SUCRE DE CANNE
croissante dans les pays civilisés. Il se présente sous plusieurs formes. La plus ordinaire est le Sucre blanc raffiné. Une autre est le Sucre candi blanc ou jaune, en gros cristaux. Puis nous trouvons les sucres plus ou moins impurs, connus sous les noms de Cassonade et de Moscouade, ainsi que les Mélasses, distinguées par les Anglais en Mélasse proprement dite et en Treacle. Dans les colonies on fait usage du Suc sirupeux de la Canne.
Le Sucre d'Orge n'est autre que du Sucre de Canne fondu, rapidement solidifié et passé à l'état vitreux. Enfin le Caramel, ou sucre brûlé, est une substance acide qui a pour formule C*^H^O'.
Le Sucre de Canne peut se transformer en glucose G*^H"0*' sous l'influence des acides, comnae dans les confitures^ ou même par l'action de la lumière (Raoult). Il peut également subir diverses métamorphoses au contact des ferments.
Action physiologique. — Le Sucre, par l'impression vive et agréable qu'il produit sur l'organe du goût, excite la sécrétion salivaire et prépare l'activité gastrique, à laquelle il fournit d'ailleurs un objet. Introduit dans la circulation sanguine, il devient un combustible et contribue à la formation des matières grasses de l'économie. Il entretient donc la respiration et tend à augmenter la surcharge graisseuse, s'il n'est pas employé à la réparation organique.
Pris en .trop grande quantité, le Sucre se transforme partiellement en acide lactique, en présence de l'épithélium buccal ou des spores de Mucédinées, fréquentes dans les détritus des premières voies (Gubler), rend la bouche épaisse, pâteuse et acide, agace et corrode les dents, échauffe, constipe, donne la soif, oblitère l'appétit et cause de l'embarras gastrique. Le stiperflu peut passer dans les urines, et constituer une glycosurie transitoire. A la longue, l'abus de cette substance peut mêine entraîner des inconvénients plus graves pour la santé, et donner lieu k des altérations scorbutiques, telles que le ramollissement des gencives, les ulcérations de la bouche, et, dit-on, la surabondance de l'acide urique dans la sécrétion rénale. Si le Sucre était le seul aliment ingéré, on verrait, comme chez les chiens de Magendie, survenir l'amaigrissement, la prostration, l'ulcération de la cornée, et la mort.
En contact prolongé avec la peau, chez les ouvriers sucriers et les épiciers, le Sucre devient irritant et détermine de la rougeur, des éruptions vésiculeuses ou pustuleuses, des gerçures, des tournioles et même des furoncles. Mais la découverte de l'Acarus sacchari, très-voisin du Sarcoptes scabiei, dans certains Sucres exotiques, où il pullule parfois excessivement, a permis à Meyer de se demander si la dénomination de Gale des épiciers, dont on se sert communément pour désigner les affections cutanées énumérées ci-des- 8us, ne serait pas plus vraie qu'on n'aurait cru.
Usages. — Le Sucre, outre ses usages alimentaires, sert à édulcorer les moissons fades et à masquer le goût de celles qui sont répugnantes. Quand on suce ou qu on le laisse fondre lentement dans la bouche, il entretient la
390 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, sécrétion de la salive et du mucus buccal, fait disparaître la sécheresse de la langue et de la gorge, calme la chaleur et les picotements de ces régions, rend la déglutition, l'expuition, l'expectoration et la parole plus faciles, et empêche la toux fatigante des laryngo-trachéites surtout. Aussi est-ce î'un des moyens les plus fréquemment employés dans les angines légères et les rhumes. Mais l'abus est bien près de' l'usage, et, pour peu que cela dure, le sujet ressent les inconvénients signalés tout à l'heure, h f ropos de l'action j)hysiologique. Dans ce cas, on doit préférer les matières sucrées infermentescibles, telles que la racine ou le suc de réglisse, ou bien la gomme arabique. Le professeur Piorry a conseillé l'emploi du Sucre à haute dose dans le diabète sucré, et assure en avoir obtenu de bons résultats. Un verre d'eau sucrée, aromatisée ou non avec de l'eau de fleur d'oranger, est souvent un excellent digestif, un palliatif de la pyrosis et de la gastralgie. Le Sucre de Betterave, qui renferme une certaine proportion de saccbarate de chaux, est plus utile sous ce rapport que celui plus pur de la Canne.
Gosselin a fait à la chirurgie une application ingénieuse de la propriété que possède le Sucre de se combiner avec la chaux pour constituer un saccbarate soluble. Dans un cas où la cornée transparente était imprégnée d'éclaboussures de chaux vive délitée dans l'eau, il a réussi à faire disparaître les opacités cornéales calcaires, en faisant agir à chaque instant un collyre d'eau sucrée. On insuffle du Sucre candi en poudre sur les taies et sur les ulcères de la cornée. On l'applique également sur les aphthes, les gerçures des mamelons et les ulcères baveux. Brûlé sur ime pelle chauffée au rouge, le Sucre répand des vapeurs épaisses et très-odorantes, qui servfint k masquer les mauvaises odeurs dans les chambres des malades.
Enfin le Sucre est recommandé comme contre-poison des préparations de cuivre et même d'arsenic.
La Cassonade brune et la Mélasse jouissent de propriétés laxatives qu'on utilise quelquefois, soit en les faisant manger, soit en les administrant sous forme de lavement dans du lait ou un autre liquide émoUient.
En pharmacie, le Sucre est un moyen de conservation pour les substances organiques, facilement altérables, dont on fait des sirops, des robs, des électuaires, des conserves. C'est un adjuvant dans les tablettes, pastilles, pâtes, poudres, etc. Il sert de correctif aux résines et gommes-résines drastiques, dont il adoucit l'action.
Mais, à côté des simples mélanges ou saccharures, il existe de véritables combinaisons où le Sucre joue le rôle d'acide par rapport aux substances médicamenteuses qui lui sont associées. Tels sont les saccharates de chlorure de sodium (J. Maumené) et de fer, décrit par Duquesnel. Nous parlerons de ce dernier à l'occasion des préparations ferrugineuses.
Il est bon de savoir que le Sucre altère quelquefois la composition des médicaments, avec lesquels il se trouve en contact prolongé. C'est ainsi qu'il transforme le sublimé corrosif en protochlorure hydrargyrique. Si l'on tenait administrer le premier sel, il faudrait donc éviter de l'incorporer dans un sirop.