‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 77 sur 276 · MOUTARDE BLANCHE · texte numérisé non relu

MOUTARDE BLANCHE

être simplement infiltré dans le tissu muqueux, et donner lieu à une élevure tout à fait semblable à celle de l'urticaire, ou bien être rassemblé en collection séreuse ou séro-fibrineuse sous des ampoules d'épiderme soulevé. Enfin, lorsque les cataplasmes de Moutarde restent à demeure sur les membres de sujets frappés d'immobilité ou plongés dans le coma, la mortification du derme et des tissus sous-jacents peut en être la conséquence. De tels désordres, avec l'inflammation éliminatrice et les complications qui s'en suivent, ont parfois entraîné la mort (Trousseau et Pidoux). Sur les sens spéciaux, la Moutarde, dans laquelle on a fait se développer l'essence, exerce également une action des plus énergiques. L'huile volatile qui s'en échappe irrite les yeux, les fait rougir subitement et provoque un flot de larmes. En même temps elle pénètre dans les narines, où elle détermine une sensation de piqûre douloureuse suivie d'un écoulement séreux comme au début du coryza, et de là dans les bronches, en donnant lieu à du malaise et à de l'étouiïement. Le même picotement est ressenti sur la langue et dans la bouche au contact de la Moutarde, et les effluves qui viennent de l'arrière-gorge dans les narines y produisent un picotement insupportable avec larmoiement réflexe. Cette impression sur les sens de la vue, de l'odorat et du goût, est quelquefois suivie d'une céphalalgie congestive plus ou moins intense, ordinairement fugace.

Dans l'estomac, la Moutarde agit aussi comme irritant; son ingestion est suivie d'une sensation de chaleur plus ou moins cuisante et d'un accroissement marqué dans l'activité digestive. Mais l'abus peut donner lieu à de la phlogose de la muqueuse, caractérisée par de la pyrosis au contact des aliments chauds et stimulants, et bientôt par de l'inappétence et des signes d'irritation gastro-intestinale, tels que vomissements, diarrhée dysentériforme, etc.

L'huile essentielle, portée par la circulation dans les émonctoires, va les exciter, et manifester sa présence par l'augmentation des sécrétions tant de la peau que des reins. Elle se décompose probablement en grande partie dans ce trajet, et laisse dans l'économie une proportion plus ou moins notable de soufre.

I s\<;i:s. — L'usage diététique de la Moutarde est très-répandu, (l'est un excellent condiment pour les estomacs froids et torpides.

L'usage médicinal n'en est pas moins habituel. On s'en sert rarement à ce titre par les voies gastriques, car il ne faut compter que sur ses ellels stimulants, el nullement sur son action cinétique, diurétique ou fébrifuge. En revanche, c'est le rubéfiant le plus communément employé, et conséquemment l'agent le plus habituel de la médication révulsive. Mais pour en tirer le meilleur parti et pour éviter tous les inconvénients, les accidents même qui y sont attachés, il importe de suivre les conseils donnés par Trousseau et Pidoux, relativement au mode de préparation des cataplasmes de farine de Moutarde et au\ précautions à prendre lorsqu'ils sont en place.

MODES D'EMPLOI. — On se sert de la fari: < et de Ycssmce de Moutarde.

La farine de semences de Moutarde noire sert quelquefois à saupoudrer

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l'intérieur des bas, ou des appareils d'ouate et de taffetas ciré dont on entoure les extrémités inférieures des sujets atteints de céphalée, de méningite, etc. ; mais elle n'est efficace qu'à la condition d'être humectée par la sueur, et se montre au contraire inerte quand la peau reste absolument sèche. A part cette circonstance, la Moutarde est employée sous forme de cataplasmes appelés sinapismes. L'addition de l'eau à la poudre de Moutarde a pour objet nonseulement d'en faire une pâte de consistance molle et d'une application facile, mais aussi; et surtout, de rendre possible la métamorphose du Myronate de potasse en essence de Moutarde. Or, de même que toute fermentation, ce phénomène est favorisé par une température moyenne de 25 à kO degrés centigrades, tandis qu'il est retardé par une basse température et annihilé par une température qui dépasse 75 degrés. D'un autre côté, il est empêché, comme les autres fermentations, par la présence en proportion considérable d'un acide énergique, de l'alcool, du sel marin, etc. D'où il suit que pour faire un bon sinapisme, il faut éviter d'employer de l'eau bouillante, s'abstenir d'y ajouter force vinaigre, ainsi que le font souvent les garde-malades, et se servir simplement d'eau chaude que la main puisse aisément supporter.

En outre, on ne doit jamais laisser un tel sinapisme en place plus de quinze à vingt minutes, sous peine de voir se produire les lésions locales décrites plus haut. On peut laisser agir un sinapisme pendant un temps beaucoup plus long, mais à la condition de le promener sur de nouvelles régions et de le déplacer à temps.

V huile volatile ou essence de Moutarde, exempte de ces inconvénients, jouit au suprême degré de tous les avantages de la farine de Moutarde. Malgré son prix élevé, elle peut être d'un usage économique en raison de la petite quantité qu'il en faut pour représenter des masses considérables de farine, dont la majeure partie est perdue dans un sinapisme qui n'agit sur la peau que par la surface du contact.

J'ai employé avec beaucoup d'avantages, et sur une grande échelle, Vessence de Moutarde dans la dernière épidémie de choléra (1866), pour obtenir la rubéfaction, et répondre par là à l'indication de stimuler la périphérie et de calmer les crampes. Cette huile volatile était dissoute, soit dans l'alcool, soit dans l'huile d'amandes douces, dans la proportion de 1 gramme pour 10, 12 ou 15 grammes de véhicule. L'huile a sur l'alcool l'avantage de mieux retenir l'essence, ce qui en rend le maniement plus facile. Les deux solutions agissent, d'ailleurs, avec une égale énergie : en trois ou quatre minutes la rubéfaction est obtenue. Le procédé est d'ailleurs fort simple.

On applique rapidement la solution à l'aide d'un pinceau de charpie sur la partie qu'il s'agit de rubéfier, et immédiatement on recouvre la région d'un morceau de taffetas ciré pour empêcher l'évaporation. On peut se servir, pour ce dernier usage, d'un papier quelconque, imprimé ou non, qu'on a trempé dans de l'huile à manger ou à brûler. Ce procédé de sinapisation est à la fois le plus facile, le plus rapide, le plus sûr et le plus exempt d'inconvénients.

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