SOUFRE
sulfureuse, et que leurs émanations altèrent foîtement le brillant de l'argent métallique. Leur peau offrirait même un reflet jaunâtre perceptible pour des observateurs habiles et expérimentés. Enfin, on a été jusqu'à prétendre que leur sueur teint en jaune le linge qui s'en imbibe. Quoi qu'il en soit, le passage du soufre ou de ses dérivés par les glandes de la peau donne lieu à une irritation qui se traduit quelquefois par des exanthèmes multiformes, dont l'apparition est favorisée par l'action d'une température élevée.
Substances sy^ergiq'Jes, auxiliaires. — Comme excitant, le Soufre a pour auxiliaires les divers agents de la médication stimulante, notamment les huiles volatiles; comme catharlique, les purgatifs doux, tel que la magnésie ou la crème de tartre. Gomme altérant, il a pour analogues et parfois pour adjuvants l'arsenic, le phosphore et, jusqu'à un certain point, l'iode.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les sédatifs, les médicaments dits réfrigérants, le froid thermométrique, sont des antagonistes dynamiques du Soufre. Il en est de même des astringents. Mais ces différents agents incompatibles avec le Soufre, lorsqu'il s'agit d'en obtenir les effets stimulants, ne s'opposent nullement aux ] modifications constilulionnelles qui forment l'action altérante .du métalloïde. Le froid, le sulfate de quinine, le bromure de potassium, en sont probablement les antidotes dynamiques. Les contre-poisons chimiques seraient les substances capables de transformer le Soufre en acide sulfurique et en sulfates ou sulfures insolubles.
Usages. — L'action stimulante du Soufre est recherchée dans certaines dartres rebelles, dans les paralysies saturnine et mercurielie, dans les affections goutteuses et surtout rhumatismales, atoniques, afin de modi6er l'allure chronique de ces affections ou de provoquer une dérivation vers les émonctoires par lesquels le Soufre s'élimine. On se comporte de même visà-vis des catarrhes anciens ou liés à la diathèse herpétique, qu'ils aient leur siège dans le rectum, dans les organes génito-urinaires, ou bien dans les voies respiratoires. On s'en sert aussi comme moyen d'épreuve chez des malades manifestement enîachés ou simplement soupçonnés de syphilis, dans le but de provoquer l'apparition des symptômes spécifiques. C'est alors un moyen de traitement et de diagnostic tout à la fois.
En Islande on pi étend atténuer la fièvre primaire et secondaire de la variole par des fumigations de Soufre et par l'administration interne d'une solution aqueuse d'acide sulfureux (Kjaltelin).
L'action altérante du Soufre est recommandée par les uns dans la diathèse strumeuse, par les autres dans la diathèse herpétique ; mais celle ci est trop mal définie pour donner lieu à des indications précises. Cette action n'est peut-être pas moins utile dans les formes avancées de la syphilis constitutionnelle. L'acticm catharlique semble convenir spécialement aux sujets daryeux et scrofuleux, principalement lorsqu'ils portent quelques lésions intestinales dépendant de cette mauvaise disposition générale.
Enfin l'aotion laxiqjne 8.ur les organismes inférieurs est utilisée : 1» contre les parasites végétaux, parliculièrement contre le Microsporon furfwr du pityriasis mrsicolar; 2" comtre les parasites animaux inabitant, les uns la peau, comme le Sarcopte de la gale, les autres le canal alimentaire, comme les Ascarides lombriooïdes et les Oxyures.
Modes d'administhation et doses. — On emploie le Soufre sublimé^ la Fkur de Soufre lavée et le Soufre précipité ou Magistère de Soufre. Chacune de ces espèces a ses qualités particulières. Le Soufre sublimé, renfermant de l'acide sulfureux, ou du moins de l'acide sulfurique formé à ses dépens, possède des propriét-és irritantes qu'on peut utiliser dans certains cas d'afiections externes. Le soufre subUmé et lavé convient parfaitement pour l'usage interne et aussi pour l'usage externe quand l'irritation locale est à craindre. Le Soufre précipité, formé de granules moléculaires beaucoup plus . iénus, me paraît plus avantageux que h précédent, en ce sens qu'il doit se dissoudre plus aisément dans les alcalis et pénétrer plus rapidement et plus complètement dans la circulation; d'oùla possibilité d'en réduire notablement la dose dans la médication altérante.
La dose de fleur de Soufre lavée, pour obtenir des effets purgatifs, est de 10 à 15 grammes; elle n'est que de 2 à 4 grammes au plus, si l'on cherche l'action stimulante ou altérante du remède. Cette dernière quantité pourrait encore être considéiablement diminuée, si l'on faisait usage du Soufre précipité et si l'on avait soin de l'associer à quelque substance alcaline, comme le bicarbonate de soude ou l'eau de Yicby.
Les principales préparations de Soufre sont les suivantes : Tablettes ou Pastilles de Soufre, dont chacune contient 1 d.écigramme du. principe actif. Elles peuvient remplacerleseaux minérales sulfureuses sans en être l'équivalent, dans la plupart des cas où celles-ci sont prises à l'intérieur, et je les prescris habituellement dans la médecine des pauvres. Je recommmde toujours de les laisser fondre lentement dans la bouche, afin que la transformation en sulture de potassium, ou la dissolution dans le mucus, s'accomplisse mieux.
Pommade soufrée, formée de 1 partie de Soufre pour 3 parties d'axonge. Elle est usitée en frictions contre la gale. La. Pommade anlipsoriqup, formie de 1 partie de Soufre lavé, de 2 parties d'axonge et de 1/15 environ d'alun et de sel ammoniac, est plus efficace que la précédente. On fait aussi une Pismmade sulfuro-sawnneu&e composée de 1 partie de Soufre pour 2 parties de savon mou de potasse (Bouckardat). On fait aussi un Savon siUfureux d'un emploi très-commode.
Gémt soufré. Il se compose de 1 partie de Soufre pour S parties de véhi-
ouie*
La Pommade d'IMmerich renferme : fleur de Soufre, 2 parties; carbonate de potasse, 1 partie, et axonge, 8 parties. C'est le topique le plus fréquemment usité dans le traitement de la gale.
Le Baume de Soufre est une solution huileuse d£ Soufre sublimé et parliellemsnt transformé par le véhicule en sulfide hydrique. Ou l'applique sur
Jes ulcères et on l'administre à l'intérieur. Le Baume de Soufre anisé, formé de 1 partie du métalloïde ,en dissolution dans 4 parties d'essence d'Anis, est préférable au précédent, et se donne à la dose de 6 à 10 gouttes dans 'de l'eau sucrée.
Le Soufre s'emploie encore sous forme demellite. Eofin on l'associe , à ides stimulants et à des purgatifs.
Les eaux sulfureuses naturelles ou artificielles remplissent les mêmes indications que le métalloïde pur, en raison de leur minéralisation par les sulfures alcalins ou terreux, par le sulfide hydrique et même par le soufre précipité.
CHJLORE, Chlorum.
Angl. Chlorine. — AU. Chlor.
A l'état combiné, le Chlore est partout, principalement sous forme.de Xililorure de Sodium. L'Acide chlorhydrique libre se trouve au voisinage des volcans. De plus, Sprengel prétend que les plantes marines exhalent du Chlore gazeux, suitout la nuit.
Le gaz Chlore est soluble dans l'eau, et, mis en présence des matières •organiques, il les décompose souvent ens'emparant db leur hydrogène pour former de l'acide chlorhydrique.
Action physiologique, — Le Chlore est un iîrritajit topiqn-e et mêms un poison corrosif en raison de son énergique affinité pour l'hydrogène. Sa vapeur irrite violemment les voies respiratoires >et détermine une sensation de constriclion, de suffocation, ,une toux convulsive, le spasme de la glotte et de tout l'arbre aérien. L'accès se termine d'orditiaire par une abondante sécrétion de mucus bronchique, mais il peut s'ensuivre une véritable inflammation des voies aériennes. Lorsqu'elle est très-diluée dans l'air atmosphérique, la vapeur de Chlore ne fait pas tousser; seulement .elle occasionne dans les organes respiratoires une sensation de chaleur accompagnée d'accélération du pouls et delà respiration, et suivie d'expectoration. Les ouvriers «oumis à des émanations habituelles d« Chlore souffrent de dyspepsie acescente et de différents troubles gastriques : symptômes pouvant (être mis sur le compte de la digestion de l'éplhélium par l'acide chlorhydrique formé aux dépens du Chlore €t dissous dans les liquides bu ccaux incessamment •déglutis.
D'après Wallace, le Chlore gazeux dilué dans l'air ou la vapeur d'eau, mis Sia contact avec la peau, produit localement une sensation de piqûre et d« laorsure accompagnée de sueur, d'afflux sanguin et quelquefois suivie d'une éruption papuieuse et vésiculeuse.
Les phénomènes généraux qui succèdent à l'ingestion du Chlore sont, outre l'accélération du pouls et de la respiration, le mauvais état de la bouche, du gosier et de l'œsophage, avec rougeur et parfois ulcérations aphtheuses de ces parties, l'amaigrissement, enfin l'altération qualitative et quantitative des sécrétions urinaire etsalivaire.
Absorbé par les sui faces tégumentaires et porté dans le sang, le Chlore se transforme, au moins partiellement, en chlorure alcalin, mais il paraît (Wallace cité par Pereira) qu'il se retrouve aussi à l'état de corps simple dans l'urine, puisque celle-ci posséderait alors des propriétés décolorantes {bleaching properties).
En définitive, le Chlore est un irritant local, et par là un stimulant général. Agit-il aussi comme excitant dans le système circulatoire, où il semble pouvoir se maintenir en partie à l'état d'isolement? La chose est douteuse. Quant k ses effets calmants et antiphlogisliques (Albers), ils ne sont pas non plus suffisamment établis.
Substances synergiques auxiliaires. — Les hypochlorites alcalins et \ terreux (Chlorure de soude, Eau de Javel, Chlorure de chaux) sont très-semblables pour leurs effets et leur mode d'action au Chlore libre. Seulement ils commencent par laisser dégager leur oxygène (Balard), qui, à l'état naissant, brûle énergiquement les matières organiques ; ensuite le chlore devenu libre se comporte comme il vient d'être dit. , 1
Les antiputrides en général, qu'ils agissent en produisant la coagulation, ' ! en altérant la composition chimique de la matière fermentes cible ou du fer- f ment, en exerçant une action toxique sur ce dernier, ou bien de tout autre manière, sont les analogues et peuvent devenir les auxiliaires du Chlore.
Substances incompatibles, — Toutes les substances facilement attaquables par le Chlore doivent être éloignées des préparations où ce métalloïde est appelé à agir en vertu de ses affinités chimiques. De ce nombre sont : l'hydrogène sulfuré, l'acide cyanhydrique et l'eau de Laurier-Cerise, les matières colorantes, etc. Aussi a-t-on donné comme contre-poison du sulfide hydrique le Chlore, qui, à son tour, a été combattu chimiquement par le gaz ammoniac et par la vapeur d'alcool ou d'éther.
Usages. — Rarement le Chlore est usité pour son action irritante ou stimulante ; on l'emploie presque exclusivement comme antiseptique et désinfectant.
Les médecins ont fait respirer le Chlore dans les affeslions chroniques des poumons. Cette pratique ne me semble rationnelle que dans certaines formes d'asthme et de bronchite sèche,- à râles vibrants, pour provoquer le flux muqueux et favoriser ainsi le retour aux conditions normales de la respiration; ou bien dans la bronchite fétide et la gangrène pulmonaire. Encore serait-elle quelquefois périlleuse dans la première catégorie de cas et illusoire dans la seconde. Les fumigations de Chlore pur ou d'un mélange de Chlore et d'air ou de vapeur d'eau (Wallace), de même que les bains chlorés (Ziese), ont été recommandés dans les maladies du foie. Nous avons peine à croire au succès de ces moyens, et nous trouverions plus acceptables les inhalations de Chlore pouvant déterminer par action réflexe une cholirrhée plus ou moins abondante.
Au contraire, l'utilité du Chlore liquide est incontestable, lorsqu'il s'agit d'arrêter la décomposition putride dans une masse organique, oa de détruire
sur place un miasme ou un virus. Appliqué sur un chancre syphilitique, îl en neutraliserait le pus spécifique dont l'inoculation ne donnerait ensuite que des résultats négatifs ; introduit dans un foyer de putridité, il enlève instantanément aux liquides contenus leur fétidité et prévient leur décomposition ultérieure. Projeté sur des débris organiques, sur des déjections animales, il agit également comme désinfectant et antizymotique. Mais c'est à tort qu'on attribue la même puissance destructive à la vapeur de Chlore sur les miasmes gazeux répandus dans l'air atmosphérique. Gomme les organismes les plus inférieurs, ces miasmes sont très-résistants, et la faible proportion de Chlore qui peut se répandre même dans une atmosphère confinée est tout à fait insuffisante pour en altérer chimiquement la composition. Aussi n'a-t-on obtenu aucun résultat sérieux de l'usage des aspersions d'eau chlorée ayant pour but, dans les salles de malades, d'empêcher la propagation du choléra, de l'érysipèle, de la fièvre puerpérale, de la variole et des diverses maladies contagieuses ou infectieuses transmissibles d'un malade à un sujet sain.
Quelques personnes, faisant des données chimiques une application moins judicieuse encore, ont imaginé d'administrer le Chlore à l'intérieur, sous prétexte de neutrahser dans le sang les virus ou les miasmes producteurs de maladies générales dangereuses, telles que le choléra. Or, si l'action chimique du Chlore était efficace par rapport aux contages, elle le serait également pour détruire les globules sanguins et arrêter les actes indispensables à l'entretien de la vie; ou, si elle respectait l'organisme, elle serait nécessairement impuissante contre les agents morbides qui l'ont envahi. Il n'y a donc aucun fondement à faire sur de pareilles spéculations.
Le Chlore est un réactif utile dans la recherche du brome, de l'iode et des sels de morphine. C'est un antidote de l'acide cyanhydrique, de l'hydrogène sulfuré, du sulfhydrate d'ammoniaque et de la strychnine (Bardet).
Modes d'administration et doses. — Les inhalations de Chlore se pratiquent à l'aide d'un bocal à double tubulure rempli jusqu'au tiers environ d'une solution aqueuse de Chlore. L'un des tubes amenant l'air du dehors plonge au fond du liquide; l'autre, par lequel se fait l'aspiration, s'arrête dans la partie supérieure du flacon.
Par la voie stomacale on administre le Chlore dissous , dilué dans l'eau pure ou dans une potion (Chlore liquide, 2 grammes; eau, 100 grammes édulcorée aye^ du sirop d'écorce d'orange. On le donne aussi en gargarisme (Chlore liquide, 10 grammes; eau, 200 grammes) dans l'angine maligne et l'angine scarlatineuse de forme pultacée ou gangreneuse. La solution aqueuse de Chlore, concentrée, sert comme moyen désinfectant pour lotionner les plaies gangréneuses ou fétides, ou pour arroser les localités infectées ou malsaines. On en met dans une assiette sous le lit du malade dans l'idée erronée, selon moi, de détruire les effluves morbigènes. Cependant on fait dans ce but un usage plus ordinaire de la Fumigation Guytonienne, mélange de sel marin, de bioxyde de manganèse, d'acide sulfurique et d'eau, duquel, GuBLEB, 2" édition. 35
par la réaction réciproque de ses composants, se dégagent continuelletnent des vapeurs de Chlore.
Cette fumigation, ainsi que la solution aqueuse de Chlore, est liabituellement remplacée aujourd'hui par le chlorure de chaux liquide.
On prépare aussi une Pommade chlorée contre la gale, et l'on se sert de Charpie chlorée dans le pansement des ulcères sanieux et de la pourriture d'hôpital.
CDARBOIV VÉGÉTAL, Carbo 6 lirjno.
Angl. Wood Charcoal. — Ail. Kohle.
Le Charbon Irès-poreux est le meilleur pour l'usage médicinal. Les bois blancs en fournissent d'excellent. On donne généralement la préférence à celui des Saules ou des Peupliers. Tel qu'on l'obtient habituellement, le Charbon retient des produits pyrogénés acides, et sa macération dans l'eau distillée rougit le papier de tournesol (E. Derlon).
De même que le charbon animal, le Charbon végétal est un absorbant mécanique remarquablement actif. Il s'empare énergiquement de diverses substances, telles que l'acide sulfhydrique, les matières colorantes organiques, les matières odorantes et autres, dans les liqueurs qui les tiennent en dissolution. Il absorbe seulement 1,75 volume de gaz hydrogène et 90 volumes de gaz ammoniac.
Action physiologique et usages. — Appliqué sur une plaie ou sur la muqueuse stomacale, le Charbon végétal produit, par action mécanique et par assèchement de la surface, une sensation de picotement et de chaleur, diminue, le cas échéant, la tension gastrique et la flatulence, ainsi que la fétidité de l'haleine ou des éructations et des matières fécales, qu'il colore en noirâtre. Il fait cesser le mauvais goût dans -la bouche, augmente iappétit et améliore la digestion.
A part cette légère stimulation locale, tous les autres symptômes dérivent de l'action absorbante qu'il possède au plus haut degré. En diminuant la tension gazeuse, en s'imprégnant des acides de l'estomac, il calme la gastralgie et la dyspepsie flatulente et acescente. En faisant disparaître dans ses porosités l'hydrogène sulfuré et les substances odorantes, non-seulement il diminue l'odeur repoussante ^ies matières fécales dans la diarrhée due à l'entéro-colite ulcéreuse ou gangréneuse, mais encore il prévient l'absorption des produits putrides et l'empoisonnement de l'économie.
A l'Intérieur comme à l'extérieur, le Charbon agit de deux manières différentes : comme léger excitant et comme absorbant mécanique. On l'applique sur les ulcères sanieux ou gangréneux, sur les plaies à suppuration fétide, soit en poudre libre, soit à l'état pulvérulent, dans des papiers carbonifères ou des sachets de charpie carbonifère de Pichot. On s'en sert aussi quelquefois pour stimuler la cicatrisation des ulcères atoniques. C'est enfin un dentifrice utile par son action mécanique et absorbante. Il ralentit les progrès de la carie dentaire (Brachel).