‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 245 sur 293 · TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE, TARTRE STIBIÉ · texte numérisé non relu

TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE, TARTRE STIBIÉ

de Potasse cause dans les premières voies une irritation qui se traduit nonseuieirent par de la rougeur inflammatoire, mais aussi par des aphthes ou des ulcérations plus ou moins nombreuses et développées. Ces lésions, en rapport avec l'intensité de la cause, sont d'ailleurs d'autant plus prononcées, qu'elles ont leur siège sur une partie plus rapprochée de l'entrée des organes digestifs, là où la dilution n'a pas eu le temps de se produire. On en découvre jusque vers la fin de l'œsophage et même sur la muqueuse gastrique (Gubler), chez des sujets ayant pris de 50 centigrammes à 1 gramme de sel antimonial en vingt-quatre heures. Rarement il se produit de la gangrène des parois stomacales. L'angine stibiée s'accompagne de salivation et de dysphagie très-douloureuse.

Appliqué à la surface du corps, soit en poudre, soit en solution concentrée, l'Émétique détermine sur la peau un ravail phlegmasique semblable à celui qu'on observe du côté de la muqueuse digestive, à cela près de la persistance de la couche épidermique, ce qui établit la différence entre la pustule et l'ulcération aphtheuse.

Les pustules stibiées, semblables à celles de la vaccine ou de la petite vérole, débutent, comme ces dernières, par les follicules cutanés, et présentent une période papuleuse, puis vésico-pustuleuse, une couche plastique avec structure aréolaire, un développement centrifuge, enfin une ombilication centrale avec dessiccation et coloration noirâtre. Elles occasionnent de trèsvives douleurs, qui ne cessent de croître qu'avec la soustraction du corps irritant.

L'absorption du Tartre stibié, difficile par la peau, qui lui oppose sa couche épidermique ou qui réagit violemment contre une action devenue irritante, s'opère aisément, au contraire, par la muqueuse gastro-intestinale, sans qu'il soit besoin d'une transformation préalable en Chlorure d'Antimoine comme le voudrait Mialhe.

Une fois parvenu dans la circulation, cet agent ne fait que continuer l'action pharmacodynamique par laquelle il a d'abord signalé sa présence dans les premières voies, sans amener d'ailleurs aucun symptôme nouveau devant être mis sur le compte d'une action altérante spéciale. On ne constate pas autre chose que la persistance de l'affaiblissement et du ralentissement de l'action cardiaque, ainsi que des mouvements respiratoires; celle de la réfrigération, de la résolution des forces et des phénomènes dérivés de ces modifications fondamentales.

Les battements du cœur sont généralement ralentis, seulement dans une proportion variable suivant le rhythme initial : l'abaissement étant d'autant plus considérable que l'accélération morbide était plus grande.

Le pouls peut tomber de 72 à 44 pulsations (Trousseau et Pidoux); ordinairement, avec une fièvre vive, il ne s'abaisse que d'un tiers ou d'un quart, et l'on obtient souvent une diminution de 20 pulsations à la minute (Gubler), tandis que Hirtz l'évalue en moyenne à 6 ou 10 seulement. En même temps qu il se ralentit, le pouls s'amollit, et le sphygmographe, appliqué pendant

la période de vomissement (Arthur Bordier), démontre que les courbes de l'ondée sanguine se réduisent considérablement, s'eil'acent presque, et deviennent des cônes tronqués très-surbaissés et à base supérieure légèrement oblique. Le redressement subit qui accompagne l'acte du vomissement me semble avoir pour cause le refoulement du iluide sanguin vers la périphérie et l'augmentation instantanée de la pression vasoulaire passive.

La température, quelquefois momentanément accrue, tombe de 1 à 3 degrés, plus ou moins, suivant qu'elle était préalablement plus ou moins hypernormale. EUeupeut descendre au-dessous du : chiffre physiologique, au moins dans les régions superficielles, lorsque l'action hyposthénisante est intense. Ce fait devient évident quand il existe des accidents cholériformes ; il n'est' pas moins certain dans les cas plus modérés, ainsi que le prouvent les expériences thermométriques. La température intérieure elle-même s'abaisse de 1 degré, d'après les recherches de Hirtz.

La respiration ne saurait toujours suivre ce mouvement descensionnel de la circulation et de la calorification, parce que, suivant la réflexion judicieuse de plusieurs praticiens, il existe un obstacle mécanique à l'accomplissement de cette fonction chez la plupart des sujets auxquels on administre le Tartre stibié. Mais, si l'on veut être complet, il faut étendre cette réserve au pouls lui-même pour les cas où le cœur est atteint soit d'anciennes lésions des orifices et des parois, mettant obstacle au jeu régulier de cet i organe, soit d'inflammations récentes, superficielles ou parenchymateuses, nées en même temps que la phlegmasie pulmonaire ou développées secondairement.

La sécrétion sudorale est généralement accrue sous l'influence du Tartre stibié, et le visage se couvre d'une sueur perlée, parfois fraîche ou froide, pendant l'état de nausée et surtout de vomissement. L'hypercrinie rénale est loin d'être aussi constante, elle ne se montre que dans les cas où les évacuations gastriques et intestines sont faibles ou 'nulles.

Le composé antimonial, après son absorption, se retrouve dans le sang (Taylor), dans le foie et les principaux viscères (Orfila) ; puis, au bout de quelques heures, il passe dans les divers émonctoires, où il a été constaté : dans la bi^e (Lewald) dans le lait (Lewald, Hepp), dans l'urine et la sueur (Hepp). Je pense, ajoutais-je dans la première édition de ce livre, qu'il doit être éliminé également par la muqueuse digestive, au même titre que l'urée dans les expériences d'extirpation des reins, et je trouverais plausible d^attribuer à cette action locale, consécutive, les vomissements et les purgations observés chez les chiens par Magendie, Orfila, Brinton et Richardson après l'injection de l'Émétique dans le système veineux. Les quantités employées chez l'homme par Hannon étaient sans doute insuffisantes pour détermmer ces symptômes violents; tout s'est borné à une augmentation de la diurèse, avec dépression considérable du pouls et. de la respiration.

Cette vue, dès lors simplement plausible, vient d'acquérir la valeur d une opinion h peu près démontrée par les résultats des belles expériences sur l'émétine exécutées chez les animaux par les docteurs A. D'Oroellas et hr-

TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE, TARTRE STIBIÉ. 807 nest Labbée et vérifiées chez l'homme, dans mon service à l'hôpital Beauj on. Effectivement, il ressort de ces expériences :.que le principe actif. de l'Ipécacuanha, injecté sous la peau dans i de bonnes conditions d'absorption, se montre inefficace aux doses qui sont suffisantes quand on les porte directement dans les premières voies; qu'en tout cas les effets s'en font sentir beaucoup plus tardivement et seulement lorsque la substance éliminée par les glandules gastro-inlestinales et mise en eontect.aveeia muqueuse digesti^ve, où elle a été retrouvée par D'Ornellas et Méhu, peut iaire sentir son action topique irritante. (Voy. Ipecacuanha, p. 192.)

Il est douteux que le Tartrate antimonié de Polasse à dose thérapeutique, même lorsqu'il est éliminé en grande quantité à la fois, - puisse déterminer des symptômes phlegmasiques vers la peau ou les organes urinaires. A plus forte raison ne: puis-je admettre, avec Bôcker,,Crichton et Grleaver, qu'une pustulation secondaire puisse se montrer, même exceptionnellement, aux bras, aux cuisses et aux parties génitales comme conséquence de la prétendue saturation anlimoniale, sur le compte de laquelle on a mis plus faussement encore les aphthes de la muqueuse digestive si faciles à expliquer par l'action irritante locale et immédiate des solutions concentrées de Tartrate antimonié de potasse. Les pustules observées dans les régions externes ci-dessus désignées étaient, selon toute vraisemblance, le résultat de la^ dispersion des molécules du Tartre stibié employé à Fétat solide oa en solution concentrée dans différents véhicules.

A doses relativement excessives ou trop longtemps continuées, le Tartre stibié devient un poison irritant, corrosif, indirectement narcotique, hyposthénisant, et les exemples d'une, issue funeste ne sont pas rares. Tantôt le malade succombe aux suites du choléra stibié, sans présenter aucune altération anatomique sérieuse des premières voies (Rayer, Grisolle, Strambio, Beau, Taylor); tantôt on constate, après. laimort, soit . une véritable gastrite diffuse, ce qui est rare, -soit .des ■ulcérations circonscrites de la muqueuse, environnées d'un cercle inflammatoire ou compliquées de gangnène et de péritonite locsilisée (Grubler) .

Tandis que des quantités moyennes de Tartre stibié, administrées à des sujets prédisposés, 'Occasionnent parfois des vomissements pour .ainsi dire incoercibles et des superpurgalions épuisantes, on voit d'un autre côté des doses fortes 'du médicament ne' produire chez certains malades ni effets vomitifs ni effets purgatifs. Dans ce cas, on dit qu'il y a tolérance, et non pas immunité, attendu que d'autres symptômes témoignent de l'influence dépressifve exercée par l'émétique sur l'économie. Gontrainement à ce qu'on a pu croire, cette tolérance ne s'observe jamais d'emblée sur i des : individus sains ni sur. des malades- dont l'état desiorces est satisfaisant. A part les cas d'anesthésie de la muqueuse gastrique et ceux où existerait un . désordre fonctionnel de la paire vague ainsi que des centres de réflexion, elle ne se montre dès les premières doses que chez les sujets épuisés ou dont les grandes fonctions sont profondément troublées par une affection générale de nature viru-

lenle ou septique, ou bien par les désordres anatomiques graves d'un organe ou d'un appareil essentiel à la vie.

C'est ainsi qu'il est impossible d'obtenir les vomissements avec le Tartre stibié non plus qu'avec le Sulfate de Cuivre ou tout autre émétique, dans la pneumonie secondaire compliquant une fièvre typhoïde de mauvais caractère et dans la période adynamique d'une péripneumonie suppurée. Cependant il est bien rare que, dans les mêmes circonstances, l'émétique ne donne pas lieu à des évacuations alvines ; aussi Rayer a-t-il noté que la tolérance de l'estomac s'obtient plus vite que celle de l'intestin. La différence s'explique, a mon avis, par la complexité des actes nécessaires à l'accomplissement du vomissement, comparée à la simplicité d'une évacuation intestinale. A la rigueur, le poids d'une colonne liquide renfermée dans le canal alimentait suffirait à l'en faire sortir sans l'aide de la tunique musculaire de l'intestin. Pour l'expulsion par les voies supérieures, c'est tout autre chose : il faut nonseulement le resserrement spasmodique de l'estomac, mais les efforts convulsifs du diaphragme, des parois abdominales et de toutes les puissances expiratrices. Or, cette association de forces ne saurait s'effectuer sans l'intégrité des fonctions du système nerveux, d'où dépendent les sympathies et les synergies. Quand le Tartre stibié, au bout de quelques heures ou de quelques jours d'emploi, est parvenu à se faire tolérer, c'est donc qu'en brisant l'énergie organique il a détruit cette harmonie indispensable à la réalisation des effets émétiques.

En définitive, loin d'indiquer un mode d'action nouveau de la part du Tartre stibié, la tolérance ne signifie pas autre chose que l'affaissement de l'économie déterminé par le mal ou par le remède, ou par les deux ; et quand elle existe, elle n'empêche pas la continuation des effets ordinaires et fondamentaux de la préparation antimoniale sur les organes digestifs et le reste du système : à savoir, l'état nauséeux, l'hypercrinie de la muqueuse digestive et des glandes annexes, le collapsus du cœur et des muscles volontaires, la réfrigération, etc.

La théorie pharmacodynamique du Tartre stibié est encore un sujet de controverse parmi les physiologistes : les uns ne l'envisagent, avec Rasori, que comme un hyposthénisant général, agissant après absorption; les autres, à la suite de Broussais, ne veulent lui accorder que des effets topiques, et le rangent au nombre des agents de la médication révulsive et spoliatrice.

Dans chacune de ces deux doctrines, la critique découvre aisément la part de l'erreur et de la vérité. Trousseau a parfaitement démontré que la dépression des forces ne saurait être mise tout entière sur le compte des pertes éprouvées par les vomissements et les selles diarrhéiques. S'ensuit-il qu'il faille l'attribuer uniquement à l'action diffusée du médicament après absorption? Pas le moins du monde. D'abord cette action contre-stimulante, telle que l'entendait le chef de l'ancienne école itabenne, n'est nullement étabhe sur des preuves valables. Les résultats des injections dans les veines pratiquées par Magendie, et à son exemple par d'autres physiologistes, peuvent,

TARTRÀTE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE, TARTRE STJBIÉ. 809 ainsi que l'on l'a vu précédemment, s'interpréter dans le sens d'une action locale sur l'estomac, consécutive à l'élimination du sel antimonial par la muqueuse gastrique. En outre, rien n'est plus facile que d'expliquer l'asthénie qui accompagne les phénomènes topiques du Tartre stibié donné à l'intérieur, par les sympathies évidentes que les troubles gastriques éveillent dans toute l'économie. Que le vomissement soit provoqué par l'émétique, par l'ipéca, par une indigestion, par le balancement de l'escarpolette ou le roulis d'un navire, par une quinte de toux, par la titillation de la luette ou par la vue d'un objet dégoûtant, il a pour cortège nécessaire le refroidissement périphérique, la pâleur tégumentaire, la sueur, la sédation circulatoire et la résolution des forces. Pour que ces phénomènes se produisent, il n'est même pas indispensable que l'estomac et les puissances synergiques entrent en convulsion pour expulser le contenu du ventricule ; l'état de malaise et de nausée qui suit la crise suifit àjeter l'organisme tout entier dans une prostration exclusive de la fièvre et du travail inflammatoire.

Il y a cependant des différences à noter, suivant les causes génératrices du vomissement, sous le rapport de l'intensité et de la persistance des symptômes aussi bien que sous celui du syndrome concomitant. Le mal de mer déterminé par divers agents de la médication émétique n'est ni toujours simple ni toujours uniforme: à la modification des expansions périphériques du nerf vague qui donne la nausée et détermine la convulsion complexe du vomissement, s'ajoutent parfois des actions multiples, réflexes ou diffusées, qui viennent surcharger le tableau symptomatique. Ainsi, les effets du Tartre stibié plus violents et plus durables que ceux de l'Ipéca seraient inférieurs à ceux de l'apomorphine. D'un autre côté le Yeratrum viride semble exercer une influence prépondérante sur le cœur soit par le moyen du pneumo-gastrique, en vertu d'une action réflexe, soit par un autre procédé non encore déterminé expérimentalement.

Quoiqu'il en soit, de tous les effets directs qui lui sont attribués, les actions muséante et émétique du Tartre stibié sont les seules incontestables, et ces actions, qui s'exercent immédiatement sur la muqueuse gastrique, rendent suffisamment compte des phénomènes généraux dont l'existence semblait impliquer l'absorption préalable du sel antimonial et son conflit avec les centres nerveux.

En conséquence, sans vouloir absolument nier l'action hyposthénisante directe et pour ainsi dire spécifique des préparations stibiées, une fois parvenues dans la circulation, je me crois autorisé à n'accorder cependantune importance réelle qu'à leurs effets topiques sur le tube digestif, et aux sympathies qu'ils excitent dans le reste de l'économie. La réduction de l'hématose par l'Antimoine en circulation dans le sang est une hypothèse ingénieuse proposée par Mialhe et admise par les chimistes sans preuve démonstrative, mais seulement comme moyen de comprendre les résultats constatés par les cliniciens. L'analogie avec l'arsenic, invoquée en faveur de cette manière de voir, ne lui apporte pas un appui bien solide, puisque l'action pharmacodyna-

mique de ce dernier est elle-même fort obscure. En tont cas si elle existe l'action anhématosique n'a qu'une part secondaire et probablement .minime' dans le résultat déiinitif. La valeur de la spoliation séreuse et de la déperdition des forces par les efforts de vomissements est beaucoup plus grande mais, encore une fois, èlle est certainement primée par celle des effets réflexes de 1 état nauséeux.

^ La.doctrine exposée ci-dessus me semble de nature à concilier tous les &its et à rallier toutes lies opinions. Avec Rivière, Macartney, Rayer elle fait pivoter la plupart des symptômes autour de l'action nauséante, sans vouloir, avec Ghomel et Dance, que le Tartre stibié soit absolument inerte sfil ne purge ni ne fait vomir, c'est-à-dire s'il est toléré ; avec Broussais, Bouillaud et Barbier, elle accorde une importance méritée à -la spoliation et à la dérivation opérées par la supersécrétion gastro-intestinale, les vomissements et les évacuations alvines ; avec Bberle et Trousseau, elle reconnaît la part considérable qui revient à la dépression du système nerveux dans les troubles circulatoires et calorifiques: seulement, elle ne fait de cette modification,de l'innervation qu'un symptôme secondaire dérivé des désordres gastriques ; enfin elle admet avec Laënnec l'accroissement de l'absorption interstitielle consécutive aux pertes séro-albumineuses essuyées par l'économie.^ Elle n'a aucune répugnance à déclarer, après Pontaneilles, que des altérations sanguines doivent en résulter ; elle laisse même le champ libre à la démonstration d'une action de présence, actuellement hypothétique, sur le sang et le système nerveux, laquelle contribuerait dans une certaine mesure au résultat final : l'hyposthénie ; mais elle n'a que faire du prétendu pouvoir imaginé par Rasori, de diminuer directement la diathèse de stimulus envi- ' sagée comme une entité spécifique, et, repoussant les facultés (luratives occultes dont Tealer, cité par Pereira, a gratifié TÉmétique, elle cherche dans les données acquises en physiologie l'explication, de ses effets thérapeutiques.

Il me reste à faire comprendre l'action topique irritante et même escharotique du Tartre stibié. Ce sel ne produit pas sur la muqueuse ou la peau des effets cbimiques comparables à ceux des acides ou des alcalis concentrés: il ne brûle pas d'emblécles tissus; mais, semblable à l'Arsenic, il les imprègne sans les détruire, les modifie dans leur vitalité et les irrite, puis les frappe de mort s'il est en quantité suffisante, et développe circonférentiellement une inflammation plus ou moins vive, aboutissant à i'exsudat plaistique et à la suppuration. Ces phénomènes^ qui supposent la présence d'un tissu virant, ne se montrent pas sur le cadavre.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les' vomitifs' et les purgatifs, ainsi que tous les moyens qui favorisenfcou assurent les' effets de ces agents, sont synergiques ou auxiliaires du Tartre stibié. Il en' est de même, à certains égards, des émissions sanguines et de quelques'médicaments qui, tels que les émollients, les délayants, les acidulés, le Sulfate de Quinine, l'Arsenic, le Bromure de Potassium, sont capables, de calmer, d'une façon ou

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d'une autre, l'éréthisme inflammatoire et fébrile ; aussi le Tartre stibié est-il souvent associé à la limonade citrique ou tartrigue, et son emploi combiné avec celui du Sulfate de Quinine ou dé la saignée.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les aromatiques, les alcooliques et les autres stimulants diffusibles s'opposent aux effets physiologiques de l'émétique. Il en est de même des narcotiques et spécialement de l'Opium, lequel ne ■ devrait, • en conséquence, jamais être associé au Tartre stibié dans une formule. Si l'on craint la violence d'une dose ordinaire du médicament, il vaut mieux la réduire au quart ou à la moitié que d'y ajouter de l'Opium, qui en neutralise les effets dans la même proportion, 5 centigrammes d'extrait gommeux thébaïque'me paraissant équivaloir quelquefois à 5 et même à 10 «entigrammes d'Émétique. Si l'on tient à procurer du sommeil au malade, il est plus rationnel de suspendre pour quelques heures l'usage de la potion stibiée et d'administrer le narcotique isolément.

Il existe enfin des antagonistes partiels: par exemple, le froid appliqué au visage et aux mains contrarie les vomissements tandis que la chaleur modère la diarrhée, en sorte qu'il serait possible, par une combinaison de conditions connues d'avance, de faire prédominer les effets, soit émétiques, -soit cathartiquiBS.

D'un autre côté, le Tartrate antimonié de Potasse estalte'ré dans sa composition par certaines substances agissant en vertu de leur pouvoir chimique : tels sont le Tannin et toutes les matières qui en renferment, notamment le Quinquina, le Thé, la Noix de galle, l'éeorce de Ghêne, etc. Ges substances végétales sont les contre-poisons de l'Émétique, de même que l'Opium, l'Alcool et les stimulants diiîusibles en sont les antidotes dynamiques.

Usages. — Le Tartre stibié est naturellement indiqué toutes les fois qu'il s'agit d'obtenir une action éméto-cathartique. Il offre encore ime application rationnelle dans îles cas morbides oiî un groupe de symptômes peut être réprimé par les effets secondaires du médicament, sympathiques ou autres, qui suivent l'état nauséeux, les vomissements et la diarrhée.

1° En qualité à.'èvacmnt, il est généralement employé datis l'embarras gastrique et'intestinal, dans la fièvre gastrique et bilieuse, dans le premier •septénaire de la fièvre typhoïde, dans les indigestions qui n'aboutissent pas, dans les empoisonnements par des substances toxiques ingérées par la bouche. De ces types on peut rapprocher les cas de «orps étrangers introduits dans les premières voies, et ceux de catarrhe suffocant, de croup bronchique et laryngé, d'angine couenneuse et d'amygdalite suppurée, dans lesquels les efforts de vomissernents contribuent puissamment à l'expulsion des matières muqueuses, plastiques ou puTuîentes qui encombrent les voies aériennes ou digestives.

2° Mais, dans plusieurs cas de cette dernière catégorie, l'Émétique agit en outre en exagérant les sécrétions muqueuses et favorisant la séparation des autres produits d'exsudation. On recherche égaAemanl ■ses propriélés hy-

percriniques dans la bronchite sèche ou à râles vibrants, dans la pneumonie avec excès de plasticité, et quelques circonstances analogues.

3° Gomme hypocinéliqun ou résolutif de la puissance musculaire, le Tartre stibié trouve son opportunité dans la réduction des luxations difficiles et des hernies rebelles au taxis, dans la coqueluche, les toux spasmodiques, dans les névroses convulsives : hystérie, épilepsie; dans le tétanos et la chorée (Gillette, Bouley, Marrotte), ainsi que dans les contractures et les spasmes symptOEûatiqufis des lésions des centres nerveux. Il pourrait être administré au même titre dans le but d'arrêter les contractions douloureuses et inefficaces de l'utérus, ce qui n'empêcherait pas l'acte du vomissement ou l'irritation portée sur le rectum par le Tartre stibié en lavements d'être utile, comme le veut Stedman, dans le travail languissant [tedious labour). Dans les maladies organiques du cœur, l'Émétique joue encore le rôle d'hypocinétique, quand il fait cesser le tumulte des battements cardiaques et apaise la circulation.

4° L'action diaphorétique est recherchée dans le cours des affections aiguës, inflammatoires et fébriles. Au milieu d'une fièvre ardente, quand les sudorifiques ordinaires, c'est-à-dire les stimulants, sont devenus impuissants ou dangereux, le Tartre stibié est le meilleur moyen d'amener la sudation et de provoquer l'apparition d'un exanthème qui se faisait attendre. L'éruption morbilleuse ou scarlatineuse, celle des boutons varioliques, obtenue de la sorte, met fin quelquefois aux plus graves accidents.

5° Enfin le Tartre stibié est usité comme antiphlogistique principalement, ainsi que je l'ai dit, pour ses qualités nauséantes et aussi pour son action spoliatrice, dans une foule d'états pathologiques, en tête desquels il convient de placer la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu. A la suite de ces maladies capitales viennent les bronchites et les broncbio-pneumonies, les pneumonies secondaires de la tuberculose pulmonaire, la pleurésie, l'érysipèle, le phlegmon, la phlébite, la méningite aiguë, et généralement les phlegmasies fébriles. A cet ordre de faits se rapportent les cas où le Tartre stibié agit comme anémiant, ou plutôt comme antifluxionnaire et décongestionnant, ainsi que comme hémostatique. Tels sont le coup de sang et l'apoplexie cérébrale, la manie aiguë avec hypérémie, sinon phlogose, de la pulpe encéphalique; tel est aussi le délire alcoolique, mais seulement dans sa période congestive et irritative ou hypersthénique. Car ce serait une erreur de croire que la médication stibiée fût applicable à tous les cas indifféremment, comme le voudraient quelques médecins étrangers. Au début, le délire et le tremblement alcoolique, étant des phénomènes d'asthénie, réclament l'Opium et les stimulants diffusibles; c'est plus tard, quand l'irritation et l'hypérémie ont remplacé l'abincitation primitive, que se fait sentir l'utilité du Tartre stibié, comme celle du Sulfate de Quinine, de la Digitale, ou du Bromure de Potassium.

Malgré la diversité et l'apparente simplicité des mécanismes invoqués dans ces diftérentes catégories de cas, l'action du Tartre stibié reste cependant

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