CHLORATE DE POTASSE
CHLORATE DE POTASSE, Chloras potassicus.
Angl. Chlorate of Polash. — Ail. Chlorsaures Kali. Le Chlorate de Potasse (G10^K0) est toujours un produit de l'art. Ce sel cristallisé en belles lames brillantes entre en fusion vers 370" et commence à se décomposer vers 400° en dégageant tumultueusement son oxygène. Il perdplus lentement ce gaz en présence de certains composés oxygénés (oxyde de cuivre, oxyde de manganèse et de cobalt, bioxyde de plomb, sesquioxyde de fer, etc., portés à une température de 160" ou un peu au-dessous, lesquels agissent par catalyse et ne perdent ni ne gagnent rien pendant l'opération, qui s'accompagne de dégagement de chaleur. Le Chlorate de Potasse est donc endothermique, c'est-à-dire dynamisé (Grubler). L'oxygène dégagé n'est pas de l'ozone. Ces particularités intéressantes récemment constatées par Baudrimont autorisent à penser que . la décomposition du Sel de Berthollet en oxygène et chlorure de potassium pourrait bien avoir lieu dans les parenchymes et dans le sang au contact des globules chargés d'oxygène. Elles donnent un plus haut degré de probabilité à notre opinion sur le rôle du Chlorate de Potasse.
Selon Nollet, le tannin du Cachou (et probablement les autres tannins) aurait, comme les oxydes indifférents énumérés ci-dessus, le pouvoir de décomposer le Chlorate de Potasse à l'aide de la percussion.
Action physiologique. — Le Chlorate de Potasse possède une saveu salée, fraîche. Localement il détermine de rirritation qui se traduit pour la bouche par une sensation de sécheresse, pour l'estomac par l'accroissement momentané de l'appétit, ou du moins de la sensation qui le traduit, et pour le système circulatoire, lorsque la substance a été injectée dans les veines, par la force et la fréquence anormales du pouls. La muqueuse gastrique l'absorbe avec une extrême facilité et les émonctoires l'entraînent si rapidement, que cinq minutes après l'ingestion on a pu en retrouver dans l'urine. Pendant son séjour, et par je fait de sa présence, ce sel ne donne lieu qu'à des symptômes obscurs chez l'homme en santé ; mais chez les fébricitants il amène la sédation du pouls (Socquet, Isambert). Dans tous les cas il augmente la sécrétion urinaire et salivaire, quand la dose introduite est assez forte : 8 grammes produisent de la diurèse, du ptyalisme bien marqué, une saveur salée persistante, et parfois un flux biliaire dénoté par la couleur verte des matières intestinales.
On a remarqué (Stevens) que l'emploi interne du Chlorate de Potasse fait rougir vivement les gencives. D'autre part, le sang extrait de la veine, dans les expériences de O'Shaughnessy, s'est montré rutilant et comme artéria- Usé, ce qui semble confirmer les vues de quelques chimistes sur la facuUé que posséderait le Chlorate potassique de céder une partie de son oxygène. Cependant ce sel ayant été retrouvé inaltéré dans les urines, la salive, le lait, le mucus nasal, les larmes et la sueur (Gustin, Isambert, etc.), il est universellement admis que la décomposition prévue n'a pas lieu. Toutefois 11 se pourrait qu'une partie fût éliminée en nature, tandis qu'une autre por-
tion, comme sembleraient l'indiquer les expériences suivantes, aurait subi la réduction indiquée par Fourcroy. Un sujet afi'eclé de catarrhe pulmonaire et d'urines habituellement alcalines au moment de l'émission et sans fermentation préalable, est mis à l'usage du Chlorate de Potasse ; les urines ont été analysées la veille, au point de vue des chlorures : or, le lendemain de l'administration du médicament, la dose de ceux-ci avait sensiblement doublé (Gubler et Derlon). Dans une autre circonstance, la proportion de chlore qui avait été trouvée de 2,91 pour 1000 d'urine, avant l'administration d'une dose quotidienne de 6 grammes de Chlorate de Potasse, s'éleva les jours suivants à 4,30 — 3,34 —5,83, 4,17 et 3,05 d'après les analyses de Adam, bien que la diurèse se fût généralement accrue. Le quatrième jour, où la proportion de chlore avait atteint son maximum = 5,83, le poids total des urines rendues dans les vingt-quatre heures s'était élevé jusqu'à 2600 grammes.
Substances synergiques, auxiliaires. — Succédanés. — A part le Chlorate de Soude, il n'est guère de substance qui agisse absolument à la manière du Sel de BerthoUet. Ses auxiliaires sont les sialagogues ou les diurétiques salins, pour son action sur les reins et les glandes salivaires. Gomme oxygénant, il trouverait des analogues dans les sels ferriques, et probablement dans le bichromate de potasse elle peroxyde de manganèse.
L'action physiologique du Chlorate de Potasse serait accrue, ainsi que son pouvoir curatif, selon Riverend et Gaube, par l'association de ce sel à l'oxyde de fer, sous forme de chlorate double, et le chlorate ferrique jouirait de la même puissance. Ces composés seraient les antidotes physiologiques et les contre-poisons chimiques des sels de mercure et d'arsenic, et consti'ueraient les agents prophylactiques par excellence de la stomatite mercurielle.
Le Chlorate de Soude, plus soluble que son congénère, a été recommandé par N. Gueneau de Mussy ; mais, bien qu'on l'emploie en solution -plus concentrée, il donne des résultats moins satisfaisants que le Chlorate de Potasse. Ce fait, généralement reconnu, est facile à expliquer par la tolérance plus grande de l'économie pour les composés sodiques et par la faible élimination du médicament, qui ne traverse pas les émonctoires en quantité suffisante, à chaque instant, pour modifier rapidement les surfaces affectées. Le Chlorate de Soude manifesterait peut-être mieux la supériorité que lui donnerait sa plus grande solubilité, s'il était appliqué topiquement sur les parties malades. Aussi le préfère-t-on pour le traitement local, bien que le Chlorate de Potasse en solution sursaturée, avec un excès de poudre saline maintenu par l'agitation en suspension dans la liqueur, représente un agent d'une énergie toujours suffisante.
Substances antagonistes. — Les stimulants diffusibles, les diaphorétiques, les topiques astringents, et peut-être, à d'autres égards, les substances avides d'oxygène, contrarient les effets du Chlorate de Potasse, qui au-- it pour incompatible le tannin (Nollet).