OXYDE DE PLOMB FONDU, LITHARGE
même, qui constitue avec le fer, bien que pour une plus faible part, l'un des ingrédients physiologiques des globules sanguins.
Le Manganèse serait donc, à proprement parler, un aliment pouvant, s'il est en excès, devenir comme le fer un stimulant ge'néral, mais en qui rien ne fait présumer des propriétés nocives. On s'étonne par conséquent de voir attribuer à la respiration de la poussière d'Oxyde de Manganèse h paralysie des nerfs moteurs signalée par Coupar chez les ouvriers de Glasgow-
UsASEs. Empiriquement l'Oxyde de Manganèse a été conseillé dans
une foule d'états morbides. Rationnellement on ne doit l'employer que comme absorbant chimique, comme tonique reconstituant,, et peut-être commes timulant. Les eaux médicinales naturelles fortement manganésienne^ réussissent quelquefois mieux que les martiales pures dans les anémies, et particulièrement dans la chlorose.
Ses propriétés absorbantes seront utilisées dans l'acescence gastrique et la pyrosis. Gomme tonique, il trouvera son indication dans la chlorose, l'anémie, le scorbut et les cachexies, et secondairement il agira sur les affections qui sont compliquées ou entretenues par ces états morbides. Telles sont la syphilis et la scrofule, l'hypochondrie et l'hystérie.
On l'a recommandé aussi comme épilatoire et contre les maladies cutanées. En pharmacie, le Peroxyde de Manganèse sert à obtenir l'oxygène, le chlore et l'iode.
Modes d'administration ët doses. — En qualité de tonique, le Peroxyde de Manganèse s'administre en pilules à la dose de 50 centigrammes par jour. Gomme absorbant, on l'associe, à la dose de 2 et 4 grammes, sous le nom de Magnésie noire, à la Magnésie proprement dite, appelée aussi par opposition Magnésie blanche. Finement pulvérisé et suspendu dans de l'eau d'orge, il a été employé en gargarisme. On en a fait aussi une pommade.
OXYDE DE PLOMB FOi\DU, LITHARGE, Oxydvm plumMcum fusum.
Angl. Oxyd of Lead, Litharge. — AU. Bleiglatte.
Cet Oxyde -de Plomb (PbO), demi-vitreux, est facilement soluble dans les acides et dans le vin, qu'il a même servi à sophistiquer, parce qu'il lui communique une saveur douceâtre.
11 s'unit également aux huiles et aux corps gras, ce qui lui vaut ses principaux usages pharmaceutiques.
La Litharge entre en effet dans la composition de la plupart des emplâtres résolutifs, fondants, etc., parmi lesquels il nous suffira de citer Vonguent de la mère Thécle, le diachylum et Vempldtre de Vigo.
A l'intérieur, l'Oxyde de Plomb fondu est entièrement inusité. A l'extérieur, il n'est plus l'objet de prescriptions magistrales. Au reste, k la façon dont on l'employait autrefois, il n'agirait souvent qu'à l'état d'acétate plombiqne. Pour l'action physiologique, voyez Acétate de Plomb et Plomb.
OXYDE ME PLOitiu uouoE, »ii!\iLiH, Oxydum plumMcum. Angl. iled oxyd of Lead, Minium. — Ail. Mennig.
Le Minium est un oxyde de plomb intermédiaire dont la composition variable répond ordinairement h la formule 2PbO,PbO^ Son action et ses usages sont analogues à ceux du protoxyde. Il fait la base de l'Emplâtre rouge et des Trochisques de Minium, ainsi que de VEmpldlre de Nuremberg ou de Minium camphré. Ce dernier, ainsi que l'emplâtre de Minium simple, est résolutif et fondant. Les trochisques, employés comme escharotiques pour réprimer les chairs baveuses et dilater les trajets fîstuleux, doivent leurs effets au sublimé corrosif qui entre dans leur composition.
oxYSULFunE d'ai\timoi!\e fokdu, vulg. CROCUS, Oxysulfurttum slibicum.
Angl. Oxysulfuret of Antimony. — Ail. Crocus.
Le Crocus metallorum ou Kermès natif (3SbO',SbS') est rougeâtre, inodore, insipide, insoluble dans l'eau froide et légèrement soluble dans l'ammoniaque. Il est probable qu'à la température intérieure du corps, en présence du sel d'oseille, ce composé serait partiellement transformé en émétique (tartrate double d'antimoine et de potasse).
Action physiologique et usages. — Ses effets physiologiques et thérapeutiques sont semblables à ceux du Tartre stibié (voy. ce mot), mais incomparablement plus faibles, et de plus inégaux et inconstants, à la manière de ceux du Kermès (voy. ce mot) et pour les mêmes raisons. Il augmente les sécrétions, provoque les vomissements et la diarrhée, ce qui le fait employer comme expectorant, diaphorétique et altérant contre-stimulant, notamment dans les affections des voies respiratoires, les maladies chroniques de la peau, celles du foie, le rhumatisme, etc.
On le donne comme altérant à la dose de 10 à 25 centigrammes, comme émétique à celle de 30 centigrammes à 1 gramme. Il entre dans les pilules de Plummer ou de Chlorure de Mercure composées.
PEROXYDE DE MAMGAKÉSE. — Voy. OxYDE DE MaNGAINÈSE.
PHÉi\OL. — Voy. Acide phénique.
PHOSPHORE, Phosphorus.
Angl. Phosphorus. — Ail. Phosphor.
Le Phosphore se rencontre à l'état de phosphate dans le règne minéral, à l'état d'acide phosphorique libre ou combiné avec la chaux, la potasse, le fer, dans beaucoup d'espèces végétales. Enfin il fait partie des os et de la substance nerveuse des animaux. Les feux follets des cimetières et des marais
sont formés d'hydrogène phosphore spontanément inflammable j)rovenant delà décomposition des matières organiques.
Ce corps simple, d'une odeur alliacée, soluble dans l'éther et les acides, se présente sous plusieurs états allotropiques aussi distincts par leurs effets sur l'économie animale que par leurs caractères physiques et chimiques. Les deux principaux sont le phosphore ordinaire ou phosphore blanc, et le phosphore rouge, dit aussi amorphe.
Action physiologique. — L'histoire physiologique du Phosphore s'est renouvelée depuis quelque temps, par les recherches cliniques et expérimentales d'un grand nombre de' médecins et de physiologistes.
Le Phosphore amorphe paraît inoffensif, puisque 5 grammes n'ont produit aucun accident chez des chiens (Mackensie). Et, quoique Bednar (de Vienne) l'ait vu produire, à la longue et à petites doses, des symptômes d'excitation, des tremblements et des convulsions cloniques, nous allons nous occuper exclusivement du Phosphore ordinaire.
Les vapeurs du phosphore ordinaire irritent les conjonctives, la muqueuse des voies respiratoires, et font larmoyer et tousser. Elles peuvent même déterminer des irritations inflammatoires ou des affections catarrhales bronchiques et pulmonaires. Une petite masse de phosphore introduite dans l'estomac y cause une impression de chaleur douce et agréable, tandis que des doses fortes occasionnent une doulpur cuisante dans la région épigastrique, des vomissements, de la diarrhée, des phénomènes de gastro -entérite et même la cautérisation de la muqueuse digestive, avec tous les accidents locaux et généraux qui suivent l'ingestion des poisons corrosifs. Un excès de phosphore s'échappe avec les fèces, et leur communique la phosphorescence pendant plusieurs heures. Le même fait se produit pour les matières rejetées par le vomissement (Gubler).
Au contraire, les expériences de Ranvier démontrent l'innocuité relative du phosphore introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané, où il ne détermine ni douleur ni travail inflammatoire à un degré quelconque, mais simplement l'arrêt nutritif et formateur dans les éléments histologiques avec transformation graisseuse consécutive. Le fait observé par Trasbot confirma ces résultats. Un chien avale un petit bâton de phosphore sans qu'il en résulte d'abord aucun accident; mais plus tard le bâton est retrouvé dans un abcès.
A la suite de l'ingestion stomacale, le phosphore détermine des phénomènes généraux inexplicables par le seul mécanisme de l'action topique, et qui supposent nécessairement l'absorption préalable. Sous quelle forme le phosphore introduit à l'état métalloïclique passe-t-il dans la circulation ? A cet égard, les avis sont très-partagés.
J'admets avec Orfila, Réveil, Bamberger, Eulenberg, que le phosphore peut être absorbé en nature, et de plus je pense qu'il pénètre dans le réseau capillaire à la faveur de la diffusion de ses vapeurs dans les liquides qui n en sont pas de vrais dissolvants, et surtout à l'aide de sa dissolution dans les
matières albuminoïdes (Ju mucus gastro-intestinal. Mialhe avait cru d'abord que le phosphore préalablement oxydé se combinait avec les alcalis du suc intestinal. Cependant, malgré les expériences confirmatives de Vogl et Bamberger, qui ont réalisé cette dissolution dans les liquides alcalins et ont fait dialyser le phosphore à travers la séreuse péricardique, le chimiste français admet maintenant que les corps gras en sont les principaux véhicules. Il est en effet reconnu par les observateurs que l'huile est le meilleur dissolvant du phosphore, dont l'absorption dans les premières voies est d'autant plus prompte et plus complète que celles-ci renferment plus de matières grasses alimentaires.
Mais tout le phosphore introduit dans le tube digestif ne passe pas inaltéré ; il en est une proportion plus ou moins considérable qui s'oxyde, passe à l'état d'acides hypophosphoreux et phosphoreux, ou d'acide phosphorique, et serait absorbée directement sous cette forme d'après Bellini, Frerichs, Wohler, Munck, Leyden; tandis qu'une autre, transformée en acide phosphoreux et en hydrogène phosphoré, aux dépens des éléments de l'eau, passerait alors dans la circulation selon Lordos, Streichard et Léoorché. Ce serait même à ces deux ordres de composés qu'il faudrait exclusivement rapporter les effets toxiques d'après quelques auteurs; mais cette opinion est mal fondée, et j'ai lieu de croire que le phosphore libre n'est pas moins actif que l'une quelconque de ses combinaisons. L'expérience qui consiste à naettre du phosphore en nature dans du sang non oxygéné, et dans laquelle on note l'absence de toute altération microscopique ou spectroscopique des globules rouges, ne prouve pas l'innocuité du métalloïde. Elle établit seulement que ce corps simple se diffuse moins aisément dans la masse liquide que ne fait le gaz hydrogène phosphoré, par exemple, et qu'il ne détermine pas une altération structurale apparente des hématies. Déjà Personne avait noté que le phosphore dissous dans l'acide phosphoreux, se répandant plus aisément dans la circulation, devenait extrêmement vénéneux.
Du reste, Dybkowsky ne considère l'hydrogène phosphore que comme un intermédiaire pour aboutir à l'oxydation du phosphore, qui est la condition léthale par excellence. D'un autre côté, le protophosphure d'hydrogène est considéré comme inoffensif par Nysten, Lewin, Munk et Leyden, et, si le perphosphure seul est toxique, il est bien permis de mettre les accidents sur le compte des molécules de phosphore, qui sont pour ainsi dire en liberté dans ce composé spontanément inflammable. Toutefois Lécorché soutient que l'hydrogène protophosphoré est l'agent réellement toxique. La question reste donc indécise, et je ne prévois pas qu'elle puisse être tranchée de sitôt dans le sens de cet observateur distingué; car, s'il est vrai qu'à la suite d'un empoisonnement le sang renferme du protophosphure d'hydrogène, il est plus certain encore qu'il est chargé de vapeurs de phosphore ou bien de perphosphure d'hydrogène, lesquelles s'exhalent avec l'haleine, et forment des lueurs visibles dans l'obscurité. D'autre part, Dybkowsky a démontré que 1|B phosphore restait libre dans le foie dix heures encore après la mort.
Une certaine part dans les symptômes toxiques doit être faite également aux oxacides du phosphore qui prennent naissance dans le canal alimentaire ou, consécutivement à l'absorption, dans le sang lui-même. Les phénomènes dus à l'acide phosphorique (voy. ce mot) sont nécessairement très-différents de ceux qu'engendrent le phosphore libre ou les hydrogènes phosphorés, seulement il est bien difficile de discerner les effets de chacun de ces corps chimiques dans le groupe compliqué de symptômes qui caractérise l'empoisonnement phosphoré. Néanmoins Lécorché croit pouvoir admettre trois formes distinctes de ce que j'appelle le phosphorisme aigu : r intoxication par l'hydrogène phosphoré; 2° intoxication par l'acide phosphorique; 3° forme mixte. Mais, en fait, ces distinctions expriment moins des différences essentielles dans les modes opératoires du poison, qu'elles ne témoignent d'une rapidité d'action plus on moins grande, selon les cas.
Quoi qu'il en soit, voici les phénomènes diffusés auxquels donnent heu l'absorption du phosphore et sa translation dans toute l'économie par le tor rent circulatoire.
A la dose faible de 1 à 10 milligrammes au plus, le phosphore détermine, le premier jour ou les jours suivants, des symptômes d'excitation nerveuse et d'éréthisme vasculaire. Le pouls devient plus développé et plus fréquent, il y a de l'expansion périphérique, la température du corps s'élève, la peau devient sudorale malgré l'augmentation de la diurèse aqueuse. En. même temps l'activité mentale et le pouvoir musculaire s'accroissent, le tour d'esprit devient gai et la sensibilité tactile s'exalte. L'hyperesthésie peut même devenir telle chez le lapin, que l'animal mord l'opérateur (Dujardin-Beaumelz). Il se manifeste aussi des effets aphrodisiaques non-seulement chez l'homme et les mammifères, mais encore chez les grenouilles.
De si petites doses ne sont pas toujours exemptes d'inconvénient pour les organes digestifs. On observe parfois dès le début, plus souvent au bout de quelques jours, des signes d'intolérance gastro-intestinale : digestion pénible, flatulence, éructations de gaz alliacés, tension du ventre; phénomènes auxquels se joignent plus tard des douleurs, de véritables coliques, des selles liquides, l'anorexie, le teint jaunâtre du visage, l'état saburral de la langue, des nausées et des vomissements et, selon A. Voisin, une légère gingivitét; avec déchaussement surtout des incisives. ■ ^ ■
Ces troubles fonctionnels s'expliquent peut-être en partie par une faifai^ irritation topique due aux composés oxygénés du phosphore qui prenîient naissance dans les premières voies; mais je crois pouvoir les attribuer jsarticulièrement k l'action cohibante du phosphore, eu égard à la digestioiîJgafe^ trique. Mes expériences démontrent, en effet, qu'une minime propôTti'fla dfé' phosphore exhalée par de la poudre de phosphure de zinc erapêol*ét*ô^JtJà fait l'action de la pepsine' ou du suc gastique sur un cube de viandë^c^îwate* plongé dans la liqueur digestive. 'o'^ ^'^
La répétition des doses thérapeutiques amène parfois des in'cifBCIfénafeû'ts plus sérieux ou même de véritables accidents toxiques : gastralg'it>j coli<{tie8'
504 SUBSTANCES TIRÉES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES. Violentes diarrhée intense, mictions douloureuses, répétées, lièvre. C'est le resu tat d une accumulation d'action. Mais on peut observer aussi une accv. muk tion de doses, ainsi que je l'ai vu dans un cas d'anaphrodisie traitée pendant vmgt jours par le phosphure de zinc, sans aucun eflet physiologique m thérapeutique, et dans lequel, les pilules de Vigier ayant été supprimées, Il se manifesta tout à coup une chaleur insolite, de l'excitation circulatoire, de la diaphorèèe : symptômes fébriles qui ne durèrent pas moins de neuf jours. Le phosphure de zinc était sans doute demeuré en grande partie inaltéré dans les premières voies jusqu'au jour où il s'était produit des conditions favorables à sa décomposition, et où des acides, peut-être ceux du cœcum, avaient subitement dégagé de fortes proportions de phosphore libre.
Des doses plus fortes ou massives (10 à 15 centigr. sont suffisants, d'après ChriKtison) produisent des effets diffusés tout autres, et qui tantôt se manifestent immédiatement ou très-peu de temps après l'ingestion de la substance vénéneuse, tantôt se font attendre plusieurs heures et même plus d'un jour. J'ai vu la période d'incubation durer trente-six heures.
Les formes symptomatiques dans l'empoisonnement aigu varient suivant les doses et les conditions individuelles. Tardieu en distingue trois : la forme commune, la forme nerveuse et la forme lente; mais ou observe les combinaisons les plus diverses des phénomènes morbides. Supposons d'abord un empoisonnement opéré dans les conditions ordinaires, par une dose massive, c'est-à-dire par la pâte phosphorée de deux ou trois paquets d'allumettes chimiques, délayée dans de l'infusion de café. Habituellement la scène s'ouvre par des douleurs épigastriques, du ballonnement, des vomissements répétés, puis des selles diarrhéiques alimentaires, muqueuses et bilieuses. Ensuite il survient du melœna, de la diarrhée dysentériforme, accompagnée de tranchées, de dysurie et de ténesme vésical. Les fèces présentent quelquefois de petites masses nombreuses, formées de cristaux fusiformes d'acides gras, solubles dans l'éther (Gubler).
Au début, le pouls monte à 120 et au delà, la température s'élève à 38" ou 39°; mais cette sorte de fièvre peut s'éteindre au milieu des accidents gastro-intestinaux. D'ailleurs des doses moins fortes, mais répétées journellement, sans agir en qualité de ppison corosif, peuvent amener directement l'abaissement absolu de la température, qu'on a vu descendre de 3° à 5° et au-dessous chez des animaux en expérience.
Les fondions du système nerveux sont profondément troublées. Il se manifeste d'abord de l'excitation, caractérisée par de l'hypereslhésie, rarement du priapisme, souvent de l'agitation, du délire avec loquacité, hallucinations, violences; des contractions fibrillaires, des soubresauts de tendons, des crampes et des contractures, des convulsions générales. Ensuite vient la période de collapsus : abattement extrême, anesthésie (Leudet, Lebert, Gubler); abolition du sens musculaire (Guillabert) ; paralysie (Magnus-Hass, Galavardin), portant particulièrement sur les extenseurs (Gubler), et, si le
PHOSPHORE. 505 cas doit être fatal, refroidissement, dilatation pupillaire, strabisme, résolution musculaire et coma.
Quand le sujet doit survivre, du moins momentanément, les désordres nerveux sont plus modérés, et l'on voit survenir un apaisement de tous les symptômes au bout de vingt-quatre à quarante- huit heures. Mais cette accalmie est trompeuse, car dès le troisième ou le quatrième jour, parfois dès le second, il se manifeste une douleur au niveau de l'hypochondre droit, généralement' suivie, le lendemain, d'ictère quelquefois hémaphéique, comme le dit Lécorché; plus souvent, je crois, biliphéique au début avec complication d'hémaphéisme. En même temps, les urines deviennent albumineuses par néphrite d'abord, ensuite par dyscrasie et cachexie. Il survient des hémorrhagies multiples, cutanées et muqueuses, superficielles et profondes, soit parce que le sang est devenu très-aplastique, soit plutôt parce que les tissus sont très-friables et disposés au ramollissement, comme l'indique l'état fongueux et saignant des gencives. Quand les choses en sont arrivées à ce point, la mort est inévitable et survient au milieu de symptômes adynamiques et typhoïdes. Mais quelquefois, j'en ai vu un exemple, les sujets guérissent même après un ictère toxique bien caractérisé et des accidents généraux graves.
L'anatomie pathologique révèle les lésions suivantes : Déjà du vivant du sujet on constaterait (Lécorché) une altération des hématies, dont le principal caractère serait fourni par l'analyse spectrale : la raie de l'hémoglobine est réduite, tandis qu'après l'action de l'oxygène de l'air les deux raies de l'hémoglobine reparaissent. Cependant la réalité de la combinaison du phosphore avec la matière colorante des globules n'est pas encore démontrée.
A l'autopsie on constate des hypérémies considérables de tous les viscères. Le sang est noir, poisseux, mais les globules conservent (Lebert) leur aspect normal et donnent, comme à l'ordinaire, des cristaux d'hémoglobine ou d'hémato-cristalline, laquelle serait seulement modifiée moléculairement, comme il vient d'être dit.
En outre, le sang et les organes solides renferment des proportions exagérées de produits de dénutrition : acide nrique, créatine, inosite, leucine, tyrosine, taurine, hypoxanthine. Enfin on observe une métamorphose graisseuse de la plupart des organes. Les muscles striés, ceux du cœur principalement, les tuniques des vaisseaux capillaires, sont surchargés de granulations graisseuses. Les reins et le foie sont envahis par une stéatose générale ou partielle plus ou moins avancée.
A ces altérations il faut ajouter des infiltrations œdémateuses, des extravasations sanguines multiples, sans parler des lésions inflammatoires du tube digestif dues à l'action topique du poison..
L'action pathogénique du phosphore s'offre à nous avec des traits particuliers chez les sujets exposés à une lente intoxication par des vapeurs de ce métalloïde. Les mouleurs de phosphore et les ouvriers des fabriques d allumettes chimiques se plaignent d'anorexie, de dyspepsie, de douleurs ab-
506 SUBSTANCES TIRÉES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES, dominales avec diarrhée, de céphalalgie et d'étoufferaents, de bronchite avec toux quinteuse. Leur sang est appauvri, leur teint blême; ils ont une propension marquée vers la tuberculose interne et externe. De plus on observe chez eux un symptôme spécial, la nécrose des mâchoires, précédée de gingivite et d'ostéo-périostite des maxillaires. Ce travail morbide est favorisé par l'absence ou la destruction partielle des dents, laissant des cavités où se rassemble la substance nocive et au fond desquelles l'os est parfois presque dénudé (Laiiler). Nous avons pourtant observé un cas de nécrose phosphorée de toute la mâchoire inférieure où les dents étaient absolument intactes (Gubler, Laiiler). Il n'est pas facile d'expliquer cette altération singulière. Si 1 acide phosphorique en était l'agent, les dents seraient ramollies et translucides, comme chez les fabricants de soude artificielle. Il me paraît plus probable maintenant que c'est lé phosphore en nature qui pénètre dans les tissus mous et jusqu'au périoste pour y arrêter le mouvement nutritif, comme dans les expériences de Ranvier. Quant à l'état cachectique, il est peut-être en partie le résultat de l'introduction dans le sang de masses excessives du métalloïde ou de ses composés, mais il dérive certainement aussi des souffrances des sujets, de la suppuration épuisante, de la déglutition incessante du pus, de la difficulté de l'alimentation et de la misère antérieure.
Le Phosphore rouge, dit amorphe parce qu'il n'est pas susceptible de cristalliser, est exempt d'effets toxiques, et peut être ingéré à hautes doses sans aucun danger. Tout fait présumer que sous cet état allotropique le Phosphore n'aurait pas non plus, pour les ouvriers en allumettes chimiques, les graves inconvénients attachés au maniement du Phosphore ordinaire, habituellement vitrifié, mais cristallisable.
Tel est le tableau abrégé, mais fidèle des différentes formes du phosphorisme aigu ou chronique. Est-il possible d'y lire distinctement le mode d'action primitif, essentiel du phosphore et d'établir l'enchaînement sériai et la subordination physiologique des nombreux phénomènes observés? On peut le tenter sans avoir la prétention de lever tous les doutes et de dissiper toutes les obscurités.
Les effets topiques, directs, sur le tube digestif, consistant en phénomènes d'irritation et de phlogose, ne peuvent être mis sur le compte du phosphore en nature, qui n'est point irritant, et doivent être attribués exclusivement à l'acide phosphoreux et à l'acide phosphorique produits à ses dépens. Il n'en est pas de même des efl'ets topiques indirects et secondaires, lesquels sont en partie explicables par l'action du métalloïde, qui commence par arrêter le mouvement nutritif dans la muqueuse gastro-intestinale, à la manière des poisons escharifiants sans être caustiques, et qui donne naissance ultérieurement à la formation d'une eschare suivie d'inflammation éliminatrice et d'ulcération.
Ces diverses lésions éveillent à leur tour, par action réflexe ou par sympathie, des troubles généraux de l'économie dont l'ensemble se retrouve à la suite de tous les poisons corrosifs.
L'interprétation des phénomènes diffusés, après absorption, soulève plus de difficultés. D'abord les accidents sont mis tantôt à la charge du phosphore libre, tantôt à celle de l'acide phosphorique ou de l'hydrogène phosphoré. Mais je ferai remarquer que l'acide phosphorique n'est jamais formé en quantités assez massives pour occasionner des désordres généraux graves ou mortels et qu'à petites doses il produirait des effets tout différents de ceux qu'on observe après l'ingestion du phosphore. D'un autre côté, je rappellerai que l'action des phosphures d'hydrogène ne s'éloigne pas sensiblement de celle du métalloïde, puisque ce dernier s'en dégage avec une extrême facilité.
La question se réduit par conséquent à chercher comment se comporte le Phosphore en nature.
Les travaux les plus récents s'accordent à nous montrer ce corps simple , avide d'oxygène, comme capable de s'oxyder aux dépens de l'oxygène du sang, et réduisent l'empoisonnement phosphorique à une espèce d'asphyxie. Malgré les autorités derrière lesquelles elle s'abrite (Réveil, Eulenberg, Lécorohé, etc.), j'ai combattu dans mon cours de thérapeutique (1870) cette opinion, qui ne me paraît pas pouvoir résister k une discussion approfondie. Gomment accorder l'idée de privation d'oxygène arvec les phénomènes d'excitation générale qui suivent l'administration des doses thérapeutiques ? Et si les doses toxiques tuent par anoxémie, et conséquemment par arrêt du mouvement nutritif, comment se fait-il que l'économie soit partout surchargée des produits de la désassimilation organique? D'ailleurs l'un des points fondamentaux sur lesquels s'appuie la doctrine de l'anoxémie est lom d'être solidement établi. Au lieu du sang noir de l'asphyxie, on a trouvé parfois du sang rutilant (Gurrie, Vigier).Mais admettons un instant l'hypothèse préférée des pathologistes, et voyons à quels résultats elle peut nous conduire.
Voici à cet égard un calcul dont les chiffres fondamentaux sont empruntés àDusart et Parrot. Pour se brûler, 15 milligrammes de phosphore absorbent seulement 18 milligrammes d'oxygène, soit 12=°. Or, chaque inspiration introduisant environ 25 à 30 centimètres cubes d'air, c'est-k-dire 5 à 6« d'oxygène, on voit que deux bonnes inspirations fournissent k l'accroissement de dépense nécessité par la combustion du phosphore et qu'il suffirait de porter de 18 k 20 le nombre des respirations dans chaque minute pour annihiler les effets fâcheux d'une dose de 15 milligrammes de phosphore k chaque instant renouvelée, ce qui dépasse toute réalité.
A mon avis, les choses se passeraient tout autrement et les symptômes d'excitation reconnaîtraient pour cause un phénomène moléculaire, négligé jusqu'ici dans l'interprétation du phosphorisme aigu : c'est le pouvoir ozonisant du phosphore qui brûle. A fa vérité, par cette combustion, une minime quantité d'oxygène est détournée de la fonction respiratoire ; mais la partie restante, c'est-a-dire la presque totalité, acquiert à chaque instant un accroissement énorme de puissance comburante, condition prochaine
de l'excitation générale de l'économie. Non-seulement l'bémalocausie en devient plus intense, mais la dénutrition, y compris celle des globules sanguins, s'en trouve singulièrement accélérée, l'anémie succède à cette activité désordonnée, et les déchets organiques, dédoublés en matières grasses (d'où la stéatose) et divers autres composés, encombrent les tissus, réduisent les organes k l'impuissance, entravent les grandes fonctions et rendent la vie impossible.
L'action énergique de l'ozone serait encore secondée par le fait de la condensation de l'oxygène préexistant, qui devient 0', condensation d'où résulterait une diminution de pression des gaz intérieurs, et conséquemment l'introduction, à chaque inspiration, d'une quantité d'oxygène supérieure à la moyenne normale.
Le défaut de combustibilité et l'absence d'ozonification consécutive expliqueraient dans mon hypothèse l'innocuité du phosphore amorphe, qui partagerait d'ailleurs avec le phosphore ordinaire la propriété d'altérer l'organisme en pénétrant avec lenteur dans la trame organique. Le plasma et les éléments histologiques modifiés dans leur composition chimique, hyperphosphorés si je puis ainsi dire, acquerraient une nouvelle manière d'agir, comme cela se voit à la suite de l'intoxication lente par l'arsenic ou par les émanations saturnines, avec cette différence que, loin de modérer ou de stupéfier, le phosphore accumulé en excès dans les tissus qui en renferment normalement, tels que les fibres et les cellules nerveusQS, leur communique au contraire une activité exagérée ou même désordonnée.
L'étude de la sécrétion urinaire, si elle était faite avec rigueur, servirait à la vérification des théories émises sur l'action pathogénique du phosphore. Malheureusement la plus grande incertitude règne encore sur ce point. Ainsi, tandis que la plupart des chimistes reconnaissent un accroissement plus ou moins considérable des phosphates, E. Derlon, se fondant sur des analyses exécutées par lui-même, dans plusieurs cas où le phosphore fut administré à doses thérapeutiques, soutient que le chiffre des phosphates, variable d'un sujet à un autre, reste à peu près constant chez chacun d'eux pendant la durée du traitement. L'augmentation paraît cependant mieux démontrée ou du moins plus probable. On a même cru pouvoir établir un défaut de rapport proportionnel entre la quantité des phosphates éliminés et celle des sulfates et de l'urée, ce qui prouverait que l'augmentation des premiers n'aurait d'autre origine que l'acide phosphorique formé aux dépens du phosphore accidentellement introduit dans l'économie ou bien administré comme agent thérapeutique. Mais ces faits et leurs conséquences sont encore douteux, et j'ai lieu de croire que les autres sels augmentent en même temps que les phosphates, mais nécessaiïement'dans une moindre proportion, puisque l'accroissement de ceux-ci est dû à deux causes : l'une qui leur est propre, savoir l'introduction de l'acide phosphorique; l'autre qui leur est commune avec leurs congénères : la suractivité de la dénutrition. Quant à l'urée, s'il était certain qu'elle ne fût pas en excès dans les cas
de stimulation phosphorique, cela signifierait que la désassimilation amène alors de telles masses de substances azotées dans le sang, que, malgré sa puissance comburante, l'oxygène dynamisé ne parvient k les brûler qu'incomplètement.
Remarquons en passant que la réaction de l'urine n'apprend rien sur la proportion des phosphates en dissolution, l'acidité exprimant tout au plus la prédominance de l'acide phosphorique et la mise à nu des acides faibles tels que l'acide urique. Des urines riches en phosphates sont souvent neutres ou dcalines, et j'ai trouvé dans un cas d'empoisonnement phosphorique des urines neutres qui laissaient précipiter abondamment leurs phosphates par la chaleur.
A l'aide des considérations précédentes il devient plus facile de se rendre compte des formes diverses que revêt le phosphorisme. Quand le Phosphore est introduit en petite quantité, il ne détermine pas autre chose qu'une sti- ! mulation générale plus complète que celle du café, plus vive que celle de l'opium.
] S'il est ingéré à doses massives, deux cas peuvent se présenter ; ou bien . les conditions sont favorables à la prolongation de son séjour dans les organes ' digestifs et à son oxydation, comme cela se présente au moment de la diges- ; tion, et alors les acides phosphoreux et phosphorique formés agissent en \ qualité de poison corrosif en même temps que le phosphore libre ou engagé dans une combinaison instable pénètre dans la circulation et va porter au loin ses effets propres. Ou bien, chez le sujet à jeun, l'absorption s'exerce, tout d'abord sur le métalloïde ainsi que sur l'hydrogène phosphoré, et. l'on assiste d'emblée aux désordres redoutables des grandes fonctions de circulation, d'hématose et d'innervation, sans le fracas préalable des accidents gastro-intestinaux. Cette dernière forme, pour ainsi dire foudroyante, est ; de beaucoup la plus rare; la précédente est celle qui s'observe le plus , ordinairement dans le phosphorisme aigu , toxique. La forme commune j varie d'ailleurs en intensité et en durée : il en existe une variété lente qui établit le passage à la forme chronique. Celle-ci est due à la pénétration et à l'intégration du phosphore dans les tissus auxquels il imprime une modalité spéciale; elle peut en conséquence s'appeler constitutionnelle.
Dans la marche du phosphorisme toxique, il faut distinguer plusieurs périodes : 1° d'incubation, variable de quelques minutes à 36 heures; 2° d'accidents topiques, avec ou sans retentissement marqué sur le reste de l'éco-
: nomie; 3° de phénomènes diffusés après absorption et circulation, lesquels peuvent d'ailleurs survenir d'emblée; 4» de courte accalmie, bientôt suivie
> 5° de désordres viscéraux graves ou mortels.
I Dans le phosphorisme thérapeutique on doit s'efforcer d'éviter l'irritation des voies digestives et d'obtenir seulement les effets diffusés. Nous avons expliqué plus haut l'intolérance stomacale, signalé les phénomènes d'accumulation d'action et d'acccumulation de doses ; il est superflu d'y revenir.
Substances synergiques et auximaires. — Des expériences multipliées tendent h faire consid(!rer l'acide phosphorique comme le succédané du Phosphore lihre. D'ailleurs, aucun produit de la matière médicale n'agit exactement h la manière du Phosphore; celui qui s'en rapproche le plus est le soufre. Mais, sans parler de la cantharide, il a pour analogues les stimulants diffusibles, l'oxygène et les nervins ou dynamophores, tels que le thé, le café, la coca, le haschisch, surtout l'ozone.
En outre, les préparations pharmaceutiques de phosphore ont des j adjuvants ou des succédanés dans les aliments phosphorés, tels que la chair j et surtout la laitance des poissons, la cervelle des mammifères, etc. \
Substances antagonistes. — Contre-poisons. — L'arsenic, qui s'en i rapproche beaucoup au point de vue chimique, semble être l'antagoniste \ du Phosphore, comme le bromure de potassium l'est par rapport à l'iodure j alcalin. Il en est un peu de même des tempérants et des toniques vaso- j moteurs, ainsi que des nauséants et des vomitifs. Les gaz provenant de i la combustion du charbon, l'hydrogène sulfuré, les anesthésiques , les | cyaniques, le sulfure de carbone, etc., sont des antagonistes dynamiques du | Phosphore. i
Les contre-poisons chimiques des préparations phosphorées sont mainte- | nant assez nombreux et passablement efficaces. Pour neutraliser les acides I dérivés par oxydation du phosphore, on peut se servir de l'eau de chaux que | j'ai conseillée, eu bien de l'hydrate de magnésie (Brullé, Poggiale, G. Paul). \ . A l'aide du charbon que j'ai le premier recommandé (I"édition), il est pos- i sible d'absorber non-seulement les vapeurs de Phosphore dégagées dans le I canal alimentaire, mais encore le métalloïde en suspension dans les liquides i aqueux. Les expériences ultérieures d'Eulenberg et Vôhl sur les animaux : ont établi ces résultats et confirmé mes prévisions. Mais le moyen le plus i sûr, ou qui du moins a le plus fait ses preuves, c'est l'essence de térében- I thine, employée de longue date dans une fabrique de Staflbrd (Angleterre) I pour préserver les ouvriers pendant le trempage des allumettes chimiques. \ La première expérience clinique, d'ailleurs couronnée de succès, a été faite par le D' Andant, de Dax (1868). D'autres faits favorables ont été observés par le même médecin, ainsi que par le D"" Sorbets,, et à l'étranger par Kôhler. De son côté. Personne a fait sur des chiens des expériences intéressantes, qui mettent hors de doute l'efficacité de ce moyen. Mais si tons les observateurs s'accordent pour proclamer les vertus de l'essence de téré* benthine, et nous pourrions dire sans doute de toutes les essences hydrocarbonées qui, comme celles de bergamote, de citron, de lavande, de copahu, de menthe, de macis, de moutarde, de romarin et de thym, empêchent la phosphorescence du métalloïde, on est loin de s'entendre sur le mode opé* ratoire de cette sorte de contre-poison chimique. Personne attribue à l'essence de térébenthine le pouvoir de s'opposer à l'oxydation du Phosphore avec lequel il pénètre dans la circulation et qu'il empêche ainsi de produire l'asphyxie en s'emparant de l'oxygène du sang. On a vu plus haut ce que
nous pensons de cette théorie du phosphorisme toxique, mise également en cloute par Currie et Vigier, qui, se prévalant de leurs résultats négatifs, ont nié la preuve expérimentale et la théorie des premiers observateurs. 11 me paraît cependant difficile de contester les bôns eflets de l'essence de térébenthine dans l'intoxication phosphorique. Seulement on peut se demander, avec un expérimentateur allemand , si l'innocuité du Phosphore n'est pas obtenue au moyen d'une combustion rapide, effectuée par l'ozone en dissolution dans l'essence hydrocarhonée, ou plutôt si, conformément aux vues exposées plus haut, l'essence de térébenthine, en incarcérant les molécules de Phosphore et s'opposant à leur combustion, ne supprimerait pas du même coup cette production d'ozone, cause d'usure rapide des globules sanguins et de tous les tissus organiques, à laquelle je rattache l'excitation physiologique des petites doses de Phosphore, aussi bien que les graves conséquences des quantités massives.
Usages. — Le Phosphore est un stimulant diffusible d'une extrême énergie, et dont l'usage est périlleux. Le praticien ne doit par conséquent l'administrer qu'avec la plus grande réserve, et se tenir en garde contre un emploi intempestif ou irrationnel. Aussi voulons-nous tout d'abord en poser les contre-indications.
Parmi les applications, qu'il faut réprouver, nous signalerons les affections caractérisées par de l'excitation nerveuse, circulatoire ou trophique : ainsi les convulsions toniques et cloniques, les contractures, les névroses d'origine hypersthénique, la périencéphalite diffuse avec paralysie générale, les phlegmasies de toutes formes et de tous sièges, les fièvres de toute nature, les exanthèmes fébriles, etc.
Les indications, déduites de nos connaissances sur l'action physiologique du médicament, peuvent se résumer en ces termes : La puissance stimulante •du Phosphore n'interviendra avec avantage que dans les maladies exemptes d'inflammation, de fièvre et même de toute excitation nerveuse ; elle est spécialement réclamée par les états morbides où prédominent la sédation cir- Xîulatoire locale et générale, l'abaissement de la calorification, l'épuisement des forces ou l'asthénie locale avec paralysie du sentiment et du mouvement.
Tels sont les états cachectiques consécutifs aux maladies longues et épuisantes, aux fièvres palustres, les convalescences difBciles, le tabès dorsalis, les paralysies anciennes d'origine cérébrale, médullaire ou périphérique quand il n'existe plus aucun signe d'irritation : hémiplégies, paraplégies, amauroses et autres paralysies partielles.
On s'est servi quelquefois du Phosphore pour rappeler les éruptions lentes à paraître ou rétrocédées; mais c'est surtout contre l'impuissance virile qu'il a été préconisé, bien qu'il ait bien souvent trompé l'attente du médecin et les espérances des malades, ou qu'il n'ait donné que des succès éphémères. Mon illustre maître Lallemand (de Montpellier), dont l'autorité était si grande dans la question du tabès, n'avait aucune foi dans ce moyen,
et les faits que j'ai vus de mon côté ne sont pas de nature à modifier l'opinion qu'il m'a transmise sur ce point.
Actuellement le cercle de la médication phosphorée s'est notablement restreint et ne renferme plus guère que les paralysies ou les affections analogues.
Le D'' Delpech, qui nous a si bien fait connaître l'intoxication par le sulfure j de carbone, se loue beaucoup de l'emploi du Phosphore pour dissiper les paralysies et l'impuissance qui caractérisent cet empoisonnement. Le Phosphore a pu également rendre quelques services dans les paraplégies dites, rhumatismales, hystériques, en un mot sans lésions organiques, ainsi que ; dans les hémiplégies de cause cérébrale, après extinction de tout phéno- ; mène irritatif et cicatrisation du foyer. Cet agent serait mieux indiqué encore j dans le cours des paralysies asthéniques diffuses, consécutives à la diphthérie i ou à d'autres maladies aiguës intenses. On l'a trouvé utile contre le trem- i blement mercuriel (N. Guéneau de Mussy, Isambert, Féréol); il passe j pour l'être dans la paralysie agitante et dans les diverses formes de la scié- \ rose médullaire affectant les cordons antéro-latéraux, mais surtout dans la 1 sclérose des cordons postérieurs, dont l'expression symptomatique se résume i dans la dénomination d'ataxie locomotrice qui lui a été imposée par Du- j chenue (de Boulogne).
Dujardin-Beaumetz, dont le zèle ardent pour la thérapeutique ne se dé- j ment pas, a été, dans ces derniers temps, le principal promoteur du traite- ^ < ment des tabescents et des paralytiques par les préparations phosphorées. Son exemple a été suivi par un grand nombre de praticiens, et de nombreux . succès semblent avoir couronné leurs efforts. Mais les revers sont encore plus nombreux, et quand le résultat s'est montré favorable, combien de fois ^ ! n'a-t-on pas été le jouet de coïncidences fortuites, d'illusions et d'erreurs de? j j toutes sortes? On oublie trop la marche natijrelle des maladies, leurs oscil- I lations, leurs reculs, leurs guérisons spontanées.
La marche de l'ataxie locomotrice, en particulier, est naturellement rémit- j j tentQ, ce qui explique les succès momentanés de toutes les médications, j sans compter l'influence du changement de milieu et de régime, sans parler j de cette complicité du malade, qui se persuade qu'il va guérir, et qui n'en- î registre que les symptômes favorables. Pour moi, quoique j'aie toujours administré le médicament avec l'expression d'une conviction réfléchie, il ne m'a pas été donné d'assister à un seul cas vraiment satisfaisant pour le thé- ,. rapeutiste. Quelques-uns des faits négatifs observés à l'hôpital Beaujon et recueillis par le D' Landrieux ont été reproduits dans les thèses des- D" Serée et Reulos (Paris, 1869). Ils ne sont guère encourageants, et je demeure convaincu qu'il ne faut pas attendre grand secours du Phosphore dans la plupart des affections contre lesquelles on l'a préconisé.
Le Phosphore ordinaire est un agent de stimulation rapide, violent, mais fugace, bon pour activer momentanément la combustion respiratoire, ranimer les fonctions languissantes, réveiller les organes moteurs et les sens
engourdis. Mais, comme il amène ce résultat en poussant à la dépense et non en apportant de la force, en excitant et non en fortifiant, il appauvrit au lieu d'enrichir. En définitive, le Phosphore ordinaire peut être employé pour galvaniser instantanément un organisme torpide : on ne doit pas compter sur lui pour restaurer et consolider une constitution délabrée, ni même un système nerveux épuisé par une affection chronique.
Qu'on s'en serve pour stimuler au sortir d'un empoisonnement par le sulfure de carbone, l'hydrogène sulfuré, les gaz irrespirables, ou pour fouetter l'hématose dans les anoxémies du croup, de l'asthme, des obstacles mécaniques au libre jeu de la respiration; qu'on lui demande d'exciter les forces radicales quand les fonctions sont enchaînées par une cause morbide, comme le choléra, ou bien encore quand l'asthénie résulte d'un état morbide accidentel : hémorrhagie, douleur physique, émotion morale, accès d'hystérie, maladie aiguë. Voilà, selon moi, les seules indications précises et conformes à la logique des faits.
Au contraire, dans les maladies chroniques-organiques, le phosphore ordinaire, auxiliaire d'un jour, devient bientôt un embarras et un ennemi. En pareille circonstance, ce serait au Phosphore amorphe qu'il faudrait, selon moi, s'adresser : à cette modification allotropique du phosphore qui, dénuée de toute action excitante ou irritante, jouit cependant de la propriété de s'intégrer dans les éléments, fibres ou cellules, du système nerveux, d'en élever la puissance fonctionnelle et de produire une véritable hyperesthésie en rapport avec cet accroissement d'activité et peut-être avec une nutrition plus régulière et plus complète. Les paralysies anciennes et les ataxies me paraissent surtout justiciables du phosphore amorphe, agissant en qualité de médicament constitutionnel, altérant ou mélatrophique.
Les usages externes du Phosphore sont peu nombreux et d'une utilité contestable. On l'a employé comme modificateur local des dermatoses squameuses invétérées, comme parasiticide contre l'acarus de la gale, comme caustique pour remplacer les autres moxas.
Récemment il a été vanté par Tavignot pour restituer au cristallin opacifié sa transparence normale. Mais les faits négatifs de Grosselin et de Maisonneuve ne permettent pas de croire au succès.
Préparations pharmaceutiques. — Doses. — Modes d'emploi. — Il ne s'agit ici ni de l'acide phosphorique ni des sels à acides dérivés du phosphore, y compris les hypophosphites, attendu que ces composés, dans lesquels le métalloïde est énergiquement retenu, ne peuvent donner tout au plus que les effets altérants. Pour obtenir les phénomènes d'excitation initiale, ou bien à un haut degré ceux de stimulation consécutive, il faut recourir soit au phosphore libre, soit aux combinaisons instables de ce corps simple, telles que les hydrogènes phosphorés ou les phosphures métalliques.
Le Phosphore libre, dans sa forme ordinaire, la seule usitée jusqu'à présent, s'administre en pilules de 1 milligramme au nombre de deux à dix par GUBLER, 2" édition. 33
jour. Il y en a plusieurs formules, dout la meilleure est celle de Trousseau où le phosphore est simplement incorporé dans de la mie de pain. Néanmoinj cette préparation est encore infidèle, puisque le phosphore s'oxyde à l'air et à la lumière. Il en est de même pour les pilules dans lesquelles le sulfure de carhone intervient comme dissolvant (Mandl, Mialhe et Gobley) sans avoir d'ailleurs l'inconvénient de contrarier notablement l'action du phosphore.
Les solutions sont généralement préférables. Nous n'en exceptons pas celle qui est faite à l'aide du sulfure de carbone, malgré l'antagonisme des j deux substances, parce que la proportion de la substance antagoniste est | peu considérable vu l'intensité de son pouvoir dissolvant. C'est, en effet, la | solution la plus chargée, chaque goutte contenant 3 milligr. du métalloïde, j On peut l'administrer diluée dans de l'huile ou incorporée à de la ma- ! gnésie. !
• La Teinture èlhérée de phosphore, ou Ether phosphoré, est composée de | 4 gr. de Phosphore pour 200 gr. d'éther sulfurique. On en prend dix gouttes i et au delà dans une potion.
Les solutions dans le chloroforme sont à peu près abandonnées. Celle de i Dujardin-Beaumetz, qui est au millième, introduit une trop grande | quantité de chloroforme, puisque chaque milligr. de phosphore ne comporte j pas moins de 1 gramme ou 30 gouttes de véhicule. A la vérité, les capsules ne contiennent chacune que dix centigr. de la solution; mais cela n'atténue pas l'inconvénient signalé, car il en faudrait prendre plusieurs à laioiB sii l'on voulait obtenir des effets physiologiques marqués.
Les solutions huileuses sont les meilleures de toutes, parce que le véhicule \ est inerte, fixe et conservateur. Il est pourtant nécessaire de prendre quelques précautions pour leur assurer toutes les qualités désirables, et malgré j j la détermination pondérale exacte des deux composants (Phosphore, 2 gr.; Huile d'amandes douces, 100 gr.), la préparation du Codex est éminemment j variable et conséquemment dangereuse. j
La solution huileuse de phosphore préparée par Méhu est très-perfec- j tionnée et mérite la préférence. L'huile est surchauffée à 250°, pour la dés- i hydrater et la décolorer; le phosphore n'y est ajouté que lorsqu'elle est r«- ; froidie. La .dissolution faite, on l'additionne d'un vingtième d'éther, .pour l'usage interne, ou d'essence de térébenthine, pour l'usage externe, afin d'empêcher la phosphorescence. Sa formule est : Phosphore, I gr. pour huile 500 gr.; elle renferme par conséquent 2 milligr. de principe actif par gramme.
Les capsules de Méhu contiennent chacune 1 milligr. de Phosphore. On en donne de deux à huit ou même dix par jour.
Le collyre de Tavignot ne renferme pas moins de 0,50 centigr. de Phosphore en dissolution dans 150 gr. d'huile d'amandes douces.
Glower a eu l'idée d'ajouler du Phosphore à l'huile de foie de morue; cette association n'est appelée à rendre le double service qu'on en espère