DEUTOCHLORURE DE MERCURE, SUBLIMÉ CORROSIF, BICHLORURE
avec plus de modération et de lenteur, ces phénomènes n'en existent pas moins dans le cours d'un traitement prolongé, et tout porte à croire qu'ils sont les premiers dans l'ordre chronologique aussi bien que dans l'ordre hiérarchique. Voici comment se déroulent à mes yeux les phénomènes de l'hydrarg}'risme constitutionnel, obtenu à l'aide du Sublimé corrosif ou de toute autre préparation mercurielle.
1° Le Mercure contracte avec les matières protéiques du sang et autres, une sorte de combinaison méritant la dénomination à'albuminate hydrargyrique.
2° La présence du métal dans le plasma communique à celui-ci un défaut de coagulabilité dû à la transformation de la fibrine élastique en fibrine déliquescente et à l'altération des parois des hématies, qui perdent leur faculté d'adhésion réciproque.
3" En même temps le Mercure favorise le dégagement de l'acide carbonique et l'absorption de l'oxygène, c'est-à-dire l'oxygénation des globules, mais non l'oxydation ultérieure qui est l'essence même de l'hématose, puisqtie la coloration rutilante, artérielle, ne fait point place à la teinte sombre du sang veineux. Ainsi s'explique le ralentissement de l'hématose et la "sédation circulatoire.
4° L'altération ultérieure des hématies demeurées inertes et devenues inutiles, leur rapide destruction rend compte de l'anémie et de l'abaissement graduel des forces, symptômes qu'augmentent encore les pertes d'albumine effectuées parles sécrétions,
5° Cette même dénutrition globulaire, jointe au défaut de consistance de la fibrine et à la prédominance albumineuse (superalbuminose sanguine), explique l'albuminurie dyscrasique.
6» L'état hypoglobulique et aplastique du sang donne également la raison non pas d'un arrêt absolu du mouvement trophique, mais bien de la prédominance de la désassimilation dans les organes normaux et de la cessation des formations iadventives avec régression et résorption consécutives des éléments néoplasiques, embryonnaires, qui n'ont pas encore acquis droit de domicile dans l'organisme.
7° Ces altérations nutritives des liquides et des solides sont le fond même de la Cachexie mercurielle.
On voit qu'à certains égards l'action du Mercure est assez voisiiie de celle de riodure de potassium. L'un et l'autre entravent la nutrition, avec cette différence que le mercure arrête surtout le mouvement de composition tandis -que l'iode fait prédominer la désassimilation.
Substances synergiques, auxiliaires. — Sous le rapport de ses effets locaux, le Sublimé corrosif a pour analogues les autres parasiticides et agents caustiques. Gomme modificateur du sang et de la nutrition, il trouve ses auxiliaires ou ses semblables dans les antiphlogistiques, les antiplastiqùôs, et spécialement dans les autres mercuriaux (voy. Protochlorure de Mercure), ainsi que dans l'iodure de potassium.
SUBSTANCESANTAGONISTES, INCOMPATIBLES.— Antidotes, CONTRE-POISONS.
— Gomme préparation mercurielle, le Bichlorure hydrargyrique a pour antagonistes, pour incompatibles et pour antidotes physiologiques les mêmes agents dont nous avons montré l'opposition avec le Calomel (voy. ce mot).
Gomme poison corrosif, le Sublimé a pour correctifs les boissons aqueuses et mucilagineuses, les narcotiques, et principalement l'opium ; pour contrepoisons proprement dits, le mélange de limaille de fer et de zinc, proposé par Bouchardat dans le but de décomposer le sel mercuriel, mais surtout l'albumine, qui, bien qu'elle redissolve dans un excès de sa propre masse le précipité d'albuminate de Bichlorure hydrargyrique primitivement formé (Lassaigne), n'en dissimule et neutralise pas moins les propriétés irritantes du Deutochlorure de Mercure. Elle n'a, dans cette circonstance, qu'un inconvénient : celui de ne pas s'opposer à l'absorption ultérieure du composé mercuriel. Il faut un blanc d'œuf pour neutraliser 25 centigrammes de Sublimé corrosif (Peschier).
Usages. — Quoi qu'il en soit de son mode d'action, ' le Sublimé corrosif, ainsi que les autres mercuriaux, réussit à merveille dans la période secondaire de la syphilis constitutionnelle et même au début du traitement de toute syphilis, quelque tardives qu'en puissent être les manifestations.
Les effets altérants sont quelquefois utiles dans l'herpétisme et différents états morbides diathésiques.
Le Sublimé sert encore à d'autres titres contre les affections cutanées, attendu qu'il possède, en commun avec toutes les préparations mercurielles solubles, la propriété de tuer les organismes inférieurs des deux règnes. Voilà ce qui fait que la Liqueur de Van Swieten réussit contre les affections cutanées reconnues parasitaires, et contre d'autres encore dans lesquelles le parasite n'est pas généralement admis ou ne joue qu'un rôle secondaire. De ce genre est le prurigo pudendi, si fréquent chez les sujets diabétiques, surtout ceux du sexe féminin, et dans lequel j'ai découvert des spores de ferment retrouvées également par Friedreich, et même des filaments articulés et ramifiés, semblables à ceux de la Mucédinée du muguet. Gomme parasiticide, la Liqueur de Van Swieten est journellement prescrite contre les herpès circiné et tonsurant, les éphélides hépatiques et l'eczéma du pourtour de l'anus et des parties génitales.
On ne demande jamais au Bichlorure hydrargyrique comme au Galomel ses effets anliphlogistiques dans les maladies aiguës.
A l'extérieur, outre les applications mentionnées ci-dessus, on l'emploie encore pour stimuler et modifier avec le temps les lésions chroniques de la peau et des muqueuses, spécialement celles d'origine syphilitique. On s'en sert aussi avec d'autres cathérétiques ou caustiques : le sulfate de zinc, le perchlorure de fer, le chlorure d'antimoine, l'arsenic, pour cautériser la surface des chancres, les ulcères cancéreux, les morsures des chiens enragés et les plaies envenimées.
MûDES d'administration et doses. — Le Deutochlorure de Mercure,
PERCHLORURE DE FER.
étant soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, peut être administré dissous dans
l'un de ces trois véhicules, ou bien en substance dans une masse pilulaire.
Sous l'une ou l'autre forme, il se donne à l'intérieur à la dose de 1 à 4 ou
5 centigrammes par jour.
Les Pilules de Dupuyùren renferment chacune 1 centigramme de Sublimé corrosif et autant d'extrait d'Opium, avec 15 centigrammes de matière inerte:
extrait de Gayac, mie de pain ou gluten.
La Liqueur de Van Swieten, désignée dans le Codex sous le nom de Deutochlorure de Mercure en solution, est formée par 1 gramme de Sublimé
corrosif préalablement dissous dans 100 grammes d'alcool, puis dilué dans 900 grammes d'eau. C'est donc une solution au millième. La dose est d'une
cuillerée à café, représentant environ 5 milligrammes de substance active, ou d'une cuillerée à soupe, environ 15 milligrammes de Sublimé, à prendre une ou deux fois par jour dans de l'eau sucrée ou de l'eau albumineuse, et de préférence dans du lait.
A l'extérieur, on emploie la solution de Sublimé pour lotions : 1° contre les éphélides (Hardy), à la dose de 50 centigrammes, dissous dans quantité suffisante d'alcool, avec sulfate de zinc et acétate de plomb, ââ 2 grammes, dans environ 250 grammes d'eau; 2» contre les démangeaisons (formule de la Liqueur de Van Swieten), avec addition d'alcoolat de Menthe (Henry) ou de camphre (Gazenave). Une préparation officinale répond particulièrement à ces usages topiques, c'est Y Eau phagédénique composée de: Deutochlorure de mercure 40 centigrammes, Eau de chaux 120 grammes.
On prépare un Bain de Sublimé avec 1 5 à 20 grammes de Sel mercuriel dissous dans quantité suffisante d'alcool, ou bien avec 10 à 15 grammes et une égale quantité de sel ammoniac, dans 500 grammes d'eau .qu'on verse dans l'eau d'une baignoire de bois de 200 à 300 litres. Il faut d'autant moins de Sublimé corrosif que la baignoire est plus petite et que la peau est couverte d'un plus grand nombre d'ulcérations, ou tout au moins d'excoriations susceptibles d'absorber le médicament. La taille du sujet et son âge importent peu.
La Pommade de Cyrillo, qui contient 1 gramme de Sublimé pour 8 grammes seulement d'axonge, est dangereuse et doit être atténuée pour devenir d'un emploi facile.
Le Sublimé entre aussi dans des trochisques escharotiques. Ceux dits de Minium lui doivent leurs propriétés actives.
On a préparé un CoUodion caustique avec le Sublimé (4 grammes pour 30 grammes de cullodion) pour enduire des surfaces atteintes d'ulcérations syphilitiques (Macke), et un CoUodion abortif contre les pustules de variole (30 centigrammes seulement de Sublimé pour 30 grammes de collodion élastique).
Enfin, Trousseau a fait confectionner des Cigarettes mer curielles au Bichlorure hydrargyrique, dont on fume une ou plusieurs par jour pour modifier directement, par la vapeur de mercure, les surfaces du pharynx, du larynx et des fosses nasales atteintes de lésions syphilitiques.
PERCilLOituuË DE FEH, Clilorurelum ferricum.
Angl. SesquiclUoride of Iroii, Ferchloride of Iran. — Ail. Ferrum mquicliloralum, Eiscnclilorid.
Le Perchlorure de Fer (Fe''Gl='), volatil, soluble dans l'eau, l'alcool et l'ëther, se rencontre très-rarement dans le règne minéral. Les eaux naturelles d'Alexisbad et de Bukowine contiennent du Protochlorure de Fer (FeCl).
Action physiologique. — Le Perchlorure de Fer est probablement le plus énergique de tous les astringents. C'est, sans aucun doute, la plus puissante des préparations martiales pour ses effets topiques, car il ne se borne pas à produire l'asiriction des tissus, mais il devient irritant et caustique lorsqu'il est en solution concentrée, marquant, par exemple, 45" à l'aréomètre de Baumé. A ce degré, il coagule l'albumine ainsi que les autres substances protéiques, et forme une escharre superficielle, brunâtre. Quand on prend à l'intérieur de trop fortes doses de solution de Perchlorure ferrique, il produit dans les premières voies des désordres semblables, et donne lieu à des symptômes d'inflammation gastro-intestinale qui ont entraîné la mort, dans un cas où le sujet avait avalé environ 45 grammes de solution concentrée.
Le Perchlorure de Fer, pris à petites doses, s'unit aux matières albuminoïdes du mucus des premières voies, et pénètre sous cette forme dans la circulation. L'absorption en est d'autant plus facile que le coaguhim albumineux formé parle Perchlorure de Fer se redissout dans un excès du sel ferrique et aussi dans de nouvelles proportions d'albumine, ainsi que je m'en suis assuré par des expériences faciles à répéter. La solution albumineuse de Perchlorure ferrique me semble même excellente pour introduire cet astringent et cet hémostatique puissant dans la circulation sanguine, sans offenser les premières voies, attendu que le suralbuminate chloroferrique est à la fois soluble et dénué de toute action irritante.
Les effets du Perchlorure de Fer ne sont pas ceux des ferrugineux en général. Absolument ou difficilement décomposable, incapable par conséquent de céder son métal au plasma ni aux éléments embryonnaires des hématies, il ne saurait agir en qualité de reconstituant à la manière des préparations martiales instables, habituellement usitées contre l'anémie et lâ chlorose. En revanche, il offre, à un plus haut point que toutes les autres, les propriétés antiphlogistiques et antipyrétiques, le pouvoir de resserrer les tissus, de rétracter les vaisseaux sanguins, de diminuer par conséquent les liypérémies morbides, et d'augmenter la tension vasculaire. Cet effet remarquable se fait principalement sentir quand le sel ferrique, séparé de l'albumine par un émonctoire dont le produit est exempt de cette substance protéique, retrouve alors toute sa puissance slyptique. C'est ce qui a Heu précisément dans les reins. Ainsi s'explique l'efficacité du Perchlorure de Fer pour diminuer la congestion de ces organes, arrêter la néphrorrhagie, augmenter la diurèse et tonifier la surface interne de toutes les voies urinaires.
PERCHLORURE DE FER. 619
L'excès du Perchlorure de Fer non absorbé agit comme astringent sur le tube digestif dont il stimule d'abord la contractilité, ensuite il amène la constipation et colore en noir les matières fécales.
Usages. — Modes d'administration et doses. — La Perchlorure de Fer n'est pas employé à l'état solide. On en prépare des solutions aqueuses plus ou moins concentrées, dont la plus forte marque 45" B. La plus haute puissance de la Solution officinale du Codex ne dépasse pas 30° avec une densité de 1,26. Il en est de même de celle d'Adrian, qui, bien qu'elle rougisse encore énergiquement le papier de tournesol, se distingue par sa parfaite neutralité chimique , ce qui lui enlève beaucoup de ses propriétés irritantes, caustiques, et lui donne une supériorité incontestable dans la médication interne.
L'addition de proportions plus ou moins considérables d'eau distillée donne à la liqueur fondamentale des titres décroissants depuis 25", 20°, 15° jusqu'à 10" B.
Les premières applications du Perchlorure de Fer, faites par Pravaz et encouragées par Lallemand, ont eu pour but la coagulation du sang dans les vaisseaux et la cure des anévrysmes. Aujourd'hui ce composé est également usité en médecine et en chirurgie, et la monographie du docteur Deleau, médecin de la Roquette, constate le rang élevé qu'il occupe dans la thérapeutique interne et externe.
En même temps qu'elle s'est généralisée, la méthode de Pravaz s'est modifiée dans le sens des résultats expérimentaux obtenus à Alfort par Goubaux et Giraldès. Ces observateurs ont montré que, pour obtenir un caillot non fluidifiable, il ne faut pas se servir de la solution escharotique à 45° ou 40° B., mais bien de la solution normale du Codex, et que, pour avoir un caillot d'emblée solide, il ne faut pas que le titre descende au-dessous de 20°.
L'opération consiste à injecter dans l'intérieur de la poche anévrysmale, à l'aide de la petite seringue imaginée par Pravaz ou de la modification de Lûer, des gouttes de solution officinale de Perchlorure ferrique en nombre variable, suivant le volume de l'anévrysme, et conséquemment de la masse de sang à coaguler.
Le premier phénomène produit est la solidification du sang touché par le sel ferrique {caillot primitif) ; immédiatement après vient la coagulation spontanée du sang arrêté par ce bouchon solide {caillot secondaire). Puis l'épanchement de lymphe plastique dans le canal de l'artère amène l'adhésion du coagulum à ses parois. Ultérieurement se fait la résorption des parties chimiquement désorganisées, l'hypertrophie de la tunique moyenne, l'enkystement du caillot, la disparition du caillot secondaire et des exsudats plastiques; enfin l'occlusion de l'artère.
Mais il survient parfois des accidents, savoir : la désagrégation et la formation d'embolies multiples ; la dissolution de la masse coagulée, soit immédiatement par un excès de Perchlorure, soit plus tard, par le choc du
sang qui vient battre contre l'obstacle ; rinflammation suppurative du sac, la gangrène des parties circonvoisines, et la mort peut arriver, soit comme conséquence de ces désordres locaux, par le fait de l'infection purulente ou de la migration des embolies.
L'injection de la solution officinale de Perchlorure de Fer a été pratiquée également dans le but d'obtenir la cure radicale des varices. Cette solution constitue un topique puissamment styptique, très-fréquemment usité contre les hémorrhagies traumaliques ou du moins externes , c'est-à-dire occupant une région directement accessible, tel que le col de l'utérus (Guersant, etc.).
On peut s'en servir de même pour modifier des plaies de mauvais caractère, favoriser la cicatrisation des trajets fistuleux. C'est, assurément, l'un des meilleurs cathéréliques à opposer aux accidents primitifs de l'angine maligne, diphthérique, gangréneuse, ou sphacélo-diphthérique, parce qu'il ne cautérise pas profondément, et ne fait, pour ainsi dire, que tanner ou momifier les pellicules couenneuses et les eschares.
Diluée, la solution normale constituerait un bon modificateur local de la blennorrhée et de la leucorrhée (Barudel, Guibert). Deleau prescrit une Pommade au Perchlorure ferrique contre la teigne, l'acné, la mentagre et diverses dartres rebelles.
Quelques gouttes de solution à 20°, instillées entre les paupières, ont réussi à faire disparaître des pannus et des kératites vasculaires (Follin, Gosselin, Nélaton, etc.). La solution à 45° est réservée actuellement pour les cas où l'on a besoin d'une action caustique : par exemple, quand il s'agit de cautériser un chancre et de neutraliser le virus syphilitique, ou bien de détruire des végétations, des tumeurs érectiles (Yvonneau, Leclercq, A. Thiéry), de désinfecter des tumeurs cancéreuses ulcérées et saignantes (Kivisch).
A l'intérieur, le Perchlorure de Fer a été administré avec succès à la dose de 20 à 40 gouttes de solution normale, soit en capsules (Deleau), soit en potion dans les hémorrhagies viscérales, notamment dans le purpura hœmorrhagica. On l'a donné aussi dans la diarrhée chronique, même dans la bronchite et le catarrhe pulmonaire (Deleau), dans les pyrexies, telles que la fièvre puerpérale ou la fièvre typhoïde, et plus récemment dans l'érysipèle, afin de diminuer l'intensité de la fièvre, de la plilegmasie cutanée et d'abréger la durée du mal (Bell, etc.).
Quand on veut obtenir les effets astringents immédiats de la solution de Perchlorure de Fer, il faut l'administrer isolément et plus ou moins étendue d'eau, selon les cas. Ainsi, pour agir localement sur l'œsophage ou sur l'estomac, soit pour en arrêter les hémorrhagies, soit pour les tonifier, on prescrira une potion composée de 20 à 30 gouttes de Solution officinale; eau distillée, 100 à 150 grammes, et sirop de sucre, 15 à 30 grammes, sans addition d'aucune substance organique capable de masquer le Perchlorure. Mais cette précaution est superflue, si l'on recherche uniquement les effets