‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 143 sur 293 · ACIDE ARSÉNIEUX, OXYDE BLANC D'ARSENIC, ARSENIC BLANC · texte numérisé non relu

ACIDE ARSÉNIEUX, OXYDE BLANC D'ARSENIC, ARSENIC BLANC

vement et besoin de sommeil. Des doses plus longtemps répétées ou un peu plus fortes amènent de la démangeaison des paupières, suivies d'une blépharite manifeste, d'une conjonctivite ordinairement modérée et quelquefois d'un œdème prononcé des paupières [œdema arsenicalis) . Il survient aussi de la salivation, ainsi qu'une éruption cutanée avec chute des cheveux et de la barbe. Consécutivement, au bout de quelques semaines ou de plusieurs mois, on voit apparaître sur diverses régions du corps, spécialement au niveau des anciennes plaques psoriasiques ou dartreuses, des taches brunâtres, sombres, probablement de nature pigmentaire et non dues à la présence d'une combinaison du métalloïde, comme la coloration des sujets soumis à l'action du nitrate d'argent. Quand les doses sont trop fortes ou trop longtemps continuées, il en résulte une exagération des symptômes gastro-intestinaux décrits tout à l'heure : dyspepsie flatulente, pyrosis, gastralgie, inappétence, soif, nausées, vomissements, diarrhée, coliques, langue saburrale, avec ptyalisme, ou bien avec sécheresse et mauvais goût dans la bouche. A ces phénomènes se joignent la céphalalgie, le vertige, la somnolence, la fréquence, la petitesse et parfois l'irrégularité du pouls, l'oppres^ sion et une toux sèche. Les membres deviennent douloureux, tremblants ou agités de mouvements convulsifs, faibles, engourdis et enfin paralysés. On observe de l'œdème des paupières et des extrémités inférieures. Enfin, le sujet, conservant sa connaissance jusqu'au bout, ou bien passant par des alternatives de délire et de coma, finit par s'éteindre.

Si la quantité d'Acide arsénieux était d'emblée tellement massive, qu'elle fût immédiatement toxique, on yerrait se dérouler successivement les symptômes d'une phlegmasie plus ou moins violente du tube digestif et ceux qui appartiennent aux désordres des systèmes circulatoire et nerveux, les premiers pouvant revêtir la forme cholérique. Sensation de brûlure dan'S les premières voies, sécheresse et constriction de la gorge, hydrophobie, vomissements quelquefois bilieux, d'autres fois sanguinolents, douleurs de ventre et diarrhée muqueuse ou même sanguinolente, rareté et suppression de l'urine, crampes, refroidissement et sueur froide, tels sont les principaux symptômes observés au début. Ensuite se manifestent les désordres nerveux : défaillance, syncope, convulsion, paralysie, insensibilité, délire et coma. La parclysie arsenicale est analogue (Ghristison, R. Leroy d'ÉtioUes), parfois identique (Gubler) à celle de l'empoisonnement saturnin. Premièrement elle frappe principalement les extenseurs; en second lieu elle atteint surtout la région dorsale de l'avant- bras; enfin elle laisse relativement intacts les muscles radiaux. J'ai fait constater cette identité, dans un cas remarquable^ par mon savant ami le docteur Duchenne (de Boulogne).

Les lésions observées après la mort du côté du tube digestif sont de la rougeur, des ulcérations, des taches gangréneuses et des extt-avasations sanguines. Des phénomènes semblables se montrent du côté des organes de la circulation, delà respiration et de l'appareil génital et parfois vers les centres nerveux. Le sang du cœur est fluide et noirâtre.

A ces désordres analoraiques il faut joiadre une altération graifseuse des viscères, principalement du foie, identique avec la stéatose phosphorée Cette dégénérescence décrite pour la première fois par Saikowski dans l'empoisonnement arsenical a été retrouvée dans un cas par Lolliot. .

L'arsenic, absoibé par les muqueuses ou par la peau excoriée, ainsi que par le tissu cellulaire ou les organes profonds, ne tarde pas à paraître dans l'urine, où il est facile de le déceler h l'aide de l'appareil de Marsh et des procédés chimiques qui le mettant en évidence. Il s'élimine également par d'autres voies, et les éruptions arsenicales secondaires, de même que la blépharile, l'oedème palpébral et la salivation, sont vraisemblablement les indices du passage du métalloïde par les glandes cutanées, muqueuses et salivaires. L'élimination peut durer de quelques jours à six semaines (Gubler), et quand elle a cessé spontanément, il est facile de faire reparaître l'Arsenic dans la sécrétion urinaire en administrant de l'iodure de potassium, qui ne s'empare pas de l'arsenic pour l'entraîner au dehors, comme on l'admet généralement, mais favorise, selon moi, la dénutrition des organes, dont l'Arsenic est devenue partie intégrante. Il est rationnel de penser que ce corps simple se substitue en partie au phosphore, dans Talbimaine et le plasma, pour entrer ensuite dans la trame organique. Toujours est-il qu'on le retrouve en abondance jusque dans les cheveux (Gubler), et probablement dans l'épiderme et les autres éléments caducs, ce qui constitue encore une voie d'élimination.

L'ensemble symptomatique décrit ci-dessus ne concorde guère avec le tableau séduisant, tracé par Tschudi et d'autres médecins, des sujets qui, en Styrie et ailleurs font un usage quotidien d'Acide arsénieux dans le but ' d'engraisser ou de se rendre plus aptes à l'ascension des montagnes et pour ainsi dire volatils, selon l'expression favorite des auteurs allemands. A la vérité, les arsenicophages n'emploient que des doses minimes de la substance toxique, ou du moins ils n'arrivent que lentement et par degrés à des quantités un peu fortes ; il est cependant permis de penser que les effets obtenus ne sont pas toujours aussi satisfaisants que les récils des observateurs tendraient à le faire croire, et l'appellation de tonique appliquée à l'Arsenic demande quelques réserves et quelques explications.

L'action pharmacodynamique del'Arsenic a donné lieu aux théories les plus contradictoires. Certains auteurs, pressés de conclure d'après quelques faits incomplètement observés, ont admis sans réserve que ce métalloïde agissait sur les sujets affaiblis, anémiés, cachectiques, en favorisant la combustion respiratoire, la rénovation des tissus et par conséquent la dénutrition dont les déchets, en grande partie complètement biiilés, se retrouvaient à l'état d'urée en excès dans la sécrétion rénale (Sabelin, G. Sée).

Mes observations cliniques m'avaient conduit à une manière de voir absolument inverse dont on va lire l'exposition et qui fut consignée en termes identiques dans la première édition de cet ouvrage. J'eus même la satisfaction de voir, six mois après la publication des Commentaires, mon opinion

ACIDE ARSÉNIEUX, OXYDE BLANC D'ARSENIC, ARSENIC BLANC. 439 soutenue dans la thèse du docteur Lolliot et adoptée par son maître G. Sée.

Au reste, malgré les adhésions à ma théorie de l'arsenicisme reçues depuis cette époque, je continue à penser que le mode opératoire de l'Arsenic est encore très-imparfaitement connu. ÎS'éanmoins on se rendrait, pour le moment, assez bien compte de ses effets en admettant de sa part, soit par une action de présence, soit de toute autre manière, une influence modératrice directe ou indirecte sur la combustion respiratoire. La sédation de l'hèmatocausie (oxydaiion du sang), peut-être par l'altération des globules sanc'uins ou bien par -l'intermédiaire d'une action sthénique sur l'appareil nerveux vaso-moteur, donnerait la raison des effets fébrifuges et antipériodiques, de même que la moindre consommation des substances hydrocarbonées ferait comprendre l'emmagasinement de la graisse et l'augmentation de l'embonpoint, ainsi que l'aspect plus favorable de l'habitude extérieure du corps. Par le même procédé s'expliqueraient le calme des mouvements respiratoires et l'accomplissement plus facile de la respiration dont les exigences se sont abaissées. L'amaigrissement, la perte des forces, en un mot l'état d'étisie des animaux privés d'Arsenic, après en avoir reçu pendant longtemps une ration journalière, dépendrait de la combustion exagérée, véritablement fébrile, qui s'emparerait de ces organismes habitués à l'action modératrice du poison. Enfin l'accroissement d'appétit, signalé chez les toxicophages et observé chez quelques malades, dépend, selon nous, de l'irritation légère exercée sur la muqueuse gastrique, et en second lieu de la cessation du mouvement fébrile, qui entretenait l'inappétence. Quant à l'intolérance de l'économie pour l'Arsenic, dès que la lièvre est tombée (Sistach), elle trouve son explication dans cette circonstance : que l'agent rencontrant moins de résistance, son effet dépasse aisément le but thérapeutique pour atteindre aux limites de l'intoxication. Il en est de même pour l'opium, la belladone, le sulfate de quinine et les autres médicaments héroïques qui, très-bien tolérés par l'organisme dévié en sens contraire de leur mode d'action, déterminent des accidents rapides lorsqu'ils rencontrent une économie dont la tendance naturelle est conforme à leurs propres effets.

Substances synergiques, auxiliaires. ■ — Les acides, les astringents, l'ergot et les autres agents toniques du système vaso-moteur, y compris le froid, ceux qui s'opposent à l'oxydation sanguine par un procédé quelconque, et notamment les cyaniques, sont les, adjuvants de l'Arsenic. Les alcaloïdes du Quinquina et les bromures alcalins ont une manière d'agir analogue. A part ses effets émétiques, l'antimoine serait de tous les médicaments le plus complètement synergique de l'Arsenic, ce qui justifie l'association préconisée par le docteur Papillaud dans ses préparations antimonio-arsenicales. On lui attribue comme à ce dernier la faculté d'entraver la respiration globulaire (Schmilt et Brett-Schneider, Mialhe).

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poi-

440 SUBSTANCES TIRÉES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES. SONS. - Les stimulants diffusibles et la chaleur, les alcooliques l'opium surlout, peuvent être considérés comme les antagonistes et les antidotes dynamiques de l'Acide rsénieux, dont les contre-poisons chimiques sont l'eau de chaux, la magnésie, le sulfure et le sesquioxyde de fer hydratés, donnant naissance à des arsénites insolubles.

Usages. — Si l'Arsenic agit principalement en diminuant les phénomènes d oxydation et les actes organiques liés à la calorification, ce médicament doit trouver son emploi rationnel dans tous les cas où l'état morbide est constitué essentiellement par l'exaltation de la combustion respiratoire, l'hypérémie des capillaires sanguins et les phénomènes du phlogose, avec ou sans mouvement fébrile, et dans ceux où ce syndrome se rencontre comme élément morbide principal ou important. C'est en effet dans des conditions analogues que l'Arsenic a été administré avec le plus de succès, et c'est à ce titre qu'il justifie l'emploi pour ainsi dire hygiénique qu'en font les paysans autrichiens pour eux-mêmes, et les maquignons de la contrée pour donner une belle apparence à leurs chevaux.

Il réussit particulièrement contre les fièvres et les cachexies palustres, à la condition toutefois d'être soumis à des règles qui en assurent l'efficacité . Les doses et le mode d'emploi, la durée du traitement, varient selon les cas et spécialement suivant qu'on veut obtenir des effets IFébrifuges ou altérants.

La médication altérante se contente de doses faibles (5 à 10 milligrammes par jour, en deux fois); mais ces doses doivent être continuées un, deux ou trois mois sans interruption, ou bien avec quelques jours de repos seulement à la fin de chaque mois ; et le médicament, pour être mieux assimilé, doit être pris au début des repas, soit dans de l'eau froide, soit dans une eau minérale naturelle arsenicale, ferrugineuse ou alcaline, telle que celles de Vichy ou de Bussang.

La médication antipériodique inaugurée par SIevogt, Fowler et Pearson, Stokes, Barton, Bréra, Fodéré, réclame ordinairement des quantités plus forles d'Arsenic (de 2 à 5 centigrammes dans les vingt-quatre heures), qu'il ' convient de prendre par fractions, afin d'éviter l'action irritante locale et la révolte de l'estomac, ainsi que les phénomènes généraux d'intoxication. Boudin a posé des règles qui pourraient se formuler de la manière suivante : 1° Ouvrir le traitement par un éméto-cathartique ; 2" donner l'Arsenic en plusieurs prises, la dernière deux heures avant le retour présumé de l'accès; atteindre rapidement la dose maxima en la fractionnant beaucoup pour obenir la tolérance, et, dès que celle-ci fait défaut, abaisser proportionnellement la quantité journalière du fébrifuge et en faire prendre une partie par le rectum; élever la dose plus ou moins, selon l'intensité du mal, et continuer l'administration de l'Arsenic pendant un ou deux mois, s'il le faut, pour extirper une fièvre ancienne; 3° prescrire un régime substantiel et abondant , composé principalement de viandes noires et de vins géné-

reux.

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