‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 114 sur 293 · RHUBARBE DE LA CHINE · texte numérisé non relu

RHUBARBE DE LA CHINE

purgatives à la dose de 60 centigrammes. Cette résine, insoluble par ellemême, se dissout cependant dans l'eau froide, à la faveur des autres principes.

' L'oxalate de chaux renferme quatre proportions d'acide (quadroxalate), et se présente en cristaux groupés dans l'intérieur des cellules sous forme de • raphides conglomérées. C'est un des ingrédients les plus importants de la Rhubarbe, dont il explique en grande partie l'action cathartique. I . Action' physiologique. — À faible dose, de 20 à 30 ou 40 centigrammes, \ la rhubarbe agit comme tonique amer-astringent sur les organes digestifs. Elle ouvre l'appétit et stimule les fonctions gastriques, en même temps qu'elle régularise les évacuations alvines. A dose plus forte, de 0,50 centigrammes à I, 3 ou 4 grammes, elle opère comme un purgatif doux, causant à peine quelques coliques, mais ne déterminant jamais aucune irritation du tube digestif. La constipation secondaire mise sur le compte de l'astringence doit être attribuée aux modifications fonctionnelles que toute purgation entraîne à sa suite. Pendant l'usage soutenu de la Rhubarbe, les sécrétions I acquièrent une coloration particulière, indiquant le passage de quelques prinj cipes dans le sang et les émonctoires. L'urioe devient soit jaune,' soit d'un rouge jaune ou rouge de sang, ce que Heller rapporte à ses conditions acides dans le premier cas, et alcalines dans le second. Alors elle teint le linge et ! rougit par la potasse caustique. Il ressort des expériences de Schlossberger, que cette coloration est due, non pas à l'acide chrysophanique, mais à deux des résines qu'il a décrites : la phéorétine et Vérythroréline. La sécrétion cutanée, spécialement dans l'aisselle, se colore de même, et le lait des nourrices acquiert quelquefois des qualités purgatives.

Substances synergiques et antagonistes. — Succédanés. — Les racines de plusieurs espèces du genre Rheim, notamment les R. undulatum., R. compachm et R. Emodi sont souvent mêlées à celles du Rheum palmatum et jouissent de propriétés semblables.

Les minoratifs, tels que la casse, le tamarin, la crème de tartre, la manne et tant d'autres, sont les analogues de la Rhubarbe.

Les laxatifs, comme les pruneaux, les mucilages végétaux, le miel, etc • les purgatifs proprement dits agissent dans le même sens. D'un autre côté' les amers et jusqu'à un certain point les nauséants, sont partiellement synergiques de la Rhubarbe, qui trouve des antagonistes dans les stimulants les aromatiques, les narcotiques et les absorbants.

Parmi les agents de la matière médicale qui se rapprochent beaucoup de ia Rhubarbe, nous devons citer deux plantes exotiques appartenant à l'Amérique du Nord et très-employées aux États-Unis: le PodophyllumpcUatum, U et iB Lepiandra virginica,, Nutt.

Cette dernière espèce, de la famille de ScrofiUanacées, renferme dans sa IZ r ^'-""P' °"«t^ll'«^ble, auquel on a donné le nom de leplan-

^'"'ri:?,a-^for"^" ,e foie et sollicite la sécrétion biliaire sans

produire de véritable purgation. Elle est simplement laxalive et exerce une : action tonique très-prononcée sur l'estomac.

Aussi est-elle utile dans la diarrhée ou la dysenterie chronique, dans la ter- • pidilé du foie, dans certaines dyspepsies atoniques et dans diverses affections • où il y a indication de régulariser la sécrétion biliaire. On la donne à la dose de 0,025 milligrammes à 0,10 centigrammes, trois ou quatre fois répétées.' dans les vingt-quatre heures. j

Le Podophyllum appartient à la famille dés Renonculaeées. '

Sa racine doit son aciivité à une résine soluble dans l'alcool rectifié. La .1 Podophyllim iouh de propriétés purgatives incontestables, mais diversement . interprétées ; cependant on la croit généralement cholagogue. Purifiée, elle • exerce sur la peau une irritation suivie de pustulation et sa montre même > légèrement escharotique. Le chlorure de sodium accroît ses effets catharti- j ques; le bitartrate de potasse en est le meilleur adjuvant. D'un autre côté, ,j ses effets sont contrariés par l'acide lactique et le sucre. '

L'infusion chaude de gingembr.e est un excellent correctif des tranchées ettj des coliques qu'elle cause. |

La Podophylline est recommandée dans une foule de circonstances où il y -j a indication d'exciter la sécrétion biliaire: dans l'embarras gastrique simple îj on fébrile, la céphalée, la bronchite, etc. Elle convient particulièrement aux:] sujets atteints de torpeur du foie ou de ces engorgements hépatiques con--i tractés dans les pays chauds. On l'administre dans la syphilis, dans la goutle}| et les affections arthritiques, dans la constipation en général et spécialement i| dans celle qui dépend du foie gras chez les phthisiques. j

La dose purgative est de 2 à 6 centigrammes et au delà. A titre de chola--) gogue, on en donne 1 centigramme, environ deux ou trois fois par jour..! Contre la constipation, on en donne la même quantité, souvent associée à la il Rhubarbe. |

La racine de Podophyllum s'emploie de même, mais à plus fortes doses (25 Si k 60 centigrammes). i

Usages. — Gomme apéritif, stomachique et tonique, la Rhubarbe se donne^i dans la dyspepsie des sujets constipés, lymphatiques, dont les sécrétionsfl gastro-intestinales font défaut. I

Comme purgatif, on l'administre dans des cas analogues. Elle convient M particulièrement chez les enfants scrofuleux, chez les personnes affectées; d'une constipation habituelle, C'est aussi l'un des meilleurs agents cathar- • tiques auxquels on puisse s'adresser quant on croit à la nécessité d'évacuer r des matières intestinales irritantes, ou de mauvaise nature, pour arrêter une r diarrhée entretenue par leur présence.

La Rhubarbe est souvent employée comme adjuvant, ou comme correctif f de divers agents médicamenteux. On en fait l'auxiliaire de la magnésie, des s sels neutres et du calomel, ou bien on l'associe au fer et au mercure pour r maintenir la liberté du ventre.

Nous ne parlons pas de son application topique pour animer les ulcères

RÎCIN. 339

indolents, ce qui aurait quelquefois pour effet d'amener une purgation assez énergique.

Modes d'administration et doses. — Les Chinois et les peuples orientaux mâchent de la Rhubarbe par petits morceaux, comme tonique et même comme laxatif. Cet exemple est rarement imité en Occident. On prend ordinairement la Rhubarbe en poudre, dans du pain azyme ou entre deux tranches de soupe, au début du repas, à la dose de 20 à 60 centigrammes, comme stomachique et léger laxatif. Mentel fabrique avec trois parties de sucre pour une partie de Rhubarbe des granules d'un usage très-commode. La macération de 8 grammes de Rhubarbe dans 500 grammes d'eau froide donne une tisane ou hydrolé, dont l'action laxative est très-sûre, mais le goût très-repoussant. Il n'y a pas de bonnes raisons pour préférer jamais cette médecine liquide à la poudra et aux granules, ou bien aux dragées de Garnier, renfermant chacune 0,10 centigrammes de Rhubarbe.

La Teinture alcoolique de Rhubarbe constitue aussi un bon médicament, moins difficile à faire accepter par les malades, à cause de son petit volume, puisqu'elle se prend comme tonique à la dose de 4 ou 5 grammes et comme laxatif à celle de 10 ou 15 granames seulement,

A l'étranger, on fait usage de plusieurs Teintures composées de Rhubarbe : l'une stimulante, dans laquelle se trouvent associés le Safran, le Gingembre et le Cardamome; l'autre amère, avec addition de Gentiane; la troisième purgative, par la présence de l'Aloès.

Il existe deux Extraits de Rhubarbe : l'un aqueux^ l'autre alcoolique, s'adminislrant tous deux aux mêmes doses : 15 à 30 centigrammes comme stomachique, 4 grammes comme purgatif.

Les Vins de Rhubarbe^ à la Cannelle^ à la Gentiane et aux aromates [Teinture de Darel) sont peu usités.

Le Sirop de Rhubarbe simple se donne comme laxatif aux petits enfants, par cuillerées à café ; mais on emploie presque exclusivement le Sirop de Chicorée composé, dans lequel se trouvent réunis à la Rhubarbe des racines et des feuilles de Chicorée, de la Fumeterre, de la Scolopendre et des baies d'Alkékenge, du Santal citrin et de la Cannelle.

Mentionnons encore les- ra6te««e5 de Rhubarbe et YÉlectuaire catholicum, ou de Rhubarbe composé.

BHUS RADICAI\S et RHUS TOXICODEI\DROI\. — Voy. SUMAC VÉNÉNEUX.

Rici]\, Ricinus communis^L. — Euphorbiacées. Angh Palma Christi. — AU. Wunderbaum.

Le Ricinus communis est spontané dans l'Inde, où il est arborescent et fréquemment cultivé en Europe, où il devient annuel et herbacé.

Composition. — Les semences de Ricin, analysées par Geiger, ont donné les résultats suivants : r dans les enveloppes, résine insipide et extractif,

gomme brune, ligoeux; 2" dans les amandes : huile grasse, gomme, caséine ou albumine, ligneux et amidon. De plus, il faut admettre avec Pereira l'existence d'un principe volatif acre {acide ricinoléique?) révélé par la sensation particulière de sécheresse qui se produit dans les yeux et le gosier lorsqu'on reste exposé à la vapeur se dégageant d'un mélange de semences de Ricin concassées et d'eau bouillante (Guibourt).

Ce principe n'est peut-être pas préformé, mais il peut prendre naissance par fermentation, en présence de l'air et de l'eau, ainsi que semblent l'indiquer certaines expériences de Planche, de Bussy et de Le Ganu.

Enfin, Soubeiran admet dans le Ricin une substance âcre fixe, probablement de nature résineuse, résidant, soit dans l'embryon (Jussieu), soit dans l'albumen (Boutron-Gharlard et 0. Henry), ou dans la tunique interne de l'épisperme (Dierbach). D'ailleurs Galloud a trouvé, dans le marc des semences soumises k la presse, un principe âcre qui excite le vomissement à la dose d'environ 30 à 40 centigrammes. \

Action physiologique: — Les semences de Ricin possèdent d'énergiques propriétés purgatives et une âcreté considérable. Une seule a produit des vomissements et des effets purgatifs ; trois ou quatre ont pu mettre la vie en péril (Bergius, Lanzoni). La violence de cette action s'explique par l'inter- Tention des principes acres, volatil et fixe, plus encore que par l'action de l'huile grasse qui est simplement cathartique.

On reconnaît aussi aux applications de feuilles de Ricin sur les mamelles des propriétés emménagogues (M' William, Tyler Smith). Selon M'William, elles agissent davantage lorsque les seins sont petits et flétris, provoquent l'éruption mensuelle si la période est éloignée, ou causent un flux immodéré si elle est imminente. ^

Huile de Ricin. Angl. Castor OU. Ail. Riciner ôl.

L'Huile de Ricin, visqueuse, d'un jaune pâle, se congèle vers — 6» et se solidifie à l'air à la manière des huiles siccatives. Elle se dissout aisément, dans l'éther, mais sa solubilité dans l'alcool est extrêmement remarquable. Elle communique même aux autres corps gras la faculté de se dissoudre dans ce liquide.

On distingue plusieurs sortes d'huile de Ricin suivant les provenances et les procédés d'extraction; la meilleure est préparée par expression à froid et ne contient que peu ou point de matière âcre. Celle que les Chinois mangent en salade, provient, dit-on, d'une variété particulière du Ricinus communis.

L'Huile de Ricin, avalée en quantité considérable, de 15 à 20 grammes par exemple, laisse dans la bouche un goût nauséeux, qui la fait quelquefois rejeter par le vomissement, et produit assez rapidement des tranchées et des selles diarrhéiques dans lesquelles on reconnaît aisément le corps gras sous forme de gouttelettes ou d'une sorte d'émulsion. Quand celui-ci s'est présenté (Brandes) sous forme de nodules indurés, il est probable que le sujtt avait pris auparavant de la magnésie, avec laquelle l'Huile de Ricin avait pu se combiner.

Page 1