‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 99 sur 276 · QUINQUINA ROUGE. V S · texte numérisé non relu

QUINQUINA ROUGE. V S

colorante rouge vif, soluble (tannin), matière grasse, matière colorante jaune, ligneux et amidon. Soubeiran et Bouchardat établissent que le Quinquina rouge vif fournit 20 à 25 grammes de sulfate de Quinine, et 10 à 12 grammes de sulfate de Ginchonine, tandis que le Quinquina rouge pâle ne donne que 15 à 18 grammes de sulfate de Quinine, et 5 à 6 grammes de sulfate de Ginchonine par kilogramme.

Le bon Quinquina rouge possède en conséquence des propriétés physiologiques et médicales analogues à celles du Quinquina Calisaya, avec cette différence que, renfermant moins d'alcaloïdes et plus de principes astringents, il est plus styptique et moins fébrifuge.

Au résumé, quand il s'agit d'obtenir les effets antipériodiques au plus haut degré et sous le moindre volume de médicament, c'est au Quinquina Calisaya qu'il faut s'adresser. Si l'on recherche à peu près également l'action fébrifuge et l'action astringente, c'est le Quinquina rouge qui mérite la préférence. Veut-on surtout l'action tonique, résultant de la présence du tannin et des alcaloïdes dans l'écorce du Pérou, le Quinquina (/ris répond suffisamment à cette double exigence.

Action physiologique des quinquinas. — Les écorces du Pérou appliquées sur une muqueuse ou un tissu vasculaire protégé par une couche épithéliale produisent un resserrement de ce tissu et une contraction marquée des capillaires sanguins. Getle astriclion se fait sentir dans l'estomac aussi bien qu'ailleurs, et donne lieu à l'augmentation de l'appétit, en même temps que des facultés digestives. Dans l'intestin, elle se traduit par une contraction péristaltique plus énergique, un besoin plus impérieux d'aller à la garderobe et l'exonération plus facile. Mais, par l'usage répété du médicament, la constipation fait place à cette fausse diarrhée.

Sympathiquement, l'action stomachique, se répercutant dans le reste de l'organisme, stimule les grandes fonctions et relève les forces. Gette action tonique généralisée se soutient par l'introduction des principes actifs de l'écorce dans la circulation sanguine. Le pouls devient plus fort et plus résistant et hi puissance musculaire augmente.

Cependant des doses trop fortes et trop longtemps soutenues finissent par fatiguer les organes digestifs et les irriter. Il ni résulte des nausées et même des vomissements, Ja perte d'appétit, la soif et la sécheresse de la langue, la constipation, un mouvement fébrile, et finalement des symptômes d'une véritable gastro-entérite.

La stimulation poussée jusqu'à l'irritation a fait place à l'action tonique et corroborante des premiers jours.

Dans le sang et dans les parenchymes qu'ils traversent, les principes actifs du Quinquina exercent la même influence que sur la muqueuse digestive, augmentant la plasticité du fluide nourricier el la tonicité des tissus, diminuant au contraire les actes calorifiques et sécrétoircs, et rendanl les organes, notamment le système nerveux, plus aptes à se charger de force.

Poussée à l'extrême par l'absorption rapide de quantités considérables des principes actifs, celte disposition se traduit chez l'homme sain par une apparence d'engourdissement et de torpeur fonctionnelle , qui a fait dire que le Quinquina est non-seulement sédatif, mais stupéfiant; et chez les fébricitants par la cessation de ia fièvre, ce qui l'a fait appeler fébrifuge ou antipériodique. Nous reviendrons plus amplement sur ces faits, à l'occasion des alcaloïdes qui les représentent grossis et dégagés de l'action tonique spéciale des substances astringentes (voy. Quinine et Cinchonine).

Usages. — De l'ensemble de ces propriétés physiologiques se déduisent rationnellement plusieurs indications thérapeutiques. ïopiquement, le Quinquina raffermit les tissus relâchés, réduit la vascularité de ceux qui sont hypérémiés, modère ou supprime les exhalations séreuses ou muqueuses exubérantes. Il sera donc employé avec avantage sur les ulcères fongueux, mollasses et saignants, sur les régions qui, recouvertes par le tégument interne ou externe, sont boursouflées ou œdématiées, ou dont les tissus offrent une laxit ( extrême; sur les muqueuses affectées de catarrhe purulent : ainsi dans le prolapsus de la luette, de la muqueuse rectale, dans l'œdème passif des extrémités inférieures, du scrotum, etc., dans l'intertriga, la leucorrhée et tant d'autres cas analogues aux précédents.

Le Quinquina peut encore servir localement, soit à neutraliser chimiquement, par son acide tannique, les alcaloïdes végétaux, soit à détruire la fermentation putride dans les liquides organiques, ou bien à frapper de mort les organismes inférieurs dont l'action nocive s'exerce sur nous de différentes manières. Gomme agent de la médication générale, l'écorce du Pérou trouve son emploi dans les états morbides caractérisés par l'atonie des tissus, la débilité fonctionnelle, surtout lorsque ces symptômes sont accompagnés de paresse vaso-motrice, d'exaltation calorifique et de l'ensemble des phénomènes qui se rattachent à l'amoindrissement de l'activité du système nerveux sympathique. Elle est fort utile, par exemple, dans les dyscrasies, les tabès, les cachexies avec ou sans produits accidentels : tuberculose, carcinose, syphilis, larcin chronique, pyohémie, etc., dans les fluxions viscérales, les congestions passives, la diathèse aplastique du sang (scorbut et purpura), la galactorrhée, les suppurations épuisantes, etc.

Mais le triomphe du Quinquina est son action pour ainsi dire spécifique contre la fièvre intermittente palustre, saisonnière ou de toute autre origine, pourvu qu'elle soit franche, exempte de complications organiques, c'est-à-dire non symptomatique d'un travail inflammatoire. Il montre la même puissance contre les affections intermittentes indépendantes de l'influence maremmatique ou s'y rattachant, malgré leurs formes anomales, et que, dans ce cas, on nomme fièvres larvées. Telles sont certaines congestions viscérales et certaines névralgies également de forme congestive. Au reste, la vertu sédative du Quinquina se fait sentir également sur les états fébriles et inflammatoires à type continu, pourvu qu'ils ne soient pas entretenus par des lésions trop avancée

d'un organe ou d'un appareil de l'économie. C'est ainsi que l'Écorce du Pérou est administrée avec succès dans le cours des fièvres continues et dans le rhumatisme. Nous reviendrons plus longuement sur tous ces faits, et nous exposerons les diverses méthodes de la médication quinique, lorsque nous traiterons du principal alcaloïde du Quinquina généralement substitué maintenant à l'écorce en substance, quand on veut obtenir les effets antiphlogistiques et antipériodiques (voy. Sulfate de Quinine).

Modes d'administration et doses. — On fait un usage assez fréquent de la poudre de Quinquina soit à l'extérieur, soit à l'intérieur. Tantôt l'écorce est grossièrement pulvérisée, tantôt elle est réduite en poudre presque impalpable. Dans le premier cas, elle sert ordinairement à la fabrication de différents produits secondaires, tels que le vin de Quinquina; dans le second, elle sert à saupoudrer des plaies atones, et comme moyen à la fois absorbant et astringent. Seulement, je pense qu'on devrait toujours recourir à la poudre fine, dont la plupart des cellules, brisées mécaniquement, cèdent plus facilement aux différents menstrues les principes actifs dont elles sont chargées. Je la prescris habituellement pour préparer la macération à froid aussi bien que le vin de Quinquina, ce qui dispense d'ajouter à celui-ci l'alcool destiné à faciliter la dissolution des kinates de quinine et de cinchonine. La poudre de Quinquina «jris Huanuco, comme celle des Quinquinas rouge et Galisaya, se donne par la bouche à la dose de 50 centigrammes à 20 grammes dans du pain azyme ou sous forme d'opiat, avec une quantité suffisante de sucre. La poudre de Quinquina est quelquefois associée à celle de Cannelle ou de Rhubarbe pour prévenir la constipation, sans rien enlever de l'action tonique.

P rr i m rations de Quinquina par l'eau. — On emploie la macération de Quinquina à froid, Vin fusion dans l'eau bouillante et la décoction. La première n'entraîne guère que le quart (Soubeiran) des alcalis, avec la plus grande partie des substances astringentes, solubles : tannin ou rouge cinchonique. La seconde est plus chargée d'alcaloïdes. Quant à la troisième, elle contient la majeure partie de ce qui constitue l'extrait aqueux : les kinates de Quinine, de Cinchonine et de chaux, la gomme, le rouge cinchonique soluble (acide tannique), la matière colorante jaune, l'amidon et une portion des composés de rouge cinchonique et d'alcaloïdes. La liqueur transparente à chaud est toujours opaline quand elle est refroidie, à cause de la précipitation du tannate (l'amidon et de la moindre solubilité à froid des composés de rouge cinchonique et d'alcaloïdes.

En conséquence, on prescrira la macération en qualité d'astringent et la décoction comme fébrifuge. L'addition d'une petite quantité d'acide sulfurique ou chlorhydrique à la poudre de Quinquina favorise singulièrement la dissolution des principes actifs. Il faut, au contraire, se garder d'employer des alcalis minéraux qui rendraient la solution plus colorée, mais inerte, parce que les tannâtes alcalins sont dénués d'astringence et que les alcaloïdes organiques seraient précipités (Bouchardat).

La décoction de Quinquina acidulée se prépare avec: Quinquina Calisaya, 20 grammes ; eau, un litre; acide sulfurique alcoolisé, 2 grammes.

L'extrait mou de Quinquina gris obtenu par l'eau se donne à la dose de 50 centigrammes à 12 grammes par jour, en pilules ou en potion. C'est une bonne préparation tonique et même antipériodique; mais sous ce dernier rapport elle est inférieure à X extrait de Quinquina jaune Calisaya.

Vextrait sec de Quinquina, ou sel essentiel de Lagaraye, très-pauvre en alcaloïdes, n'est guère qu'un tonique astringent.

Préparations de Quinquina par l'alcool. — L'alcool à 21° est préférable à celui qui est plus concentré, parce qu'il dissout mieux les kinates.

La Teinture de Quinquina se prend à la dose de 2 à 15 grammes.

La Teinture de Quinquina compose 'eoa Vin d'HuxItam, contient de la Serpentaire de Virginie et de l'écorce d'Orange amère.

Le Vin de Quinquina, préparé selon la formule du Codex, se prend à la dose de 50 à 150 grammes par jour. Bouchardat conseille d'élever la proportion du Quinquina pour obtenir une liqueur fébrifuge. Voici la formule :

Quinquina Calisaya, 125 grammes ; écorce d'Angusture vraie, 15 grammes ; alcool, 250 grammes ; vin blanc de Bourgogne, acide, 1000 grammes.

De 50 à 100 grammes comme fébrifuge; de 20 à 30 grammes comme tonique.

Le Vin de Quinquina composé renferme de la Camomille et de l'écorce d'Orange ; c'est une excellente préparation tonique.

V Extrait alcoolique de Quinquina est un fébrifuge très-énergique quand il est préparé avec du Calisaya ou avec des écorces riches. Dose, de 30 centigrammes à k grammes.

La Résine de Quinquina, qui contient, ouire les alcaloïdes, des matières grasses et colorantes, est clans le même cas.

Le Quinium de Labarraque est un extrait alcoolique de Quinquina à la chaux qui est dosé, et renferme des proportions sensiblement constantes des deux alcaloïdes principaux de l'écorce du Pérou ; !\ grammes 50 centigrammes de cet extrait représentent un gramme de Sulfate de Quinine uni à 50 centigrammes de Sulfate de Cinchonine. On en fait des pilules de 15 centigrammes, et un Vin de Quinium dont on donne de 50 à 100 grammes comme tonique et une dose double comme fébrifuge.

Le Sirop de Quinquina se prescrit à la dose de 30 à 60 grammes par jour. Il en est de même du Sirop de Quinquina au vin de Madère ou de Lunel.

On prépare aussi des tablettes et un électuoire de Quinquina. Le Bolus ad quartanam contient 30 grammes de Quinquina Calisaya; 1 gramme d'Emétique, et 100 grammes de Sirop d'Absinthe. L'émétique est décomposé par le tannin et n'agit plus comme tel. On prend 6 à 20 grammes de cette préparation dans la journée en plusieurs doses.

Mentionnons encore plusieurs cérats de Quinquina, plusieurs cataplasmes

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