‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 112 sur 293 · QUINQUINA CALISAYA, QUINQUINA JAUNE ROYAL · texte numérisé non relu

QUINQUINA CALISAYA, QUINQUINA JAUNE ROYAL

désagréable. Cette écorce donne 2,113 pour 100 d'alcali, à savoir : Quinine, 0,571; Quinidine, 0,142; Cinchonine, 1^4 (Howard). Bouchardat lui assigne pour richesse moyenne 6 grammes de Sulfate- de Quinine et 12 grammes de Sulfate de Cinchonine par kilogramme.

La seconde sorte, appelée par Guibourt Quinquina de Lima gris brun, est la Cascarilla provinciana de Pôppig; elle offre un goût amer, astringent, acide et aromatique. Son odeur est celle du bon Quinquina gris. Howard y a trouvé 1,773 pour 100 d'alcaloïdes, se décomposant ainsi : Quinine, 0,243; Quinidine, 0,28 ; Cinchonine, 1,25.

Soubeiran a retiré de 500 grammes de Quinquina Huanuco, sans distinction de variétés, 6 grammes de Sulfate de Cinchonine. Il ne mentionne pas la Quinine. Un kilogramme de la même écorce a fourni à Delondre 2 grammes de Sulfate de Quinine et 10 grammes de Sulfate de Cinchonine. Les auteurs du Codex indiquent la proportion moyenne de 0,027 de Cinchonine.

Le Quinquina Huanuco gris, dont Bouchardat reconnaît trois variétés : le gris fin de Lima, le gris de Lima en grosses écorces, et le gris de Lima blanc^ est cependant assez facile à ne pas confondre avec les Quinquinas gris de mauvaise qualité, ce qui l'a fait adopter d'abord dans les hôpitaux de Pariu et ensuite dans le nouveau Codex. De plus, il possède des qualités toniques et fébrifuges très-prononcées, en raison de la proportion assez forte d'alcaloïdes qu'il renferme.

La difficulté, au contraire, de distinguer le Quinquina gris de Lima (Cinchona Condaminea, Weddell, C. academica, Guib.) du pseudo-Loxa de Bergen, a fait renoncer à recommander comme officinale cette écorce, d'ailleurs aussi active que la précédente, connue dans^ le pays sous le nom de Cascarilla fina de Uritusinga, et appelée croion Bark par les Anglais, qui en font, comme nous savons, un grand usage.

QL'ii^Qiii]\A CALISAYA, ftuiiveLii^A JAi]]\E ROYAL, Cinchona Calisaya, Weddell, Rubiacées-Cinchonées.

Angl. Royal or genuinc yellow Bark. — AU. Kônigs China',

Le Cinchona Calisaya croît dans le district de la Paz, en Bohvie.

Dans le pays, on en reconnaît trois sortes, qui sont : l'orangé^ le foncé et le pâle. La première, plus abondante dans le commerce, est la variété officinale.

Elle se subdivise en deux sous-variétés, selon que les écorces sont minces et roulées sur elles-mêmes {quilled yellow Bark), ou bien plates et épaisses {fiai yellow Bark) ; celles-ci provenant du tronc et des grosses branches, celles-là des petits rameaux.

Le Quinquina Calisaya, roulé et muni de son épiderme, fournit de 15 à 20 grammes de Sulfate de Quinine, et de 8 à 10 grammes de Sulfate de Cinchonine par kilogramme.

Le même poids de Quinquina CaUsaya plat et privé de périderme donne généralement 30 à 32 grammes de Sulfate de Quinine et 6 à 8 grammes de GuBLER, 2* édition. 3]

Sulfate de Giaclionine. Exceptionnellement, des écorces choisies ont donné le double de cette énorme proportion de Quinine (Guillermond et Glénard). Cette écorce est d'un goût très-amer d'abord, à peu près sans mélange de stypticité. L'amertume se développe graduellement par la mastication. Le défaut d'astringence est en rapport avec la faible proportion de tannin.

QlimQLIIMA KOLGE.

Angl. Red Bark, rcd Cinchona. — Ail. Rothe China.' — Esp. Cascarilla colorada, Case, roxa verdadera.

La couleur rouge appartient aux écorces de nombreuses espèses de Cinchona, parmi lesquelles on doit citer les Cinchona oblongifolia, C. ovata, C. micranlha, C. nilida, C. succirubra^ etmême le C. Calisaya. Weddell af- 6rme que le vrai Quinquina rouge du commerce est produit par le Cinchona ovala. Le Codex n'en recommande que deux espèces : le Quinquina rouge non verruqueux, fourni par le Cinchona micranlha, d'autres disent par le C. nitida, R. et P., et le Quinquina rouge, verruqueux, dû au C. succirubra de Pavon.

Le Quinquina rouge est importé de Lima et de Guayaquil. Son goût est fortement amer, quelque peu aromatique, sans être ni aussi intense ni aussi persistant que celui du Quinquina Calisaya ; son odeur est faible et analogue à celle de la tannée.

Composition. ~ Selon Pelletier et Gaventou, le Quinquina rouge contient : Kinate de Ginchonine, Kinate de Quinine et Kinate de chaux, matière colorante rouge vif, soluble (tannin), matière grasse, matière colorante jaune, ligneux et amidon. Soubeiran et Bouchardat établissent que le Quinquina rouge vif fournit 20 à 25 grammes de sulfate de Quinine, et 10 à 1 2 grammes de sulfate de Ginchonine, tandis que le Quinquma rouge pâle ne donne que 15 à 18 grammes de sulfate de Quinine, et 5 à 6 grammes de sulfate de Ginchonine par kilogramme.

Le bon Quinquina rouge possède en conséquence des propriétés physiologiques et médicales analogues à celles du Quinquina Calisaya, avec celle différence que, renfermant moins d'alcaloïdes et plus de principes astringents, il est plus styptique et moins fébrifuge.

Au résumé, quand il s'agit d'obtenir les effets antipériodiques au plushaut degré et sous le moindre volume de médicament, c'est au Quinquina Calisaya qu'il faut s'adresser. Si l'on recherche à peu près également l'action fébrifuge et l'action astringente, c'est le Quinquina rouge qui mérite la préférence. Veut-on surtout l'action tonique, résultant de la présence du tannin et des alcaloïdes dans l'écorce du Pérou, le Quinquina gris répond suffisamment à cette double exigence.

Action physiologique des quinquinas. — Les écorces du Pérou, apphquées sur une muqueuse ou un tissu vasculaire protégé par une couche épithéliale produisent un resserrement de ce tissu et une contraction marquée des capillaires sanguins. Cette astriction se fait sentir dans l'estomac

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aussi bien qu'ailleurs, et donne lieu à l'augmentation de l'appétit, en même temps que des facultés digestives. Dans l'intestin, elle se traduit par une contraction péristaltique plus énergique, un besoin plus impérieux d'aller à la garderobe et l'exonération plus facile. Mais, par l'usage répété du médicament, la constipation fait place à cette fausse diarrhée.

Sympathiquement, l'action stomachique, se répercutant dans le reste de l'organisme, stimule les grandes fonctions et relève les forces. Cette action tonique générahsée se soutient par l'introduction des principes actifs de i'écorce dans la circulation sanguine. Le pouls devient plus fort et plus résistant et la puissance musculaire augmente.

Cependant des doses trop fortes et trop longtemps soutenues finissent par fatiguer les organes digestifs et les irriter. II n résulte des nausées et même des vomissements, la perte d'appétit, la soif et la sécheresse de la langue, la constipation, un mouvement fébrile, et finalement des symptômes d'une véritable gastro-entérite.

La stimulation poussée jusqu'à l'irritation a fait place à l'action tonique et corroborante des premiers jours.

Dans le sang et dans les parenchymes qu'ils traversent, les principes actifs du Quinquina exercent la même influence que sur la muqueuse digestive, augmentant la plasticité du fluide nourricier et la tonicité des tissus, diminuant au contraire les actes calorifiques et sécrétoires, et rendant les organes, notamment le système nerveux, plus aptes à se charger de force. Poussée à l'extrême par l'absorption rapide de quantités considérables des principes actifs, cette disposition se traduit chez l'homme sain par une apparence d'engourdissement et de torpeur fonctionnelle, qui a fait dire que le Quinquina est non-seulement sédatif, mais stupéfiant : et chez les fébricitants par la cessation de la fièvre, ce qui l'a fait appeler fébrifuge ou antipériodique. Cette simplicité d'action, mise en regard de la diversité des effets, sera plus amplement établie à l'occasion des alcaloïles qui représentent le phénomènes grossis et dégagés de l'action tonique spéciale des substances astringentes (voy. Quinine et Ginchonine).

Usages. — De l'ensemble de ces propriétés physiologiques se déduisent rationnellement plusieurs indications thérapeutiques. Topiquement, le Quinquina raffermit les tissus relâchés, réduit la vascularité de ceux qui sonthypérémiés, modère ou supprime les exhalations séreuses ou muqueuses exubérantes. Il sera donc employé avec avantage sur les ulcères fongueux, mollasses et saignants ; sur les régions qui, recouvertes par le tégument interne ou externe, sont boursouflées ou œdématiées, ou dont les tissus ofi-rent une laxité extrême; sur les muqueuses afi^ectées de catarrhe purulent : ainsi dans le prolapsus de la luette, de la muqueuse rectale, dans l'œdème passif des extréniités inférieures, du scrotum, etc., dans l'intertrigo, la leucorrhée et tant d autres cas analogues aux précédents.

Le Quinquina peut encore servir localement, soit à neutraliser chimiquement, par son acide tannique, les alcaloïdes végétaux, soil à détruire la fer-

324 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, mentation putride dans les liquides organiques, ou bien à Irapper de mort les organismes inférieurs dont l'acLion nocive s'exerce sur nous de différentes manières. Pringle a vanté ses propriétés antiseptiques reconnues par tous les praticiens. Comme agent de la médication générale, l'écorcû du Pérou trouve son emploi dans les états morbides caractérisés par l'atonie des tissus, la débilité fonctionnelle, surtout lorsque ces symptômes sont accompagnés de paresse vaso-motrice, d'exaltalion calorifique et de l'ensemble des phénomènes qui se rattachent k l'amoindrissement de l'activité du système nerveux sympathique. Elle est fort utile, par l'exemple, dans les dyscrasies, les iaics, les^ cachexies avec ou sans produits accidentels: tuberculose, carcinose, syphilis, farcin chronique, pyohémie, etc., dans les fluxions viscérales, les congestions passives, la diathèse aplastique du sang (scorbut et purpura), la galaclorrhée, les suppurations épuisantes, etc.

Le Quinquina est encore, en qualité d'astringent et de tonique vaso-moteur, un agent efficace de la médication diurétique dans les cas où l'oligurie dépend d'un état d'hypérémie ou de phlogosc rénale. Il rend alors à peu près les mêmes services que le tannin et les matières organiques tannifères associées aux substances qui augmentent la tension vasculaire active. A ce titre le Quinquina convient spécialement dans le cours des maladies organiques du cœur, dans le diabète albumineux et principalement contre l'anasarque qui complique ces affections. L'écorce du Pérou est également indiquée (Bohba) dans les hydropisies liées à un état cachectique et à l'hydrémie, comme à la suite des maladies palustres.

Mais le triomphe du Quinquina est son action pour ainsi dire spécifique contre la fièvre intermittente palustre, saisonnière ou de tout autre origine, pourvu qu'elle soit franche, exempte de complications organiques, c'est-àdire non symptomatique d'un travail inflammatoire ou d'un empoisonnement septique. Il montre la même puissance contre les affections intermittentes indépendantes de l'influence marématique ou s'y rattachant, malgré leurs formes anomales, et que, dans ce cas, on nomme fièvres larvées. Telles sont certaines congestions viscérales et certaines névralgies également de forme congestive. Au reste, la vertu sédative du Quinquina se fait sentir également sur les états fébriles et inflammatoires à type continu, pourvu qu'ils ne soient pas entretenus par des lésions trop avancées d'un orgune ou d'un appareil de l'économie. C'est ainsi que l'Écorce du Pérou est administrée avec succès dans le cours des fièvres continues et dans le rhumatisme, non plus pour dissiper les symptômes morbides mais pour en atténuer la gravité. Nous reviendrons plus longuement sur tous ces faits, et nous exposerons les diverses méthodes de la médication quinique, lorsque nous traiterons du principal alcaloïde du Quinquina généralement substitué maintenant à l'écorce en substance, quand on veut obtenir les effets antiphlogistiques et antipériodiques (Voy. Sulfate de Quinine).

Synergiques et antagonistes. — Succédanés. — Les substances astringentes, notamment celles qui doivent leur vertu au Tannin, les toniques

vaso-moteurs et névrosthéniques; le froid, les amers, la digitale, l'arsenic, tels sont les principaux synergiques du Quinquina.

Ses antagonistes sont les relâchants, les parésianl^ et les paralysants du grand-sympathique, les narcotiques et les stupéfiants, les stimulants diffusibles : la chaleur éDcrvante, les excitants aromatiques et alcooliques, les Solanées vireuses, les alcaloïdes stupéfiants, et surtout l'Opium avec la plupart de ses principes immédiats.

L'antidotisme réciproque de l'Opium et de la Quinine établi dès 1858 (Grubler) ressort plus évidemment tous les jours de l'étude attentive des faits. Il ne s'ensuit pas, cependant, qu'il soit interdit de faire coïncider l'emploi de ces deux médicaments héroïques; au contraire, leur association est permise et devient rationelle à la condition de ne pas les administrer k doses équivalentes. Ainsi, rien n'est plus légitime que de calmer l'estom c par une petite quantité d'Opium avant d'y introduire une dose fébrifuge et nécessairement massive, par conséquent irritante, de bisulfate de Quinine; ou bien d'apaiser, par une injection hypodermique de Morphine, une névralgie d'origine palustre, en même temps qu'on institue la médication anlipériodique. Mais, d'un autre côté, ce serait à tort qu'on voudrait concurremment tenir un malade : un rhumatisant, par exemple, dans l'ivresse quinique et dans le narcotisme thébaïque. Certainement, ces deux effets seraipnt en partie neutralisés l'un par l'autre. De même, le consensus pharmacodynamique des synergiques du Quinquina n'est pas toujours tel qu'il doive nécessairement résulter de leur association un simple accroissement de la puissance du remède principal, sans aucune déviation du sens de son action physiologique; et, dès lors, il n'est pas toujours opportun de réunir dans une même formule des médicaments analogues ou semblables. Au reste, de pareilles réserves devraient être faites à l'occasion de chatfue cas particulier, attendu que l'antagonisme et la synergie n'étant probablement jamais ni absolus ni parfaits, les incompatibilités et les affinités médicamenteuses sont elles-mêmes relatives et subordonnées à des conditions spéciales et déterminées.

Frappés des merveilleuses propriétés du Quinquina, et désireux d'assurer aux nombreux sujets atteints d'affections marématiques les bienfaits d'un fébrifuge équivalent, le jour où la précieuse écorce du Pérou viendrait à manquer, les médecins et les naturalistes se sont efforcés à l'envi de trouver, dans les substances organiques des deux règnes et même dans les produits chimiques artificiels, de quoi remplacer l'anti-périodique parexcel-'

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Dans cette recherche, l'empirisme a parfois rencontré les produits les plus étranges et les plus illusoires : tds que la Colophane nitréc, les Os de Seiches et les Toiles d'Araignées,

L'mefficacité du Sel marin, qui n'agit qu'en qualité d'eucrasique, et celle an l'erro-cyanure de potassium et d'urée, qui n'est tout au plus qu 'un diuterique, ne sont guère moins notoires aujourd'hui.

L'Acide picrique ou carbazotique, dont la formule peut êlre représentée par C''H^AzO%2AzO",IIO et qui provient de l'action de l'acide nitrique sur la sahcine, la soie, l'indigo, l'acide phénique, etc., doit, sans doute, à son extrême amertume d'avoir été recommandé comme fébrifuge par Braconnot et Calvert. Bell (de Manchester) et T. Maffat l'ont prescrit à l'état de picrate de potasse, composé peu soluble et peu irritant, et disent en avoir retiré de bons effets. Mais ce qu'il y a de plus clair jusqu'ici dans les effets phy.siologiques et thérapeutiques de l'Amer de Welter, c'est la faculté de teindre en jaune d'or la peau de ceux qui en font usage, et celle particularité n'est pas précisément une recommandation aux yeux des praticien?, ni surtout des patients. Ajoutons que l'acide picrique, loin de fortifier l'action des alcaloïdes du Quinquina, comme l'avait espéré L. L. Bonaparte, semble au contraire l'abolir, puisque les Picrates de Quinine et de Cinchonine sont restés sans effet dans plusieurs cas de fièvre intermittente.

Les prétentions de l'Arsenic sont mieux justifiées (V. ce mot) et les opinions concordantes d'un grand nombre d'observateurs consciencieux et compétents semblent laisser peu de place au doute sur la valeur de ce métalloïde comme agent de la médication anlipériodique.

Nombre à' Eaux minérales qui sont en possession de guérir les fièvres intermittentes rebelles et la cachexie consécutive, doivent probablement leurs vertus à la présence simuUanée du fer et de l'arsenic. Telles sont les sources de Gransac, de Saint-Nectaire, de la Bourboule et d'un grand nombre de localités du massif volcanique central de la France. Il en est pourtant dont la composition chimique, connue, ne rend pas compte des vertus que l'observation clinique tend à leur attribuer, et dont l'efficacité ne s'expliquerait que par des principes encore ignorés ou par des états allotropiques et des conditions dynamiques spéciales des éléments minéralisateurs déjà constatés. L'eau d'Encausse, par exemple, est peu minéralisée et ne renferme qu'une faible proportion de fer et d'arsenic; celle de Campagne, dont la réputation est plus graiide encore, est principalement sulfatée calcique.

Mais c'est surtout parmi les substances végétales, naturelles, que les médecins ont cherché des succédanés à l'écorce des Cinchona, La foule de ces fébrifuges effraie l'imagination et défie la mémoire. Ne pouvant en dresser une liste complète, je me contenterai d'énumérer ceux qui nous intéressent le plus, soit parce qu'ils appartiennent à la matière médicale européenne, .«oit parce que leur efficacité est mieux établie.

On remarquera que, dans cette multitude d'espèces végétales , le grand continent asiatique n'en a presque pas qui lui soient exclusives, la plupart de celles qu'il revendique lui étant communes avec l'Europe, soit parce qu'elles y sont spontanées, soit parce qu'elles ont été propagées chez nous par la culture. Celle-ci se vante de fournir à la thérapeutique un grand nombre de fébrifuges, mais la plupart manquent de puissance. L'Afrique et même l'Australie nous offrent aussi quelques succédanés du Quinquina .

Toutefois, les plus nombreux et peut-être les plus importants appartiennent encore au Nouveau-Monde et spécialement à l'Amérique méridionale, patrie des incomparables Cinchona.

Fébrifuges indigènes. - Presque tous nos amers ont été envisagés tour à tour comme pouvant remplacer le quinquma dans le traitement des fièvres palustres. Beaucoup cependant sont à peu près inertes sous ce rapport, ou du moins rien n'en démontre sérieusement l'efficacité. De ce nombre sont

sa dénomination de « Quinquina des pauvres », le Chanvre, le MillefeuiUe et l'Achilléine son principe actif, l'Olivier et les corps neutres qu'il fournit, le Phyllirea latifolia et la pbyllirine, le Pommier et la phloridzine, le Houx etl'ilicine, leLilas, le Ghardon-bénit et le Gynisin, voire l'Artichaut si riche pourtant en principes amer et tannique.

Bien que les Gentianées ne puissent être mises en parallèle avec l'écorce du Pérou, elles ne sont pas absolument dénuées d'action et peuvent, comme tous les amers énergiques, exercer une influence sur la marche des fièvres. A côté de la Gentiane, du Ményanthe et de la Petite-Gentaurée se rangent le Houblon et la Gamomille dont les vertus fébrifuges sont encore mieux établies.

Au-dessus de ces diverses substances, nous devons placer l'écorce de Saule, dont le principe actif, la salicine, a joui momentanément d'une grande faveur ; les feuilles de Frêne avec la fraxinine et la mélinine, le Marronnier d'Inde et l'esculine ; l'Épine-vinette avec la berbérine et l'oxyacanthine, ses deux alcaloïdes; enfin le Buis et la buxine dont j'ai signalé ailleurs (p. 49) quelques-unes des propriétés les plus remarquables.

Ce dernier alcaloïde, découvert par Fauré (de Bordeaux), qui lui a donné le nom qu'il porte ici, a été bien étudié plus tard par Pavia et appelé bussina par le chimiste italien. La buxine a été proposée dès 1849 contre la fièvre intermittente par un médecin français, le docteur Bazoche, Son emploi, très-limité parmi nous, s'est au contraire répandu depuis 1857, en Italie et en Sicile où, sur un total de 404 cas de fièvres intermittentes quotidiennes, tierces et même quartes, traitées par les docteurs Vi tali, Tibaldi, Buzzoni, Albani et Mazzolini^ on ne compte pas moins de 300 succès contre 104 revers. Mais Gazin, à qui Von doit de bonnes études sur l'action physiologique de ce médicament et qui l'a administré dans un certain nombre de cas de fièvres intermittentes, n'a pas obtenu une proportion aussi considérable de succès. Les résultats de mes essais ne sont pas non plus aussi favorables à cet agent que le relevé statistique dressé par nos confrères italiens. Ce sujet réclame de nouvelles observations.

Quant k la Digitale, dont la puissance d'action sur le système circulatoire est si grande, elle a donné déjà plusieurs succès à Dawy, à Graffenauer, à Guirard et surtout k mon illustre maître, le professeur Bouillaud, qui l'a ap-

pliquée plus récemment au traitement de la fièvre intermittente et dont l'exemple mériterait d'ôtre suivi.

Fébrifuges asiatiques. — Outre un grand nombre de substances indiquées ci-dessus et qu'il faudrait augmenter du Salix babylonica et du Populus Iremula, l'Asie nous offre comme fébrifuges les Tourne fortia argusina, Trichosanlhes dioïca et surtout le Dichroa febrifvga, très-usité en Gochinchine, ainsi que différentes espèces de poivres avec leurs principes actifs fort analogues d'ailleurs, savoir; le pipérin du Piper nigrum et la Kavaïne ou Méthisticin du Piper Méthyslicum, propre aux îles de l'Océanie.

Fébrifuges africains. — Il n'en est guère que trois que nous puissions citer : le Gaïl-Gédra, le Baobab et le Garapa Touloucouma.

Le Gaïl-Cédra, connu dans le commerce sous le non d'acajou du Sénégal, est le Kaya senegalensis (Gédrélacées), dont l'écorce amère odorante renferme un principe neutre,Ue Caïlcédrin (E. Gaventou) auquel elle doit ses propriétés toniques et parfois énergiquement fébrifuges (Buland, Duvau, Moutard-Martin). Les doses sont à peu près celles du sulfate de quinine.

Le Baobab {Âdansonia digitata; Malvacées), habite également la Sénégambie, mais il a été transporté aux Indes-Orientales et même aux Antilles où P. Duchassaing en a étudié l'action fébrifuge, connue des nègres d'Afrique et indiquée par Adanson, qui la rapportait, à la vérité, non à un principe particulier, mais simplement aux propriétés émoUientes du mucilage très-abondant que renferme l'écorce de cet arbre colossal.

Le Garapa Touloucouma est une matière extractive qui n'est guère connue que par l'étude chimique dont elle a été l'objet delà partd'Eug. Gaventou. Je dois à ce chimiste distingué d'avoir pu en commencer les applications cliniques dans quelques cas d'affections fébriles, où elle m'a paru n'être pas sans efficacité, bien que son action, si j'ose conclure d'après un très-petit nombre de faits, soit plutôt celle d'un tonique que d'un antipériodique véritable.

Fébrifuge australien. — De temps immémorial l'Eucalyptus globulus était employé par les naturels de la Terre de Van Diémen contre les fièvres intermittentes. Les propriétés fébrifuges de ce magnifique végétal semblent confirmées par de nombreuses observations dues à des médecins pratiquant dans des contrées marécageuses (Tristany, Garlotti, Tedeschi, Lambert, Lorinser, Brunet, Gastan, etc.).

Succédanés américains des Cinchona. La liste en est longue; mais ici comme ailleurs nous trouvons beaucoup de substances simplement douées d'une amertume plus, ou moins forte et agissant comme telles. Voici les noms des espèces sur lesquelles l'attention s'est principalement portée.

L'Amérique méridionale fournit : le Gédron (v.p.80), quicroîtdanslaNouvelle Grenade, le Bébéeru [Neclandra liodiei) , écorce d'un arbre de la Guyane, dont les vertus antipériodiques ont été constatées par Rodié, Maclaglan, W. Peper, A. Becquerel, etc., et qui renferme un alcaloïde, la

Bébèerine, ayant la même formule CH^AzO" que celle assignée à la Morphine par Regnault; le Chuquiraga insignis, le Jaravisca, le Gopalchi {Croton pseudo-china), le Canchalagua [Erylhrea chilensis). Au Brésil, appartiennent le Strychnos pseudo-china, les Solanum pseudo-china, Evodia febrifuga, Galipea febrifuga, Picorea febrifuga, le Ganhellina rouge, l'Abutua {Abuta concolor et rufescens, Aublet), le Gaferana, l'Agoniada ou Plumeria lancifolia et VAngelina pedra, dont les alcaloïdes, l'agoniadine et l'angéline, ont été découverts par Peckolt de Gantagallo.

L'Amérique du Nord est moins bien pourvue ; cependant elle se prévaut du Tulipier (Lîrîodendrum tiilipifera, Magnoliacées) qui habite la Virginie et dont l'écorce, jouit de quelque réputation comme fébrifuge, ainsi que d'une des nombreuses sortes de Guaco, constituée par l'Eupatorium perfoliatum. De plus, ces dernières années ont vu surgir un nouvel agent thérapeutique auquel, entre autres propriétés, on accorde des vertus fébrifuges : je veux parler d'une liane qui se rencontre en Géorgie, en Floride et en Virginie, et qu'on connaît aux États-Unis sous les noms de Wild ou Yellow Jessamine (Jasmin sauvage ou jaune) ou bien de Wild Woodbine (Ghèvre-feuille sauvage). C'est le Gelsemium nitidum, Michaux (Syn. Bignonia sempervirens^ Gelseminium sempeiDÎrens). L'écorce de la racine de cette plante renferme un alcaloïde en combinaison avec un acide organique à l'état de Gelsèudate de Gelsémine, cristallisable. On lui attribue une remarquable action physiologique dont voici les principaux effets :

La Gelsémine éteint d'abord la sensibilité puis la motricité, chez les animaux k sang froid, et fait l'inverse chez les mammifères. Elle affaiblit et paralyse les muscles respiratoires, surtout le diaphragme; tandis qu'elle diminue seulement l'activité du cœur qui continue à battre après la cessation des mouvements du thorax. Finalement il survient de la mydriase, de la diplopie, du ptosis, avec conservation de l'intelligence; et la mort peut suivre l'introduction des doses toxiques.

Les préparations de Gelsémium (Teinture alcoolique, Extrait liquide) ont déjà reçu de nombreuses applications. On les recommande contre le rhumatisme fébrile, contre la dysménorrhée (King), la dysurie (Scott-Hill); on les administre, associées au bromure, contre les névralgies et les céphalées chez la femme (Woodson). Hura considère le Gelsemium comme un sédatif du coeur préférable à la digitale, et Seat en veut faire l'un des meilleurs succédanés du Quinquina contre la fièvre palustre. Mais de nouvelles et plus rigoureuses observations sont nécessaires pour établir solidement la valeur thérapeutique de cette substance active.

Modes d'administration et doses. — On fait un usage assez fréquent de la poudre de Quinquina soit à l'extérieur, soit à l'intérieur.. Tantôt l'écorce est grossièrement pulvérisée, tantôt elle est réduite en poudre presque impalpable. Dans le premier cas, elle sert ordinairement à la fabrication de différents produits secondaires, tels que le um de Qidnquina; dans le second, elle sert à saupoudrer des plaies atones, et comme moyen à la fois absor-

bant et astringent. Seulement, je pense qu'on devrait toujours recourir à la poudre fine, dont la plupart des cellules, brisées mécaniquement, cèdent plus facilement aux différents menstrues les principes actifs dont elles sont chargées. Je la prescris habituellement pour préparer la macération à froid aussi bien que le vin de Quinquina, ce qui dispense d'ajouter à celui-ci l'alcool destiné à faciliter la dissolution des kinates de quinine et de cinchonine. La, poudre de Qumquina gris B.u&ïîuco, comme celle des Quinquinas rouge et Galisa^a, se donne par la bouche à la dose de 50 centigrammes à 20 grammes dans du pain azyme ou sous forme d'opiat, avec une quantité suffisante de sirop. La poudre de Quinquina est quelquefois associée à celle de Cannelle pour y joindre l'action stimulante, ou bien avec celle de Rhubarbe pour prévenir la constipation, sans rien enlever de l'action tonique.

Préparations de Quinquina par Veau. — On emploie la macération de Quinquina à froid, l'infusion dans l'eau bouillante et la décoction. La première n'entraîne guère que le quart (Soubeiran) des alcalis, avec la plus grande partie des substances astringentes, solubles : tannin et rouge cinchonique. La seconde est la plus chargée d'alcaloïdes. Quant à la troisième, elle contient la majeure partie de ce qui constitue l'extrait aqueux : les kinates de Quinine, de Ginchonine et de chaux, la gomme, le rouge cinchonique soluble (acide tannique), la matière colorante jaune, l'amidon et une portion des composés de rouge cinchonique et d'alcaloïdes. La liqueur transparente à chaud est toujours opaline quand elle est refroidie, à cause de la précipitation du tannate d'amidon et de la moindre solubilité à froid des composés de rouge cinchonique et d'alcaloïdes.

En conséquence, on prescrira la macération en qualité d'astringent et l'infusion ou la décoction comme fébrifuge. L'addition d'une petite quantité d'acide sulfurique ou chlorhydrique à la poudre de Quinquina favorise singulièrement la dissolution des principes actifs. 11 faut, au contraire, se garder d'employer des alcalis minéraux qui rendraient la solution plus colorée, mais inerte, parce que les tannâtes alcalins sont dénués d'astringence et que les alcaloïdes organiques seraient précipités (Bouchardat). 4

La décoction de Quinquina acidulée se prépare avec : Quinquina Galisaya, 20 grammes; eau, un litre; acide sulfurique alcoolisé, 2 grammes.

L'extrait mou de Quinquina gris obtenu par l'eau se donne à la dose de 50 centigrammes à 12 grammes par jour, en pilules etenpoîîon. G'est une bonne préparation tonique et même antipériodique; mais sous ce dernier rapport elle est inférieure à l'extrait de Quinquina jaune Çalisaya.

L'extrait sec de Quinquina, ou sel essentiel de Lagaraye, très-pauvre en alcaloïdes, n'est guère qu'un tonique astringent.

Préparations de Quinquina par l'alcool. — L'alcool à 21° est préférable à celui qui est plus concentré, parce qu'il dissout mieux les kinates.

La Teinture de Quinquina se prend à la dose de 2 k 15 grammes.

La Teinture de Quinquina composée ou Vin d'Huxham, contient de la Serpentaire de Virginie et de l'écorce d'Orange amère.

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