‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 181 sur 293 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

mais parce que la dénutrition plus rapide remet en liberté du Mercure immobilisé dans les organes (Gubler).

Pour résumer l'action physiologique du Mercure, nous dirons qu'en se combinant avec l'albumine du sang, il devient une cause d'hypercrinie et même de phlogose, pour un certain nombre d'émonctoires dont la sécrétion se montre accidentellement albumineuse; que par le même mécanisme il dépouille le sang d'une partie de sa substance plastique ; qu'en outre, par une action spéciale indéterminée, il rend la fibrine déliquescente et s'oppose à la régénération des hématies, et que finalement il conduit l'organisme aux troubles les plus variés, à travers la dyscrasie sanguine et la cachexie. On trouvera des détails sur ce mode opératoire à l'occasion des sels mercuriels et notamment des chlorures hydrargyriques.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les véritables synergiques du Mercure, sont les antiphlogistiques, les débilitants et les fluidifiant?, tels que les alcalins, à haues doses.

L'oxygène de l'air, les acides, les chlorures alcalins, en favorisant la transformation saline du Mercure métallique et son absorption ultérieure, contribuent à son action physiologique.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes et contrepoisons. — Au point de vue de l'action pharmacodynamique, les antagonistes du Mercure sont les astringents, les toniques et les stimulants. Ce n'est pourtant pas là ce qu'on doit entendre par « incompatibles » dans la rédaction d'une formule. Au contraire, les urais incompatibles sont, à proprement parler, les adjuvants ou les agents qui transforment trop rapidement le Mercure en combinaisons solubles et excessivement actives. De ce nombre sont le sel de cuisine et les chlorures alcalins, l'acide cyanhydrique et les cyanures.

Inversement, le chlorate de potasse, qui s'oppose aux effets locaux du Mercure sur la bouche et les glaudes salivaires, devient un adjuvant du traitement hydrargyrique.

Les antidotes physiologiques ou proprement dits sont le chlorate de potasse et les toniques amers, astringents, reconstituants, ainsi que les stimulants : par exemple, le quinquina, les ferrugineux, les alcooliques.

Les contre-poisons chimiques des sels mercuriels sont les solutions albumineuses, le Fer st le Zinc métalliques très-divisés.

Usages. — Le Yif-argent a été plusieurs fois administré par la bouche en masse pesante, dans le but de dénouer mécaniquement l'intestin affecté de volvulus, et de rétablir le cours des matières, ou bien pour amalgamer et dissoudre des monnaies d'argent avalées par mégarde.

Comme anthelminthique, le Mercure n'agirait pas directement et par luimême sur les parasites renfermés dans le tube digestif; d'après l'opinion accréditée, il ne deviendrait toxique pour ces derniers qu'autant qu'il serait préalablement salifié. Tout en faisant quelques réserves à ce sujet, nous devons convenir qu'il donne peu de résultats quand il est administré en nature.

Le Mercure doit à ses propriétés purgatives et altérantes d'être employé comme antiphlogistique et antipyrétique ou fébril'uge. Mais l'eflet catbartique est demandé Je plus souvent au Galomel, quelquefois au Mercure métallique. L'effet altérant, au contraire, est habituellement obtenu à l'aide . du protoiodure ou du bicblorure hydrargyrique.

Le Mercure ne convient qu'aux sujets non débilités et point cachectiques, i atteints de phlegmasies plastiques ou de fièvres inflammatoires d'une inten- ' sité médiocre et d'une allure peu rapide. Dans les conditions inverses, il est ) inutile ou nuisible, parce qu'il n'arrive pas à temps, parce qu'il est illusoire et empêche d'agir plus efficacement ; enfin parce qu'il entraîne la dyscrasie et la cachexie. Ainsi ce métal ne donne que des résultats insufûsants ou incertains dans la péripneumonie et les inflammations phlegmoneuses des parenchymes ; mais il rend de grands services dans les phlegmasies des séreuses et les formes adhésives des inflammations en général. Cependant on le prescrit avec avantage dans certaines ophthalmies suppuratives. Dans ce cas, il agit en même temps comme antiphlogistique spécial et comme révulsif à la faveur de la salivation et de la stomatite.

C'est principale gient contre les accidents syphilitiques que se manifeste la . puissance du Mercure, sans qu'il soit possible de l'expliquer d'une manière entièrement satisfaisante. Son efficacité se montre surtout dans la période i secondaire ; néanmoins elle est incontestable encore dans les accidents plus | tardifs de la maladie spécifique, et l'expérience justifie la conduite de ceux i qui débutent toujours par les préparations hydrargyriques dans le traitement de la syphilis constitutionnelle avancée, quand bien même la forme hyper- • plasique des lésions semble réclamer instamment l'emploi de l'iodure de ; potassium. Pour ma part, je ne manque jamais de débuter par les hydrar- i gyriques dans le traitement de la syphilis constitutionnelle, alors jaême que ■ | j'ai affaire à des accidents tertiaires.

Les médecins croyaient généralement autrefois que la salivation était ii indispensable au succès d'un traitement hydrargyrique. II n'en est rien. Le ' ptyalisme et la stomatite n'ont même pas l'avantage de révéler la saturation . de l'économie, et n'offrent dès lors que des inconvénients, hormis le cas d'iritis, où la révulsion peut intervenir utilement. Beaucoup de praticiens i partagent cette manière de voir ; seulement ils n'en tirent pas tous la consé- i quence logique : c'est qu'il faut, autant que possible, empêcher cet inconvé» i nient de se produire. On y parvient en donnant la préférence à certaines ) préparations, et en prescrivant des doses minimes et répétées. Le Galomel i doit être soigneusement évité, et, si l'on n'a pas recours au sublimé corrosif, ! il ne faut pas donner habituellement plus de 5 centigrammes, par jour, de | proto-iodure hydrargyrique, ou bien une dose correspondante de Mercure \ métallique en plusieurs prises, distribuées à intervalles égaux dans les ■ \ vingt-quatre heures. En tout cas, il faut enrayer dès que la salivation se ' montre, à moins qu'à l'exemple. de Ricord on ne préfère administrer con- > curremment Je chlorate de potasse. 1

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Modes d'administration et doses. — A l'extérieur, le Mercure métallique s'emploie en frictions, incorporé dans un corps gras, ou bien sous forme à' emplâtre.

A l'intérieur, sauf des cas très-rares où il a été introduit à l'état de Mercure cru ou de Yif-argent, il se donne en pilules, éteint dans des graisses, des électuaires ; en tablettes et en poudre, où le métal est associé à de la craie. Enfin on le fait pénétrer sous forme de vapeur.

Les pilules mercurielles sont de plusieurs sortes :

1» Pilules de Barberousse ou Pikdes bleues {blue Fills des Anglais) : c'est du Mercure éteint dans de la conserve de roses.

2° Pilules de Belloste, dans lesquelles 5 centigrammes de Mercure sont associés à des purgatifs : aloès, rhubarbe, scammonée , et au poivre noir, ensemble 15 centigrammes.

Les Pilules contre l'eczéma de Biett et de Stôrck en dérivent.

3° Les Pilules de Sédillot et de Rayer sont formées de pommade mercurielle double (onguent napolitain), de savon médicinal et de poudre de réglisse. Chaque pilule, de 20 centigrammes, contient 1 décigramme d'onguent mercuriel. Elles ont pour analogues les Pilules de Lagneau, de Biett, de Plenck et de Martin-Solon.

Dans la médication altérante, ces diverses pilules, de même que les tablettes et la poudre d'Hydrargyrum cum Cretâ ou cum Magnesiâ, se donnent en nombre tel, qu'elles Représentent 10 à 20 centigrammes de Mercure par jour. Il serait avantageux d'en réduire encore la dose pour un traitement de longue portée. On peut au contraire en donner des quantités un peu plus fortes pour obtenir concurremment une action purgative. De grands praticiens préfèrent ces préparations ^ toutes les autres, pour le traitement de la syphilis.

Le Mercure à la craie paraît spécialement convenir à la sypbilis infantile. Jj'Eau mercurielle, obtenue par l'ébuUition de l'eau sur le Mercure, n'est plus guère usitée.

Les Cigarettes mercurielles (Trousseau), dans lesquelles entre le bichlorure, laissent exhaler la vapeur de Mercure métallique par la formation du chlorure de potassium et la réduction du deutoxyde hydrargyrique au contact du charbon. Elles peuvent rendre quelques services dans les cas de lésions syphihtiques des premières voies, et chez des sujets dont les organes digestifssont en mauvais état.

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