RICIN
C'est un purgatif modéré et très-sûr, exempt de toute action irritante sur le canal digestif, et dont les effets sont dus, soit à une influence spéciale, inexpliquée jusqu'ici, sur la muqueuse, soit à une sorte d'indigestion suivie de selles lientériques, puisque lamatière indigérée se retrouve dans les déjections.
L'usage de l'Huile de Ricin ressort nettement des qualités que nous venons de lui reconnaître. C'est un purgatif excellent, particulièrement recommandable dans les cas d'irritalion des organes abdominaux. Il n'a d'autre inconvénient que son goût nauséeux, qui le rend un objet de répulsion pour la plupart des malades. Toutefois on parvient à masquer ce goût déplaisant en ajoutant à l'Huile soit du jus de citron, soit du bouillon de bœuf dégraissé et très-chaud, ou bien de l'infusion de thé ou de Café torréfié. A l'aide de ce dernier correctif, on parvient k le faire prendre sans peine aux jeunes, enfants ainsi qu'aux personnes les plus susceptibles.
Outre son emploi dans la médication évacuante, l'Huile de Ricin sert encore à modifier le CoUodion, auquel elle communique une remarquable élasticité et qu'elle empêche de se rompre par le déplacement des parties qui en sont recouvertes. Gela constitue le CoUodion élastique.
Comme purgatif, l'Huile de Ricin s'administre à la dose de 10 à 60 grammes. Ce maximum représentait anciennement la dose habituelle, mais on s'est aperçu que la moitié ou même le tiers de cette quantité suffisait ordinairement à produire des effets purgatifs, et la dose de 30 grammes est aujourd'hui la plus généralement usitée. Elle peut être abaissée à 20 grammes en conservant toute son activité, et chez des sujets soumis à la diète, 15 et même 10 grammes sont suffisants.
Nous avons indiqué ci- dessus le café noir comme correctif; on peut encore masquer le goût de l'huile par une liqueur alcoolique quelconque ou par une infusion aromatique de Menthe, de Girofle, etc.
L'Huile de Ricin est aussi quelquefois donnée en émulsion à l'aide d'un jaune d'oeuf ou d'un mucilage de gomme adraganthe. Enfin, on a imaginé de la prendre dans une cuiller d'élain fermée par un couvercle, et dont le manche creux permet à la pression atmosphérique d'agir sur le liquide pour en faciliter la chute dans l'intérieur du gosier. On plonge l'instrument jusque dans le pharynx, puis on en relève le manche ; alors l'huile contenue coule vers l'œsophage, et la déglutition s'exécute sans qu'il y ait contact entre le médicament et la base de la langue, non plus qu'avec l'isthme guttural. De cette manière, on évite l'impression désagréable qu'il produit sur l'organe du goût. Le même procédé est employé pour l'Huile de foie de Morue.
On a publié plusieurs formules de Potions à riiuile de Ricin^ différant par le mode d'émulsionnement et par l'espèce et le nombre des correctifs : alcoolat de Citron, sirop lartrique, suc d'Orange, infusion aromatique de Fenouil, etc.
Parola a proposé l'emploi de la Teinture alcoolique et de la Teinture
éthèrée de Ricin, lesquelles seraient quatre fois plus actives que l'Huile, sans être plus irritantes.
«lï., Oryza saliva, L. — Graminées.
Angl. Rice. — AU. Reiss.
Le Riz, originaire de l'Asie, est cultivé dans un grand nombre de contrées humides des régions chaudes ou tempérées du globe.
Composition. — Les semences de Riz, analysées par Braconnot, ont donné : amidon, ligneux, matière glutineuse, huile incolore, sucre incristallisable, gomme, acide acétique, phosphate de potasse et de chaux, chlorure de potassium et sels à acides végétaux de chaux et de potasse.
Le Riz se dislingue des autres céréales par la minime proportion de ses matières grasses et protéiques. Ce n'est pour ainsi dire que de la fécule pure.
Action physiologique. — Aussi le Riz est-il un aliment moins complet que le Blé ou le Seigle, et ne devient-il suffisamment réparateur qu'à la condition d'être associé à du lait ou à d'autres substances azotées. Mais il ne pêche que par défaut, et c'est à tort qu'on l'a accusé de produire des désordres du côté de la vision . Tout au plus occasionnerait-il un affaibUssement de la vue par suite d'une nutrition imparfaite. Rien ne justifie non plus l'idé« du docteur Tytler, qui attribue au Riz le choléra épidémique qu'il nomme Rice diseuse- Le choléra naît dans les rizières des régions tropicales parce que ce sont des marécages, où pullulent des organites et où s'engendrent des miasmes spéciaux et même spécifiques.
Mais le Riz est moins relâchant que les autres céréales, à cause, sans doute, de la très-petite quantité de matière grasse qu'il renferme ; c'est d'ailleurs un aliment très-facile à digérer.
Usages. — Telles sont les raisons qui le font employer dans certaines affections des organes digeslifs, et spécialement contre la diarrhée. Seulement le Riz ne convient guère que dans la diarrhée biheuse, dans celle qui est symptomatique d'une entérite, et non dans l'entérorrhée consécutive à l'ingestion de boissons aqueuses froides, ni dans l'affection cholérique.
On mange le Riz sous bien des formes, mais en médecine on ne le donne guère qu'en décoction. VEau de Riz est ordinairement édulcorée avec le sirop de Coing. On l'associe assez souvent au vin de Bordeaux, et parfois à des principes acidulés, tels que le sirop de Groseilles.
ha. Farine de /?w sert à faire des cataplasmes émollients, supérieurs à ceux de } graine de Lin parce qu'ils ne s'altèrent pas comme ces derniers, ne devien- J nent pas irritants, et n'ont pas d'odeur. »
La fine Poudre de Riz sert à la toilette comme la poudre d'amidon. Il faut rejeter celle qui est parfumée avec la racine d'Iris, toutes les fois que la > peau est affectée ou simplement irritable.
ROiHAitiN, Rosmarinus officinalis, L. — Labiées,
ROQUETTE SAUVAGE. 343 Angl. CommonRosemary. — AU. Rosmarin.
Le Romarin est un arbuste du midi de la France et du bassin de la Me-
Composition — Cette plante odoriférante renferme une huile volatile particulière, une matière amère (résine?), de l'acide tannique et du ligneux.
Le Romarin est carminatif, stimulant, et possède en général le? proprietés physiologiques des autres Labiées.
L'infusion de Romarin (4 à 8 grammes de sommités fleuries pour 500 grammes d'eau) est cependant rarement employée en médecine dans les névroses, la paralysie, les catarrhes, etc. Mais on s'en sert dans la parfumerie notamment pour la confection de l'Eau de la reine de Hongrie et de VEau de Cologne, qui l'a remplacée.
Le Romarin entre dans le Baume opodeldoch, le Baume tranquille et un grand nombre d'autres préparations officinale» presque toutes inusitées.
ROî\CE SAUVAGE, Rubus fl'uticosus, L. — Rosacées-Dryadées. Angl. Wild Bramble. — AU. Wild Dorn, Holzarliger, Brombeerstrauch. La Ronce croît communément dans les haies, qu'elle embeUit de ses fleurs et de ses fruits.
Ses feuilles sont astringentes et employf^es fréquemment en décoction dans les angines inflammatoires et quelquefois dans e flux muqueux de l'intestin ou la dysenterie confirmée, ainsi que dans l'hémoptysie.
ROftij'ETTE CULTIVÉE, Eruca sativa, Lamk, Brassica Eruca, L. — Crucifères-Brassicées.
Angl. Garden Rocket. — AU. Garten Rancke.
L' Eruca saliva vient naturellement dans nos provinces méridionales.
Gomme beaucoup de Crucifères, et particulièrement comme les espèces des genres Brassica et Sinapis, la Roquette est chargée de principes volatils d'une odeur forte, d'une saveur âcre et piquante ou amère, analogues à celles de l'essence d'AUiaire ou de "Moutarde, et qui lui communiquent des propriétés stimulantes. Ses semences sont plus âcres que ses feuilles, et se rapprochent de celles de la Moutarde par leurs eS'ets irritants locaux.
La Roquette est stimulante, diurétique, antiscorbutique. Les poètes latins lui ont fait une réputation d'aphrodisiaque par excellence. ,
Une pareille vertu est difficile à prouver, mais elle existe vraisemblablement à un certain degré dans une plante si bien pourvue de principes excitants. La Roquette possède toute son énergie un peu avant de fleurir.
KOftUETTE SAUVAGE, Brassica Erucastrum, L. — Crucifères-Brassicées.
Angl, Wild Rocket.
Le Brassica Erucastrum vient çk et là dans les lieux sablonneux de la France. La dénomination de Roquette sauvage, qui lui est accordée ici, a été
344 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, donnée aussi à une autre plante de la famille, le Diplotaxis lenuifolia DG (Sisymbnum Icnuifolium, L.), qui possède une odeur forte et désagréable' et mente d être appelée Fausse Roquette.
La Roquette sauvage est analogue à la Roquette cultivée pour sa composition et ses propriétés physiologiques.
K«SE A CEPVT FEUILLES, Rosa centifolia, L. — Rosacées-Rosées. Angl. Hundrecl leaved or Cabbage Rose, Centifolium Rose. — Ail. Gefullle Rose. .
Cette belle Rose, originaire de l'Asie, est une de celles qui sont appelées pâles, par opposition aux Roses rouges de Provins. Elle est douée d'une odeur suave, mais moins fragrante que celle de la suivante.
Composition. — La science ne possède point d'analyse satisfaisante des pétales de Rose, cependant il est permis de leur assigner la composition suivante : huile essentielle, acide gallique ou tannique, matière colorante, substance saccharine ou extractif doux de Pfaff, fibre ligneuse, oxyde de fer et sels minéraux (Pereira) .
L'huile volatile, ou Essence de Rose (angl. Âttar or Otto of Roses), est jaunâtre, solide à la température ordinaire, peu soluble dans l'alcool froid, d'une odeur trop forte pour être agréable, quand elle est en masse concentrée, mais devenant un parfum délicieux lorsque ses émanations sont répandues en petite proportion dans l'atmosphère. Elle se décompose en deux essences, l'une solide, l'autre fluide. La première, la plus considérable, est un hydrogène carboné inodore (G"H", Fluckiger). La seconde d'après le même auteur est oxygénée et parfumée.
Vextractif doux ou sucré de Pfaff paraît être le principe laxatif de la Rose.
Action physiologique et usages. — L'odeur exquise de la Rose n'est pas sans inconvénient, ni même sans danger, quand on la respire en grande abondance dans une pièce fermée. Dans ce cas, elle occasionne de la céphalalgie, des évanouissements et des phénomènes nerveux parfois hystérifor mes. Il en peut même résulter de l'irritation locale, manifestée par des éternuments et de l'inflammation des yeux.
Mâchés, les pétales de la Rose à cent feuilles développent un goût légèrement sucré, aromatique, et à peine astringent. Ingérés dans l'estomac en suffisante quantité, ils agissent comme un laxatif très-doux. On en use à ce litre dans la médecine de la première enfance. Les pétales de Rose servent aussi à faire des sachets parfumés, des eaux de senteur, des liqueurs de table. Confits dans le sucre, ils constituent une friandise délicieuse dont l'usage est très -répandu à Gonstantinople et en Orient.
L'huile essentielle est employée dans la parfumerie pour faire l'Huile antique à la Rose, le Lait de Rose, l'Eau de Lavande.
Modes d'administration et doses. — On prépare une Eau distillée de Rose fréauemment fimployée en collyre, comme très-léger styptique, dans
ROSE ROUGE OU ROSE DE PROVINS. 345 les conjonctivites et les ophthalmies peu intenses, ou pour aromatiser d'autres substances, le Céral, le Colcl cream.
A l'intérieur, on emploie le Sirop de Roses pales comme laxatif, à la dose de 8 à 32 grammes, et le Sirop de Rose composé avec addition de séné, comme
^^Mentionnons encore V Alcoolat de Rose, V Huile rosat, l'Onguent rosat et la Pommade pour les lèvres, préparations servant à la toilette. Il existe aussi un Sucre rosat.
ROSE DE DAMAS, Rosa Damascena, L.; Rosa prœnestrina, Pline. — Rosacées-Rosées.
Ang. Damask Rose. — AU. Damasische Rose.
La Rose de Damas, également asiatique, plus colorée, plus odorante que la Rose à cent feuilles, offre d'ailleurs une composition chimique et des propriétés semblables. On la cultive en grand dans un village des environs de Paris, d'où son nom de Rose de Puteaux. Elle fleurit une grande partie de l'année, 'et est appelée, à cause de cela, Rose de tous mois ou Rose des quatre I saisons.
La Rose de Damas subit les mêmes préparations et sert exactement aux mêmes usages que sa congénère, à laquelle elle est supérieure en fragrance et en richesse d'huile volatile.
KOSE ROUGE OU ROSE DE PROVINS, Rosa galUca, L. ; Rosa milesia, Pline. — Rosacées-Rosées.
Angl. French or red Rose. — AU. Essigrose.
La Rose rouge habite la France et le sud de l'Europe.
Composition. — L'analyse des pétales a donné à Cartier les résultats suivants : huile volatile , matière colorante, tannin, acide gallique, matière grasse, albumine, sels de potasse solubles, sels calcaires insolubles, silice et oxyde de fer.
Action physiologique et usages. — Les pétales de Rose rouge possèdent des propriétés styptiques en rapport avec la présence d'une notable proportion de tannin et d'acide gallique. Ils agissent donc comme astringents et aromatiques. On les a vus parfois produire des effets laxatifs dus probablement en partie à l'excitation causée sur la muqueuse intestinale par les substances astringentes et à l'action réfléchie sur les fibres contractiles du tube digestif.
Les Roses rouges ont été vantées par les Arabes et quelques modernes comme un excellent remède contre la phthisie, parce que, sans doute, elles tonifient, refrènent le mouvement fébrile, et diminuent le flux intestinal, les sueurs et jusqu'aux sécrétions pulmonaires ou bronchiques. On les emploie comme astringentes, pour l'usage externe, dans la leucorrhée et quelques autres affections.
Modes d'administration et doses. — A l'extérieur, on emploie la décoc-
lion de feuilles, ou mieux de pétales de Rose en lotions, lavements et injections uréthrales ou vaginales.
La Tisane de Rose rouge se prépare par infusion de 10 grammes de pétales dans un litre d'eau.
Le Vin rosal et le Vinaigre rosal sont obtenus par la macération de 120 grammes de Rose rouge sèche dans un litre de véhicule. Ce sont de bons astringents qu'on peut employer en injections, en les étendant de six à huit fois leur quantité d'eau.
Le Sirop de Rose rouge est peu usité. Il en est autrement du Mellite ou Miel rosat, qu'on prescrit journellement k la dose de 30 grammes dans 200 grammes d'eau, comme gargarisme astringent dans les angines inflammatoires.et pultacées.
La Conserve de Rose rouge est, comme les préparations précédentes, un astringent léger et très-agréable, assez employé dans l'atonie de l'appareil digestif et la diarrhée séreuse, à la dose de 2 à 4 et 8 grammes par jour. Elle sert aussi d'excipient à d'autres médicaments.
ROSE TRËMIÉRE OU PASSE-ROSE, Althœa rosea, Gav. ; Alcea rosea, L.
— Malvacées.
Angl. Hollyhock. — Ail. Stockrose, Roseneibisch.
Le Codex recommande les fleurs de cette magnifique Malvacée comme un succédané de celles de la Guimauve et de la Mauve sylvestre. Les racines ont été également employées pour remplacer celles de la Guimauve (voy. ce mot).
ROSIER SAUVAGE, ÉGLANTIER SAUVAGE, Rosa canina, L.— ROSA-
CÉES-ROSÉES.
Angl. Dog-Rose. — Ail. Hundrose. ;
Le Rosier sauvage fait l'ornement des buissons et des baies dans toute l'Europe. Ses fleurs sont consommées à titre de Roses pâles, mais c'est particulièrement pour ses fruits ou Cynorrhodons qu'il figure au Codex.
Composition. — D'après Rilz, les Cynorrhodons contiennent : huile vola-
- tile, huile grasse, tannin, sucre incristallisable, myricine, résine solide, résine molle, cellulose, albumine, gomme, acides citrique, malique et sels organiques et minéraux.
Action physiologique et usages. — La chair des Cynorrhodons est acide, styptique et légèrement sucrée. Elle devient plus douce et comestible lorsqu'elle a subi l'influence de la gelée. Récoltés avant leur parfaite maturité, les fruits de l'Églantier sauvage sont plus âpres et plus astnngents ; c'est alors qu'on les soumet aux préparations pharmaceutiques. On en fait une sorte de conserve recommandée dans la diarrhée et l'atonie intestinale. Elle est nutritive, rafraîchissante et sert de véhicule k d'autres médicaments.
Eu Allemagne, où les fruits sont rares et d'assez mauvaise qualité, on mange une confiture de fruits de Rosier sauvage, ordinairement servie comme assaisonnement de la viande rôtie.