‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 146 sur 293 · ACIDE PHÉNIQUE , PHÉNOL, AOIDE GARBOLIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE PHÉNIQUE , PHÉNOL, AOIDE GARBOLIQUE

moins sans avoir subi des modifications chimiques qui le rendent méconnaissable, car Hepp (de Strasbourg) l'avait vainement cherché dans l'urine. Mais Waldenstrom et A. Almen ainsi que notre compatriote L. Patrouillard ont été plus heureux. Ils ont pu retirer de l'urine de plusieurs sujets empoisonnés, une quantité notable d'acide phénique d'apparence huileuse-, ayant sa fragrance ordinaire et reconnaissable à foutes ses réactions : c'està-dire colorable en violet par le perchlorure de fer, en bleu au contact de l'ammoniaque et des hypochlorites alcalins, et donnant par l'acide nitrique fumant de l'acide picrique teignant la soie en jaune.

Dans le cas observé à l'hôpital Saint- Antoine, l'urine était albumineuse ce qu'on a cru pouvoir expliquer par le passage du poison irritant à travers les glandes uropoïétiques; mais le phénomène se produisant toutes les fois qu'il existe des accidents cholériformes, fussent-ils déterminés par de l'eau froide ou glacée prise en trop grande quantité, il serait tout aussi raisonnable de la mettre sur le compte des altérations profondes du sang et de la nutrition.

D'ailleurs, la présence de l'acide phénique dans l'urine serait parfois accusée par la coloration brune très-foncée ou presque noire (Haaxman) de ce liquide excrémentitiel, coloration disparaissant par l'ébuUition avec un alcali et n'ayant aucun rapport avec la matière colorante du sang puisque l'albumine était complètement absente.

Les empoisonnements par l'acide phénique se sont beaucoup multipliés depuis quelque temps. De petites doses ont été quelquefois funestes. Chez les enfants, 12 centigr. à l'intérieur; chez les femmes, 2 décigr. ; chez les hommes 3 à 4 grammes ont suffi pour déterminer la mort. L'empoisonnement s'est effectué de bien des manières, volontairement ou plus souvent par suite d'une méprise ou de l'action excessive des doses admmistrées en vue de guérir, soit par la bouche, soit par le rectum ou en applications topiques sur une plaie ou bien sur une région étendue de la périphérie cutanée. Du reste, de tels accidents sont très-rares en France où l'on n'administre l'acide phénique qu'avec une grande réserve.

Les lésions anatomiques observées à la suite des empoisonnements sont les suivantes : muqueuses buccale, pharyngienne, œsophagienne blanches et corrodées ; altérations analogues dans la portion sous-diaphragmatique du tube digestif jusqu'au jéjunum ; congestion sanguine des reins, des poumons, dé l'encéphale et de ses enveloppes ; sinus gorgés de sang noir, poisseux; odeur d'acide phénique exhalée par tous les viscères, cerveau foie rate et poumons. ' '

Substances synergiques, auxiliaires. — Les synergiques de l'acide phénique sont les aromates et les astringents doués d'une grande puissance ou pouvant même devenir escharotiques. Ses succédanés sont l'acide sulfophénique et les sulfo-carbonates alcalins ou terreux, l'acide crésylique, la créosote, la pyrothonide ; les goudrous et spécialement le goudron de houille ou coaltar. Ses analogues comme parasiticides et antizymotiques

GuBLEB, 2' édition. 29

sont le Borax et le silicate de soude (Dumas), les sels de quinine (Pasteur), mais surtout les essences et les alcooliques, rdont lee principaux sont avec l'alcool lui-même, l'essence d'^Mcakjpto (jlobulus, l'acide ihymique, le camphre, le vin aromatique, etc., les tanmiques et notamment l'extrait de bois de campêche.

Substances ingompatibdes et antagonistes. — Antidotes, contrepoisons. — L'incompatibilité la plus évidente est celle qui existe entre l'aciJe phénique et l'acide azotique, puisqu'il en peut résulter non-seulement de l'acide picrique, mais un mélange explosible. Galvert défend aussi d'employer les huiles siccatives comme véhicule à cause de leur avidité pour l'oxygène qui les rend siccatives et favoriserait peut-être l'oxydation du phénol luimême. D'ailleurs, malgré le conseil de Galvert, les huiles en général ne peuvent contrarier en rien les effets nuisibles de l'acide phénique, attendu qu'elles en sont l'un des meilleurs dissolvants. Le lait, recommandé par Ch. Robert, aurait, au contraire, l'avantage de laver les surfaces et de fournir uce matière albuminoïde coagulable par l'agent toxique.

Si l'élher, l'alcool, la glycérine passent pour affaibhr l'action de l'acide phénique, c'est eans doute parce qu'ils servent à le diluer. L'huile de ricin proposée en Angleterre n'agirait qu'en qualité de purgatif. Quant au saccharate de chaux préconisé par Kunde, nous ne voyons pas bien quel pourrait être son rôle et l'expérience n'en a pas encore été faite. En définitive, nous sommes assez pauvres en contre-poisons physico-chimiques. Les antidotes dynamiques sont plus faciles k préciser, mais sont loin de se montrer eificaces parce que les accidents généraux sont dominés par les désordres anatomiquês du côté du tube digestif. Cependant on peut employer avec avantage les opiacés et les narcotiques pour combattre la douleur et les troubles dont les viscères abdominaux sont le siège, et ces mêmes substances combinées avec les liqueurs spiritueuses ou les vins généreux serviraient comme stimulants diffusibles à réveiller les forces -et à provoquer une réaction salu-

Si l'on était tenté d'opposer les anesthésiques aux désordres engendrés par le phénol, nous renverrions aux expériences de E. Labbée, d'où il ressort que si une grenouille chloroformée n'a pas de convulsions, à la suite de l'injeotion phénique, elle n'en meurt que plus sûrement avec des doses de l'un et de 'autre agent qui, prises isolément, n'eussent pas été fatales.

Usages. — A peine introduit dans la matière médica'le, le phc nol jouissait déik d'une vogue extraordinaire. Il compte encore des preneurs enthousiastes qui pourraient en comprometlre le succès auprès des hommes sérieux, s'il n'était facile de s'assurer que, sans -être une panacée, l'acide phénique possède cependant un certain nombre de vertus thérapeutiques fort, estimables Ces vertus, il les doit en grande partie, selon nous, à 1 extrême énergie de son pouvoir astringent. A ce titre, il peut être employé à tous les usages auxquels servent le tannin et les tanniques, l'alun, le perchlorure de fer pour resserrer les tissus mous et blafards, tonifier la peau et les muqueuses,

Page 1