LI13AN
oi<«\o\ commun, Allium Cœpa, L. — Liliacées. Angl. Onion. — AH. Gemeinc Zwiebel.
V Oignon, probablement originaire de l'Inde, est cultive partout pour sou bulbe savoureux, qui était adore des Egyptiens, et que les Juifs de Moïse ont failli préférer au vrai Dieu et à leur liberté.
Il en existe d'innombrables variétés dépendant de deux espèces : l'une rouge, l'autre blanche. Cette dernière est la seule usitée en médecine, parce qu'elle est très-douce et renferme peu d'huile essentielle.
Composition. — Fourcroy et Vauquelin ont trouvédans le bulbe de l'Oignon : huile volatile acre, sucre incristallisable, gomme, libre ligneuse, albumine, acides acétique et phosphorique, phosphate et citrate de chaux, eau.
L'huile volatile d'Oignon est sulfurée et analogue à celle de l'Ail, qui est un sulfure d'allyle. Elle possède aussi des qualités physiologiques semblables.
Action physiologique. — L'action physiologique de l'Oignon est plus douce que celle de l'Ail, à laquelle elle ressemble d'ailleurs beaucoup.
Usages. — Dépouillé de son essence par la décoction prolongée, il devient un aliment fort recherché par toutes les classes de la société. Cru, le bulbe de l'Oignon est un assaisonnement aimé des pauvres.
En médecine, on ne l'emploie presque jamais comme diurétique, stomachique ou comme expectorant; moins rarement il sert à faire des cataplasmes maturatifs, employés surtout par les campagnards.
oliri\ ou ENCENS. Gomme-résine âaBoswellia serrata, Stack.; Boswellia thurifera, Colebrooke. — TEréhintiiacées.
Angl. Olibanum, frank fncense. — Ail. Weirauch.
Le Boswellia thurifera croit dans les parties montagneuses de la côte de Coromandel (Inde). Cependant l'Encens passe pour venir d'Arabie, et il paraît certain qu'on en récolte dans une grande partie de l'Afrique, ce qui porte à croire, ou bien que l'aire géographique du /Jostrellia thurifera est plus étendue qu'on ne dit, ou bien que plusieurs espèces distinctes produisent la gomme-résine vendue sous le nom d' Encens. En tout cas, on doit distinguer deux sortes d'Encens : celui de l'Inde el celui d'Afrique.
Composition. — L'Encens de l'Inde, analysé par Braconnot, a donné: huile volatile, résine, gomme, matière gommeuse soluble dans l'eau et dans l'alcool.
Vhuile volatile est analogue h celle de Térébenthine, mais d'une odeur plus suave, rappelant celle du citron. La résine est double, l'une acide, l'antre semblable à la colophone.
Action physiologique et i sages. — \*OHbant comme la Myrrhe, le
Mastic et les autres substances balsamiques, jouit de propriétés toniques et stimulantes assez rarement utilisées dans les catarrhes et les hémoptysies. Il (Mitre dans certains emplâtres, el l'ou s'en serl en fumigations pour masquer les mauvaises odeurs.
CIBLER. 15
A l'intérieur, on le prend à ia dose de 2 à k grammes, éffiiilsiottnê à l'aide d'un jaune d'oeuf.
©LtflMI, Olca europœa, L. — Oléacées.
Angl. European Olive, Olive -tree. — AH. Olivenbaum, Oehlbaum.
V Olivier croît h l'état sauvage dans le midi de la France et de l'Europe, aussi bien qu'en Orient. Il est cultivé en Provence et en Languedoc pour ses drupes chargées d'une huile excellente, et dont on fait une grande consommation dans tous les pays civilisés.
Composition. — L'huile d'Olive, selon Braconnot, renferme 72 parties d'élaïne et 28 parties de margarine. Cette proportion considérable de matière grasse cristallisable fait qu'elle se trouble par la gelée et laisse déposer des flocons de margarine.
Action physiologique et usages. — L'huile d'Olive n'est, à proprement parler, qu'un aliment respiratoire ou même plastique comme les autres corps gras. Elle est seulement plus difficile à digérer que le beurre. Ingérée seule et en très-grande quantité, elle agit comme laxatif, sans occasionner la moindre colique. On l'emploie rarement dans ce but chez les sujets atteints d'inflammation des voies digestives et uro-génitales. Sous forme d'émulsion avec de la gomme, de l'albumine, du jaune d'oeuf ou de l'ammoniaque, elle sert à calmer la toux spasmodique. De même que les autres huiles douces et les graines oléagineuses, l'huile d'Olive a été administrée contre les vers. Unie aux substances acres et irritantes, elle en empêche les effets fâcheux sur l'estomac, parce qu'elle enduit sa muqueuse d'une couche protectrice en même temps qu'elle recouvre et isole les molécules de la matière active. C'est de la même manière qu'elle agit lorsqu'elle est administrée comme contre-poison. Elle s'oppose ainsi au contact du poison avec l'organisme vivant et en prévient l'absorption, à moins que, comme la canlharidine, le principe toxique ne soit soluble dans les huiles.
A l'extérieur, l'huile d'Olive était employée dans l'antiquité en onctions pour adoucir la peau et assouplir les membres. On s'en sert encore quelquefois pour cet usage et pour préserver la surface du corps de l'absorption des principes nuisibles ; mais plus souvent elle constitue le véhicule des substances actives employées en liniments. Elle entre aussi dans les cêrats et les emplâtres, et sert aux chirurgiens à enduire leurs instruments pour en faciliter le glissement.
OPIUM. Suc épaissi du Papaver 8omniferumh L. — PapavéracêeS* Angl. Opium. — AH. Opium.
Nous parlerons ailleurs de la plante (voy. Pavot blanc, P. noih, P. oeillette.) Dans cet article, il ne sera question que du produit qu'elle fournit à la matière médicale.
Il existe dans le commerce plusieurs sortes d'Opium distinguées par leur
provenance ; VOpium de Smyrne, de Turquie ou du Levant, Y Opium dit de Constantinople, VOpium d'Egypte, celui de Trébizonde ou de Perse, et enfin celui de l'Inde on du Bengale, auxquels il faut ajouter VOpium indigène de France, le seul qui soit récolté en grand.
Composition. — Nulle substance n'a été l'objet d'un plus grand nombre de recherches de la part des chimistes les plus recommandables de la France et de l'étranger; mais les principales découvertes appartiennent à nos compatriotes. Séguin découvre la Morphine et V acide Méconique en même temps que Sertiirner (1804); Dublanc jeune, la Méconine (1826), retrouvée plus tard (1830) par Couerbe. En 1832, Pelletier découvre la Narcéine, et la même année Robiquet annonce l'existence de la Codéine. Depuis lors plusieurs autres principes ont été isolés. Voici, d'après les dernières analyses exécutées par Mulder, par Schinler et par Bilz, la composition de l'Opium : Morphine combinée avec V acide Méconique, Narcotine, Codéine, Narcéine, Méconine, Thébaïne, Paramorphine, Opianinc, Papavérine, Porphyroxine?, extractif, acide brun, acide sulfurique, résine, huile grasse, matière gommeusc, caoutchouc, albumine, principe odorant (huile volatile) et ligneux. Une autre base, la Pscudomorphinc, n'a été rencontrée qu'accidentellement par Pelletier.
Ainsi ce produit complexe ne renferme pas, normalement, moins de huit alcaloïdes préexistants ou prenant naissance pendant les opérations multipliées auxquelles il est soumis.
La Morphine et la Codéine seront décrites dans la Pharmacopée.
IjàNarcotine (C44H23AzOl4)3 blanche, inodore, cristallisante en prismes, n'affecte pas les couleurs végétales, est insoluble dans l'eau froide, soluble dans û00 parties d'eau bouillante, dans 100 parties d'alcool froid ou 2U parties d'alcool bouillant. Elle se dissout dans l'éther et les huiles essentielles. Magendie la supposait le principe stimulant de l'Opium et la considérait comme éminemment toxique, tandis qu'Orfila et Bally la disaient inerte. Les belles expériences de (il. Bernard montrent qu'en effet la Narcotine est un agent convulsivanl, ce qui justifie l'hypothèse de son illustre maître, mais elles confirment aussi les observations de ses contradicteurs sur l'innocuité relative de la Narcotine.
La Narcéine (C46H29Az018), également blanche et inodore, possède un goût légèrement amer et comme métallique. Elle cristallise en longues aiguilles solubles dans 230 parties d'eau bouillante, ou 37.") parties d'eau à 00 degrés. Son affinité pour les acifles est peu marquée, et elle ne ramène pas au bleu le papier de tournesol rougi.
Elle est certainement très-peu active, eu égard à la morphine; cependant Cl. Bernard et les cliniciens à sa suite (Béhier, Liné, Delpecb, Gubler, etc.) ont démontré la réalité des elfets hypnotiques de la Narcéine, à doses trois ou quatre fois plus fortes. De plus, Cl. Bernard établit qu'elle est un peu supérieure à la morphine en puissance toxique.
La Méconine (C20H,0O8) est remarquable par l'absence d'azote. Berthclot
l'envisage comme un alcool polyatomique. Son goût, d'abord peu marqué, devient ensuite sensiblement acre. Elle est sans importance thérapeutique.
La Thébaïne, ou Paramorphine (C38H'2lAzOG), est blanche, cristalline, d'une saveur styptique et acre, très-soluble dans l'alcool et l'éther, à peine soluble dans l'eau. Elle est franchement alcaline, et n'est pas isomérique avec la morphine, comme le croyait d'abord Pelletier. Magendie avait vu que 5 centigrammes de cette substance, injectés dans la jugulaire ou déposés dans la plèvre, agissant comme la strychnine ou la brucine, causent le tétanos et la mort en quelques minutes.
Cl Bernard a vérifié cette action convulsivante de la Thébaïne, qui tient le premier rang, sous ce rapport, parmi les alcaloïdes de l'Opium, de même qu'elle en est le plus délétère. Il serait important de classer les Opiums du commerce d'après les proportions de Thébaïne qu'ils renferment, puisque ce principe est à la fois le plus excitant et le plus dangereux. Tout ce que je peux dire làdessus, c'est que Merck en a trouvé un centième dans l'Opium du Bengale, et que Pelletier n'en a pas constaté du tout dans l'Opium français.
L'Opianine (C66H3GAz2021) est une base qui ne se trouve que dans l'Opium d'Egypte. D'après Kugler, qui l'a découverte, elle possède des propriétés narcotiques aussi énergiques que celles de la morphine.
La Papavérine (Ci0H21AzO8) est faiblement basique, insoluble dans l'eau, difficilement soluble dans l'alcool et l'éther froids. Elle se dissout mieux dans ces liquides à chaud. Merck, qui l'a fait connaître, la croyait indifférente. CI. Bernard a prouvé qu'elle produit des effets convulsivanls, presque aussi prononcés que ceux de la Thébaïne.
La Pseudomorphine (C27H,8x\z014) ne paraît pas toxique, d'après une expérience où un lapin en a pris 40 centigrammes sans inconvénient. Pelletier pense que c'est une combinaison de la Morphine, dans laquelle celte dernière a perdu sa propriété vénéneuse.
Vacidc Méconique anhydre (Cl4IIOn) renferme 9 équivalents d'eau quand il est cristallisé. Il est inerte et n'intéresse le thérapeutiste que parce qu'il se trouve naturellement combiné avec le principal alcaloïde de l'Opium à l'état de méconate de Morphine.
Terminons cette exposition en plaçant sous les yeux du lecteur un tableau emprunté au récent travail de Cl. Bernard, et dans lequel les six alcaloïdes principaux de l'Opium sont rangés suivant l'ordre de la plus grande activité, au triple point de vue des effets soporifiques, convulsivants et toxiques.
Action hypnotique. — 1° narcéinc, 2° morphine, 3° codéine; les trois autres dénués de qualités soporifiques et non classés.
Action tétanique. — 1° thébaïne, 2° papavérine, 3° narcotine, h° codéine, 5° morphine, 6° narcéine.
Action toxique. — 1° thébaïne, 2° codéine, 3° papavérine, h° narcéine, 5° morphine, 6° narcotine.
Action physiologique. — L'Opium stupéfie les plantes douées de mou-
vement, et exerce sou influence sur la généralité des animaux avec des variations conformes, dit-on, au degré de développement de leur système nerveux. II y a pourtant deux réserves à faire: l'une en ce qui concerne les herbivores, qui sont moins touchés par L'Opium parce qu'ils se défendent mieux que les carnivores contre tons les poisons végétaux, témoin les lapins, qui se nourrissent impunément de Pavot et de Belladone; l'autre relativement à la difficulté d'observer les animaux inférieurs. Malgré les différences réelles qu'introduit dans la symptomatologie de l'Opium la diversité des tempéraments et des races, les effets de cet agent sur les hommes sont autrement précis et certains. Les Nègres, les Malais et les Javanais peuvent être plus excités que les Gaucasiques, mais chez eux, comme chez nous, se retrouve toujours l'ensemble des phénomènes du mor planisme, dont voici la description :
L'Opium est doué d'une saveur amère, un peu nauséeuse, et d'une odeur caractéristique, l'un des types de celles qu'on nomme vireuses. Appliqué sur la conjonctive, sur une muqueuse ou sur la peau excoriée, il détermine une sensation pénible bientôt suivie d'irritation inflammatoire, ce qui n'empêche pas la diminution considérable ou l'abolition de la sensibilité et de la motricité de se produire dans la région correspondante au bout de quelques instants. Mais, selon Millier, celle paralysie ne se propage pas des extrémités vers les troncs.
Administré à l'intérieur à la dose faible de 1 à 2 centigrammes, l'Opium donne lieu à une légère excitation circulatoire, animation du visage, éclat du regard, sensation de bien-être, alacrité d'esprit, disposition à l'exercice et accroissement de la force musculaire.
A la dose plus forte de 5 à 10 centigrammes, les symptômes de la période d'excitation, plus prononcés que dans le premier cas et accompagnés de fréquence et de plénitude du pouls, sont bientôt suivis de dépression circulatoire, de sécheresse de gorge, de nausées et quelquefois de vomissements avec perte d'appétit, diminution des forces, répugnance pour le mouvement, moindre impressionnabilité des sens et confusion des idées, enfin tendance invincible au sommeil accompagné de rêves riants ou terribles.
A dose excessive ou toxique, l'Opium détermine, pour ainsi dire d'emblée, les symptômes de la période de col lapsus.
Il n'est pas rare cependant de voir la scène s'ouvrir par des mouvements convulsifs rappelant les effets des poisons tétanisants, et pouvant donner le change sur la nature de l'empoisonnement. Mais presque aussitôt survient la torpeur avec rougeur de la face et des yeux, contraction des pupilles, attitude abandonnée, relâchement musculaire, engourdissement de la sensibilité, somnolence et apparence d'un repos parfait. Et si la proportion du poison est suffisante, le sommeil se transforme en sopor et en coma, en même temps que le visage pâlit et devient cadavéreux, sans que les pupilles cessent d'être contractées et ponctiformes. La mort peul rapidement mettre fin aux accidents, OU quand l'économie résiste, la stupeur diminue, le coma fait place à un sommeil prolongé, suivi, au bout de douze à vingt-quatre ou trente-six heures,
d'un réveil tourmenté par des nausées, des vomissements et des étourdissements, auxquels succède un état saburral avec éloigneinent pour toute espèce de nourriture.
L'habitude émousse naturellement l'impressionnabilité de l'organisme pour le poison du Pavot, et quand l'usage s'en prolonge, des doses de plus en plus fortes sont nécessaires pour obtenir le même degré d'excitation ou d'hypnotisme. J'ai connu un pharmacien militaire qui avalait k grammes au moins d'extrait gommeux d'Opium à la fois, et j'ai vu un malade, cité par Trousseau comme pouvant ingérer d'énormes quantités d'Opium, qui avait fini par prendre chaque jour la dose fabuleuse de 750 grammes de Laudanum de Sydenham. Il croyait en prendre un litre par jour ; mais sa femme m'a avoué qu'elle le trompait, et qu'elle complétait cette quantité par l'addition d'eau et d'alcool.
A la longue on voit aussi survenir des modifications nouvelles dans l'économie des sujets qui demeurent sous l'influence de l'Opium. Ces phénomènes, observables chez quelques malades, ont été étudiés sur une grande échelle dans les pays de l'Orient où règne la fatale habitude de manger ou de fumer de l'Opium.
Les thériakis, ou mangeurs dxOp ium , recherchent dans cette substance des effets cordiaux exhilarants, et lorsqu'ils ont obtenu l'animation désirée, ils se croient au comble de la félicité. Mais pour ramener chaque jour cette bienheureuse extase, chaque jour il faut augmenter la dose du stimulant, et si, par hasard, le mangeur d'Opium est privé de sa ration, il tombe dans l'abattement physique et moral, reste muet, immobile, en proie aux idées les plus sombres ou plongé dans une véritable imbécillité. Sous cette double influence énervante, positive et négative de l'Opium, les grandes fonctions se troublent, les facultés diges tives se perdent, la nutrition languit, et les intestins, frappés d'atonie, s'exonèrent à peine une fois par semaine. Il survient de l'émaciation, de l'impuissance génitale, de la paralysie musculaire ou du tremblement, de l'hébétude, et le malheureux succombe prématurément au milieu de douleurs que l'Opium lui-même ne calme plus, et dévoré par une faim qu'il n'est plus en état d'assouvir.
On reconnaît le mangeur d'Opium à son corps amaigri, à son teint jaune, à sa démarche tortueuse et chancelante, à l'incurvation de son épine, à ses yeux brillants et excavés (Oppenheim).
Les inhalations de la fumée d'Opium sont moins dangereuses que l'ingestion du poison en substance parles voies digestives, et les fumeurs d'Opium résistent plus longtemps que les thériakis; mais chez ceux-là comme chez ceux-ci, l'excès longtemps continué finit par amener les mêmes résultats. Cela s'explique parce que, malgré leur fixité ou leur non-volatilité, les alcaloïdes de l'Opium sont entraînés mécaniquement par la fumée dans la bouche et à l'entrée des voies respiratoires.
Quelques auteurs ont cherché à atténuer l'impression pénible produite en Europe par le tableau navrant que les voyageurs de toutes nations ont tracé
de l'état de dégradation des peuples voués à l'abus de l'Opium; niais leur témoignage est suspect, car ces écrivains sont anglais, et personne n'ignore que c'est la Compagnie des Indes qui favorise de toute sa puissance cette ignoble habitude, et qui bénéficie de l'odieux trafic de l'Opium en Chine et ailleurs.
Cela dit, revenons sur les différents effets de l'Opium, pour les mieux analyser et, autant que possible, en donner l'interprétation physiologique.
L'Opium engourdit la sensibilité et la motricité, et diminue la tonicité du système capillaire : telle semble être son action primitive et directe. Par l'anesthésie, il modère les actions réflexes qui ont pour point de départ une sensation. Par l'atonie des capillaires sanguins, il amène : 1° l'accroissement du conflit entre l'oxygène et les parois vasculaires, c'est-à-dire l'exaltation calorifique; 2° à la faveur de la diminution de pression, une accélération des mouvements du cœur, qui augmente encore plus tard par l'excitation calorifique. La précipitation du rhythme respiratoire est liée à cet accroissement des phénomènes de circulation et d'hématose, lequel explique également le sentiment de force et d'activité musculaire, et jusqu'à un certain point, la vivacité des opérations intellectuelles, ainsi que l'excitation génésique, dans la première période du morphinisme.
Les convulsions, ordinairement cloniques, qui marquent parfois le début de l'empoisonnement, sont l'exaspération de cette excitation des centres nerveux, à moins qu'elles ne dépendent en partie de l'action propre de la Thébaïne, de la Papavérine et de la Narcotine.
L'atonie gagne aussi les artères et les veines de gros calibre, et le développement du pouls dépend à la fois de la force d'impulsion cardiaque et du défaut de résistance de ta paroi artérielle.
L'anesthésie des premières voies rendrait compte, dans une certaine mesure, de la diminution des sécrétions, caractérisée par la sécheresse de la bouche et du gosier, par l'enduit épithélial de la langue, par l'oblitération de l'appétit, la langueur des facultés digestives et la constipation. Mais cette anorexie et cet état saburral seraient liés aussi au mouvement plus rapide de dénutrition, en rapport avec l'accroissement d'intensité des actes dont le réseau capillaire est le siège ; et la constipation serait en partie un phénomène paralytique. La diaphorèse se rattache, d'ailleurs, aux phénomènes circulatoires et calorifiques, et la rareté des urines est la contre-partie de la poussée qui se fait vers la peau. On doit y joindre la diminution de la sensibilité et delà contractilité du réservoir urinaire. Quant auv phénomènes hypnotiques, ils s'expliquent, selon nous, et dans l'opinion de la plupart des physiologistes, par la congestion des méninges et de la substance cérébrale, à laquelle nous croyons devoir joindre la stupéfaction des centres nerveux, analogue à celle des nerfs de sentiment et de mouvement. La congestion cérébrale se reflète dans les yeux, dont les iris, appareils érectiles, sont tellement épanouis, que la pupille en esl presque effacée. La pâleur mortelle qui survient dans les cas graves ne contredit pas celle manière de voir, car elle peut indiquer l'excès même de la
congestion centrale exerçant une action révulsive sur la périphérie, en vertu d'un balancement fonctionnel bien connu des physiologistes. ■
Enfin,. l'émaciation et l'altération profonde de l'organisme trouvent naturellement leur explication dans la déperdition incessante de substance et de force qu'amène l'excitation journalière de l'Opium, et dans l'impossibilité d'une restauration suffisante.
Il y aurait bien des détails et bien des correctifs à ajouter à ces propositions. Nous n'avons voulu établir ici que les données principales de la théorie des effets physiologiques de l'Opium, fondée sur la considération de son action intime sur les tissus et les fonctions.
Au résumé, l'Opium agit à la fois comme stimulant et comme sédatif, et la science moderne donne raison et tort aux partisans de Brown, aussi bien qu'à leurs adversaires. Elle nous enseigne, en outre, l'urgence d'une définition plus rigoureuse des termes, et la nécessité d'une analyse plus approfondie et plus scientifique de l'action des médicaments. Derrière le résultat apparent, le thérapeutiste doit chercher la filiation des actes, et remonter aux phénomènes initiaux et élémentaires de l'agent qu'il étudie, sous peine de ne rien comprendre aux faits cliniques, toujours complexes et souvent contradictoires pour ceux qui ne savent pas les interpréter.
L'absorption des principes actifs de l'Opium est la condition indispensable de la plupart des symptômes observés. Cette absorption est démontrée par trois ordres de preuves. D'abord l'odeur de la substance est souvent reconnaissable dans la respiration, dans l'urine et la sueur (Barbier, d'Amiens); ensuite les sécrétions, d'après le même auteur, possèdent des propriétés narcotiques; en troisième lieu, la Morphine a été constatée dans le sang et l'urine par Barruel.
A la traversée des émonctoires, qui sont leurs voies spéciales d'élimination, les principes actifs de l'Opium produisent leurs effets particuliers. Les narcotiques engourdissent la sensibilité et la motricité de la vessie. La matière odorante irrite les glandes sudoripares, et, comme la sueur est à la fois plus acre et plus abondante, il en résulte des exanthèmes cutanés plus ou moins fugaces : roséole, urticaire, sudamina rouges, etc.
Substances auxiliaires. — A vrai dire, l'Opium n'a pas de substances synergiques ; aucun agent de la matière médicale ne saurait le remplacer, surtout comme hypnotique congestionnant et comme inébriant anodyn. Mais on peut lui trouver des adjuvants : les alcooliques, les stimulants diffusibles et la chaleur; des auxiliaires: les antispasmodiques.
Antagonistes. — Antidotes, contre-poisons. — Les acidulés, les astringents, les tanniques, en particulier, les toniques du système vaso-moteur, et le froid, par conséquent, contrarient l'action de l'Opium. Il en est de même des stupéfiants mydriaiiques. Aussi le Café, la Belladone et l'Atropine (Bell, Béhier, etc. ) sont-ils antidotiques du suc de Pavot, contre lequel Orfila recommandait de préférence les acides, et dont le contre-poison chimique est celui
des alcaloïdes en général, c'est-à-dire le tannin et les substances dont il fait partie. L'antidote par excellence est le Quinquina, ou plutôt le sulfate de Quinine (Gubler).
Usages et contre-indications. — L'Opium est assurément le remède le plus usité et le plus important de toute la matière médicale. On a dit, avec raison, que sans lui la médecine serait impossible. Ne plus souffrir, c'est être à moitié guéri, et l'Opium enlève la douleur presque instantanément, dans la plupart des cas; sans parler des autres résultats indirects dont profite en même temps celui qui cherche le calme à l'aide de ce narcotique incomparable.
Comme anodyn, l'Opium est indiqué dans la plupart des affections éminemment douloureuses : céphalalgies, névralgies, rhumatisme, goutte, gangrène spontanée, sénile et symétrique des extrémités, carie dentaire, coliques intestinales, hernie étranglée, péritonite, coliques hépatiques et néphrétiques ; et dans les inflammations accompagnées de vives douleurs et de spasmes, ophthalmies profondes, cystite du col vésical, uréthrite, otite, pleurésie aiguë, pleuro-pneumonie, phlegmons, ulcères, cancers, empoisonnement par les poisons corrosifs, etc.
Comme sédatif du système musculaire, l'Opium s'emploie dans les spasmes locaux des uretères et des conduits biliaires, du rectum, de la vessie, de l'utérus lorsqu'il y a menace d'avorlement; dans le rétrécissement par contracture de l'urèthre, dans certains asthmes spasmodiques; enfin, dans les affections spasmodiques généralisées : delirium tremens, tremblements métalliques, chorées, épilepsie, tétanos et convulsions tétaniformes.
On a recours à ses vertus hypnotiques dans une foule de circonstances, que l'absence de sommeil soit le phénomène unique, ou qu'elle constitue un symptôme de la maladie principale.
Souvent on l'associe aux stimulants diffusibles pour obtenir la sudation, au début des maladies de refroidissement, par exemple. D'un autre côté, on s'en sert pour diminuer la sécrétion urinaire dans la polyurie et le diabète sucré, pour arrêter le flux de ventre, la dysenterie, le choléra nostras et le choléra épidémique. Mais dans ce dernier cas il agit également comme anodyn et antispasmodique, puisque la diarrhée intense est toujours accompagnée de contractions exagérées des intestins.
L'Opium est encore employé dans certaines affections mentales dépressives et dans certains délires symptomatiques des maladies aiguës. On le prescrit tous les jours à titre de palliatif dans les phlegmasies et les fièvres, tantôt pour favoriser la diaphorèse, tantôt pour calmer la douleur, ou bien pour procurer du sommeil.
Enfin, on le fait entrer dans les formules comme correctif : 1° des médicaments d'une énergie redoutable pour l'estomac : des acres, des caustiques ou au moins des irritants, tels que la teinture de cantharides (Rayer), le tartre stibié; 2° de ceux qui,, comme le Calomel, tendent à produire des coliques et du dévoiement.
23/l SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX.
Mais l'Opium ne doit pas être administré dans toutes les formes et dans tous les cas des diverses affections qui viennent d'être énumérées. C'est là un point de thérapeutique sur lequel il faut être fixé à l'avance.
Ainsi l'Opium convient à la céphalalgie anémique, aux névralgies de même origine, mais ne réussit pas dans les formes congestives, qu'il peut au contraire aggraver. De même, il est très-utile dans le délire symptomatique de la pneumonie, delà fièvre typhoïde, de l'érysipèle et d'autres maladies aiguës, lorsque cet accident, dit nerveux,, se rattache à l'asthénie, et particulièrement au défaut de stimulation du centre nerveux de la part d'un sang appauvri ou altéré ; tandis qu'il est nuisible dans le délire qui est une manifestation de l'inflammation des méninges et de la substance cérébrale. L'Opium est un moyen héroïque contre le delirium tremens dans son mode ordinaire, mais il échoue plus tard, et entretient les accidents, si le désordre fonctionnel a fini par se compliquer d'un certain degré de phlogose cérébrale. C'est alors la Digitale qui doit intervenir, ou le sulfate de Quinine, ou encore le Bromure de potassium. Nous en dirons autant du tétanos, dont l'Opium est le meilleur palliatif, tant que la moelle, simplement surexcitée, n'est pas encore le siège d'un travail inflammatoire.
Sans nul doute, l'Opium est le meilleur hypnotique ; cependant il peut manquer son effet ou même augmenter l'insomnie, car il ne possède pas une vertu dormitive spécifique. Lorsqu'il facilite le sommeil., c'est en plaçant l'organisme dans des conditions anatomiques semblables à celles qui président au sommeil naturel : à savoir, une certaine sédation nerveuse, et surtout la congestion vasculaire de l'encéphale. Or, si l'insomnie résulte d'un excès d'activité circulatoire, la congestion thérapeutique s'ajoutera à la maladie spontanée, au grand détriment du sujet. Dans ce cas, c'est le sulfate de Quinine ou le Bromure alcalin qui fera dormir. En conséquence, l'Opium doit être réservé pour les insomnies anémiques, ou plutôt par défaut de réplétion ou de stase sanguine, lesquelles se montrent généralement chez les spanémiques, les sujets affaiblis, inanitiés. Ces exemples suffisent pour montrer à des cliniciens, d'ailleurs informés, quels sont ordinairement les motifs des indications des préparations opiacées.
Modes d'administration et doses. — V Opium brut, source des autres préparations pharmaceutiques, est lui-même rarement employé. Pulvérisé, il sert quelquefois à saupoudrer les cataplasmes qu'on veut rendre narcotiques.
Débarrassé par dissolution dans l'eau des feuilles et fleurs de Rumex et des autres impuretés, l'Opium brut donne, selon le mode opératoire, différentsextraits, la plupart abandonnés, dont l'un, également inusité aujourd'hui, portait du temps de Paracelse le nom de Laudanum solide, et plus tard à' Opium purifié. On ne trouve maintenant dans les officines que Yextrait gommeux ou extrait aqueux d'Opium, renfermant les alcaloïdes, la Morphine et la Codéine à l'état de méconates, mais privé en partie de la Narcéine, de la Méconine, de la Narcotine et de la Thébaïne, celles-ci convulsivantes, ainsi que des
matières grasse et résineuse. V extrait gommeux, très-fréquemment employé, se prescrit en pilules, quelquefois en potion. Les pilules varient de 1 à 5 centigrammes. On en donne une ou plusieurs dans la journée. Etalé sur du taffetas, il constitue un emplâtre calmant qu'on applique dans les névralgies au niveau du point douloureux.
On prépare aussi des dissolutions d'Opium dans des liqueurs spiritueuses ou acétiques.
Le Vin d'Opium composé, ou Laudanum liquide de Sydenham, est une solution d'Opium dans le vin de Malaga, avec addition de safran, de cannelle et de girofle. C'est une préparation stimulante en même temps que narcotique, et dont 20 gouttes, mesurées à l'aide d'un compte-gouttes, représentent à peu près 5 centigrammes d'extrait gommeux. Ce laudanum est d'un usage pour ainsi dire vulgaire en potion, en lacement, en collyre, en Uniment, en cataplasme. On en met habituellement 20 gouttes dans un julep à prendre par cuillerées, mais on en donne aisément 6 à 10 gouttes à la fois, et l'on doit en mettre 12 gouttes au moins dans un petit lavement, lorsqu'on a intérêt, comme dans le choléra, d'obtenir une narcotisation prompte et efficace.
Le Laudanum de Rousseau, ou Vin d'Opium obtenu par la fermentation du miel, renferme une proportion d'Opium plus que double de celle du Laudanum de Sydcnham; 20 gouttes équivalent à 12 centigrammes d'extrait gommeux. Il est employé, suivant cette proportion, de préférence à ce dernier, quand on tient à éviter toute action stimulante étrangère.
La Teinture d'extrait d'Opium n'est qu'une simple solution alcoolique d'Opium au 1/1 3e, à peu près inusitée.
La Teinture d'Opium ammoniacale, ou Elixir parégorique, est une bonne préparation stimulante et narcotique, parce qu'elle renferme en outre de l'acide benzoïque, du safran et de l'essence d'anis. On en donne de i à k grammes dans une potion.
Le Vinaigre d'Opium est la plus chargée de toutes les teintures opiacées: k grammes correspondent sensiblement à 35 centigrammes d'Opium brut, et l'on en prescrit de 7 à 30 gouttes dans les vingt-quatre heures (Monneret). On connaît la Teinture acétique cV Opium sous les noms anglais de black Drops ou the Lancaster, or Quaker s black Drops.
Le Sirop d'extrait d'Opium contient k centigrammes de substance active par 20 grammes,. Additionné d'esprit volatil de succin, il devient le Sirop de karabé.
Le Sirop diacode, qu'on ne prépare plus avec des tètes de Pavot, est quatre fois moins chargé que le précédent, et doil être considéré comme un léger anodyn, utile surtout dans la médecine infantile. Il remplace le Sirop de Pavot blanc de l'ancien Codex.
L'Opium entre aussi dans plusieurs préparations officinales d'un usage habituel.
La Poudre de Dower, composée de sulfate et de nitratede potasse, de poudre
d'Ipécacuanha, de Réglisse et d'extrait d'Opium sec, contient un peu plus du dixième de son poids de ce dernier, et se donne à la dose de 20 à 60 centigrammes et au delà.
La masse de Cynoglosse contient le huitième de son poids d'extrait thébaïque, et s'administre en pilules de 5 à 20 centigrammes, dont on donne une ou plusieurs par jour.
La Thériaque, parmi ses nombreux ingrédients, compte l'Opium brut, dont elle renferme 5 centigrammes (25 milligrammes d'extrait) dans h grammes.
Le Diascordium contient moitié moins d'Opium . C'est un électuaire aromatique, astringent et narcotique, fort utile dans les diarrhées et les affections atoniques du tube digestif, à la dose de 1 à U grammes par jour.
Les préparations opiacées sont employées à l'intérieur et à l'extérieur, suivant la plupart des modes usités pour l'administration des médicaments, en : poudre, pilules, potion, collyre, gargarisme , injection, lavement, cataplasme ou Uniment, sans compter que nombre d'hommes mâchent l'Opium ou le fument.
Relativement à la posologie, une remarque importante doit trouver place ici, c'est que certains sujets sont très-vivement impressionnés par l'Opium et n'en peuvent supporter que des doses extrêmement faibles. Beaucoup de femmes et tous les enfants en bas âge sont dans ce cas. Il en est de même pour les malades disposés aux congestions cérébrales, ou déjà sous le coup d'une hypérémie ou d'une phlegmasie encéphalique. Dans toutes ces circonstances, l'excessive impressionnabilité pour l'Opium s'explique par une seule et même condition anatomique, la vascularilé plus grande de l'encéphale et la facile production des fluxions sanguines. Chez le très-jeune enfant, par exemple, la substance corticale est normalement d'un rouge violacé très-remarquable et qui en impose souvent pour une hypérémie morbide. Le praticien, tenant compte de cette disposition, devra, selon la recommandation de Trousseau, ne donner aux enfants au-dessous de deux ans que des doses très-minimes d'Opium, une seule goutte de Laudanum de Sydenham, deux tout au plus, dans une petite potion ou dans un lavement. Il en sera encore très-parcimonieux dans les deux ou trois années suivantes.
La même prudence est de rigueur chez les vieillards apoplectiques ou les jeunes filles à l'âge de la puberté, et chez les femmes à l'époque de la ménopause, lorsque les unes et les autres sont sujettes à des raptus sanguins qui les prédisposent aux congestions des centres nerveux.
Il convient alors de débuter par une dose faible, plutôt au-dessous qu'audessus de la dose supposée efficace; car, si l'on administrait d'emblée une quantité réputée moyenne de substance active, on risquerait de voir survenir des phénomènes inquiétants de narcotisme et de stupeur.
opopanax. Gomme-résine de VOpopanax C/iironium Koch; Pastinaca Opopanax, L. — Ombellifères-Peucédanées.