‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 131 sur 293 · SUREAU · texte numérisé non relu

SUREAU

aucun effet fâcheux, soit qu'on emploie les feuilles et les tiges, ou bien le lait qui en découle à l'époque de la floraison. Cependant les cliniciens ont constaté que, si de petites doses donnent plus d'activité aux fonctions digestives, et n'ont d'autre inconvénient que d'occasionner un peu de spasme ou de ténesme vésical (Trousseau et Pidoux); si elles se bornent à augmenter les sécrétions de la peau, des reins et des intestins, à ramener un peu de sensibilité et de mouvement avec sensation de iirûlure, de picotement ou de tiraillement dans les membres paralysés; d'un autre côté, des doses fortes ont donné lieu à des douleurs épigaslriques, à des nausées, des vomissements, des étourdisseœents, de la stupeur et du gonflement inflammatoire des parties paralysées. Pereira en conclut que le Sumac vénéneux est à la fois âcre et nai colique.

Usages. — Les homœopalhes emploient le Sumac vénéneux dans les affections cutanées. Les médecins ne l'ont guère appliqué qu'au traitement des paralysies (Dufresnoy, Bretonneau, Tiousseau). Le professeur Trousseau et son illustre maître l'ont prescrit avec succès dans les paraplégies sans lésion organique, consécutive à une commotion de la moelle. Il conviendrait également, selon Pereira, dans les paralysies asthéniques anciennes, ainsi que dans le rhumatisme chronique, dans les formes rebelles de'maladies cutanées et dans quelques cas d'amaurose et d'afl'ections nerveuses des yeux.

Modes d'administration et doses. — Les auteurs ne s'accordent pas sur les doses auxquelles il convient d'administrer la poudre de feuilles de Sumac vénéneux. Tandis que les Anglais emploient seulement 2 à 3 centigrammes de Rhus Toxicodendron pour commencer, puis doublent la dose et ne l'augmentent chaque fois que de la même quantité, selon l'effet produit, Trousseau prescrit d'emblée une prise de 25 centigrammes de Rhvs radicans à l'heure du repas, puis il double, triple, quadruple la dose, s'il y a lieu, les jours suivants, jusqu'à ce qu'il atteigne le maximum de 4 grammes par jour.

SUREAU, Sambucus nigra, L. — Caprifoliacées.

Angl. Common Elder. — Ail. Flieder, Hollmderhaum.

Le Sureau est un arbuste commun dans les haies, autour des habitations, qui fournit à la matière médicale ses fruits, ses fleurs et son écorce.

Composition. — Il n'existe pas d'analyse del'écorcede Sureau. Les fleurs renferment d'après Ëliason : huile volatile, résine âcre, acide tannique, deux extractifs, gomme, fibre ligneuse, gluten, albumine, malates de potasse et de chaux, sels minéraux et trace de soufre.

Le suc des baies de Sureau contient : acide malique, un peu d'acide citrique, sucre, pectine et matière colorante devenant rouge par les acides et verte par les alcalis.

Action physiologique — La seconde écorce du Sureau ou enveloppe herbacée, estmodore, douceâtre, amère et nauséeuse. Elle occasionne des vor missements et desselles liquides. C'est un éméto-cathartique, hydragogue:

Les feuilles, d'une odeur forte et déplaisante, jouissent de propriétés semblables, mais moins énergiques. En Lorraine, les paysans las jnangent en salade pour se purger.

Les /leurs fraîches sont d'une odeur un peu fétide qui -se corrige par la dessiccation. Leurs émanations odorantes ont produit parfois une sorte de narcotisme. Elles jouissent, comme diaphoréliques, d'une réputation à peu près universelle qu'elles paraissent mériter, surtout lorsqu'elles sont sècLes et qu'elles ont perdu les qualités légèrement éméto-cathartiques qui rappellent les vertus de l'écorce et des feuilles.

Les baies de Sureau, d'un goût acidulé et sucré, passent pour sudorifiques et purgatives, bien qu'elles ne possèdent que les propriétés d'un purgatif hydragogue.

L'Yèble {Sambucus Ebulus) produit des effets analogues, notamment par ses émanations odorantes. Mon illustre maître, Lallemand (de Montpellier), a été témoin du fait suivant : En Languedoc, on a l'habitude de frotter les parquets avec de l'Yèble pour les faire reluire; la plante laisse toujours une odeur excessivement forte dans la pièce, oii l'on a soin de ne pas coucher le premier jour. Or, il a vu, dans un cas, l'oubli de cette précaution suivi des accidenls les plus graves : céphalée atroce, vomissements, dilatation pupillaire, etc.

Usages. — Modes d'administration et doses. — La seconde écorce de Sureau se prend à la dose de 30 à 60 ou 90 grammes, comme émétique et comme purgatif, dans les hydropisies. Il en est de même des feuilles. Le suc de V écorce de la racine aité employé à la dose de 15 à 60 grammes. Uinfusion de fleurs de Sureau se fait avec 2 ou 3 pincées de fleurs dans 500 grammes d'eau bouillanle, et se prescrit comme sudorifique dans les maladies de refroidissement, toutes les fois que la suppression de la transpiration a pu jouer un rôle dans la production de l'état morbide : ainsi dans le rhumatisme, les bronchites, les angines, les exanthèmes répercutés. Cette même infusion sert en fomentations calmantes sur les surfaces irritées, affectées d'érysipèle. On la considère, ainsi que les fleurs sèches en sachet, comme résolutive dans les engorgements froids, l'œdème, etc.

Le suc des baies, concentré et additionné de sucre, est employé sous le nom de Rob de Sureau, comme catbartique, à la dose de à à 16 grammes.

smi£L,LE ou ALLELUIA, Oxalis Acelosella, L. — Oxalidées. Angl. Common voood Sorrel. — Ail. Gemeiner weisser Sauerklee. Cette jolie plante vient à l'ombre des bois, dans la plus grande partie ide l'Europe.

Composition. — Le suc exprimé de la Surelle fournit par l'évaporation du bioxalate de potasse : c'est là tout ce que nous savons de positif sur sa composition; mais, par analogie, on peut admettre la présence des différents principes constituants de VOxalis crenala, analysé par Payen, parmi lesquels nous distinguons, outre l'oxalate de potasse, l'acide oxalique libre,

TABAC OU NIGOTIANE.

l'oxalate d'ammoniaque, une substance aromatique et différentes matières .minérales pu organiques.

Action physiologique et usages. — La Surelle est inodore, d'un goût fortement acidulé et très-agréable. Elle jouit des propriétés rafraîchissantes et tempérantes des acides végétaux, ce qui lui a valu l'appellation de Citron du Nord.

On l'emploie dans les fièvres et les phlegmasies fébriles, ainsi que dans le scorbut. Dans cette dernière affection, on la mange en salade, ou bien on en boit le suc à la dose de 1 5 à 60 grammes. Dans les autres cas, on en fait une infusion dans l'eau ou le petit-lait.

Le sel qu'on retire de la Surelle,, c'est-à-dire le sur^oxalate de potasse, ou Sel d'Oseille, peut être substitué à la plante dans la préparation des boissons rafraîchissantes. On en met 8 grammes dans 750 grammes d'eau sucrée pour faire une limonade agréable. Ce sel fait la base de la poudre tempérante de Rosenslein. *

L'oxalate de potasse passe inaltéré dans les urines, oii le microscope le fait aisément reconnaître à sa forme octaédrique. En ingérer beaucoup, c'est donc s'exposer à une irritation rénale et à la production de calculs muraux. D'ailleurs ce sel, avalé en quantité excessive, produit des accidents toxiques qui, dans plusieurs cas, se sont terminés par la mort (yoy. Oxalate

ACIDE M potasse).

-C'est ;assez dire que nous considérons son emploi et celui de la Surelle comme pouvant être nuisibles ou dangereux.

TABAC ou RiicoTiAi\E Nicotiana Tabacum, L. — Solanacées.

Angl. Common or Virginian Tabacco. — AU. Tabaksblàlter.

Le Tabac est originaire de l'Amérique tropicale, d'où sa culture s'est répandue sur tout le nouveau continejit, en Europe et dans la plus grande partie du globe.

Composition.. — D'après l'analyse la plus récente, celle de Conwell, les feuilles fraîches de Tabac renferment : gomme, mucilage, acide tannique et galhque, chlorophylle, matière pulvérulente verte^ liuilejaune ayant l'odeur, le goût et les propriétés de la plante, résine jaun« pâle, nicotine, substance analogue à la morphine, matière colorante orangé rouge et nicotianine.

La Nicotine {C'E^" Al') est un alcaloïde liquide incolore, d'une odeur acre etdun goût âcre et brûlant. C'est un des alcalis végétaux volatilisables, dont les principaux sont la Conicine, la Caféine, la Théine et la Théobromme. Ses vapeurs irritantes reproduisent au plus haut degré l'odeur caractéristique du Tabac. 11 est soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, les huiles ûxes et volatiles, se combine avec les acides et forme des sels déliquescents, parmi lesquels l'acétate est incristallisable .

La proportion de Nicotine varie considérablement dans les divers Tabacs, suivant les lieux de production. Celui qui en renferme le plus est le Tabac du Loi (7,96 pour 100 de feuilles sèches). Le Tabac de Virginie en contient 6,87 pour 100; celui à'Alsace, 3,21 pour 100; celui de la Havane, 2 pour 100 seulement, et celui de la Turquie, une proportion beaucoup plus minime encore.

La Nicolianine (Hermbstadt), Camphre de Tabac (Gmelin), est une huile volatile concrète, insoluble dans l'eau et les acides dilués, soluble dans l'ét.her et la potasse caustique.

Le Tabac à fumer, qui a subi une fermentation spéciale, offre une composition différente. Zeise y a trouvé : huile empyreumatique particulière, acide butyrique, acide carbonique, ammoniaque, paraffine, résine empyreumatique, acide acétique, oxyde de carbone et hydrogène carboné. Dans celte analyse, il n'est pas question de Nicotine, mais ultérieurement Melsens en a démontré la présence dans le Tabac à fumer. Il n'en reste pas moins vrai que le lalac dit de caporal est beaucoup moins chargé de principe toxique et conséquemment beaucoup moins dangereux que les cigares, surtout ceux d'un prix élevé.

Action physiologique. — Le Tabac est doué d'une odeur spéciale et nullement déplaisante, du genre de celles qu'on appelle vireuses. Son goût est k la fois amer et piquant. Il laisse une impression de chaleur dans le gosier, ainsi que dans l'estomac quand on l'avale, et donne lieu k de la nausée avec une sensation de malaise spécial analogue à celui qui précède la syncope. De petites doses répétées agissent comme diurétique et moins habituellement comme laxatif.

- A doses fortes, le Tabac détermine promptement des nausées, suivies de vomissements et de purgation, avec douleurs abdominales et sensation de défaillance épigastrique. En même temps il se produit une langueur, une faiblesse extraordinaire avec relâchement des muscles, tremblement des membres, anxiété, tendance syncopale, affaiblissement de la vue et confusion des idées. Les pupilles se dilatent. Le pouls devient petit et fréquent, la respiration quelquefois laborieuse; la peau se refroidit, se couvre d'une sueur glaciale, et des mouvements convulsifs peuvent compléter le tableau. Ou bien, si la dose est toxique, ce moment de désordre moteur est suivi d'une période de paralysie et de torpeur précédant la mort.

Pendant que ces symptômes se déroulent, il existe une diminution considérable de la sensibilité tactile; rarement il survient un véritable sommeil.

Le Tabac à priser cause sur la muqueuse nasale une double sensation olfactive et tactile. Celle-ci consiste en un vif picotement donnant lieu, par action réflexe à des éternumenls plus ou moins répétés, accompagnés d'une abondante sécrétion de mucus. Le séjour de la poudre de Tabac dans les narines a paru produire, dans quelques cas, des étourdissements, de la prostration, de la somnolence et même des accidents plus graves; mais de tels phénomènes, liés à l'absorption des principes actifs du Tabac, ne sont pos-

TABAC OU NICOTIANE. 397

: sibles que lorsque la sécrétion muqueuse fait défaut, ou que la membrane de Schneider est exulcérée. Les inconvénients du Tabac à priser sont plus manifestes. Lorsqu'il se répand dans i'arrière-gorge, et surtout lorsqu'il est dégluti. Il en résulte nécessairement les effets des petites doses prises directement par la bouche.

Fumé, le Tabac provoque la sécrétion de la salive et du mucus buccal, et

) amène l'ensemble de symptômes décrit plus haut, à l'occasion du Tabac ingéré dans l'estomac. Quelques pipes fumées coup sur coup ont suffi à déterminer la mort chez des novices (Marshall-Hall, Gmelin). Plus souvent ceux-ci en sont quittes pour des vomissements et une purgation. Mais l'usage

I habituel et longtemps continué émousse la susceptibilité de l'économie, et les fumeurs, devenus insensibles aux mauvais effets de la plante, jouissent sans mélange du calme et de, la tranquillité d'esprit singulière que leur apportent ses vapeurs narcotiques. Toutefois l'abus du Tabac à fumer entraîne, pour l'individu et pour la société, des inconvénients et même des dangers dont Jolly a tracé avec éloquence le sombre tableau. Ce sont d'abord des troubles de la digestion et de la crase sanguine; ensuite des névroses multiformes,

1 et consécutivement la cachexie et la déchéance de l'espèce. Les phénomènes nerveux consistent en éiouffements, palpitations, spasmes bronchiques, gastro-entéralgie (Praag), auxquels il faudrait joindre l'angine de poitrine (Beau).

Les intermittences et les inégalités d'intensité et de rhythme des pulsations cardiaques dans le Nicotisme chronique ne sont pas moins difficiles à expliquer que l'accroissement de force et la régularisation des contractions du cœur, à la suite de l'administration de la digiiale. Ces inlermittences pourraient être mises sur le compte de l'excitabilité plus grande du cœur ou de ses ganglions automoteurs, aussi bien que sur l'asthénie du pneumogastrique. Toutefois la seconde hypothèse nous paraît vraisemblable et s'accorde mieux avec le résultat final des doses toxiques, ainsi qu'avec le sens général fies actions pharmacodynamiques du Tabac.

Le Tabac à chiquer n'est guère usité que par les marins et les hommes de la plus basse classe. Pris sous cette forme, il agit localement à la manière du Tabac à fumer, et peut produire aussi quelques-uns des effets généraux du poison.

Appliqué sur des surfaces excoriées, le Tabac a donné lieu quelquefois à des accidents d'intoxication dont la terminaison a pu être funeste. Des lavements de Tabac, même à dose raisonnable, ont été suivis de semblables résultats. Ces effets observés sur l'homme sont'confirmés par les expériences pratiquées sur les animaux, notamment sur les Carnivores, car les Herbivores sont incomparablement moins sensibles à l'action des poisons végétaux.

En définitive, ce qui caractérise principalement la Nicotine, c'est son action puissamment dépressive sur le système nerveux, et spécialement sur la circulation. Ceux-là se trompent, qui voient dans ces effets une analogie

398 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX 00 DES ANIMAUX, d'action a^ec la Digitale, laquelle calme les désordres du cœur, non pas en amoindrissant son activité, mais bien en augmentant sa force impulsive et régularisant l'emploi de cette force. L'analogie est plus réelle, par rapport à l'Aconit (Vogt, Sundelin) et aux autres Solanées vireuses, dont le Tabac se' distingue principalement parce qu'il ne produit aucun délire.

Les vertus du Tabac résident à peu près tout entières dans là Nicotine, qui agit sur les organismes vivants avec une violence presque sans égale, et comparable seulement à celle de l'acide Gyanhydriqne, de l'Aconitine et de l'Atropine. Deux gouttes suffisent à tuer un chien de moyenne taille (Orfila) en quelques minutes. Quand la dose est moins massive, et que la mort se fait attendre, on observe l'accélération de la respiration, qui est accompagnée d'un bruit particulier dû, soit au spasme des voies respiratoires (Praag), soit à la contraction très-brusque du diaphragme (Claude Bernard). Un ralentissement marqué succède toujours à cette accélération. Les pupilles se dilâtent, des phénomènes convulsifs se montrent du côté des yeux et des membres, consistant en spasmes cloniquee et toniques, ou tétaniformes d'origine asthénique. Puis surviennent l'adynamie, accompagnée de tremblement musculaire, et la mort. La sécrétion urinaire ne s'est pas montrée modifiée, et celle de la salive a été augmentée dans moins de la moitié des cas. Enfin, on a observé les vomissements et les évacuations alvines toutes les fois que les animaux ont survécu.

Quant à Vhuile empyreumattque, sans exercer comme la Nicotine une action paralysante sur le cœur, elle n'en constitue pas moins un violent poison. Une seule goutte, appliquée sur la langue d'un chat, l'a fait périr en deux minutes, dans des convulsions, le cœur continuant à battre avec force et régularité.

Substances synergiques, auxiliaires. — En tête, nous devons placer les autres espèces de Tabacs : les Nîcotianalatissima, N. rustica^N. Persica, N. repanda, etc.; puis, viennent les Lobelia inflfita et syphiUtica; ensuite les Solanées vireuses, et enfin les Aconits et l'Aconitine, ainsi que les Renonculacées toxiques, etc. De plus, tout ce qui anémie, tout ce qui épuise le système nerveux, peut être considéré comme adjuvant dynamique de la Nicotine.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes et contrepoisons. — Les antagonistes du Tabac sont les toniques, les stimulants et particulièrement les cordiaux, les spiritueux, le Café, la strychnine; tous les excitants mécaniques : frictions, flagellation, acupuncture, ou physico-chimiques; élecirisation, ustion, etc. Les antidotes les meilleurs sont les alcooliques et le Café.

Ce dernier agit même de deux façons : dynamiquement et chimiquement par le tannin qu'il renferme et qui précipite la Nicotine à l'état insoluble. Le Thé se comporte de même, et les astringents tanniques, en général, sont les contre-poisons du Tabac. Il faudra donc éviter de les associer à ce dernier, ou de donner concurremment avec lui des stimulants diffusibles.

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Usages. — L'action dépressive du Tabae sur le- système nerveux, et surtout ses effets relâchants sur le système musculaire, indiquent l'emploi de cette plante ou de son alcaloïde dans les affections oii le symptôme principal est le spasme musculaire simple ou tétanique, intermittent ou continu. Au contraire, les qualités anodines, diurétiques, émétiques ou catharliques, sont trop incertaines et environnées de trop d'inconvénients pour qu'il soit raisonnable de les rechercher.

Tout au plus serait-on autorisé à joindre le Tabac aux purgatifs proprement dits, afin de favoriser les résultats en amenant le relâchement des fibres musculaires. C'est ainsi qu'il paraît agir dans certaines constipations, dans l'iléus ou volvulus et dans l'étranglement herniaire. Mais c'est là un moyen extrême auquel il ne faut recourir que lorsque tous les autres ont échoué. Plus d'une fois, un lavement de tabac a déterminé des symptômes d'empoisonnement dout l'issue a été fatale. On doit, en général, le proscrire dans tous les cas où la vie n'est pas mise en péril par le mal spontané, et dans tous ceux où les forces vitales sont déjà profondément déprimées et la circulation languissante. Ainsi nous ne l'admettons ni dans la constipation simple, ni dans la rigidité du cal utérin, ni danw tes états sopareux et asphyxique, ni dans les affections vermineuses, parce qu'il constitue, dans ces cas, une arme à deux tranchants qui peut être funeste au malade ; ni dans le- phimosis et le paraphimosis, rérysipèle,rascite et l'anasarque, parce que le moyen est sans efficacité. Nous n'en voyons guère l'utilité dans la dysurie et l'ischurie, alors même qu'on peut les supposer dépendre d'un spasme du col vésical. En ce cas, la Belladone fait bien mieux notre affaire. Mais le Tabac est appelé à rendre de réels services dans les «onvulsions toniques, le strychnisme, et particulièrement' dans le tétanos, dont Curling rapporte dix-neuf cas de guérison par ce moyen.

Il peut encore être utile comme anodin, en applications topiques sur les jointures douloureuses dans la goutte ou le rhumatisme; comme parasiticide, contre la teigne, la gale et la phtiriase ; et comme narcotique et somnifère indirect, sinon comme hypnotique véritable, dans les fièvres dont il est difficile de le considérer comme un moyen préventif sérieux, malgré l'affirmation de M'Gregor et la croyance populaire en Hollande.

On peut l'essayer également dans l'bydrophobie, dans l'épilepsie compliquée, et, pourvu qu'on y mette beaucoup de prudence, dans quelques autres états convulsifs, tels que l'asthme et le spasme de la glotte.

Modes d'admilNistration et doses. — Le Tabac est rarement administré en substance. Cependant, comme émétique, on en donne 2b à 30 centigrammes.

^ L'infusion se donne on lavement à la dose de 4 grammes pour 250grammes d'eau bouillante (formule de la Pharmacopée anglaise). Le Codex de 1837 prescrivait 30 grammes de feuilles de Tabac pour un lavement, ce qui étaif excessif, ainsi que Boucbardat le fait justement remarquer. Il est vrai que les feuilles de Nicotiane étaient associées à un purgatif qui en neutralisait

partiellement les effets. Fowler fait prendre à l'intérieur 2 h 4 grammes seulement d'une pareille infusion. Nous pensons qu'en efl'et la dose de 2 grammes est suffisante, en lavem'ent aussi bien que par les voies supérieures. La préparation la plus usitée en Angleterre, pour l'usage interne, est le vin de Tabac au xérès.

La famée de Tabac est conseillée aussi comme antispasmodique aux personnes non blasées. Tantôt on la fait aspirer par les poumons, tantôt on l'introduit dans le rectum à l'aide d'un appareil spécial.

A l'extérieur, le Tabac s'emploie en cataplasmes et en infusion, en fumée et en onctions. Quelques médecins ont conseillé, à tort, la décoction qui permet la volatilisation de la plus grande partie de la Nicotine. Ceci nous amène à faire une remarque importante relativement à l'usage médical du Tabac : c'est qu'il ne suffit pas de spécifier la dose de cette plante, il faudrait encore en indiquer l'espèce, ou plutôt la sorte commerciale qu'il convient d'employer, attendu que, jcomme on l'a vu plus haut, le principe actif varie du simple au sextuple.

tacamahacAl (résine), TACAMAftUE HUILEUSE. Fournie par

Ylcica Guyanensis, Térébinthacées.

AH. Tamahakharz.

On compte sept sortes de Résines tacamaques dont les principales sont fournies par des Iciquiers. La Tacamaque huileuse se distingue par l'abondance de son huile volatile, son odeur très -forte et très-agréable, rappelant celle du Cumin, et par sa saveur parfumés devenant un peu amère.

Toutes ces substances ont des propriétés semblables, qu'elles partagent d'ailleurs avec les balsamiques dont la composition est analogue, tels que les Térébenthines, le Mastic, et^. Ainsi elles sont toniques, stimulantes, anticatarrhales, antispasmodiques, et parfois diurétiques ou diaphoréliques. La Tacamaque huileuse l'emporte seulement sur les autres par ses vertus stimulantes, diaphorétiques et par la prédominance de son action sur ^es voies respiratoires, en raison de la forte proportion d'huile essentielle qu elle renferme.

On employait la résine Tacamahaca k l'intérieur, à la dose de 50 centigrammes k 2 grammes, comme stimulante, anticatarrhale et antispasmodique; à l'extérieur, comme excitante et résolutive.

Elle entrait dans plusieurs préparations officinales maintenant inusitées, et fait encore partie du Baume de Fioravanti.

TA!»iARli\iER, Tamarindiis indica, L. — Légumineuses.

Augl. CommonTamarind tree. — A\\. Sauerdatteln.

Le Tamarinier habite les contrées intertropicales de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, où l'on fait un usage habituel de la pulpe de ses fruits, qu'on expédie eu Europe sous deus formes : 1» unie encore à la gousse privée seulement de son épicarpe et confite dans le sirop de sucre ; 2» extraite

TANATSIE. 40 1

du légume avec les semences et des fibres ligneuses, et condensée par la coction.

Composition. — Vauquelin a démontré dans la pulpe de Tamarin les principes suivants : acides citrique, tartrique et malique lii)res, bitartrate de potasse, sucre, gomme, gelée végétale, parenchyme et eau.

Action physiologique. — Par le sucre, la gomme et la pectine, le Tamarin est un aliment respiratoire; par les acides libres et le bitartrate potassique, il devient rafraîchissant et laxatif.

Usages et modes d'administration. — Dans les pays chauds, la pulpe de Tamarin est usitée, comme aliment acidulé, en boisson, sorbets et confitures.

Délayée dans l'eau très-chaude, puis passée et refroidie, la pulpe de Taiûarin donne un breuvage frais, tempérant et fort agréable, qui convient dans les maladies inflammatoires et fébriles, particulièrement dans les fièvres putrides, bilieuses ou gastro-hépatiques, ainsi que dans l'embarras gastrique et la diarrhée bilieuse non fébriles et toutes les fois que les acidulés et les laxatifs se trouvent indiqués. On l'associe fréquemment au Séné, bien qu'elle passe, à tort sans doute, pour diminuer l'action de ce purgatif aussi bien que celle des cathartiqaes résineux.

La dose est de 10 à 30 grammes et au delà; 15 grammes suffisent dans un litre d'eau "pour donner une tisane légèrement tempérante; on en met cependant d'ordinaire une dose double. Il faut 60 grammes de pulpe pour agir comme laxatif.

A la place d'eau, on emploie assez souvent le petit-lait, ce qui constitue le Sérum tamarindé.

Grillon prépare sous le nom de Tamar indien des pastilles de pulpe de Tamarin additionnée de Séné, pralinées de chocolat, lesquelles sont agréables et conviennent comme eccoprotiques et même catharliques, dans la médecine infantile.

La pulpe de Tamarin entrait dans le Catholicon et nombre d'autres confections tombées en désuétude.

TAWAisiE, Tanacelum vulgare, L. — Composées ou Synanthérées- Sénécionidées.

Angl. Common Tansy. — Ail. Rheinfarn.

La Tanaisie est une espèce indigène, spontanée et cultivée pour sa beauté et pour ses propriétés médicinales.

Composition. — La plante fleurie, analysée *par Peschier, a donné les résultats suivants: huile volatile, huile grasse, cire ou stéarine, chlorophylle, résine amère, matière colorante jaune, tannin et acide gallique, extract amer, gomme, fibre ligneuse et acide tanac('tique.

L'huile essentielle, jaune ou verte, possède l'odeur de la plante avec un gout chaud et amer. La matière amère est en partie résineuse ("Peschier). 'L'acide lanacétique est cristaUisé, et forme des sels insolubles avec la chaux, la baryte et l'oxyde de plomb.

OuBLEn, 2* édition. 26

Action physiologique et usages. — LsuTanaisie produit les effets des toniques aromatiques et amers : elle agit par son essence, sa résine et par son tannin. Son odeur est aromatique, peu agréable; son goût très-fort, aromatique, amer et nauséeux. Sa puissance est considérable ; cependant elle n'est pas toxique, même lorsqu'elle est prise en grande masse, 11 n'en est pas ainsi de son huile volatile, qui, à la dose de 15 grammes, a produit, chez un sujet, de violentes convulsions cloniques, des troubles respiratoires, l'affaiblissement progressif des contractions cardiaques, jusqu'à ce que la mort eût lieu par suite de leur entière suspension.

Les jeunes pousses de Tanaisie servent de condiment en Angleterre et dans les pays du Nord. Cette plante n'est guère usitée dans la médecine officielle, cependant on l'a conseillée comme tonique et stimulante dans la dyspepsie, la gastrodynie, le météorisme, les vertiges, l'hystérie et même l'épilepsie, ainsi que dans la fièvre intermittente, le rhumatisme chronique et la goutte froide. On l'emploie comme vermifuge, à l'instar du Semencontra, qu'on falsifie, du reste, avec les semences de Tanaisie, vendues sous le nom de Barbotine.

Modes d'administbation et doses. — On donnait autrefois 30 à 40 grammes du suc de la plante, 2 à 4 grammes de poudre, ou le double en infusion dans 60 grammes d'eau versée bouillante.

L'huile essentielle peut être prise à la dose de 1 ou 2 gouttes sous forme pilulaire, avec de la poudre vermifuge. Quant aux semences, elles se donnent soit en infusion, soit en poudre, celle-ci à la dose de 1 à 5 grammes dans du lait ou du mitl.

JJacide tanaisique agit exactement comme la santonine dont il serait le meilleur succédané. Il agirait comme vermifuge aux mêmes doses et pourrait être employé de la même façon.

TAPIOKA. — Voy. Manioc.

TÉRÉBEKTHINE, Terebenlliina.

Angl. Turpcnline.

Ail. Terpenthin.

On donne le nom de Térébenthine à toute substance naturelle oléorésineuse, c'est-à-dire composée d'une résine et d'une huile essentielle. Le type est pris dans la Térébenthine de Ghio, Résina terebenlhina, fournie par le Pislacia Terebinlhvs. On considère aussi le Gopahu comme une Térébenthine, mais la plupart des produits qui portent ce nom sont des sucs propres db la famille des Conifères, notamment des genres Pinus, Abies et

' Composition. — Les Térébenthines sont généralement d'une consistance visqueuse se rapprochant davantage tantôt de la fluidité, tantôt de la mollesse, selon la proportion plus ou moins forte du principe volatil, fluide, eu égard à la matière résineuse solide. ^ Vhuile essentielle est ordinairement formée de deux hydrogènes carbones

TÉiyîBENTHINE . 4 03

isomériques. C'est la substance primitive et fondamentale, celle qui a pris naissance d'abord dans l'organisme végétal, et dont la résine dérive.

La résine est en effet une matière oxydée ternaire, jouant le rôle d'acide, se décomposant en deux principes : les; acides pinique et syMque, auxquels se joint quelquefois Yacide pimarique. L'exposition à l'air et le contact des corps oxydants transforment lentement ou rapidement toute l'essence en principes résineux, et augmentent par degrés la consistance de la térébenthine en même temps qu'ils en diminuent la fragrance et l'activité. Quand on laisse à l'oxygène atmosphérique le soin d'oxyder la masse, il faut toujours beaucoup de temps pour que la transformation soit compléta; cepem;dant pour certaines Térébenthines, qui méritent le nom de siccatives, l'opération marche relativement assez vite. La Térébenthine communique son odeur à l'eau qui la baigne, et dans laquelle on peut l'émulsionner à l'aide d'un jaune ou d'un blanc d'œnf, ou même encore d'un mucilage végétal. Elle est soluble, du moins partiellement, dans l'alcool, l'éther, l'huile de pétrole et les huiles volatiles.

Action physiologique. — L'action topique et une partie de l'action générale âe la Térébenthine se rapportent à l'essence (voy. Pin maritime). Appliquée sur la peau, la Térébenthine agit comme excitant, ' puis comme irritant, et détermine à la longue de la chaleur, de la rougeur et une éruption vésiculeuse. Avalée, elle cause dans l'estomac une sensation de chaleur, avec du malaise lorsque la dose est forte, et provoque des mouvements péristaltiques réflexes qui peuvent amener l'exonération.

Dès lors, et principalement après l'absorption, la Térébenthine produit une excitation générale déjà décrite à propos de l'essence (voy. ce mot). Gomme celle-ci, elle stimule la circulation, s'échappe en partie par l'appareil respiratoire et la peau, en partie par les reins, dont elle accroît la sécrétion. Mais c'est l'huile volatile, non modifiée et reconnaissable à son odeur habituelle, qui suit la première voie, tandis que la résine et la portion d'essence oxydée dans le sang se dirigent du côté des glandes rénales et communiquent, à l'urine l'odeur de violette, ainsi que la propriété de donner, par l'acide nitrique, un précipité soluble dans l'alcool et l'éther (Gubler).

Il est probable que les acides pinique, sylvique et pimarique de la résine, passent dans la sécrétion uiinaire à l'état de pinate et de sylvate ou pima-' rate de soude.

Cette détermination élective de chacun des constituants de la Térébenthine vers un émonctoire spécial explique les différences d'action des diverses espèces ou sortes commerciales de cette substance médicamenteuse, suivant leur degré de consistance, et par conséquent suivant les proportions relatives de résine et d'huile essentielle qu'elles renferment. Une Térébenthme liquide s'adresse spécialement aux voies respiratoires et à l'appareil sudoral, comme fait l'essence, dont l'action serait pour ainsi dire exclusivement bornée à ces régions de l'économie, si elle était inattaquable par l'oxygène

du sang. Au contraire, une Térébenthine molle, devenant solide agit presque exclusivement sur les reins et sur les organes génito-urinaires, en raison de la prédominance de la résine sur l'huile volatile. Il n'est donc pas tout à fait exact de dire que l'essence est la partie la plus active du mélange. Assurément, elle produit plus que la résine l'excitation vasculaire ou nerveuse, ainsi que l'exanihème sudoral, mais elle cède le pas k la résine pour l'influence exercée sur l'appareil uro-génital. En d'autres termes, l'huile volatile possède exclusivement les qualités d'un stimulant difi'usible et d'un modificateur de la muqueuse respiratoire ou des glandes sudoripares; tandis que la résine, sans action directe sur ces émonctoires, non plus que sur la circulation, est l'unique agent des phénomènes qui se passent du côté des organes génilo-urinaires.

Ces phénomènes consistent en une augmentation de la diurèse aqueuse avec diminution de la vascularité des glandes uropoïétiques et de la muqueuse des canaux parcourus par l'urine, amoindiissement de l'exhalation du plasma de l'épithélium, et conséquemment réduction du flux muqueux ou purulent, quand il existe. Du côté de la muqueuse bronchique il se passe des changements analogues, se traduisant aussi par la diminution où la suppression de la sécrétion catarrhale. Si donc les râles cessent d'être entendus dans la poitrine, cela tient non pas, comme on le répète généralement, à ce que l'expectoration est plus facile, mais à ce que la matière de l'expectoration fait défaut. La Térébenthine et les autres substances balsamiques ne sont donc pas des expectorants, mais des anticalarrhaux, aussi bien pour la muqueuse respiratoire que pour celle de l'urèthre.

Aux doses où l'on emploie d'ordinaire la Térébenthine, la quantité d'huile essentielle qu'elle renferme est généralement insuffisante pour produire les troubles de l'innervation qui signalent parfois les eftets des inhalations de cette dernière, et qui rappellent ceux des anesthésiques et des substances analogues, telles que le camphre et les émanations odorantes des fleurs. C'est ce qui a pu faire croire que les oléorésines bornaient leur aciion aux appareils de la vie organique, tandis que les essences s'adresseraient au sys- - tème nerveux de la vie de relation.

Usages. Les Térébenthines sont utiles principalement dans les flux

muqueux ou purulents des voies uro-génitales et de l'arbre aérien, ainsi que dans le catarrhe chronique de l'intestin avec ou sans altération anatomique de la muqueuse. On les administre à l'intérieur dans le rhumatisme chronique. Pour ces diflérents usages, l'espèce de Térébenthine est loin d'être indifférente. Les Térébenthines fluides, non siccatives, conviennent dans les rhumatismes et les afi"eclions des organes respiratoires, tandis que les Térébenthines déjà très-consistantes, ou facilement oxydables dans la circulation, doivent être préférées pour les catarrhes de l'appareil génilourinaire.

Pour l'usage externe, les Térébenthines sont employées comme topiques détersifs et digestifs sur les ulcères sanieux et indolents.

TÉRÉBENTHINE DU MÉLÈZK. 405

Modes d'administration et doses. — La Térébenthine peut se donner en capsules comme le Goudron. Quelquefois on l'administre sous forme à'émulsion ou à'électuaire. L'émulsion s'obtient avec'tiu jaune d'œuf ou bien avec un mucilage ; l'électuaire, avec du sucre ou du miel. Ordinairement on la mêle h une poudre inerte pour en faire des pilules.

La Térébenthine peut être aisément solidifiée à l'aide de la magnésie calcinée, qui te combine avec la résine acide et forme un résinate qui absorbe l'huile volatile. On en augmente également la consistance en faisant agir la chaleur, qui dissipe une grande partie de l'essence et laisse la résine simplement amollie par le reste de l'huile volatile : c'est ce qu'on nomme Térébenthine cuite. Seulement il faut avoir soin de ne pas pousser la coclion assez loin pour solidifier la masse, sous peine de la transformer en pilules inattaquables, passant intactes avec les matières alvines et par conséquent illusoires.

La Térébenthine se donne intérieurement à la dose de 1 à 4 grammes par jour, par prises de 20 à 50 centigrammes, sous l'une des formes indi quées ci-dessus. Cette dose quotidienne peut être exceptionnellement dé^ passée.

Les Térébenthines font partie du Baume de Fioravanti ou alcoolat de Térébenthine composé, des Onguents d'Arcœus et épispaslique, des Emplâtres diabotanum, diachylum et de galbanum, du Baume de soufre, des Pilules mercurielles, du Savon de Starkey, etc.

TÉRÉBENTHINE DE L'ÉPICÉA. — Voy. PoiX DE BOURGOGNE. TÉRÉBENTHINE DU MÉLÈZE, LariX europxa, DG. — GONIFÈRES.

Angl. Larch or Venice Turpentine. — AU. Làrchen Terpenthin.

La Térébenthine fournie par le Mélèze, dite aussi Térébenthine suisse ou Térébenthine fine, et, dans le commerce. Térébenthine de Strasbourg, est la plus usitée en pharmacie. Elle se compose de deux huiles volatiles, de beaucoup d'acide pinique, d'un peu d'acide sylvique, d'une résine indifférente, insoluble dans l'huile de pétrole, d'un extractif amer, et d'une petite quantité d'acide succinique qui lui vaudrait, à la rigueur, le titre de baume. Elle est assez épaisse, d'une odeur peu agréable, pas très-forte, d'une saveur amère, puissante et laissant une sensation d'âcreté dans la gorge. A peine oxydable à l'air, elle n'est point siccative et non solidifiable par un seizième de magnésie calcinée.

Ces qualités la désignent spécialement pour les catarrhes des voies respiratoires, à l'exclusion de ceux des organes génito-urinajres. Mais c'est surtout l'essence extraite de celte Térébenthine qu'il faudrait réserver pour les névroses et les affections tégumentaires, cutanées ou bronchiques, puisque, ne s'oxydant pas, elle conserverait plus longtemps dans la circulation son action spéciale d'hydrogène carboné, et passerait presque tout entière par la respiration et l'appareil sudoripare.

TÉRËBEiXTiiiKii: DU vm n'AMÉKiiiVE, Pinus paluslris, Lamb. — Conifères.

Ang. While Turpenlme. — AU. Amerikanischer Terpenlhin.

Cette Térébenthine, appelée aussi de Dosbon ou du Pin Tœda, présente une consistance variable, demi-fluide ou molle , avec une odeur aromatique et une saveur chaude, piquante et amère. Elle s'emploie aux mêmes usages que la suivante.

TËRÉBENTiiiivK DU PIM IHARITIIUE, Piiius- marUima, Lamb. — Conifères.

Angl. Bordeaux Turpentine. — Ail, Gemeiner Terpenlhin.

La Tcrébentidne de Bordeaux ou commune offre une composition chimique semblable à celle de la Térébenthine du Mélèze, seulement elle ne renferme pas d'acide succinique. Elle possède une odeur désagréable, un goût âcre, amer et nauséeux ; aussi est-elle moins estimée que les autres pour l'emploi pharmaceutique. Cependant elle jouit de l'avantage de se solidifier par l'addition d'un s eizième de magnésie calcinée. Elle est au? si très-siccative à l'air, par conséquent très-oxydable dans le sang, et répond mieux que d'autres à l'indication de guérir les flux muqueux et purulents des reins, de la vessie et de l'urèthre.

TÉRËBENTHii^E DU SAPIN AKGEWTÉ , Abies pectinaUi, BG, — Conifères.

Angl. Slrasbttrgh Turpentine. — Ail. Slrasburgher Terpenlhin.

Cette térébenthine, dite aussi Térébenlhine au cilron, d'Alsace ou de Venise, se distingue des précédentes par la présence d'une résine cristallisable (abiéline), et renferme aussi une petite proportion d'acide succinique ou peut-être d'essence de citron. Son odeur est agréable et son goût modérément âcre et amer. Elle est très-siccative comme la précédente, dont elle a les propriétés spéciales.

C'est avec la Térébenthine du Sapin argenté qu'on prépare VEau térében- Ihinée et la Térébenthine cuile.

TÉRÉBENTHINE DU SAPIN BALSAMIFÉRE, Abies balsamca, Lindl. — Conifères.

Angl. Canadian Turpentine., Canada Balsam.

Le Baume du Canada, analysé par Bonastre, a donné : huile volatile, résine, sous-résine, caoutchouc, trace d'acide acétique, extraclif amer et sels.

11 oflre une odeur agréable, un goût légèrement amer et quelque peu âcro. 11 est très-siccatif, et se solidifie par la magnésie, comme la Térébenthine de Bordeaux; aussi est-il assez souvent employé avec avantage contre les blecnorrhées et les catarrhes chroniques de la vessie (Ricord, G-ubler, etc.).

THAPSIE.

TÉRÉBENTHmE DE CHIO, TÉRÉBEI\THII\E DU TÉRÉBmTHE,

Pistacia Terebinthus, L. — Térébinthacées-Anacardiées.

Angl. Chian or Cyprus Turpentine. — AU. Cyprischer Terpenthin.

Le Térébinlhe habite la Provence, l'Egypte et tout le Levant. Il fournit une Térébenthine d'un jaune verdâtre et d'une consistance de miel, mais plus glutineuse, d'une saveur douce et d'une odeur agréahle, rappelant celle du Citron et du Jasmin.

Ce produit, dont il n'a pas été fait d'analyse chimique exacte, présente vraisemblablement une composition analogue à celle des Térébenthines des Conifères, avec des propriétés physiologiques semblables. Lorsqu'on peut se procurer de la Térébenthine du Térébinthe, on la fait servir aux mêmes usages que celle du Mélèze. Elle a sa place dans les formules de plusieurs onguents et emplâtres, et c'est elle qu'on faisait entrer jadis dans la Thériaque préparée à Venise.

THAPSIE, Thapsia garganica. — Ombellifères-Thapsiées.

CStte Ombellifère est très-commune en Algérie, surtout dans la province de Constantine. Sa racine, dont l'écorce fraîche était utilisée par les Arabes, contient une résine irritante qu'on en extrait à l'aide de la chaleur, et que Reboulleau et A, Bertherand ont introduite dans la matière médicale. Mais la substance commerciale est loin d'être formée de résine pure ; 6 parties sur 15 sont représentées par de l'acide îhapsique, de l'extractif, de la chaux, de l'amidon et du ligneux.

Même impure, la résine du Thapsia, appliquée sur la peau, produit successivement la rougeur, la vésiculation et même la vésication véritable, selon le temps que dure le contact et selon les qualités de la substance. C'est donc un moyen révulsif d'une grande intensité, et dont l'usage est maintenant très-répandu dans la pratique médicale.

Reboulleau prépare un Sparadrap de Thapsia d'une belle couleur jaune, très-adhésif et d'un emploi beaucoup plus commode que l'huile de Groton, qu'il faut préalablement étaler sur le centre d'un emplâire de diachylum, et qui manque souvent son effet parce qu'elle est de mauvaise qualité.

L'empldLre de Thapsia fait; lever du jour au lendemain des myriades de petites vésicules miliaires sur un fond rougeâtre de peau irritée, sans causer d'ailleurs nf démangeaison excessive ni douleur forte. Quelquefois l'éruption met trente-six heures à se compléter. La dessiccation s'en fait très-rapidement; on la favorise et l'on atténue les démangeaisons, parfois insupportables, en faisant une onction d'ama-ndes douces sur la région, ou bien en la poudrant de farine de riz ou d'amidon.

Le Taffetas à la résine de Thapsia^ préparé par Leperdriel, jouit des mêmes propriétés. On peut préparer temporairement un emplâtre rubéfiant (J. Gazenave) h l'aide d'une solution de résine de Thapsia, 5 grammes dans alcool 10 grammes (Stan. Martin).

L'usage externe du Thapsia est le même que celui de l'huile de Croton;

408 SUBSTANCES TIRÉES DES Vl'jGÉTAUX OU DES ANIMAUX.

ses indications sont celles d'un" agent énergique de la médication révulsive. On s'en servait anciennement en Barbarie contre les maladies chroniques de la peau. C'est, en effet, un bon moyen de les réveiller ou de les aviver, et l'application d'un emplâtre de Thapsia est souvent l'occasion du développement d'un eczéma aigu, étendu ou généralisé.

Le docteur Nisseron (de Mont-de-Marsan) rapporte l'histoire d'une malade qui aurait eu des accidents inflammatoires assez intenses du côté de l'appareil urinaire, à la suite de l'apph'cation d'un emplâtre de Thapsia sur la poitrine. Ce fait semble donc établir la possibilité de l'absorption du principe actif par la peau et son élimination par les reins avec production, pendant l'élimination, d'une phlogose qui rappelle le cantharidisme rénovésical.

THÉ, Thea sinensis, Sims. — Ternstroemiacées.

Angl. Black and green Tea. — AU. Schwarlz und grûnen Thee.

Les variétés commerciales du Thé sont nombreuses et se divisent en deux catégories : les Thés verts et les Thés noirs, que plusieurs botanistes rapportent à deux espèces distinctes : le Thea viridis, L., et le Thea Bohea, L., aujourd'hui réunies sous le nom de Thea sinensis.

Les différentes variétés de l'arbrisseau qui donne le Thé croissent spontanément dans l'empire chinois et les contrées adjacentes de la Gochinchine.

Composition. — Le Thé renferme une substance volatile, une huile grasse, de la théine, une matière caséeuse, de la gomme, du tannin et du ligneux.

La Théine (C'^H^Az'C-l-H^O*) est un alcaloïde volatil identique avec la Caféine, qui se trouve non-seulement dans le Thé et le Café, mais aussi dans le Guarana ou Paullinia ainsi que dans le Maté ou Thé du Paraguay. Le Guarana en contient même autant que le meilleur Thé, c'est-à-dire 5,07 pour 100. Selon Péligot, le Thé hysven, qui est le plus riche, fournit 5,40 pour 100 de Théine, tandis que le Thé péko, qui est le plus pauvre, n'en donne que 2,70. Ce chimiste a fait voir aussi que les diverses sortes de Thés renferment une quantité notable de caséine, qui en augmente les qualités nutritives. Les auteurs ne sont pas d'accord sur les proportions relatives de tannin, dans les deux sortes principales du Thé. H. Davy et Franck en indiquent une plus forte dans le Thé noir, tandis que, selon Brande et Pereira, il y en aurait davantage dans le Thé vert.

Malgré l'identité de composition, la Théine ne se comporte pas exactement de même que la Caféine dans l'économie vivante. Son action est moitié moindre que celle de l'alcaloïde du Caf<i, et pourtant elle détermine des mouvements convulsifs des membres que ne produit pas son isomère. Les autres propriétés lui sont communes avec la Caféine d'après Léven. Ainsi elle n'abolit pas la contractilité musculaire, stimule le cerveau et la moelle épinière, produit même le tétanos, excite les mouvements respiratoires amsi que lès contractions cardiaques et, par là, augmente la tension vasculaire.

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