‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 73 sur 276 · MENTHE POIVRÉE · texte numérisé non relu

MENTHE POIVRÉE

entrait dans plusieurs compositions officinales, la plupart inusitées, notamment dans le Sirop d'Armoise, la Poudre chalybée, etc.

MENTUE-COQ. — Voy. BALSAMITE ODORANTE.

MENTHE crépue, Ment ha crispa, L. — Labiées. Angl. Frizzled Min t. — Ail. Krause Mùnze.

Cette espèce, qui diffère à peine de la Menthe à feuilles rondes (Mentha rotundifolia, L.), jouit de propriétés physiologiques semblables à celles de la suivante.

menthe poivrée, Mentha piperita, L. ■ — Labiées. Angl. Peppermint. — Ail. Pfeiffer Mùnze.

La Menthe poivrée n'appartient pas seulement a la flore de la Grande-Bretagne, comme le feraient croire la dénomination de Menthe anglaise et les indications données par quelques auteurs de matière médicale; c'est une plante indigène en Europe, en Asie et même en Amérique, dans les lieux humides.

Composition. — Ses principes constituants sont : une essence aromatique, une résine, une substance amère, de l'acide tannique et de la celullose.

V essence aromatique se compose d'une huile volatile et d'un stéaroptènc ou camphre.

Action physiologique. — La Menthe poivrée possède au plus haut degré les propriétés organoleptiques des Labiées aromatiques : odeur pénétrante, saveur camphrée et comme poivrée, suivie d'une sensation de fraîcheur et même de refroidissement, plus marquée lorsqu'un courant d'air atmosphérique arrive au contact de la muqueuse buccale, ainsi que d'une anesthésie notable, mais momentanée, quand l'impression a été trop forte.

La première partie de ces phénomènes est ressentie également dans l'estomac, et l'excitation qui en résulte, retentissant sur le reste de l'économie, donne lieu s\ mpathiquementà une stimulation très-généralisée, indépendamment de l'excitation difluse qui pourra résulter plus tard de l'absorption de l'essence aromatique et de son passage à travers les parenchymes servant de voies d'élimination.

Dans ce trajet, l'huile volatile de Menthe poivrée se comporte comme ses congénères, et agit sur les formations épithéliales et sur les sécrétions, ainsi que nous L'avons dit à propos de l'Anis et des Ombellifères aromatiques.

Au résumé, la Menthe poivrée stimule l'estomac, active la digestion, provoque la contraction du ventricule, l'expulsion des gaz par les voies inférieures et supérieures; excite le système nerveux par action réflexe; accélère la circulation, élève la température ; resserre néanmoins localement le réseau capillaire sanguin des émonctoires que baigne son essence ; diminue la sécrétion muqueuse et la genèse épithéliale, ainsi que la sécrétion lactée, accroît au contraire quelquefois La diurèse et la transpiration cutanée.

Usages. — De cette action physiologique, complexe, se déduisent logique-

ment les indications pour l'emploi de la Menthe poivrée. Aussi est-elle fréquemment usitée comme stomachique, carminative, cordiale et stimulante ; plus rarement comme antispasmodique et emménagogue.

Chose remarquable, cette plante réellement et souverainement active n'est affectée qu'à des usages rationnels, tandis que tant d'autres remèdes douteux ou nuls sont dotés par l'imagination des guérisseurs de vertus mystérieuses ou extraordinaires. L'imagination se tait quand les faits parlent un langage clair, précis et authentique.

La Menthe poivrée est recommandée contre l'obstruction des viscères, les catarrhes des muqueuses, ainsi que contre les tremblements nerveux. Elle n'agit dans le premier cas que parce qu'elle diminue l'hypérémie; dans le second, en modérant l'exhalation du plasma particulier de l'épithélium, qui est le mucus, et la formation trop rapide des néocytes (Gubler) ou leucocytes (Ch. Robin), qu'on appelle globules de mucus, globules de pus, et qui ne sont autres, selon nous, que les premiers états des cellules épithéliales. Elle ne favorise donc pas l'expectoration, comme le répétaient sans cesse nos devanciers, mais elle supprime la matière à expectorer ou la diminue considérablement. Dans le tremblement asthénique, elle est utile par l'excitation sympathique qu'elle détermine dans le système nerveux, et par la fièvre artificielle qui en résulte. « Febris spasmos solvit. »

La remarque de Linné, que la Menthe amoindrit ou supprime la sécrétion lactée chez les vaches, a eu son application dans la pratique médicale. L'usage de cette Labiée est conseillé aux nourrices pour faire passer leur lait. Rappelons que le camphre est employé aux mêmes usages.

Modes d'administration et doses. — La Menthe poivrée s'administre souvent en infusion théiforme contre les indigestions, la colique et la diarrhée. Quelquefois on donne les sommités fleuries en poudre, à la dose de 2 à k grammes.

On emploie l'eau distillée à la dose de 60 à 90 grammes dans la plupart des potions cordiales et stimulantes; le sirop à la dose de 30 grammes seulement. On met ô à 12 gouttes d'huile volatile clans une potion,

U esprit de Menthe poivrée (solution d'huile volatile dans l'alcool) se prescrit à la dose de 2 à 8 grammes, et Yessence de Menthe anglaise, qui n'en diffère que par le degré de concentration et d'activité, se donne à la dose de 2 à 5 grammes sur du sucre.

Mais l'un des modes d'emploi les plus usités et les plus commodes est assurément la forme de pastilles ou tablettes qu'on laisse fondre dans la bouche.

La Menthe poivrée sert aussi à l'extérieur en cataplasmes résolutifs trèsexcitants, surtout rubéfiants et presque vésicants, ainsi qu'en lotions sur des surfaces qu'il s'agit d'animer et sur des ulcères ichoreux dont on veut modifier la sécrétion.

MÉNYANTHE. 201

MENTHE pouliot, Mentha Pulegium, L. — Labiées. Angl. Penny-royal. — AU. Poley Mùnze.

Le Pouliot commun, très-répandu autour des mares et des fossés qui bordent les routes, doit son nom à ce qu'il a le don de chasser les puces (Pulex), propriété que, du reste, il partage avec les autres plantes fortement aromatiques.

Sa composition est pour ainsi dire identique avec celle de sa congénère. La Menthe poivrée el son action physiologique n'en diffèrent que par une moindre intensité. Cependant on lui attribue sans peine des vertus héroïques, comme emménagogue, antispasmodique et antigoutteuse (Meyitha podagraria). Nous ne lui reconnaissons pas celte spécialité ni cette supériorité d'action, et nous pensons que le fer, auquel Ilaller l'associait, entrait pour une bonne part dans les effets emménagogues observés chez de jeunes chlorotiques.

Le Pouliot entrait dans le Sirop d'Armoise, X Eau hystérique, la Poudre chalybée. On en prépare encore une huile essentielle, un esprit et une csseiice, ainsi qu'une eau distillée comme pour la Menthe poivrée. Ces préparations et la plante entière s'emploient de même que la Menthe poivrée et à peu près aux mêmes doses.

Le liquide connu en Angleterre sous le nom à' Eau antihystérique de Penny -royal est composé d'eau distillée de Pouliot, additionnée de teinture de Bryone composée.

MÉNYANTHE ou TRÈFLE D'EAU, Menyanthes trifoliata. — Gen- TIANÉES.

Angl. Common Buckbean} marsh Trefoil. — AU. Wasserklee, Fieberldee.

Cette Gentianéc anomale habite les lieux aquatiques et marécageux. Elle passe pour servir de nourriture aux Bièvres ou Castors (Castor fiber), d'où lui viennent un de ses noms allemands et son appellation latine Trifolium fibrinum.

Composition. — Le Trèfle d'eau, analysé par Trommsdorff, a donné 25 pour 100 de matières solides, à savoir : extractif amer, albumine végétale, résine verte (chlorophylle), matière particulière précipitable parle tannin, mais soluble dans l'eau et l'alcool affaibli, gomme brune, fécule [inuline ou ményanthine), acide malique et acétate de potasse.

V extractif amer, soluble dans l'eau, est le principe actif de la plante.

Action physiologique. — Le Ményanthe est d'une amertume extraordinaire qui devient nauséeuse; son odeur est peu marquée. Il agit comme tonique non styptique, à la manière des autres amers dépourvus de tannin, et se rapproche ainsi de la Gentiane et de la petite Centaurée, plantes de la même famille.

Usages. — En Sibérie, on la substitue au Houblon; en Laponie, on ajoute la poudre de sa racine au pain grossier dont se nourrissent les habitants.

La médecine en tire parti dans les lièvres intermittentes, les affections herpétiques, le scorbut, l'anémie, les cachexies, et dans tous les cas où les toniques amers sont indiqués.

Modes d'administration et doses. — On donne la poudre de feuilles à la dose de 60 centigrammes à 1 gramme. On en prescrit le double en infusion. Le suc se prend à la dose de 30 grammes; X extrait à celle de 30 à 60 centigrammes.

Le Trèfle d'eau est souvent associé à des amers aromatiques. Sa racine et ses feuilles entrent dans Y Eau générale et Y Eau antiscorbutique.

MERCURIALE AXNUELEE, Mercurialis annua, L. — EUPHORRIACÉES.

Angl. Annual Mercury. — AU. Jahriges Bingelkraut.

La Mercuriale ou Foirole est l'une des mauvaises herbes les plus répandues dans les jardins.

Composition. — Elle renferme, d'après Feneulle, un principe amer purgatif, du muqueux, de la chlorophylle, de l'albumine végétale, une substance grasse, une kuile volatile, de l'acide pectique, du ligneux, des sels et de l'ammoniaque. Le principe amer purgatif est soluble dans l'eau.

Action physiologique et usages. — La Mercuriale doit son nom vulgaire à ses effets cathartiques prononcés. Cependant , débarrassée de son principe îctif par l'ébullition dans l'eau, elle devient comestible, et se mange comme épinards dans quelques pays de l'Allemagne. Son suc a un goût salé.

Sans parler des pratiques surannées dont cette plante a été l'objet, on peut dire que de notre temps la Mercuriale ne s'administre plus que sous forme de Mellite et pour l'usage externe. On prescrit le Miel mercurial, ou mieux le Miel de Mercuriale, en lavement, à la dose de 15 à 30 grammes pour les enfants, et de 30 à 60 pour les adultes, comme laxatif.

Cependant Y extrait aqueux (Lemolt) purge aussi par l'estomac, à la dose de k à 8 grammes. Il en serait de même de sa décoction, mais cette préparation repoussante n'est usitée que par les indigents dans quelques campagnes.

En même temps qu'elle purge, la Mercuriale agit aussi comme diurétique ; elle peut donc rendre des services non-seulement dans la constipation et dans les affections qui réclament les purgatifs, mais encore dans les hydropisies. Linné lui accorde des vertus hypnotiques prédominantes.

La Mercuriale est employée comme laxalive, hydragogue, diurétique, emménagogue. Elle devient émolliente après la coction, et peut servir à préparer des cataplasmes adoucissants.

fflELM, Meurn athamanticum, Jacq.; Athamanta Meum, L. — Omrelli-

FÈRES-AMMINÉES.

Angl. Common Signet. — Ail. Bàrenwurz.

Cette espèce, spontanée dans les montagnes du midi de la France et en Orient, possède une odeur pénétrante et tenace, exaltée surtout dans la racine qui est la seule partie usitée.

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