany-bay, est fournie par Y Eucalyptus resinifera • l'autre, nommée Kino de l'Inde, ou Kino proprement dit, est attribuée, à tort, au Pterocarpus erinaceus, Lanik, qui est étranger à l'Inde, et plus justement au Pterocarpus Marsupium, Roxb., arbre de cette contrée.

Composition. ■ — Le Kino est composé d'acide kinoïque, de tannin, précipitant en vert les sels de fer, de pectine, d'acide ulmique et de sels inorganiques avec excès de bases terreuses (Henning).

Vacide kinoïque est rouge, beaucoup plus soluble dans l'alcool que dans l'eau chaude. La Catéchine, dont on avait admis la présence dans le Kino vrai n'existerail (pie dans les substances astringentes confondues avec lui.

ACTION PHYSIOLOGIQUE. — Les effets du Kino sont ceux des substances tanniques, en généra] ; ils s-.' rapprochent de ceux du Cachou, qu'ils n'égalent pas.

I s\(;es. — MODES d'administration et 'doses. — Le Kino se donne contre la diarrhée chronique par atonie viscérale, associé à la craie et à l'opium. Dans la pyrosis, c'esl principalement la craie qui agit comme absorbant. D'ailleurs kino peut être employé à tous les usages auxquels conviennent les astringents, pour resserrer les tissus et les capillaires, diminuer les sécrétions muqueuses el les exhalations sanguines. On le prescrit, à l'inté-

rieur, contre la leucorrhée, la ménorrhagie, les hémorrhagies en général, la spermatorrhée, le diabète, et en applications topiques sous forme d'injection, de gargarisme et de lotion.

La dose de poudre est de 60 centigrammes à U grammes ; celle de teinture de k à 8 grammes.

kousso. — Voy. Cousso.

s,adanoi ou laudanum. Résine du Cistus creticus, L. — Cistinées

OU ClSTACÉES. *

Angl. Ladanum, Gum Cistus. — Ail. Ladanum Gummi.

Le Cistus creticus est le plus important des Cistes ladanifères, mais d'autres espèces du genre, les Cistus ladani férus, C. Ledon, C. laurifolius, etc. , qui viennent en Italie, en Espagne et en Provence, fournissent également une substance résineuse, livrée au commerce sous le nom de Ladanum.

Composition. — Le Ladanum pur, d'après Guibourt, consiste en : résine, huile volatile, matières terreuses et poils.

Action physiologique et usagks. — Ainsi que les autres substances formées de résine et d'huile essentielle, le Ladanum est un tonique et stimulant diffusible, bon contre les catarrhes des diverses muqueuses, ainsi que contre les états de débilité et d'atonie des premières voies et de toute l'économie.

Il entre dans plusieurs Onguents ou Emplâtres fondants et résolutifs; sa résine, extraite par l'alcool, sert à préparer la Thériaquc céleste.

En Orient, on le brûle comme parfum, associé à de l'Ambre et à du Musc. Il fait partie des Clous fumants.

LAIT DE VACHE, Lac vaccinum.

Angl. Cow's milk. — Ail. Kuhmilch.

Le Lait de la Vache, femelle du Bos Taurus, L. , est celui dont l'usage est le plus répandu.

Composition. — Il se compose d'une solution aqueuse de caséine, de sucre de lait, d'osmazôme, de lactates, phosphates et sulfates à bases alcalines et terreuses, ou d'oxyde de fer, solution tenant en suspension des globules de beurre émulsionné.

Le Caséum ou Caséine est une substance albuminoïde ou protéique ; le Beurre, un composé de stéarine, d'oléine ou élaïne et de butyrine. La But yrine fournit des acides butyrique, caproïque et caprique, qui sont volatils. Le sucre de .Lait, ou Lactine, est une matière ternaire fermentescible, comme le prouve la liqueur spiritueuse obtenue du Lait de jument, et connue, en Tartarie, sous le nom de Koumiss. Vacide Lactique est un produit de fermentation qui n'existe pas à l'état de liberté dans le lait récent.

LATT DE VACHE.

Par le repos prolongé, le lait se sépare en deux parties : en bas, une niasse considérable de liquide séreux, opalin, qui est le petit-lait ou sérum ; audessus, une couche opaque nommée crème, laquelle donne le beurre par le battage. La crème est essentiellement formée par la matière grasse émulsionnée. Le sérum représente alors, non seulement le sucre de lait et les sels, mais encore le caséum, qui se coagule dès que l'acescence se produit, emprisonnant dans sa masse la plus grande partie de l'eau.

Le Lait de Vache diffère notablement de celui des autres mammifères domestiques. Le Lait de Brebis est plus dense, moins séreux, plus riche en beurre. Le Lait de Chèvre, au contraire, moins chargé de beurre, renferme un caséum plus abondant, visqueux et ne se prenant pas en caillot. Le Lait d'Anesse, le plus léger de tous, est pauvre à la fois en caséine et en matière grasse, mais riche en lactine, et se rapproche beaucoup du lait de femme. Enfin, le Lait de Jument ressemble davantage au Lait de Vache.

Action physiologique et usages. — Le Lait en général, le Lait de vache en particulier, représente un aliment complet, respiratoire et plastique. Comme tel il ranime les forces, réchauffe le corps et restaure la substance organique. Mais, d'une part, l'extrême dilution sous laquelle les matériaux solides se présentent dans le Lait ; d'autre part, la pénurie des principes odorants et la faible proportion du sel marin, c'est à-dire des substances jouant le rôle de condiment, sont deux conditions qui rendent l'usage de cet aliment peu favorable aux personnes atteintes de dyspepsie torpide, ou disposées à la diarrhée catarrhale ou séreuse. En revanche, c'est parfois la seule nourriture acceptée par les estomacs irritables, phlogosés, des sujets goutteux, herpétiques, ou de ceux qui ont abusé des épices, des salaisons et des boissons alcooliques. Il est de certaines gastralgies et dyspepsies qui ne guérissent que par le régime lacté.

Le Lait convient également dans la pléthore, la polycholie, l'embarras gastrique, la constipation habituelle, les exanthèmes dartreux. 11 est indiqué dans la convalescence en qualité d'aliment atténué et de facile digestion, tenant lieu d'un régime plus compliqué.

On devine, d'après leurs différences de composition, que toutes les espèces de Laits ne s'adaptent pas également à tous les cas morbides. L'expérience apprend, en effet, que le Lait de Vache est le plus rafraîchissant; le Lait do Chèvre ou bien de Brebis, le plus nourrissant; le Lait d'Anesse le plus léger. Le premier s'adresse principalement aux entrailles échauffées ; le second, à celles qui sont relâchées; le troisième, aux estomacs réfractaires à la digestion des matières grasses ; le dernier, à ceux dont l'insuffisance fonctionnelle se trahit par l'indigestion de toute substance un peu riche eu principes al i biles. En outre, le Lait d'Anesse convient aux sujets qui, par défaut d'action hépatique ou par une autre cause, ont besoin d'emprunter des aliments respiratoires tout élaborés. De ce nombre sont les tuberculeux, les cirrhotiques, les cachectiques, etc.

Telles sont les applications hygiéniques du Lait. Voici maintenant ses usages médicinaux.

Le Lait est employé comme boisson tempérante et adoucissante, étendu d'eau, ce qui constitue Y Hydrogala, d'une infusion aromatique (Tilleul, fleur ou feuilles d'Oranger), ou d'une tisane émolliente (décoction d'orge, de chiendent), dans les maladies inflammatoires, et particulièrement les fièvres et les phlegmasies fébriles. On l'associe souvent aux eaux alcalines et surtout à celles de nature sulfureuse.

Récemment, le docteur Labourdette, s'appuyant sur les expériences de Péligot, a proposé de faire prendre aux scrofuleux tuberculeux, etc., des Laits médicamenteux provenant d'animaux aux aliments desquels on mêle des proportions plus ou moins fortes de sel marin, d'iodure de potassium, de bichlorure hydrargyrique. Le Lait, enrichi de chlorure de sodium, serait particulièrement utile aux phthisiques, d'après l'expérience de M. Am. Latour, qui se loue beaucoup de son emploi ; celui qui est chargé d'iodure de potassium réussirait principalement chez les scrofuleux et les syphilitiques, à la période tertiaire. Cette médication est appelée à rendre des services surtout dans le traitement des maladies de la première enfance et chez les sujets épuisés. Déjà, sur la demande des médecins, les grands nourrisseurs de Paris réservent dans leurs établissements un certain nombre de vaches soumises à des régimes spéciaux, et tiennent à la disposition des clients les principales sortes de laits médicamenteux, notamment le Lait chloruré et le Lait ioduré.

La dose du Lait varie depuis une tasse, d'environ 200 grammes, jusqu'à un litre par jour et davantage, s'il constitue toute la nourriture du sujet.

Le Lait est aussi employé à l'extérieur en collyre ou collutoire, gargarisme, injection, lotion, fomentation, cataplasme, pur ou mêlé à des substances émollientes et narcotiques. C'est un moyen populaire que les médecins conseillent peu en raison de l'acescence rapide du Lait et des qualités irritantes qu'il acquiert par la fermentation.

11 en est de même du Beurre, qui rancit trop vite pour rendre des services réels, en qualité de lénitif et d'adoucissant, sur les plaies, les éruptions et les autres inflammations cutanées.

Le sucre de Lait est quelquefois prescrit en poudre pour augmenter la masse des substances très-actives, et permettre une division plus facile de la dose totale.

LAITUE OFFICINALE, Lactuca capitata, DC. — COMPOSÉES ou SYNANthérées-Chicoracées.

Angl. Cabbage Lettuce, var. of garden, or Coss-Lettuce. — Ail. Lattich.

La L^aitue pommée était pour Linné une simple variété du Lactuca sativa. Son amertume prononcée justifierait, autant que ses caractères botaniques, l'élévation de celle race au rang d'espèce. Elle la doit à un suc propre, laiteux, plus abondant et mieux formé dans la plante arrivée à son entier développe-

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