CHAPITRE VI
BROMURES
BROMURE DE POTASSIUM, Bromuretum potassicum.
Angl. Bror)iide of Potassium. — Alh Bromkalium.
Le Bromure de Potassium (KBr) existe dans l'eau de la mer, dans les eaux mères des salines et dans une foule d'eaux minérales qui s'en rapprochent, conjointement avec le Bromure de Sodium et les iodures alcalins. On en trouve une proportion plus ou moins forte dans les eaux chlorurées de Balaruc, de Bourbou-l'Archambault, de Bourbonne-les-Bains, de Hombourg, Kreuznach, Nauheim, Niederbronn, Salins, Soden, dans les eaux de Contrexéville, dans les eaux alcalines de Cusset, et les mixtes de Boyat. Celles de Challes contiennent du Bromure de Sodium. Enfin on trouve aussi du brôme dans les eaux sulfureuses de Baréges, de Saint-Honoré et de Vernetles-Bains. Dernièrement Babuteau a annoncé l'existence du Brôme normal dans l'organisme humain.
Action physiologique. — Nous n'avons qu'à répéter textuellement ce que nous écrivions sur ce sujet dans la première édition de nos Commentaires thérapeutiques. Les observations cliniques ont ajouté quelques détails à nc«= tre première description, les expérimentations sur les animaux ont confirmé et sur quelques points complété notre manière de voir sans y rien changer d'essentiel et de fondamental. Le Bromure de Potassium, d'une saveur salée avec un arrière-goût amer et désagréable, exerce localement sur la peau dénudée et les muqueuses une irritation d'autant plus marquée, que la solution est plus concentrée. Cette action se fait sentir assez vivement au passage dans la gorge chez les sujets atteints de pharyngite granuleuse, d'inflammation érylhémateuse ou ulcéreuse de l'isthme et du gosier. Il en peut résulter une exaspération du travail inflammatoire et de la dysphagie, parfois de la toux spasmodique. ■> f ^ ^
Bans l'estomac, ce sel, administré à doses massives, donne lieu d'abord à une excitation se traduisant par une sensation de chaleur, ou comparable à
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l'aiguillon de la faim. Après ce premier effet direct, analogue à celui que déterminent les prmcipaux narcotiques sur la peau dénudée, le Bromure de Potassium absorbé produirait sans doute, topiquement, ses effets sédatifs spéciaux, comme font l'atropine et la morphine consécutivement à leur pcnétralion dans les tissus ; mais celte action exigerait un contact plus prolongé que le temps nécessaire à la déglutition, en sorte que l'anesthésie du pharynx et du voile palatin serait difficilement obtenue par ce procédé.
Le Bromure alcalin, jouissant comme l'iodure d'une excessive faculté de dialyse, s'absorbe par les muqueuses avec une remarquable facilité. Il s'ensuit des modifications considérables du côté des grandes fonctions. Le médicament ralentit et régularise les révolutions cardiaques; il réduit aussi le développement du réseau capillaire sanguin et diminue la calorification, et conséquemment la sensibilité périphérique dans ses trois modes : tactile, douloureux et caloriscient ou thermes ihésique. Celte action peut être poussée jusqu'à l'analgésie complète de la peau, qui peut être piquée, pincée et brûlée sans que les sujets en aient conscience : jusqu'à l'affaiblissement de la vue et de l'ouïe, et jusqu'à l'insensibilité de l'isthme guttural ainsi que du pharynx.
A. Voisin pense que les phénomènes réflexes sont seuls abolis dans ces dernières régions ; le fait est qu'on retrouve la sensibilité tactile à peu près entière chez des sujets qui ont absolument perdu les mouvements automatiques de la déglutition et du vomissement en rapport avec la titillation des parties constituantes de l'isthme. Cependant la sensibilité tactile de cette région devient elle-même obtuse ou nulle, quand la dose est forte et suffisamment renouvelée. D'un autre côté, on a pu toucher la conjonctive avec le doigt sans provoquer le clignement.
En même temps il se produit un sentiment de langueur intellectuelle, de feiblesse musculaire et d'abattement général accompagné de frigidité ou même d'impuissance. Des doses moyennes de 2 à 4 gr. longtemps continuées produisent tous ces effets, et j'ai fait une remarque, consignée dans la thèse du docteur Materne, c'est que le caractère devient mélancolique même chez les paralytiques généraux affectés auparavant de délire ambilieux. Et, quand la dose est très-élevée, on observe l'affaiblissement de la mémoire, l'obtusiou de l'intelligence, la céphalalgie, le vertige, l'étourdissement, la titubalion, la somnolence, l'impossibilité de la station verticale, la résolution musculaire, l'incontinence des matières fécales, la syncope (W. Sander). En outre Féréol a noté dans un cas d'empoisonnement bromique que le pouls était lent et faible, et les pupilles dilatées. Le nombre des pulsations peut tomber jusqu'à 46 à 48 par minute. Pletzer a vu la température baisser, pendant le bromisme, de 1° à 2° G. en même temps que le pouls se ralentissait et que le cœur s'affaiblissait. Martin-Damourette et Pelvet ont constaté aussi dans leurs expériences que la température baisse d'abord au lieu d'injection et ensuite dans tout l'organisme.
Cette ivresse bromique observée depuis moi par plusieurs cliniciens (Fé-
réol, Pletzer, Marcq, Namias, etc.) est essentiellement inverse de l'ébriété alcoolique, iodique ou thébaïque ; il n'y a pas de période d'excitation, tous les phénomènes énumérés ont lieu directement par défaut de siimulus ou par abincitation. Je les ai vus très-intenses chez un de mes maîtres (Natalis, Gruillot), qui avait avalé d'un trait une fiole contenant 10 grammes de Bromure de Potassium en dissolution dans 60 grammes d'eau.
Souvent la sécrétion rénale est accrue d'emblée et l'activité se maintient tant que dure l'administration du médicament (Gubler, Bidd, etc.). Quelquefois la diurèse est d'abord peu augmentée, puis il survient tout à coup un flux d'urine et même de l'incontinence nocturne. Si la quantité de Bromura est très-massive, le rein peut s'irriter, la diurèse aqueuse diminuer (Gilb- 1er), et l'abuminurie survenir (Pletzer). La salive est ordinairement plus abondante. Il n'y a pas d'accroissement notable des autres sécrétions. Cependant Féréol a vu un coryza abondant suivre l'ingestion d'une dose de 20 gr. de Bromure ne contenant pas trace d'iodure de potassium.
Les urines et la salive sont les principales voies d'élimination du Bromure alcalin, qui s'échappe cependant en proportion sensible par les glandes sudorales et révèle sa présence par des éruptions érythémateuses, vésiculeuses ou aenéiformes, qui suivent, chez les personnes susceptibles, l'usage prolongé du Bromure de Potassium. A. Voisin a décrit minutieusement ces lésions cutanées, Hameau a vu une couronne de papules cuivrées autour du front, et Weir P> itcheil a cité les cas de deux épileptiques chez qui des pustules de rupia furent suivies d'ulcérations. L'abus de ce médicament entraîne du catarrhe stomacal et exceptionnellement des symptômes sérieux de gastro-entérite, mais il n'est pas rare que cet agent donne lieu à du relâchement de corps et même a de la diarrhée. Hameau a vu la mort survenir, à la suite du bromisme chronique, au milieu d'un accès de violente gastralgie, avec du délire, la petitesse et la fréquence du pouls, et des symptômes d'asphyxie. De tels accidents s'expliqueraient par la présence d'un ulcus rotundum. Namias (de Venise) a trouvé du Bromure de Potassium non-seulemsnt dans la salive et l'urine, où je l'avais cherché avec succès, mais encore dans le sang et différents liquides de l'économie, ainsi que dans le cerveau, la moelle, le foie, les poumons, etc. Le m'ême observateur remarque qu'après l'administration du bromure de fer il passe beaucoup de brome dans l'urine et peu de fer, soit parce que, comme il le dit, le fer reste dans le sang, soit parce que , comme je le crois , il est principalement éliminé par la bile.
Selon Bidd (de Philadelphie) ce ne serait pas du Bromure de Potassium qu'on retrouverait, mais bien du Bromure de Sodium formé par double décomposition en présence du Chlorure de Sodium. Du Chlorure de Potassium prendrait aussi naissance et serait éliminé par les reins, ce qui expliquerait sans doute l'augmentation des chlorures dans l'urine. Si la réaction admise par Bidd se vérifiait, on conçoit que l'usage prolongé du Bromure de Potassium amènerait une di ette de Chlorure de Sodium dans l'économie, avec
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es conséquences de celte privation. Et comme le sel marin est sans contredit Je plus important des sels neutres du sang, il serait permis, je crois, d'attribuer a sa disparition progressive une partie des phénomènes de sédation circulatoire et calorifique ainsi que de l'affaiblissement général qui caractérise l'action des hautes doses de Bromure alcalin.
Je n'en continue pas moins cà considérer comme probable que le Bromure de Potassium exerce une action sédative et hyposthénisante sur tout le système par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, dont il augmente l'action. Par le calme qu'il amène dans la circulation cardiaque, par le retrait qu'il détermine dans les réseaux capillaires, comme par l'accroissement parfois énorme de la diurèse, en un mot, par son action antiphlogistique, le Bromure alcahn se rapproche singulièrement de la digitale. La prédilection qu'il manifeste pour certaines régions : l'entrée des voies digestives et respiratoires, l'appareil génito-urinaire, tient vraisemblablement à l'élimination active qui s en fait par les reins, par les muqueuses et les glandes annexes des régions favorisées.
Dans l'état morbide, certaines conséquences de ces effets primordiaux se font remarquer davantage. Par exemple, les sueurs profuses et le flux muqueux sont diminués ou supprimés en même temps que l'éréthisme fébrile. La sédation du système nerveux se traduit par la cessation des spasmes et des convulsions ou par la diminution des actions réflexes médullaires.
A cette double action sur le grand sympathique et sur les fonctions qu'il gouverne, et peut-être sur le sang lui-même, il faut en joindre d'autres encore. J'admets avec Laborde, A. Voisin, Cl. Bernard et Teissier (de Lyon), etc., l'influence dépressive exercée sur la moelle dont les actes réflexes sont toujours plus ou moins diminués pendant le bromisme ; mais cet affaiblissement du pouvoir excito-moteur spinal ne va pas jusqu'à la paralysie, comme le voudrait Eulenburg qui fait du Bromure un paralysant du cœur et de la moelle épinière. D'ailleurs elle ne rend pas suffisamment compte des symptômes d'anesthésie observés du côté du pharynx, de l'urèthre et surtout de la conjonctive à la suite de hautes doses de Bromure de Potassium, et je pense avec Bidd et la plupart des cliniciens qu'il faut faire intervenir un cer- " tain degré de paralysie de la sensi6ilité dans les extrémités périphériques des nerfs.
Martin-Damourette et Pelvet généralisent encore davantage l'action pharmacodynamique du Bromure alcalin sur les systèmes nerveux et musculaires. Ils nous en montrent les effets aneslhésiques et acinésiques, se produisant directement et topiquement partout où il y a un filet ou une cellule nerveuse ou bien une fibre contractile, mais non partout avec la même rapidité. Ainsi les nerfs sensitifs perdent leurs propriétés avant les nerfs moteurs, ceux-ci avant la moelle et la moelle avant les muscles. Les mouvements du cœur s'éteignent les derniers. L'opinion des deux savants physiologistes se résume en ces termes : Le Bromure de Potassium est un poison nervo-musculaire général, formule très-voisine de celle que j'avais autre fois déduite de l'observation
clinique, à savoir : le Bromure de Potassium est un puissant sédatif de tout le système sensitivo-moteur et de la circulation. Je tiens à me prévaloir de cette concordance.
Substances synergiques, auxiliaires. — La Digitale, le Sulfate de Quinine, le Chlorate et le Nitrate de Potassa peuvent, en qualité de sédatifs et de diurétiques, servir d'adjuvants ou de succédanés au Bromure de Potassium. S'agit-il, au contraire, de son action vaguement appelée fondante, dépuralive, antistrumeuse, il faut alors l'associer à l'huile de foie de morue et surtout aux préparations iodurées, qui en sont, sous ce rapport, les congénères thérapeutiques.
Mais les bromures des autres bases sont les véritables congénères physiologiques du Bromure de Potassium. Sans parler des Bromhydrates de Quinine et de Cinchonine neutres ou basiques, préparés par Latour, ainsi que du Bromure propylique C^H'Br, et du Bromure butylique G'H'Br, obtenus par Isid. Pierre et Ed. Puchot sous forme de liquides d'une odeur éthérée, on doit mentionner comme ayant déjà reçu des applications pratiques les Bromures de Sodium, d'Ammonium et de Lithium.
Généralement les résultats annoncés sont assez semblables à c.eux du Bromure de Potassium, cependant les difiérences que nous avons indiquées il y a quelques années doivent être prises en considération. Le Bromure d'Ammonium participe des qualités des composés ammoniacaux; je le crois d'ailleurs facilement décomposable dans l'économie en ammoniaque, qui se dégage libre ou carbonatée, et en brôme qui passe à l'état de Bromure de Sodium. Il en résulte nécessairement des effets stimulants qui doivent un peu contrecarrer ceux du brôme (Gubler). Begbie pense aussi que l'action du Bromure d'Ammonium est plus rapide mais plus fugace que celle du Bromure de Potassium.
Le Bromure de Lithium n'a guère été employé jusqu'ici qu'en Amérique par Mitcheil, qui lui attribue une action sédative et hypnotique plus puissante et plus rapide que celle des autres Bromures. Seulement il importe de savoir qu'à poids égal le Bromure de Lithium contient 92 pour 100 de brôme, c'està-dire beaucoup plus de principe actif que tout autre, puisque le Bromure de Sodium n'en renferme que 78 pour 100 et celui de Potassium moins encore: 66 pour 100. Il faudra tenir compte de cette remarque toutes les fois qu'il s'agira de comparer entre elles les intensités d'action des différentes préparations bromurées.
Le Bromure de Sodium, NaBr, est le principal succédané du Bromure de Potassmm sur lequel il aurait même, aux yeux de certains praticiens, une supériorité d'action dont il serait facile de trouver la cause dans la proportion plus considérable du métalloïde actif eu égard à l'alcali relativement inerte. Le Bromure de Sodium cristallise anhydre ou hydraté et se conserve mieux son congénère. Il a presque la saveur du sel marin. Bidd assure que le Bromure de Sodium augmente la soif et constipe. Il pense que ce composé remplace le chlorure de sodium dans le processus nutritif. L'analogie est fa-
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vorable à cette manière de voir qui s'accorde du reste avec l'opinion que j'ai émise antérieurement au sujet de la lenteur d'élimination du Bromure de Sodium et de l'infériorité de ses effets topiques sur les surfaces d'élimination. Néanmoins je reconnais avec quelques autres observateurs (Brown-Séquard, H. Morin, Bidd, E. Decaisne, etc.) qu'il existe une grande similitude d'action entre les deux Bromures alcalins tant comme sédatifs que comme fondants.
Substances antagonistes incompatibles. — Antidotes , contrepoisons. — Les véritables stimulants, c'est-à-dire les agents qui diminuent la tonicité vasculaire ou l'influence du grand sympathique sur la circulation, qui augmentent l'éréthisme des capillaires et les phénomènes d'hématocausie : tout cela est antagoniste du Bromure de Potassium. On évitera donc d'employer concurremment les alcooliques, les stimulants difl'usibles en général, les opiacés, et, dans un aulre ordre de moyens, les boissons chaudes, la température trop élevée de l'atmosphère.
Malgré d'étroites affinités chimiques, malgré des analogies incontestables d'action physiologique et thérapeutique sur lesquelles j'insisterai à propos de riodure de Potassium (V. ce mol), l'Iodure et le Bromure de Potassium s'éloignent considérablement dans quelques-uns de leurs effets immédiats et doivent sous ce rapport être considérés comme partiellement antagonistes. J'ai le premier mis en relief ces différences et tiré les conséquences thérapeutiques qui en résultent, insistant dans mon mémoire intitulé : De La puissance sédative du Bromure de Potassium (1864) sur l'excitation générale et les phénomènes congestifs vers la tête, déterminés par l'iodure alcalin et sur la nécessité d'administrer isolément chacun de ces agents quand on veut obtenir soit la stimulation, soit au contraire la sédation circulatoire et nerveuse. Ces vues, adoptées depuis par tous ceux (Legrand du SauUe, Meredith Glymer, Namias, etc.) qui se sont occupés de la question, dirigent encore la pratique médicale. Quelques-uns de nos confrères ont même été plus loin que je n'aurais voulu et que la raison ne le commande ; car ils semblent croire à l'incompatibilité absolue des deux sels haloïdes et n'osent en aucun cas les administrer simultanément, tandis que l'induction et l'expérience démontrent qu'on peut utilement les associer dans la médication altérante ou mètatrophique. On fortifie de la sorte l'action résolutive et l'on prévient les inconvénients attachés à l'irritation circulatoire.
Mais, si c'est l'action sédative qu'on recherche, il est clair qu'il faudra se débarrasser des moindres traces d'iodure, lesquelles ne se bornent pas à diminuer le poids réel du Bromure alcalin, mais exercent, eu égard à l'état des capillaires, une action diamétralement contraire, et jouent dans la préparation le rôle des quantités négatives. A ce titre, l'iode et les iodures peuvent servir de correctifs et d'antidotes au brôme et aux bromures alcalins, dontles effets seraient également contre -balancés par l'influence des excitants proprement dits, et spécialement des alcooliques.
Le Bromure de Potassium présente encore un certain degié d'antago-
nisme vis-à-vis des poisons convulsivants et pourrait rendre quelques services dans les intoxications par la Noix vomique ou la Coque du Levant, etc. Hewelt rapporte un cas d'empoisonnement accidentel par 50 centigrammes de Strychnine où le Bromure alcalin, administré à la dose de 4 grammes répétée toutes les demi-heures, a paru dissiper toupies accidents. Mais le fait n'est pas démonstratif, attendu que le malade avait vomi et qu'en outre il avait pris de l'opium. Les incompatibles chimiques des bromures alcalins sont, d'une part, les corps oxydants capables de donner naissance à des bromates très-irritants; d'autre part, les substances capables de déplacer le brome, telles que le chlore, les hypochlorites et les acides. Les hypochlorites peuvent même agir des deux manières à la fois.
Usages. — Gomme fondant et^ modificateur de la nutrition, le Bromure de Potassium trouve son emploi (Fourché, Ricord) dans les manifestations variées de la diathèse tuberculeuse et dans quelques autres états analogues. On devrait même, à l'exemple de Trousseau, l'associer habituellement àl'iodure delà même base, comme l'iodure et le bromure de sodium ou de magnésium le sont naturellement dans les eaux salines iodo-bromurées, ce qui aurait l'avantage de les faire mieux tolérer l'un par l'autre. Mais dans le goitre, et surtout la cachexie exophthalmique où la susceptibilité pour l'iode est extrême, il devrait être habituellement substitué à ce dernier agent thérapeutique.
J'en ai obtenu de bons effets dans quelques cas de maladie de Basedow, affection rebelle et sur laquelle on n'a prise qu'à l'aide d'un bien petit nombre d'autres agents : la digitale, le quinquina, l'eau froide et peut-être les préparations saturnines.
Par l'activité qu'il imprime au mouvement de désassimilation ou de décomposition organique, le Bromure de Potassium, à doses élevées, rend des services considérables dans les empoisonnements métalliques, notamment par le plomb et par le mercure. Il mérite la préférence sur l'iodure de potassium quand il y a des accidents encéphalopathiques dont il est en même temps le moyen curatif par excellence. J'administre habituellement le Bromure potassique dans le but de hâter l'élimination du plomb, et j'ai réussi dans plusieurs cas d'épilepsie saturnine à conjurer l'issue fatale en portant la dose quotidienne à 4 ou 6 grammes (V. The médical Times, juillet 1869). Depuis lors cette application du Bromure a été faite par plusieurs praticiens (Bucquoy, Rabuteau, etc.).
Les propriétés sédatives du Bromure de Potassium conviennent, abstraction faite de tout nosologisme, toutes les fois qu'il existe un phénomène d'irritation contre lequel il peut lutter avantageusement.
C'est par la même raison que l'opium est employé depuis la plus haute antiquité dans les maladies les plus diverses, indépendamment de toute considération étiologique ou taxonomique.
Le Bromure alcalin est indiqué pour obtenir l'anesthésie de l'isthme guttural, de la muqueuse de l'œil ou de l'urèthre, à l'effet de rendre plus faciles
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les opérations de lavyngoscopie (Rieken), de staphylo- et uranoraphie, etc. (Rames, Hiielte, Gosselin, Debout), le cathétérisme (Thielmann).
Il est utile (Gubler, Rommelaere) contre les affections irrilatives et douloureuses du pharynx et de l'isthme du gosier, à la condition d'en atténuer les effets topiques; contre l'œsophagisme (Gubler), contre l'asthme et l'emphysème (Gubler, G. Sée), contre la toux spasmodique et convulsive de certaines bronchites et de la coqueluche (Gubler, Blache), contre certaines palpitations cardiaques nerveuses ou symptomatiques d'une lésion organique (Gubler), contre les hypérémies en général et toutes les afiections des centres nerveux de forme congestive ou avec excès de stimulus (Gubler, Ricard d'Angoulême).
Ces diverses applications que j'ai le preniier recommandées et réalisées ont reçu maintenant la sanction expérimentale. Pour ma part, j'ai eu souvent k me louer de l'emploi du Bromure alcalin dans les cas fréquents et variés où les affections encéphaliques procèdent par hypérémie ou phlogose. J'ai aussi obtenu d'excellents résultats de la médication bromurée pour calmer l'éréthisme nerveux et inflammatoire dans le cours des maladies cardiaques d'un caractère subaigu. En pareille circonstance^ le Bromure était un succédané à la fois de la digitale et de l'iodure de potassium, modérant le rhythme circulatoire en même temps qu'il facilitait la résorption des exsudats et s'opposait à l'hyperplasie. Quant aux accès d'asthme, ils ne cèdent pas régulièrement à l'action du Bromure de Potassium qui produit cependant des effets remarquables. J'ai vu l'iodure réussir làoiî le Bromure avait échoué et réciproquement, ce qui confirme mon opinion sur la dualité de ce symptôme qui, comme les spasmes et les convulsions, etc., dérive selon les cas de conditions anatomo -physiologiques absolument opposées. Seulement il est difficile sinon impossible de préciser actuellement la nature de ces conditions étiologiques et par conséquent d'en déduire les indications rationnelles de traitement. Le praticien devra procéder par tâtonnements.
Quelle que soit l'importance de ces indications thérapeutiques, le Bromure alcalin a été surtout recommandé jusqu'ici contre l'éréthisme génital (Thielmann, Ricord, etc.), contre le petit-mal et l'épilepsie (Wilks, Ramskill, Brown-Séquard, Bazin, Gubler, A. Voisin, Thomas de Sedan, Bernutz, etc.), et contre l'insomnie (Debout, etc., etc.).
En qualité d'hypnotique le Bromure de Potassium est journellement prescrit, mais d'une manière un peu banale. Il ne convient cependant pas également à tous les cas d'insomnie, bien qu'il ait l'avantage d'ajouter toujours au phénomène complexe du sommeil l'un de ses facteurs les plus importants : la cessation ou du moins le ralentissement de l'activité cérébrale. Quand l'insomnie ou l'agrypnie consistent essentiellement dans une surexcitation fonctionnelle, avec ou sans accompagnement d'éréthisme vasculaire, l'indication du Bromure est formelle ; et la préférence doit lui être accordée sur l'opium toutes les fois qu'il existe de la congestion encéphalique active, et à plus forte raison, un travail inflammatoire des méninges ou de
la substance nerveuse. Au contraire, lorsque l'insomnie -provient de l'ischémie cérébrale par anémie générale ou par excès d'action du grand-sympathique, c'est à l'opium qu'il faut s'adresser.
L'emploi du Bromure pour combattre le somnambulisme (Levy et Pelizzo) n'est qu'une application de ses vertus hypnotiques.
Depuis qu'il a été préconisé en Angleterre par Wilks, en France par Brown-Séquard et Bazin, le Bromure de Potassium est devenu le moyen le plus usité contre l'épilepsie. Les faits se comptent aujourd'hui par milliers et nous pouvons dire qu'il n'est guère de praticien qui n'ait à citer quelque bon résultat en faveur de la nouvelle médication.
Le Bromure de Potassium guérit quelquefois, soulage souvent et ne nuit presque jamais; tels sont ses titres à la confiance médicale. Quant à déterminer plus exactement la valeur curative de cet agent, cela est encore impossible, attendu que la science a surtout enregistré les succès, laissant dans l'ombre la plupart des revers. Néanmoins certaines statistiques fournies par les médecins de nos hospices peuvent donner une idée assez juste de l'utilité du Bromure alcalin contre la maladie comitiale. Sur 97 cas, A. Voisin a obtenu un quart de guérisons chez les enfants et la moitié chez les adultes.
De son côté, Legrand du Saulle compte sur un total de 207 cas d'épilepsie ; 110 insuccès, 19 améliorations et 78 sujets chez qui il a pu constater la suspension de tout accident pendant quatre ans (17), pendant douze à vmgt-deux mois (28), et au minimum pendant six à dix mois (33), ce qui permettait de les considérer comme guéris. En admettant même qu'il y ait à rabattre sur ces chiffres, on est obligé de convenir que les effets du Bromure, pris dans leur ensemble, sont au moins aussi favorables que ceux de la belladone si justement préconisée par Trousseau et qui m'a plusieurs fois, comme à mon illustre maître, donné d'excellents résultats dans le traitement de l'épilepsie.
Il est probable que ces deux puissants moyens de curation ne conviennent pas indifféremment à tous les cas, puisque j'ai vu réussir la belladone la ou le Bromure avait échoué; seulement je ne suis pas en mesure de préciser dès à présent les indications spéciales auxquelles répond chacun de ces médicaments. Toutefois, j'ai lieu de croire que la solanée vireuse convient davantage aux sujets que des accès répétés de haut-mal ont jetés dans \'aneme et la stupeur, tandis que le Bromure de Potassium est préférable chez ceux qui, moins éprouvés par une longue succession d'attaques, ont conserve leur alacrité et l'activité de leur esprit.
Les conditions qui réclament particulièrement l'usage du Bromure sont à mon avis, les attaques convulsives violentes, précédées ou non de secousses aans un groupe de muscles ou de tressaillements de tout le corps (W Sander), chez des sujets qui, en dehors des accès, sont en apparence sains de corps et d esprit; ou bien encore la foHe épileptique furieuse (Bécoulet). En difi^h!*' 'v'' sthéniques, des accidents de la mala-
iierculeenne que le Bromure de Potassium l'emporte sur les autres
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moyens usités. En revanche, il me paraît devoir céder le pas à la belladone, par exemple, dans les formes ébauchées et pour ainsi dire eiï'acées de cette redoutable névrose, dans ce qu'on appelle le petit-mal caractérisé par du vertige, de l'aphasie fugace ou de la défaillance. Mais le Bromure alcalin est positivement contre-indiqué dans les formes asthéniques avec coUapsus musculaire, tendance syncopale ou bien avec stupeur.
On a dit (Mac-Gregor) que le Bromure est simplement un palliatif des symptômes de la maladie comitiale ; des faits authentiques nous le montrent comme un agent de guérison véritable. Ce serait pourtant une illusion que de croire à la puissance de ce sel dans toutes les conditions et dans toutes les variétés de l'affection. Des épilepsies accidentelles et pour ainsi dire acquises à la suite d'une peur ou d'émotions morales violentes, guérissent assez bien; certaines épilepsies plus constitutionnelles, mais encore récentes et d'ailleurs peu intenses, cèdent aussi quelquefois; mais celles qui sont invétérées et héréditaires résistent le plus souvent en modifiant un peu leur expression symptomatique.
Il n'y a rien en ce cas qui ressemble k une métamorphose morbide, comme paraissent le croire quelques pathologistes; on observe tout simplement alors l'atténuation et la raréfaction progressives des accès; ou, si l'action médicamenteuse devient excessive, il apparaît quelquefois des phénomènes physiologiques du bromisme, tels que l'irritabilité évidemment aslhénique,, remarquée principalement chez des femmes (Legrand du SauUe). Mais le bromure ne suscite pas d'attaques plus fortes à mesure qu'elles sont plus distancées : une pareille transformation est tonte spontanée et rien n'autorise à penser, avec un écrivain, que le médicament retient et condense, je ne dis pas le «; principe », mais l'action morbide, dont l'explosion serait d'autant plus violente qu'elle aurait été plus longtemps contenue.
Pour faire réussir le Bromure de Potassium contre l'épilepsie, même dans les conditions les plus favorables, il est nécessaire d'observer certaines règles de thérapeutaxie que nous allons esquisser. Premièrement, il faut atteindre à la dose efficace, produisant des eflets physiologiques : tendance au sommeil, léger alanguissement, diminution de la sensibilité pharyngienne. Cette dose varie selon lea sujets, néanmoins j'ai pu généralement me content&r de faire prendre 2 à 4 grammes de bromure par jour. On en peut donner 6 grammes, et quelques praticiens dépassant beaucoup cette dose quotidienne, sont allés jusqu'à 12 grammes en vingt-quatre heures, ce qui est excessif.
En raison de la ténacité du mal^ l'administration du remède doit être prolongée pendant des semaines, des mois et même des années ; mais non pas d'une manière incessante et sans trêve. Si le Bromure de Potassium, pour me servir de l'expression d'Auguste Voisin, doit être un aliment pour l'épileptique, ce n'est cependant pas un aliment dont il ne peut être privé quelques heures ou quelques jours. Il y a tout avantage, au contraire, à en suspendre de temps à autre l'emploi, afin d'éviter les effets cumulatifs produits,
non pàr des doses successivement emmagasinées, mais par une action pharmacodynamique à pression ou à tension croissante.
On évite cette accumulation d'action en ménageant de temps à autre au malade un ou plusieurs Jours de repos, soit chaque semaine, soit à de plus longs intervalles.
On pourra laisser chômer le remède d'autant mieux que l'intensité du mal sera plus réduite, mais une surveillance attentive devra être constamment exercée afin d'être toujours prêt à répondre par des doses plus pressées et plus massives à une recrudescence des phénomènes morbides. Et, quand les accès auront disparu, il faudra encore maintenir l'économie pendant des mois ou des années sous l'influence de l'agent thérapeutique, non plus d'une manière tout à fait continue, mais par reprises suffisamment rapprochées. C'est le seul moyen d'assurer la guérison, lorsqu'elle est possible, ou du moins de refréner les accès, quand l'état constitutionnel est décidément immuable.
L'éclampsie, qui est l'épilepsie symptomatique, obéit de même h la médication bromurée. Le docteur Shoyer (de Leavenworth), paraît avoir obtenu les premiers succès dans l'éclampsie puerpérale. Il a été suivi dans cette voie par Raciborsky, Gersoy, Ph. Collin et nombre de praticiens français ou étrangers. De mon côté, j'ai le premier traité avec succès plusieurs cas d'éclampsie saturnine par le Bromure de Potassium, à la dose de 4 à 6 grammes par jour. L'efficacité du Bromure est ici d'autant plus remarquable que l'encéphalopathie convulsive des sujets empoisonnés par le plomb est presque invariablement mortelle. Les doses ont été souvent plus élevées dans le traitement de l'éclampsie puerpérale où Yidaillel a eu l'heureuse audace d'administrer jusqu'à 1 75^,50 de bromure en cinq heures. Notre éminent et regretté confrère Blache a combattu par le même moyen des attaques d'hystéroépilepsie. Beaucoup d'autres affections nerveuses, légères ou graves, ont été soumises à la médication bromurée et souvent avec avantage ; tels sont les états morbides désignés sous le nom d'irritabilité, d'état nerveux, de nervosisme (Crichton-Brown, Vigouroux, Bidd), auxquels il faut joindre l'excitation maniaque (Begbie, Broadbent), la migraine (Ferrand, Gubier), la toux nerveuse et les vomissements incoërcibles de la grossesse (Gersoy, Hodgkins, Ireland, Packward, Gimbert). Le docteur Ferrand s'est encore servi du Bromure pour apaiser les spasmes localisés, d'origine réflexe, qui accompagnent un certain nombre d'affections de la vessie et du rectum, Stone (de Boston) cite trente cas de nausées et de vomissements consécutifs à l'emploi des anesthésiques, où les résultats du bromure ont été presque toujours bons.
Le docteur Calloch (de Nantes) se loue des effets de ce médicament dans un cas de pneumonie ataxique.
Le Bromure de Potassium a même réussi dans plusieurs cas de tétanos traumatique, aigu, entre les mains de Bachencel, Bruchon, Figueira, etc. A la vérité, ce dernier praticien a mis en usage, concurremment avec le 'bromure, les vaporisations d'éther le long du rachis, les bains de vapeur et la
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saignée, ce qui diminue singulièrement la part de l'action pharmacodynamique dans le résultat final.
Malgré quelques rares affirmations, il ne semble pas que le Bromure alcalin ait eu beaucoup de succès dans le traitement de l'hystérie. Bazin, cité par J. Besnier, n'a rien obtenu dans six cas d'hystérie convulsive; je n'ai pas été plus heureux que le savant dermatologue, et j'ajoute que je n'en ai été nullement surpris, attendu que, dans mon opinion, l'hystérie pure est essentiellement difl'érente de l'épilepsie et de la plupart des autres affections convulsives, dans lesquelles la convulsion résulte d'un raptus congestif et d'un excès de stimulus. Les spasmes hystériques ont une tout autre origine et dérivent de l'hyposthénie du système nerveux. Ils reconnaissent à peu près le même mécanisme que les accès éclamptoïdes observés à la fin des grandes hémorrhagies et sont comparables aux contractions musculaires survenant au moment de l'ouverture du circuit électrique, tandis que les convulsions épileptiques ressemblent aux contractions musculaires initiales, beaucoup plus fortes, déterminées par l'application des électrodes. De si prqfondes différences dans les conditions causales des deux ordres de phénomènes morbides devaient faire prévoir l'inanité d'un sédatif-hyposthénisant, tel que le Bromure de Potassium, dans la plupart des affections convulsives, chez les hystériques.
Il n'en devait pas être ainsi pour la chorée, qui est une névrose irritative, accompagnée même d'un processus inflammatoire et fébrile. En effet, depuis mes premiers essais, en 1864, le Bromure alcalin a été employé avec grand succès dans la chorée (Gubler, Gallard, J. Worms et Martin).
Cet agent s'est montré parfois héroïque, notamment dans un cas où tout autre moyen énergique : strychnine, tartre stibié, hydrothérapie, eût offert des inconvénients ou des dangers, car il s'agissait d'une jeune femme dans un état de grossesse avancée et dont la chorée était si intense qu'elle ne pouvait un instant se tenir debout, qu'il fallait la faire manger, que la première nuit se passa sans sommeil et dans une agitation constante, et qu'après quarante-huit heures de séjour à l'hôpital un drap de lit était usé par le frottement des talons. Sous l'inffuence d'une dose quotidienne de 4 à 6 grammes de bromure, le calme revint au bout de cinq jours.
Le Bromure de Potassium a fait cesser des phénomènes convulsifs analogues à ceux de la chorée chez un enfant de douze ans (Ricard). Moutard- Martin l'a fait servir contre les accidents nerveux liés à la dentition.
On a fait encore plusieurs autres applications du Bromure alcalin. Austin Flint rapporte avoir guéri trois diabétiques, soumis d'ailleurs au régime ordinairement prescrit à ce genre de malades. Noël Gruéneau de Mussy associe le Bromure au colchique dans le rhumatisme articulaire aigu. Je l'ai essayé seul dans ces conditions sans beaucoup de succès; mais je crois le Bromure de Potassium plus utile, et je le prescris assez souvent, lorsque le rhumatisme est devenu subaigu et que le processus inflammatoire tend à s'immobiliser sur les jointures. Associé à l'iodure, son usage est avantageux dans le rhumatisme chronique , et principalement dans les monoarthrites.
Lailler avait d'abord obtenu quelques avantages de l'administration du Bromure à l'intérieur dans les affections cutanées douloureuses, mais je ne pense pas que ces résultats se soient confirmés. Quant à l'application locale de ce sel, soit sur la peau, soit sur les muqueuses irritées ou enflammées, il n'y faut pas songer, malgré ce qu'en peuvent penser quelques thérapeutistes, attendu que l'action topique du Bromure est irritante. On ne pourrait donc en obtenir que des effets de substitution dans les cas de démangeaison et dans le prurigo nerveux.
Enfin ce sel est appelé, selon moi, à rendre des services dans des maladies organiques d'ailleurs incurables, telles que la phthisie pulmonaire et la tuberculose en général, en réprimant certains symptômes ou complications, comme la toux quinteuse et les vomissements consécutifs du début de la tuberculisation pulmonaire (Grubler, Bondet), les dysphagies et l'inanition secondaire de la pharyngite granuleuse ou ulcéreuse des tuberculeux. Seulement dans ce dernier cas le Bromure doit être administré en lavements.
Modes d'administration et doses. — Quand on ne demande au Bromure de potassium que ses effets dits altérants, il importe peu qu'il renferme ou non de petites proportions d'iodure et de quelques autres sels alcalins. En pareille occurrence l'iodure de potassium lui devient même un puissant auxiliaire et j'associe souvent les deux sels, en vue d'augmenter leur action métatrophique et de les corriger l'un par l'autre, imitant en cela les médicaments naturels représentés parles eaux minérales. Ainsi, dans le traitement des accidents syphilitiques du cœur et de l'encéphale et toutes les fois qu'il y a des tissus embryonnaires ou des exsudats viscéraiix à faire rentrer dans la circulation, je ne manque jamais d'introduire dans la formule le Bromure de potassium comme adjuvant et correctif à la fois de l'iodure qui est l'agent principal.
La conduite doit être toute différente lorsqu'il s'agit d'obtenir uniquement des effets sédatifs. En ce cas le Bromure de potassium doit être chimiquement pur et particulièrement exempt d'iodure comme je le recommande depuis dix ans, en me fondant sur l'antagonisme partiel des deux sels congénères, et comme on l'a généralement prescrit d'après mes indications. Aussi l'industrie fournit-elle maintenant du bromure ne contenant pas de traces d'iode. Mais cette substance n'est pas la seule qui altère les bromures du commerce : Adrian a démontré dans la plupart des échantillons la présence de la potasse libre ou carbonatée, du bromate de potasse et surtout des proportions considérables, parfois énormes (30 pour 100) de chlorure de potassium. Or, il est d'autant plus urgent d'éliminer ce dernier composé qu'étant irritant pour les premières voies et exerçant une action stimulante très-prononcée sur les globules sanguins il contrecarre les effets propres du bromure potassique.
Le Bromure de potassium, à la dose quotidienne de 50 centigrammes à 1 gramme, ne saurait agir qu'en qualité de résolutif, défendant ou d'altérant. Comme sédatif ou anesthésique, on ne doit pas le prescrire à une dose infé-
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rieui'e à 2 grammes, chez un adulte. On en donnerait aisément 1 gramme dhez les sujets en bas âge, lesquels tolèrent des doses proportionnellement plus fortes que les adultes de tous les médicaments qui, tels que la quinine, anémient les organes en agissant directement sur leurs vaisseaux ou indirectement sur les nerfs du sympathique qui règlent la circulation capillaire. A la dose de 2 grammes, répétée plusieurs jours de suite, le Bromure alcalin procure ordinairement des effets physiologiques et thérapeutiques. Toutefois il est souvent nécessaire de donner 3 et 4, 5 et 6 grammes dans les vingtquatre heures pour enrayer les convulsions choréiques ou épileptiques et les accès de suffocation dans certaines formes d'asthme. Quelques praticiens ont l'habitude de pousser les doses jusqu'à 8 et 10 grammes; cette manière d'agir n'est pas toujours exempte d'iaconvénients. Il se manifeste non-seulement de la diarrhée mais aussi les autres phénomènes du bromisme exagéré.
On peut administrer le Bromure de Potassium :soit dans un julep gommeux, soit dans des capsules de Lehuby, qu'il faut emplir au moment de les employer, sous peine de les voir se dissoudre partiellement au contact du sel déliquescent. Je préfère administrer par cuillerées à soupe dans un peu d'eau sucrée aromatisée avec de l'eau de fleur d'oranger ou du sirop d'écorce d'orange amère, la solution suivante :
Bromure de Potassiuni exempt d'iodure. . . 20 grammes.
Eau distillée 300 —
Chaque cuillerée d'environ 1 5 grammes représente sensiblement 1 gramme de Bromure. Cette formule est maintenant généralement adoptée.
Quand l'action topique du Bromure de Potassium sur l'entrée des premières voies est désagréable aux personnes affectées de pharyngite, on peut le leur administrer en lavement (2 grammes pour 200 grammes de véliicule) ou bien incorporé dans une potion rendue .visqueuse à l'aide d'un mucilage épais de gomme adragante, de graine de Lin ou de Lichen Garragaheen. On en prépare des dragées, des granules (Mentel).
Trousseau a eu l'idée de faire prendre aux enfants sorofuleux le Bromure de Potas8ium'(20 centigrammes) avec l'iodure de la même base (5 centigrammes), et du sel marin (2 grammes), sur des tartines de beurre (125 grammes).
Le Bromure de Potassium pourrait être incorporé dans du lait ou mêlé à la nourriture des vaches et des chèvres laitières, d'après Ja méthode de Labourdette. Plusieurs pharmaciens en préparent un.sirop d'un usage commode, dont chaque cuillerée à soupe doit représenter un gramme de sel.^
On peut le faire entrer dans une pommade ou un glycéré comme résolutif et fondant, à la dose de 8 à 10 grammes pour 30 grammes de véhicule.
Le Bromure de Potassium, en solution aqueuse, peut encore être administré sous forme de douches pulvérisées ou nébulisées, brumifiées, ce qui
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est mieux, contre les affections de la muqueuse de l'iathme guttural, du pharynx et de l'entrée des voies respiratoires.
On a essayé de le faire absorber parle tissu cellulaire sous-cutané (Alling, Millard) ; mais les injections hypodermiques ayant été quelquefois suivies d'inflammations suppuratives et même de gangrène circonscrite, il convient de renoncer à s'en servir.
Le Bromure de Potassium est quelquefois combiné avec Je imercure ou avec le fer (capsules au fer bromure, de Tisy), ipour remplir une double indication thérapeutique.