ACIDE ARSÉNIEUX, OXYDE BLANC D'ARSENIG, ARSENIC BLANC
topique suivant contre les affections cutanées parasitaires : Acétate de plomb, 5 grammes; crème épaisse, 50 grammes. On applique la mixture sur la surface malade préalablement débarrassée des croûtes et godets faveiix.
Substances incompatibles. — Si l'on tient à employer non pas un sel de Plomb quelconque, mais l'Acétate neutre, il importe d'éviter les substances qui, par double décomposition ou autrement, peuvent donner naissance à un nouveau composé aux dépens du sel de Saturne. On repoussera donc l'acide sulfurique et les sulfates solubles, qui donnent du Sulfate de Plomb parfaitement inerte. Il en sera de même des phosphates et des chlorates. Les eaux de source fortement chargées de sulfates et de carbonates ou d'acide carbonique sont encore dans le même cas. Quant à l'opium, bien qu'il donne lieu en présence de l'Acétate de Plomb, à une double décomposition avec production d'Acétate de Morphine, le phénomène est si restreint en raison de la petite dose de narcotique habituellement associée, que la majeure partie du sel de Saturne demeure intacte et que la double action reste assurée.
ACIDE ACÉTIQUE DU BOIS, Acidum aceticum.
Angl. Acetic Acid, Pyroligneous Acid. — Ail. Essig, Roher Holzessig.
L'Acide acétique, l'un des plus fréquents dans le règue végétal, est aussi un des produits les plus habituels de la décomposition des plantes par le feu. Par la distillation sèche le bois en fournit une proportion considérable, qu'en raison de son origine on désigne sous le nom d'Acide pyroligneux. Telle est la source de la plus grande partie de l'Acide acétique du commerce. Dans le produit de la première opération, l'Acide acétique est loin d'être pur; pour le séparer du goudron, il faut le soumettre à une seconde distillation. Alors on obtient d'abord de V Esprit de bois ou pyro-acétique, c'està-dire de l'acétone, puis de l'Acide acétique encore mêlé à une petite portion des autres principes qui l'accompagnaient primitivement et qu'on soumet à des purifications ultérieures.
L'Acide acétique du bois sert à obtenir les acétates, notamment le Verdet cristallisé, d'où l'on extrait le Vinaigre radical et l'Acétate de soude, qui donne Y Acide acétique cristallisablc (voy. ces mots).
ACIDE ARSÉIVIEUX, OXYDE BLAIVC D ARSEKIC, ARSErMC BLAIVC.
Acidum arsenicum.
Angl. Arsenious Acid, white Arsenic, Poison flour. — Ail. irseniqe Saure, Weisser Arsenik, Gift Mehl.
L'arsenic se rencontre sous plusieurs formes dans la nature • à l'état de mmerai, orpiment, réalgar, etc.; et plus fréquemment en dissolution dans les eaux mmérales. On sait, depuis Tripier, que toutes les eaux martiales en l'exlrri une proportion plus ou moins notable. Les recherches faites, à sali2 l , ^^'^ '^^^^ g^^'^d nombre d'eaux
talloïile soit assez forte pour leur communiquer des propriétés physiologiques et thérapeutiques appréciables.
On ne trouve qu'un demi-milligramme d'arséniate de soude dans l'eau ferrugineuse de Hammam-Metkoutine, un peu plus dans celle de Plomblières, près de 1 miUigramrae dans l'eau du Mont-Dore, 2 milligrammes dans celles de Médague et de Bassang, 3 milligrammes dans la source Dominique de Vais, 9 milligrammes dans les sources ferro-manganiques de Gransac et plus de 16 milligrammes de sulfure d'arsenic dans l'eau de Sylvanès. ,
Mais les mieux partagées, parmi ces eaux arsenicales, sont bien distancées par l'eau de La Bourbcule, qui contient en moyenne 17 milligrammes d'arséniate de soude, et surtout par celle de Bou-Ghater (Tunisie), où il en a été constaté près de 17 centigrammes et qui en devient toxique.
VAcide arsénieux (AsO*) se présente amorphe ou crislallisé dans deux systèmes, exactement comme l'oxyde d'antimoine avec lequel il est isomorphe. Sous la première forme, il est vitreux et transparent, mais avec le temps il devient opaque de la superficie vers la profondeur de la masse, comme fait le sucre d'orge ou le verre à vitres dans les vieux monuments. G'est l'indice d'un retour à l'état cristallin, et ce changement moléculaire est accompagné de phosphorescence.
Les deux formes diffèrent par la densité et par le degré de solubilité. L'acide transparent se dissout dans 103 parties d'eau à 15 degrés, et dans 9,33 seulement d'eau bouillante; celui qui est opaque ne demande que 80 parties d'eau fraîche et 7,72 parties d'eau bouillante. L'acide arsénieux est soluble aussi dans l'alcool et les huiles.
Action physiologique. — L'arsenic blanc est un poison pour la plupart des êtres de la nature, y compris les végétaux. Quelques espèces botaniques inférieures échappent pourtant à cette règle générale. Les solutions arsenicales nourrissent même le Mucor imperceplibilis, DC, ainsi qu'une Algue filamenteuse voisine des Leplomilus ou des Hxjgrocrocis.
Les effets toxiques appartiennent au métalloïde et non à la combmaison de celui-ci avec l'oxygène: toutefois, comme le Codex ne mentionne pas le corps simple, je vais exposer ici, dans ses détails, l'histoire thérapeutique de l'Arsenic.
Appliqué sur les tissus vivants, V Acide arscJiieua; produit des effets locaux dont le dernier terme est l'escharification suivie d'inflammation éliminatrice, les premiers degrés se caractérisant par de l'irritation avec douleur, chaleur et fluxion sanguine. Mais cette irritation et cette mortification ne sont pas le fait d'une simple action chimique comparable à celle du chlore qui s'empare de l'hydrogène des organe?, de la potasse qui les transforme en savon, de l'acide nitrique qui les oxyde, ou bien par son pouvoir électro-négatif détermine la formation de composés basiques avec- lesquels il peut se combiner Non l'Arsenic, après avoir imprégné les éléments bistologiques, respecte leur structure, seulement il s'oppose à l'échange de matériaux qui
ACIDE ARSÉNIEUX, OXYDE BLANC D'ARSENIC, ARSENIC BLANC. 435 constitue l'essence de la nutrition, et provoque consécutivement l'inflammation ulcérative qui doit séparer le vif d'avec la partie mortifiée. Ge mode d'action est analogue à celui du tartre stibié et de la canlharide. De telles substances n'agissent pas sur Je cadavre. Pour que leurs effets demeurent sensibles, il faut la réaction des organes vivants. C'est autre chose pour les caustiques chimiques, qui détruisent aussi bien les tissus morts que ceux actuellement doués de vie.
Si l'Arsenic agit en arrêtant les actes vitaux, on conçoit que ses effets escharotiques seront d'autant plus prononce's que la vitalité sera moindre dans les parties exposées à sa puissance. Il produit en effet des désordres plus profonds et plus rapides dans les tissus exsangues que dans ceux où une circulation active entraîne incessamment le poison : dans les épigenèses condamnées à périr prématurément que dans les parties normales, ayant droit de domicile et naturellement vivaces. C'est ainsi que l'Arsenic poursuit au loin les subdivisions d'une masse cancéreuse en respectant les cloisons de l'organe primitif dans les interstices duquel cette production morbide s'est développée; tandis que le caustique sulfurique, par exemple, détruit circonférentiellement tout ce qui se présente sur son passage, comme ferait le fer rouge. La moindre résistance du produit accidentel, relativement aux tissus normaux, vis-à-vis du métalloïde, s'explique par la vitalité et la longévité moindres des éléments histologiqnes morbides, ainsi que parla moindre vascularilé de leur assemblage. L'Arsenic n'est donc pas ce caustique intelligent qu'on pourrait croire, et qui, sachant épargner les parties saines, s'en irait à la recherche de la production nuisible jusque dans les profondeurs des régions affectées; c'est un agent aveugle comme les autres, qui se diffuse indifféremment dans toute la substance environnante, mais dont l'action n'étant pas asjez brutale pour être inévitable, varie selon qu'il reneontre'dans son chemin des tissus plus ou moins résistants et des conditions plus ou moins favorables à la réalisation de ses effets. Dans une masse de cellules naturellement caduques, telles que ce'Ies de l'encéphaloïde, il anéantit subitement les actes vitaux, tandis que dans un tissu abondamment pourvu de capillaires sanguins, l'Arsenic, rapidement emporté par la circulation n'a pas le temps de s'accumuler en quantité suffisante pour frapper de mort les éléments h.stologiques qui, d'ailleurs, mieux nourris, résistent davantage à la destruction
En définitive, l'eschare produite par l'Arsenic est une sorte de momification plus voisine de l'état asphyxique de la substance cérébrale au début du ramollissement par oblitération artérielle, qu'elle ne l'est de la ma^se informe et anhisle laissée par la potasse ou par un caustique chimique d'une égale violence. ^
On observe à la superficie du corps, chez les sujets exposés aux poussières arsenica es, principalement sur les doigts, autour des ongles, des lésions en lorme de pustules ou d'ulcères à pic, d'apparence chaccreuse (Lailler). lues mêmes individus sont exposés à la perforation de la cloison des
436 SUBSTANCES TIREES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES, fosses nasales aussi bien que les ouvriers qui préparent le bichromate de potasse.
Administré par la bouche, l'AciJe arsénieux se montre k peu près dépourvu de saveur, mais développe dans la gorge une sensation de chaleur et d'âcreté qui se répèle dans l'œsophage et jusque dans l'estomac, cù elle est quelquefois suivie d'une véritable gastrodynie, de nausées et plus rarement de vomissements.
A un faible degré cette stimulation de la muqueuse gastrique provoque dans les premiers temps, chez quelques sujets, un accroissement marqué d'appétit qui ne tarde pas à s'évanouir pour faire place dans quelques cas à l'anorexie, lorsque l'usage du médicament se prolonge.
Des doses thérapeutiques, de 5 à 10 milligrammes par jour, sont généralement exemptes de cet inconvénient; elles ont même l'avantage, quand l'affection est fébrile, comme chez un grand nombre de tuberculeux, de favoriser le retour des fonctions digestives k l'état normal en calmant l'éréthisme circulatoire et calorifique, ainsi que cela résulte de nos observations et de celles de Trousseau et Pidoux, Moutard-Martin, Hérard, Nieder-
komm, etc. , . j
L'action sédative de l'arsenic, d'après HiU, Bouley et Reynal, s étend aussi sur le centre circulatoire quand celui-ci est atteint de troubles fonctionnels, indépendants de tout état fébrile.
En modérant l'activité circulatoire et les phénomènes d'hématose, l'arsenic ralentit nécessairement la dénutrition et la combustion des produits de désassimilation organique. Aussi la plupart des expérimentateurs ont-ils noté la diminution de la proportion d'urée dans l'urine des sujets soumis au traitement arsenical (Brett-Schneider, Schmitt, Sturzwage, Th. Anger, LoUiot, Bruley). Schmitt admet, en outre, une diminution de l'acide carbomque exhalé par la respiration.
A cela se borne l'action physiologique apparente des petites doses. Les autres effets plus tardifs, souvent plus obscurs, en tout cas aléatoires, consistent en des modifications nutritives ayant les unes un caractère positit, - les autres un caractère négatif : celles-ci ne se révélant que parla cessation de certaines altérations morbides appartenant à la dartre ou à l'impaludisme; celles-là se manifestant par l'augmentation de l'embonpoint, la coloration plus animée du visage, l'accroissement des forces et de l'agilité. Mais ces heureux effets de l'arsenic, bien que réels, ont été sans doute exagères par Schallgruber, Flechner, Tschudi et les auteurs qui se sont occupés des toxicophages de la Basse-Autriche, de la Syrie et du Tyrol.
Quant h l'abaissement de température, il n'a été constaté parLoUiot qu avec des doses toxiques, chez des animaux mis en expérience.
Lorsque la dose d'acide arsénieux est exagérée, on voit se joindre à la douleur gastrique du relâchement du corps avec des coliques, l'augmentation de la sécrétion rénale et la sécheresse de la peau; parfois un mouvement fébrile ou bien une grande langueur avec éloignement pour tout mou-