ORTIE BRULANTE. 2U
La petite Ortie, ou Ortie grièche, est une des mauvaises herbes les plus répandues dans les jardins.
Composition. — Salladin a constaté dans cette plante une matière azotée, de la chlorophylle unie à un peu de cire, de la matière muqueuse ou gommeuse, une matière colorante noirâtre, du tannin uni à de l'acide gailique, et du nitrate de potasse. Mais le résultat curieux de son analyse, c'est la présence, dans les glandes situées à la base des aiguillons, du carbonate acide d'ammoniaque auquel serait due l'irritation provoquée par les piqûres d'Ortie. Il est permis de supposer que ce n'est pas de l'ammoniaque qui se trouve dans les glandes pileuses, mais plutôt une base telle que la propylaminc, l'aniline ou quelqu'un des alcaloïdes dits artificiels qui s'en rapprochent.
Action physiologique. — Les tiges et les feuilles de V Ortie brûlante sont garnies d'une multitude de poils roides et piquants pourvus d'une liqueur acre et irritante qu'ils déposent dans la peau, où elle excite une sensation de cuisson douloureuse accompagnée de rougeur, de gonflement et d'une induration marquée du derme. Au bout de quelques minutes, la douleur s'apaise, la "rougeur diminue, mais la trace de la piqûre persiste plusieurs heures et même plus d'un jour, et il reste à son niveau une sensation de démangeaison fort déplaisante.
Quand les piqûres sont multipliées, la sensation primitive est très-pénible, l'inflammation cutanée très-intense et le prurit consécutif intolérable. Cette phlegmasie, jointe à la douleur, peut même exciter un mouvement fébrile de courte durée.
Usages. — Dès la plus haute antiquité, les praticiens ont utilisé cette excitation factice pour réveiller la sensibilité et le mouvement dans une région qui en est privée, pour ranimer les fonctions cutanées engourdies, ou pour appeler vers la périphérie l'irritation capable de fixer un exanthème qui ne se décide pas ou qui rétrocède, ou bien d'éteindre un travail morbide, profond et dangereux, en vertu de la loi du balancement fonctionnel. Vurtication est ainsi devenue un moyen thérapeutique d'une certaine énergie. Le professeur Trousseau, qui a remis celte pratique en honneur, s'en est servi avec avantage dans la paralysie faciale rhumatismale, les paralysies hystériques. Son exemple a été imité par d'autres médecins, et j'ai moi-même pratiqué l'urtication dans des circonstances semblables. J'ai également fustigé d'Orties des cholériques dans la période d'algidilé et de cyanose, sans résultat favorable. Les malades se plaignaient beaucoup de la douleur, sans jouir ultérieurement du bénéfice qu'elle apporte dan.-, des affections moins graves. La peau rougissait faiblement, mais ne se réchauffait pas.
L'urtication n'en est pas moins appelée à rendre des services, surtout à la pratique médicale de la campagne, quand on n'a pas d'autres rubéfiants sous la main.
Cl BLER .
2l\2 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX.
ORTIE DiOlfgïJE, Urtica dioïca, L. — Urtigacées. Angl. Common JSettle. — AU. Grosse Brennessel.
La grande Ortie, très- commune autour des habitations, exhale, lorsqu'elle est réunie en grandes masses, une odeur très-prononcée, pénétrante, et qui n'est pas sans analogie avec celle du chanvre.
La composition, d'après Salladin, est semblable à celle de sa congénère (voy. Ortie brûlante), et ses poils sécrètent également une matière irritante qui contiendrait du carbonate d'ammoniaque.
V Ortie dioïque est moins rubéfiante que l'Ortie grièche, ce qui ne l'empêche pas d'être préférée pour l'urticaîion, à cause de sa plus grande taille. On ne croit guère aujourd'hui à ses vertus comme médicament interne; il se pourrait, cependant, qu'elle en eût de bien marquées, à en juger par son odeur, par la présence d'une base alcaline et par les usages auxquels on l'a fait servir empiriquement.
Ses semences, un peu oléagineuses, passaient pour acres, caustiques, aphrodisiaques et purgatives. Bulliard les croit seulement diurétiques, et recommande de les administrer avec précaution. Infusées, ainsi que les* fleurs, à la dose de 4 grammes, elles ont guéri la lièvre intermittente palustre, selon Zanetti.
De plus, les éleveurs savent que l'Ortie, mêlée à la nourriture des vaches, augmente la quantité et la qualité de leur lait; à celle des chèvres, les engraisse et leur donne un air plus vif.
OJSËiLiiE commune, Rumex Acetosa, L. — - Polygon âgées. Angl. Common Sorrel. — Ail. Sanerampfer.
VOseille ou Surette, cultivée dans les potagers, vit à l'état sauvage dans les prairies et dans les bois.
Composition. — Les auteurs indiquent dans les feuilles d'Oseille du suroxalate (quadroxalate) de potasse, de l'acide tartrique, du mucilage, de la fécule, de la chlorophylle et du ligneux.
Action physiologique. — L'Oseille bien développée est d'une acidité excessive, provoque la salivation, agace les dents, et détermine une sensation de malaise dans l'estomac et même de la gastralgie. Ingérée en grande quantité, elle fait apparaître dans l'urine une multitude de cristaux d'oxalale de chaux. Son usage prolongé peut même amener la gravelle oxalique, la plus fâcheuse de toutes (Magendie, Laugier).
Usages. — L'Oseille est moins un aliment qu'un assaisonnement : on ne devrait s'en servir en cuisine que pour donner un goût acide à la soupe ou corriger la fadeur des œufs durs. Dans cette mesure, son usage serait exempt d'inconvénients, et n'aurait pour résultat que de rafraîchir, de calmer les entrailles échauffées et de favoriser la liberté du ventre.
L'Oseille est, dit-on, diurétique et antiscorbutique. Elle fait la base du Bouillon d'herbes, appelé communément Bouillon aux herbes, et qui est l'adjuvant obligé de toutes les purgations.
PAREIRA BHAV A. 243
Les feuilles d'Oseille cuites sont appliquées sur les abcès comme cataplasme maturatif. On en boit le suc au printemps, à la dose de 60 à 120 grammes par jour.
Enfin, c'est de l'Oseille qu'on extrait le sel d'Oseille (suroxalate de potasse), lequel, à son tour, fournit la majeure partie de l'acide oxalique du commerce.
Les racines d'Oseille, un peu amères et à peine aeides, sont réputées diurétiques, mais très-peu employées.
PANICAUT ou ciiardon ROg,A?si> , Eryngium campestre , L. —
O.MBELLIFÈRES ANOMALES.
Angl. Common Enjnyo. — Ail. Brachdistel, Feldmannstreu.
Le Chardon Roland croît abondamment dans les lieux pierreux et stériles. Sa racine, alimentaire dans quelques pays, est inodore, douceâtre et passe pour apéritive, diurétique, fondante. On l'ordonnait en infusion ou décoction, à la dose de 15 à 30 grammes dans 750 grammes d'eau, contre les maladies des voies urinaires, l'hydropisie et les obstructions.
PARE2RA brava, Cocculus platyphylla, A. Saint-Hil. ; Abuta rufescens, Aubl. — Ménispermacées.
Angl. Pareira brava, Velvet leaf. — AU. B rasilienische Grieswurzel.
Le Cocculus idahjpliylla habite les îles et les colonies espagnoles et portugaises de 1 Amérique. On emploie sa volumineuse racine, qui est inodore, douceâtre, aromatique, et laisse un arrière-goût amer et déplaisant.
COMPOSITION. — Feneulle,qui en a fait l'analyse, l'a trouvée composée de : résine molle, principe jaune amer, matière colorante brune, matière azotée, fécule, surmalate de chaux, nitrate de potasse et quelques autres sels.
Plus récemment, AYiggers y a découvert un alcaloïde qui forme U ou 5 centièmes de la racine sèche. La Cissampéline ou Pélosine est in cristallisa ble, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther, se combinant avec les acides, et formant des sels solubles dans l'eau, dont le chlorhydrate est incristallisable. La Pélosine représente les propriétés de la plante.
Action physiologique et lsages. — L'action sur l'homme sain est mal connue ; elle est probablement tonique et diurétique, et, d'après ses ciïels évidents sur certaines affections des voies urinaires, on peut admettre que le Part ira brava modifie sensiblement la sécrétion et la muqueuse des conduils.
1 a racine du Pareira brava est vantée comme li thon triptique. On l'emploie également dans la leucorrhée et la blennorrhagie.
MODES d' ADMINISTRATION El DOSES. — Les Anglais, qui s'en servent plus (pie nous, donnent cette racine en poudre, à la dose de 2 à l\ grammes, en décoction ou en infusion^ en teinture ou essence, et en extrait.
2kk SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX.
L'infusion se préparc avec 20 grammes et la décoction avec 30 grammes de plante dans un litre d'eau. On prescrit 50 centigrammes à h grammes d'extrait de Pareira brava.
pariétaire, Parietaria officinalis, L. — Urticacées.
Angl. Common ivall Pellitory. — Ail. Nachtkraut, Graskraut.
La Pariétaire couvre partout les vieilles murailles humides. Elle leur doit, sans doute, la forte proportion de salpêtre qu'elle renferme, et qui est telle, dit-on, que l'extrait qu'on en préparait aurait un jour pris feu. Ce serait aussi une des plantes qui contiennent le plus de soufre (Planche).
Insipide et inodore, la Pariétaire est estimée adoucissante, rafraîchissante et diurétique. Cette dernière propriété s'explique par la présence du nitrate de potasse.
On donne dans les maladies inflammatoires, dans les hydropisies, mais spécialement dans les affections catarrhales des voies urinaires et la gravelle, soit la décoction, soit le suc exprimé de Pariétaire qui se prend à la dose de 90 à 120 grammes. Cette plante sert aussi à faire des cataplasmes adoucissants.
La Pariétaire fait partie des herbes émollientes.
pas-d'axe. — Voy. Tussilage.
PATIENCE SAUVAGE, Rumex acutus, L. — POLYGONAGÉES. Ail. Mengelwurz, wilde Rhabarber.
Sous le nom de Patience, on trouve dans les officines françaises les racines de plusieurs espèces linnéennes de Rumex, toutes indigènes, et venant dans les pâturages secs, au bord des chemins et autour des habitations. Ce sont : les Rumex Patientia, R. obtusifolius, R. acutifolius. R. crispus, R. divaricatus et R. pulcher. A l'étranger, au contraire, les espèces usitées de préférence sont aquatiques : Rumex aquaticus et R. Hydrolapathum. Quelles que soient les vertus spéciales qui leur aient été attribuées, toutes ces plantes offrent sensiblement les mêmes qualités et sont aptes aux mêmes usages. Le R. Patientia, exclusivement recommandé autrefois dans nos pharmacopées, est une plante de montagne qui a l'inconvénient d'être plus rare que les autres; le Codex lui préfère le R. acutus, variété du R. obtusifolius, qui vient communément au pied des murs, dans les basses-cours et les lieux ombragés.
La racine de Patience, au dire de Deyeux, contiendrait du soufre. Elle est d'un goût d'abord fade, puis amer et astringent, qui n'a rien de désagréable, ni de nauséabond. La matière colorante rouge située entre l'écorce et le meditullium teint quelquefois, selon Lamarck, les matières intestinales et simule le flux de sang.
La décoction de Patience est réputée tonique, apéritive, sudorifique et conséquemment dépurative et antiscorbu tique. C'est une des tisanes les plus employées contre les maladies cutanées et dyscrasiques. On la prépare avec