ARGENT
Le Charbon végétal est souvent employé contre la dyspepsie flatulente,, l'acor et la pyrosis, comme moyen d'absorber les gaz et les acides en excès,, C'est par ce procédé qu'il calme les gastralgies concomitantes. On l'administre encore pour diminuer la puanteur ides matières fécales et s'opposer à la putréfaction des produits versés dans le tube digestif pendant les inflammations ulcéreuses et gangreneuses de l'intestin, symptomaticjues du typhus, de la fièvre typhoïde, de la dysenterie épidémique. Mais c'est à tort qu'on lui attribue (Gr. Weber) dans ces cas une action spécifique et une vertu préservatrice contre la contagion de ces maladies infectieuses.
En les absorbant dans ses porosités, le Charbon peut neutraliser les effets de la morphine, delà strychnine ou de raconitine,etc. Il peut donc être considéré comme un contre-poison mécanique de ces alcaloïdes. Le Charbon peut aussi rendre les mêmes services dans l'empoisonnement par le phosphore (Gubler, Eulenberg, Wôhl).
Pour l'usage interne on n'emploie guère en France que le Charbon de Peuplier lavé, préconisé par Belloc. Le charbon de Bouleau ou de Saule rendrait les mêmes services.
Le Charbon se donne à la dose d'une cuillerée à dessert ou à soupe qu'on peut renouveler plusieurs fois. Mais pour assurer l'efficacité de cette poudre, une précaution est indispensable : c'est de la faire parvenir sèche et pure au contact des substances à absorber; car si les pores en sont comblés préalablement par des liquides ou d'autres substances, le Charbon ne pourra plus s'imprégner de produits morbides.
Je recommande aussi l'usage d'une poudre de Charbon très-grossière de préférence à celle qui est plus fine. Pour amener cette poudre encore sèche dans l'estomac, il faut l'emprisonner dans du pain azyme et l'avaler à l'aide d'une gorgée d'eau pure.
Les Tablettes de Charbon qu'on laisse fondre dans la bouche n'ont pas grande valeur contre la fétidité de l'haleine, et les Lavements de Charbon ne me paraissent guère utiles dans la dysenterie. Mais le Cataplasme de Charbon est appelé à rendre quelques services dans les cas d'ulcères fétides et douloureux.
Substances synergiques. — Le Charbon de bois peut être remplacé par celui d'os. On l'associe fréquemment à la magnésie calcinée, qui est à la foie un absorbant antacide et un laxatif, ainsi qu'à l'eau de chaux, à la craie, ? l'oxyde de manganèse, qui ne possèdent qu'une seule de ces propriétés.
ARGENT, Argentum.
Angl. Silver. — Ail. Silber.
'L'Argent, Diane ou Lune des alchimistes, se rencontre dans le règne minéral seulement, à l'état natif ou bien en combinaison avec divers métalloïdes. Celui du commerce renferme souvent de l'or, de l'antimoine, de l'arsemc et du cuivre. On le purifie pour l'usage médical.
Action physiologique. — A l'état métallique, l'Argent est absolument
inerte. Malgré la présence dans l'estomac d'acides passablement énergiques, malgré celle des chlorures alcalins dans tout le tube digestif, l'Argent peut séjourner plusieurs mois dans le canal alimentaire, sans produire aucun effet appréciable, ce qui ne veut pas dire qu'il ne s'en dissolve aucune partie ni que son action soit absolument nulle.
Les sels d'Argent possèdent des propriétés styptiques et caustiques, seules en jeu dans leurs effets locaux. Cependant ils paraissent aussi doués d'une action spéciale sur le système nerveux, ce qui les a fait souvent employer dans les affections névropathiques ayant résisté aux traitements les plus rationnels. C'est ordinairement l'azotate lunaire dont on fait usage, mais l'action générale constitutionnelle ou altérante n'est pas attachée à cette combinaison spéciale : l'oxyde et le chlorure d'argent agissent de même. D'ailleurs, il est certain que le nitrate d'Argent est déjà en partie transformé dans la masse pilulaire et qu'il achève de se métamorphoser en chlorure dans les premières voies; c'est donc en définitive du chlorure d'Argent rendu soluble par son union avec du chlorure de sodium ou avec l'albumine, qui passe dans la circulation et produit les effets généralement attribués au nitrate. Ces effets, mal définis et imperceptibles dans l'état de santé, se manifesteraient exclusivement chez les malades par la cessation des symptômes morbides. Il est certain pour moi que si l'Argent est un modificateur puissant des troubles nerveux, son action doit se traduire par des phénomènes sensibles à l'état physiologique, seulement l'étude scientifique de ces phénomènes n'est pas encore faite et la démonstration reste à fournir. Des coliques observées chez les ouvriers qui travaillent ce métal sont vraisemblablement dues à la présence du cuivre, de l'antimoine ou de l'arsenic.
Usages. — L'Argent pur ne sert directement qu'à couvrir les pilules et indirectemeni à produire les composés d'Argent. L'amalgame de ce métal constitue une matière à plomber les dents cariées; il a l'inconvénient de noircir dans la bouche par l'hydrogène sulfuré qui s'exhale habituellement de cette cavité surtout quand les dents sont gâtées.
Pour les effets généraux et les usages ordinaires des préparations argentiques, voyez Nitrate d'Argent.
FER, Ferrum.
Angl. Iro7i. — AU. Eisen.
Le Fer, appelé Mars par les alchimistes, est l'un des métaux les plus répandus dans les trois règnes de la nature. Bien qu'en minime proportion dans le sang de l'homme et des animaux supérieurs, il en constitue néanmoins un élément essentiel. Il entre dans la composition d'un grand nombre d'eaux minérales qui lui doivent leurs plus importantes propriétés médicinales. Les eaux martiales carbonatées les plus connues, parmi celles qui ne sont pas gazeuses, sont celles de La Bauche, Aumale, Forges (Seine-Inférieure), Châteaugoutier, Provins, Cambo, Martigné-Briant, Bonne-Fontaine (Moselle), Dinan (Gôtes-du-Nord), etc., en France. Les principales
eaux gazeuses ferrugineuses sont, dans l'ordre de leur plus grande minéralisation, celles d'Orezza (Corse) , de Cayla, Montbrison, Spa, Cassuéjouls, Schwalbach, Neyrac, Griesbach, Andabre, Pyrmont, Vic-sur-Gère, Orlol, Sylvanès, etc. 11 faut y joindre des sources sulfatées ferreuses ou ferriques, telles que celles d'Auteuil, Passy, Celles, Grausac, de la Dominique et Saint- Louis-de-Vals, et peut-être la source ferrugineuse de Hammam-Meslsoutine (Algérie). Une petite proportion d'arsenic accompagne généralement le fer qui se trouve parfois associé au manganèse, comme à Luxeuil.
Action physiologique. — Le Fer métallique est d'abord inerte, ou plutôt il ne peut exercer qu'une action mécanique; mais dans l'estomac il rencontre des acides qui le dissolvent aisément, et dès lors il acquiert de l'aclivité moléculaire.
L'oxydation préalable du Fer qui va se combiner avec les acides met en liberté du gaz hydrogène, lequel, à l'état naissant, se combine avec le soufre de l'albumine et des aliments pour former de l'hydrogène sulfuré. Telle est l'origine des renvois nidoreux qui suivent l'ingestion des poudj-es de Fer métallique.
Les sels de Fer sont les plus salubres et les moins toxiques de toutes les combinaisons métalliques. Leur action topique, immédiate, généralement styptique ou astringente, parfois irritante ou caustique, sera mieux décrite à propos de chacun d'eux en particulier. Nous ne parlerons ici que des effets diffusés et constitutionnels, communs à toutes les préparations martiales.'
Quand le Fer, préalablement salifié ou consécutivement dissous par les acides gastriques, pénètre dans la circulation, on dit qu'il communique d'abord au sang des qualités plastiques en rapport avec l'action coagulante qu'il exerce sur les principes constituants du liquide sanguin. Puis il en augmente la richesse en fournissant aux hématies un élément indispensable à leur formation. Par cette double action il accroît la force du sujet, excite le système nerveux et la circulation, et va jusqu'à produire des phénomènes de pléthore et la fièvre. En un mot, le Fer est le type des médicaments réputés hématiniques, à cause de leur pouvoir sanguificateur. C'est un recorporant et un tonique analeptique par excellence.
Contrairement à la règle générale et à l'opinion reçue, les persels de Fer se réduisent à l'état de protosels pendant leur séjour dans le système sanguin (Cl. Bernard). Parvenus dans les différents émonctoires et séparés de l'albumine du sérum, qui en masque en partie les propriétés, les sels de Fer récupèrent alors toute leur puissance styptique, ce qui leur permet de diminuer la congestion sanguine des glandes, d'en resserrer le tissu, de modérer les sécrétions et de s'opposer aux hémorrhagies capillaires.
Le Fer a été suivi dans le sang de la veine porte et de ses subdivisions ; il a été retrouvé dans le lait et l'urine, ainsi que dans la bile. Mais il a encore d'autres voies d'?limination ; ce sont les organes caducs : épiderme, ongles, cheveux et poils en général, dans lesquels se retrouvent également les métaux ou métalloïdes normaux ou accidentels.
A forte dose, les préparations soliibles de Fer, sans être essentiellement nocives, produisent cependant du malaise, de l'anxiiUé précordiale, des nausées, des vomissements, et quelquefois une purgation. Il n'est pas rare non plus qu'à dose modérée, elles déterminent d'abord, sinon de la diarrhée, du moins une exonération répétée pav la stimulation exagérée de la muqueuse et, secondairement, de la tunique musculaire de l'intestin. Les préparations ferrugineuses sont plutôt eccoprotiques que cathartiques. A ce premier effet transitoire succède invariablement une tendance permanente à la constipation. Chez les sujets qui prennent des ferrugineux plus qu'ils n'en peuvent absorber dans l'estomac, les matières alvines sont constamment colorées en noir par le sulfure de fer formé dans l'intestin au moyen de l'acide sulfhydrique des résidus alimentaires.
Les esprits sont loin d'être fixés sur le mécanisme par lequel les martiaux ramènent le sang à ses qualités normales et restaurent l'économie. La plupart pensent que ces médicaments agissent tout simplement en fournissant l'un, des matériaux indispensables k la constitution des globules sanguins, et, nous pourrions ajouter, en favorisant la métamorphose des globules de la lymphe en hématies parfaites. Les autres, après Trousseau et Pidoux, arguant de ce que les aliments renferment toujours une quantité suffisante de Fer pour les besoins de la réparation du cruor, admettent comme action fondamentale de la part des préparations martiales une stimulation puissante exercée sur les grandes fonctions. J'ai fourni un appui à cette seconde manière de voir en faisant remarquer que des plantes languissantes et étiolées, c'est-à-dire privées de leur chromule, à la constitution de laquelle le Fer n'est pas indispensable, verdissent et reprennent de la vigueur,, comme feraient des anémiques dans des circonstances analogues , quand on les arrose avec une solution de sulfate de Fer (E. Gris). Il y a cependant une opinion mixte à faire valoir, et l'on peut dire, en invoquant, le fait gémérai de l'influence positive des masses sur les actions chimiques, qu'à certains organismes il faut présenter trop de Fer si l'on veut qu'ils en prennent assez.
Substances synergiques, auxiliaires. — Le Manganèse est congénère et synergique du Fer. Les auxiliaires de celui-ci sonl. les toniques de toutes sortes, et les acidulés, qui, le cas échéant, en assurent la solubilité et l'absorption. Gomme hémostatique, le Fer a pour adjuvants les balsamiques et les résineux, les astringents et l'ergot.
Substances antagonistes, incompatibles. — Les antagonistes: du Fer sont les débilitants et les fluidifiants, les émollients et la nicotine, les alcahns et les mercuriaux. Les incompatibles au moment de l'ingestion sont les alcalins, qui précipitent l'oxyde de Fer insoluble par lui-même, les sulfureux, qui donnent lieu à un sulfure insoluble; les astringants. tanniques, qui forment de l'encre et noircissent les dénis.
Bien que le Fer ne soit jamais vénéneux, par lui-même, la forme chimique sous laquelle on l'ingère, l'acide auquel il est uni, peuvent avoir des inconvénients plus ou moins sérieux. Le perchlorure fernique, par exemple, porté