OEUF DE POULE
risée, comme absorbant; le blanc et le jaune, pour des usages divers dans le détail desquels nous allons entrer.
1° Blanc ou Albumine d'OEuf (angl. Egg's White or Glaire; ail. Eiweiss). — Ce n'est qu'une solution concentrée, 12 grammes pour 85 grammes d'eau, d'albumine fortement sulfurée, contenant une petite quantité de sels et de mucus ou matière protéique incoagulable. Il faudrait cependant, croyousnous, y joindre une faible portion d'huile qui devient évidente lorsqu'un Blanc d'OEuf, coagulé par la chaleur, va commencer à se dessécher ; car on voit alors se former à la surface concave, de petites gouttelettes d'un liquide à peine nuancé de jaunâtre, qui tache le papier et présente au toucher le caractère des corps gras.
Le Blanc d'OEuf est lénitif, adoucissant, comme les mucus en général. Dissous dans l'eau (un blanc pour un litre de liquide) et aromatisé avec de l'eau de fleur d'Oranger, puis sucré, il constitue une boisson excellente dans les affections inflammatoires de l'estomac et du tube intestinal. V Eau albuminéuse convient dans la gastrite, l'ulcère simple de l'estomac, l'ictère par phlogose du duodénum et des conduits biliaires, la dysenterie et l'entérorrhée vulgaire ou de cause miasmatique. À l'extérieur, le Blanc d'OEuf dissous dans l'eau est employé en collyre, en gargarisme adoucissant. Il pourrait être injecté dans les cavités muqueuses atteintes d'excoriations, seul ou additionné d'astringents et de narcotiques. On en fait des cataplasmes simples ou rendus médicamenteux par diverses substances. Dans certaines contrées, la moitié d'un Blanc d'OEuf cuit dur est appliqué sur l'œil alTeclé d'orgelet ou d'une autre inflammation. Battu avec de l'huile, le Blanc d'OEuf constitue un Uniment trèsellicace contre la brûlure. Enfin, avec des éloupes et des bandes, il sert à construire des bandages inamovibles.
En pharmacie; l'Albumine de l'Œuf sert à la clarification des liquides el à donner plus de légèreté à la pâte de guimauve. Comme elle dissout le fer, on l'a proposée pour administrer ce métal dans un étal de grande division. Nous pensons (pie ce procédé devrait être étendu à beaucoup de préparations métalliques dont l'Albumine peut se charger après les avoir modifiées, pourvu, toutefois, qu'on ne recherche dansées agenlsque les efl'els généraux ou altérants. En solution, sous la forme d'albuminates, le fer, le manganèse, le cuiv re, le mercure, l'argent, n'exerceraient aucune action fâcheuse sur les premières voies, pénétrer,lient plus aisément dans la circulation, et présenteraient déjà, pour ainsi dire, nu premier àYgré d'assimilation, (les avantages se retrouvent en partie dans les autres inatièns albuininoïdes, telles (pie le gluten (t le caséum. Jl est donc rationnel d'administrer la liqueur de Van Swieten dans du lait, et l'essai du gluten comme véhicule, tenté par un pharmacien de Paris, mérite d'être encouragé.
La propiiété (pie possède l'Albumine, de précipiter un grand nombre de solutions métalliques, fait considérer ce corps comme le contre-poison chimique, par excellence, des sels de cuivre el de mercure; aussi l'usage s'en est-il
vulgarisé depuis les travaux d'OrfiIa. Il ne faut cependant pas oublier que l'Albumine en excès redissout le précipité qu'elle a formé d'abord, et que l'absorption va s'effectuer sur ce nouveau composé aussi bien que sur la solution cuprique ou mercurique; seulement, sous la forme d'albuminate, le métal a cessé d'être un irritant local. En somme, il faut continuer à administrer l'eau albumineuse dans ces sortes d'empoisonnements, à la condition de provoquer ensuite des évacuations par les voies supérieures et inférieures pour entraîner toute la matière toxique, et prévenir ainsi sa diffusion dans la masse sanguine.
2° Jaune d'oeuf ou Vitellus (angl. Yelk or Yolk; ail. Eyerdotter). — Cette substance est composée d'eau, d'albumine phosphorée et d'huile jaune, avec de la matière grasse cristallisable. Mais la couleur jaune n'appartient pas en propre à l'élaïne; elle est constituée, selon Chrevreul, par deux matières colorantes: l'une jaune, analogue à celle de la bile, l'autre rouge.
Le Jaune d'OEuf est donc une sorte d'émulsion de matière grasse maintenue en suspension par l'Albumine. Etendue d'eau chaude, sucrée et aromatisée, elle constitue le lait de poule, breuvage adoucissant par sa nature, et sudorifique par la haute température à laquelle on le prend au début des refroidissements et des affections catarrhales. Le looch jaune est fait avec du Jaune d'OEuf, de l'huile d'amandes douces et du sirop de guimauve.
Vémulsion simple de Jaune d'OEuf sert à dissoudre les corps gras, et particulièrement à nettoyer la tête de sa crasse naturelle ou des épithèmes médicamenteux, ainsi qu'à débarrasser les conduits auditifs du cérumen en excès et durci. Elle sert également à tenir en suspension des médicaments insolubles dans l'eau, et qu'on emploie en lavements: tels que l'onguent mercuriel, le camphre, l'asafœtida. Sans aucune addition, elle constitue un lavement adoucissant.
Le Jaune d'OEuf entre dans Y Emplâtre jaune, Y Onguent digestif et YOnguent hémorrhoïdal, aujourd'hui abandonné. Dernièrement, un jeune médecin a eu l'idée d'associer le Jaune d'OEuf à la glycérine pour constituer ce qu'il appelle la Glyconine; mais ce mélange a le double inconvénient de sentir mauvais par l'hydrogène sulfuré qui ne tarde pas à s'y développer, et de s'acidifier à cause de la glycérine.
Enfiu, le Jaune d'OEuf fournit Y huile anciennement usitée en onctions adoucissantes sur les brûlures, les hémorrhoïdes, les boutons de petite vérole, etc.
Ajoutons que ces deux constituants de l'OEuf, et conséquemment l'Œuf tout entier, sont d'excellents aliments qui conviennent particulièrement aux valétudinaires, aux convalescents, aux sujets affectés de diarrhée chronique. Le Jaune, plus digestible que le Blanc, est souvent mêlé au bouillon de bœuf comme premier aliment, à la suite d'une maladie grave. Le Blanc se digère assez bien quand il est cuit en lait ou peu coagulé; durci au feu, il se laisse difficilement attaquer par les sucs digestifs.