ÉTHER SULFURIQUE
fection calculeuse du foie, il faut sans doute la restreindre à l'action antispasmodique et stupéfiante que le remède exerce sur l'appareil biliaire, mécaniquement irrité, car il serait par trop naïf de compter encore sur le pouvoir qu'aurait l'Éther de dissoudre les calculs de cholestérine dans l'intérieur de la vésicule ou des conduits biliaires.
Enfin, comme anesthésique et stupéfiant, l'Ether convient dans certaines formes de délire caractérisées par l'excitation intellectuelle, les actes désordonnés et la disposition au meurtre ou au suicide. En amenant le calme de l'esprit, le repos du corps, un sommeil paisible, il écarte momentanément tout danger pour le sujet et pour son entourage. Son action est également favorable dans les névralgies abirritatives, le tic douloureux, la toux spasmodique de la coqueluche, ainsi que dans les contractures, le télanos, et, s'il fallait en croire quelques observateurs crédules, dans l'hydrophobie ellemême.
L'Éther a été (30 septembre 1846) le premier agent employé dans le but d'obtenir l'anesthésie chirurgicale par le dentiste américain Morton, à l'instigation de Jackson, qui en avait antérieurement reconnu les remarquables propriétés, depuis longtemps découvertes par Orfila et constatées ultérieurement par Brodie, Giacomini et quelques autres expérimentateurs. Quelques chirurgiens lui sont restés fidèles, mais la plupart d'entre eux accordent maintenant la préférence au Chloroforme (voy. ce mot) dans la pratique de la chirurgie et dans celle des accouchements. Néanmoins des eiforts sont tentés depuis quelque temps, surtout en Angleterre, pour remettre l'Éther en honneur et déprimer son heureux rival. Nous apprécierons plus loin (voy. Chloroforme) la valeur des arguments fournis par les partisans de l'Éther sulfurique.
Modes d'administration et doses. — L'Éther sulfurique s'emploie à l'extérieur et à l'intérieur de diverses manières : en applications topiques, affusions, injections, en potions, en capsules et en inhalations.
Pour obtenir la réfrigération, on le verse sur la surface à modifier, et l'on active l'évaporation en soufflant à l'aide de la bouche, d'un soufflet de foyer ou d'un appareil spécial. Pour calmer une douleur de dent ou d'oreille, on en imbibe une boulette d'ouate qu'on porte sur la gencive douloureuse ou dans l'intérieur du conduit auditif, selon le cas.
On se sert aussi quelquefois, pour insuffler l'Éther dans l'oreille, d'une petite poire en caoutchouc munie d'un ajutage et dont la cavité renferme une certaine quantité de la substance active. Il suffit de presser sur la sphère élastique pour lancer dans la cavité auriculaire un jet de vapeur éthérée, si le tube est très-étroit, ou de l'Éther liquide, si le calibre est plus large.
Pour exciter d'abord et calmer plus tard la muqueuse gastrique, on avale cinq à six gouttes d'Éther imprégnant un morceau de sucre, ou mêlées, soit avec un peu d'eau sucrée, soit avec une infusion aromatique. Les Anglais en prennent bien davantage, puisque la dose ordinaire est d'une cuillerée à thé pouvant se répéter plusieurs fois à de courts intervalles. Ce mode d'ingestion GuBLER, 2« édition. 55
est désagréable, à cause de l'extrême volatilité do l'Éthei? suU'urique qui se répand dans la bouche, les fosses nasales'et le pharynx. Pour obvier à cet inconvénient, les médecins des États-Unis d'Amérique ont eu l'idée de rendre l'Éther parl'aitement miscible aux liquides aqueux à l'aide du blanc de baleine, dont ils ajoutent 12 centigrammes environ à 4 grammes du principe volatil, ce qui a l'avantage de rendre en même temps ce dernier plus lixe.
Mais Glertan a réalisé un véritable progrès en incarcérant l'Éther sulfurique dans des capsules ou perles, dont chacune renferme environ quatre ou cinq gouttes de liquide. Ces perles ingérées avec un peu d'eau fraîche, ne crèvent que dans l'estomac , épargnant ainsi le goût et l'odorat des malades.
Le Sirop cfÉther (Boullay) est une excellente préparation dans laquelle le sirop, 16 grammes, est sursaturé d'Éther, 4 grammes. Il se donne par cuillerées, chez les enfants, comme antispasmodique. On l'administre souvent en potion à la dose de 10 à 20 grammes.
La Potion antispasmodique du Codex, ayant pour véhicule les eaux distillées de tilleul et de fleur d'oranger, contient, avec 30 grammes de sirop de fleur d'oranger, 2 grammes d'Éther sulfurique. On y ajoute souvent 15 grammes de sirop d'Opium.
Jj Eau éthérée (eau distillée, 8 parties ; Éther sulfurique, 1 partie) se prend à la dose de 20 à 500 grammes par jour. On associe quelquefois l'Éther et l'alcool comme dans la Liqueur d'Hoffmann : Éther sulfurique à 56", alcool à 33" Cartier, ââ 10 parties. Cette mixture se prend à la dose de 10 gouttes à 5 grammes.
U Éther ozonisé est une dissolution d'eau oxygénée ou peroxyde d'hydrogène dans l'Éther sulfurique, que Richardson conseille de répandre dans les salles de malades pour les assainir. Malheureusement cette préparation instable doit être gardée à l'abri de la lumière.
Les inhalations d'Éther, seules usitées d'abord dans la pratique de l'anesthésie chirurgicale, furent abandonnées plus lard pour celles de Chloroforme par l'immense majorité des praticiens, à cause de leur action plus lente, de la durée plus longue et de l'intensité plus grande des phénomènes d'excitation, enfin de la nécessité d'appareils spéciaux et compliqués pour amener la perte de la sensibilité. Naguère l'École de Lyon était à peu près la seule qui maintînt sa prédilection pour l'éthérisation proprement dite, en se fondant sur la possibilité d'obtenir l'anesthésie aussi complètement et aussi sûrement que par le Chloroforme et sur la complète innocuité de l'Éther. Dans ces derniers temps elle a dû cependant reconnaître que plusieurs cas de mort devaient être mis à la charge de l'Éther ; mais on s'efforce de démontrer que les méfaits du Chloroforme sont incomparablement plus nombreux, et cela seul justifie la répugnance qu'il inspire à quelques personnes, tandis que la plupart des médecins lui accordent au contraire une préférence méritée pour sa rapidité et la simplicité de ses procédés d'inhalation (voy. Chloroforme).
Pour donner l'anesthésie, l'Éther sulfurique doit être emplové pur et mar-