ACIDE PHÉNIQUE, PHÉNOL, ' ACIDE CARBOLIQUE
ration rare, spasmodique; la sensibilité et le mouvement s'éteignent, la peau se refroidit, la cyanose se caractérise, et la mort met souvent un terme aux souffrances du patient.
Ces symptômes ultimes sont ceux qui accompagnent les plus graves lésions du tube digestif et méritent l'épithète de cholériformes. Effectivement, l'examen cadavérique démontre : ou bien l'existence d'une violente inflammation de la muqueuse gastro-intestinale, ou bien des altérations singulières de la tunique interne, qui, en raison de sa teinte grise et comme lavée, semble avoir été soumise à l'ébullition ou traitée par l'alcool, et qui est souvent détachée par lambeaux, laissant à nu le tissu sous-muqueux.
L'Acide oxalique est donc manifestement un poison irritant et corrosif. Est-il encore autre chose? Gela reste à démontrer. Dans notre opinion, la paralysie, la cyanose et les autres phénomènes de collapsus se rattachent tout naturellement aux désordres dont les organes digestifs sont alors le siège, sans qu'il soit besoin d'invoquer un empoisonnement du sang dont l'existence est cependant possible, et qui donnerait lieu, par suite de l'éliniination par les reins, à une phlogose de ces glandes, avec symptômes urémiques.
Usages. — L'Acide oxalique sert quelquefois de succédané aux acides tartrique et citrique, beaucoup plus agréables et moins dangereux que lui. C'est-à-dire qu'on en fait des limonades pour calmer la soif et la chaleur dans le cours des pyrexies et des phlegmasies. Nardo croit même pouvoir soutenir, d'après une longue expérience, que cet acide l'emporte sur ses analogues comme antiphlogistique, ce que nous avons quelque'peine à admettre sans preuves démonstratives. On comprend toutefois que la combustion de l'hydrogène et la mise en liberté de l'acide carbonique de C*H'0' mettraient obstacle à l'hématose et conséquemment à la fièvre inflammatoire.
Modes d'administration et doses. — On fait avec l'Acide oxalique une limonade et des pastilles; 50 centigrammes à 1 gramme suffisent pour acidifier un litre d'eau. On fera bien de s'en tenir à la plus faible dose.
Les Pastilles pour la soif, préparées avec un mélange de 4 grammes d'Acide oxalique pour 250 grammes de sucre, avec essence de citron et mucilage de gomme adragante, q. s., peuvent être remplacées avantageusement par les bonbons acides au vinaigre, à la groseille, au citron et à la grenade, que vendent tous les confiseurs.
ACIDE PHÉNIQUE, PHÉ]\OL, ACIDE CARBOLIQUE, Acidum phe-
nicum.
Angl. Carbolic Acid. Ali. Phenylsaûre.
V Acide phénique (CEfO^) estaussi nommé Alcool phénylique ou Hydrate de phényle. C'est un des nombreux produits de la distillation du goudron de houille, qui a pris, dans ces derniers temps, une importance considérable dans l'industrie et dans la pratique médicale. Il existe dans la créosote, le
castoréum, et même en petite quantité dans les urines de l'homme et des grands mammifères ruminants (StfiBdeler), dans celle du lapin, mais non dans celle du chien (Bulinginsky).
Obt enu à l'état de pureté par Calvert et débarrassé de toute combinaison sulfurée ainsi que des alcools xylique et crésylique, l'Acide carbolique se présente en aiguilles rhomboïdales, blanches, solubles en toutes pioportions dans l'alcool, l'élher, les essences, l'acide acétique, la glycérine, moins solubles dans l'eau, qui n'en prend guère que 35 pour 100. Ces cristaux fondent k la chaleur du corps humain (36° à 38°), se volatilisent aisément à la température ordinaire et s'allèrent à la lumière. L'acide phénique dissout l'iode (Leforl), coagule énergiquement l'albumine et la gélatine (Liebig), ce qui l'a fait adopter par Méha comme un réactif de ces substances prélérable à l'acide nitiique lui-même. Traité par ce dernier acide, il donne l'acide picrique ou tri-nitrophénique. Avec l'acide sulfurique on obtient l'acide sulfo-phénique dont les combinaisons avec les bases agissent puissamment à la manière des phénates alcalins et de l'acide phénique libre.
Action physiologique. — Elle se fait; sentir sur tous les êtres vivants, mais particulièrement sur les espèces inférieures des deux règnes : microphytes et microzoairts. Sur ces derniers organismes on n'a guère eu à constater que des effets toxiques entrevus par Runge, mais bien étudiés seulement par Lemaire. Mis en contact avec les mucédinées, par exemple, l'acide phénique en arrête le développement ; il frappe leurs spores de stérilité et agit de même à l'égard des semences de phanérogames. De trèspetites proportions, des solutions au ou même ^ tuent les infusoires : vibrions, monades, paramécies, kolpodes, rotifères, etc.; même dts annelés, articulés, mollusques et certains vertébrés. Ernest Labbée a tué des grenouilles avec 4 milligr. d'acide phénique cristallisé. Trois grammes donnent la mort à un chien, tandis qu'un homme, chose presque incroyable, a pu en ingérer jusqu'à 16 grammes sans succomber.
L'Acide carbolique se comporte avec les globules sanguins, et probablement avec les leucocytes ou les autres éléments figurés de nos humeurs, à peu près comme avec les organites animaux et végétaux. Le contour des hématies s'accuse davantage, leur noyau devient plus apparent et plus foncé; ils se rétractent, deviennent granuleux et moins réfringents (E. Labbée). D'ailleurs le sang pris en masse est rapidement coagulé , devient rougebrique, puis brun-noir. Voici maintenant les effets observés sur l'homme et les animaux vertébrés.
Appliqué sur la peau et les muqueuses, l'acide phénique, en solntion faible, en fait pâlir la surface et cause une astriction plus ou moins forte. Avec un plus haut degré de concentration, il produit la corrugation des tissus avec une cuisson notable. Les cristaux fondus ou dis.-ïous dans de trèspetites proportions d'eau déterminent une véritable cautérisation superficielle, L'épiderme et le corps muqueux blanchissent immédiatement, s'opacifient, le derme se resserre et fait éprouver une sensation pénible de conslricfion
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avec une douleur cuisante. Il survient de l'analgésie. Plus tard un travail inflammatoire se développe, l'épiderme se détache et laisse à nu la peau rouge, irritée, fournissant un suintement séreux, ou tien chargée d'une petite eschare qui laisse après son élimination une perle de substance à laquelle succède une cicatrice gaufrée.
Ces etïets irritants ou caustiques sont plus prompts et plus intenses sur les muqueuses, et nous les retrouvons du côté du tube digestif lorsque l'acide phénique est iugéré dans Jes premières voies. A dose faible, il agit comme astringent et tonique; à dose plus élevée il devient irritant; en quantité massive il se comporte à la manière des poisons corrosifs.
Lorsqu'on avale une gorgée de solution au ■on ressent une saveur -spéciale assez fraîche, avec afflux de salive, puis une légère chaleur le long de l'œsophage et dans l'estomac. Si l'on en prend davantage il en résulte du malaise, de l'épigastralgie, des nausées, mais point de vomissements. La digestion, parfois active, est rarement troublée par les petites doses; il y a des renvois de gaz d'une odeur sui generis et les selles conservent leur fétidité spéciale. Au contraire les doses massives arrêtent le travail digestif et irritent violemment l'estomac qui ne peut s'en débarrasser ni spontanément ni par des émétiques, le vomissement ne pouvant être obtenu. Dans un seul cas (Lightfoot) où l'estomac n'avait pas été directement atteint, l'acide phénique ayant été employé en frictions, il y eut des vomissements opiniâtres. Les efl'ets généralisés ou diffusés varient selon les doses et les voies d'introduction, et c'est sans doute pour n'avoir pas suffisamment tenu compte de la diverbité des conditions d'expérience que les auteurs ont émis là-dessus des opinions contradictoires. Il importe surtout de bien séparer les résultats des inhalations d'avec ceux qui suivent les autres modes d'introduclion du médicament.
Soumis à l'action des vapeurs d'acide phénique dans un espace confiné, les animaux éprouveraient l'ensemble des troubles fonctionnels qui caractérisent les anesihésiques proprement dits, les essences et les émanations odoriférantes des fleurs, savoir: des phénomènes d'excitation manifestés par de l'agitation, de l'ivresse, puis des phénomènes de coMapsus consistant en stupeur, analgésie, anesthésie, résolution musculaire, paralysie cardiaque et suppression des fonctions du grand sympathique.
De tels effets seraient difficilement déterminés par d'autres procédés d'intoxication à cause de l'éhmination continue de la substance active au fur et à mesure de son passage dans la circulation, élimination qui en empêche l'accumulation dans le sang et ne permet pas la présence d'une dose suffisante à un moment donné. Néanmoins, les symptômes mentionnés tout à l'heure ont été vus à la suite de l'ingestion d'acide phénique dans les premières voies, et principalement après les inoculations ou les injections hypodermiques, plus favorables à l'absorption de la substance toxique. On a signalé chez les enfants (Lemaire) une excitation, une sorte d'ivresse, de 1 hyperesthésie, des convulsions cloniques, des spasmes diaphragmatiques ;
448 SUBSTANCES TIRÉES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES, des étourdissements, de la céphalée, de la perte de connaissance, de l'analgésie et de l'anesthésie, de la paralysie (Lemaire, Satton, Danion et Feltz) ; enfin, dans quelques empoisonnements, des phénomènes comateux suivis de la mort.
La circulation est peu influencée par les doses moyennes, thérapeutiques (Markey, E. Labbée), tandis que les doses massives, toxiques, après avoir stimulé la conlractilité du cœur et ralenti ses battements, dont l'énergie devient extrême (E. Labbée), déterminent la faiblesse, l'irrégularité, l'intermittence de ses contractions (Harrison et Sutton) ou son arrêt subit en diastole (Lemaire, E, Labbée).
Les mouvements respiratoires sont rendus plus fréquents par les doses moyennes, comme pour accélérer l'élimination du principe actif dont l'odeur se retrouve dans les gaz expirés. Avec les doses toxiques, la respiration se montre irrégulière, saccadée, laborieuse, anxieuse, enfin sterloreuse aux approches de la mort.
La température ne se modifie pas sensiblement sous l'influence de doses thérapeutiques ; mais des quantités nocives provoquent des frissons avec refroidissement périphérique (Lightfoot) et chez les lapins, un abaissement tbermom.étrique variant de quelques dixièmes à 4 degrés.
Le mécanisme de production de tous ces phénomènes est éminemment complexe et encore imparfaitement élucidé. Toutefois, les expériences variées et bien conduites de mon disciple et ami le D' Ernest Labbée, nous dévoilent en partie le mode opératoire de l'acide phénique et confirment les vues de Lemaire et de Neumann qui le considéraient comme un poison du système nerveux. L'acide phénique porte principalement son action sur le cervelet et sur le bulbe, mais il agit aussi sur le grand sympathique. C'est un poison convulsivant, énergique, bien qu'inférieur à la strychnine, dont il diffère en outre sous le rapport symptomatique parce qu'il donne lieu à des convulsions éclamptiques plutôt que tétaniques.
Mais tous les effets généralisés de l'acide phénique ne sauraient être mis rationnellement sur le compte de son action directe sur les centres nerveux ; beaucoup d'entre eux se produisent par la voie détournée des sympathies ou des actions réflexes, à l'occasion des désordres anatomiques effectués par les doses massives introduites dans le canal digestif. Dans ce cas l'absorption est presque nulle et l'acide phénique agit en qualité de poison corrosif.
L'Acide carbonique s'exhale en grande partie par les voies respiratoires. La proportion dans l'air expiré est parfois si considérable qu'en faisant passer celui-ci dans une solution albumineuse, on en détermine la coagulation (Lemaire). Les glandes sudoripares sont également une voie d'élimination pour l'acide phénique, comme semble le démontrer l'état tuberculeux, avec formation de bulles pemphigoïdes et desquamation consécutive, de la peau des grenouilles soumises aux injections hypodermiques d'acide phénique par E. Labbée.
On pouvait croire naguère que cet acide ne traversait pas les reins, du