‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 34 sur 293 · CANTHARIDE · texte numérisé non relu

CANTHARIDE

ConfecHon aromatique, l'Eau de Mélisse composée, le Sirop antiscorbulique, la Thériaque, le Milliridate, le Laudanum liquide de Sydenham, etc.

CA.i\I\ELLE GIROFLÉE DES MOLIQUES OU ÉCORCE DE CULI-

LAWAIV, Cinnamomum Culilawan, Blume. — Lauracées. Angl. Indian Clove bark. — Ail. Nelkenrinde.

L'écorce du Cannellier Culilawan sent le girofle, et sert aux Javanais ' comme masticatoire et parfum. C'est d'ailleuis un médicament en tout comparable à la Cannelle de Geylan, et, comme celle-ci, fort employé dans ses lieux de production à titre de toniqu* stimulant, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, contre la paralysie, le rhumatisme, etc.

L'essence de Culilawan est inusitée en Europe.

CAiViV'ELLE GIROFLÉE DU BRÉSIL, Êcorce du Dicypellium caryophyllalum, L. — Lauracées.

Angl. Brazilian Clove bark or Clove Cassia bark.

On peut répéter, k propos de l'écorce du Dicypellium caryophyllatum, espèce du Para et des bords du rio Negro, ce que nous disons de celle du Cinnamomum Culilawan, naturel aux îles de l'archipel indien.

CAXiXELLiER (FLEURS de), Cimamomum Cassia, Fr. Nées, ou Cin- ■ namomum perpétua florens, Burmann. — Lauracées.

Angl. Cinnamon-lree [floioers of the). — AU. Zimmt-Kassie {Blûmen von der).

Les fleurs non développées du Cinnamomum Cassia {flores Cassix immature, Clavelli Cinnamomi), analogues aux clous de Girofle, mais plus petites, ont des propriétés et une composition semblable à celles de l'écorce connue sous le nom de Cassia lignea ou Cannelle de Chine. L'huile volatile qu'on en retire par distillation a la même action physiologique et sert aux mêmes usages thérapeutiques que l'essence de Cannelle de Geylan.

CAiXTHARiDE, CanlhaHs vesicatoria, Geofl".; Meloe vesicatorius, L, — Insectf,s-Coléoptèr£s.

Angl. Blister Bcetle, or Spanis Fly. — Ail. Blasen-Kafer , Spanische Fliege.

Cet élégant Coléoptère, de la famille des Trachélides, vit sur les arbres de la famille des Jasminées , et particulièrement sur le Frêne.

Composition. — L'analyse de Robiquet donne les résultats suivants : Cantharidine; huile grasse, verte, soluble dans l'alcool; matière grasse insoluble; substance jaune visqueuse, soluble dans l'eau et l'alcool; matière noire soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool ; matière jaune soluble dans lether et l'alcool; acides acétique et urique libres; phosphates de chaux et de magnésie.

La Cantharidine, G"H«0*.. rangée parmi les substances n:utres est cris-

talline, de couleur blanche, insoluble dans l'eau — si ce n'est à la faveur des autres principes constituants de la Cantharide, principalement de sa matière jaune, — soiuble dans l'alcool, l'éther, les huiles iixes et volatiles. Ses principaux dissolvants sont l'acétone et le chloroforme. Elle se dissout dans la soude, de même que dans les acides sulfurique, chlorhydrique et nitrique bouillaats. Un acide énergique la précipite de la première dissolution, l'eau suffit pour la séparer des suivantes. La Gantharidine ne commence à se sublimer qu'à 120 degrés et ne se volatilise rapidement qu'à 205 degrés. Aussi les effets attribués k sa vapeur dans des conditions de température ordinaire doivent-ils être rapportés, soit k des émanations pulvérulentes, soit à une huile volatile odoranle qui donne aux Gantharides leur fragrance désagréable et sur l'existence de laquelle Orfila insiste avec raison.

Action physiologique. — Les Gantharides exhalent une odeur piquante, fétide, nauséabonde. Leur saveur est peu marquée, car la sensation d'âcreté et de' causticité qu'elles déterminent plus tard paraît due à l'inflammation violente qu'elles excitent sur la langue comme sur tout autre point des téguments Gette sensation n'test pas plus une affaire de goût que l'impression de ' l'ammoniaque sur les narines n'est un phénomène d'olfaction. Appliquée sur la peau la poudre de Gantharides produit au bout d'une heure une sensation de chaleur qui devient bientôt cuisante, douloureuse, et s'accompagne de rougeur et de tuméfaction légère. Il s'ensuit une véritable phlegmasie du derme avec exhalation séreuse ou séro-fibrineuse sous forme de vésicules d'abord isolées, qui deviennent confluentes, et donnent heu, ou bien a un certain nombre de bulles et ampoules, ou bien à une seule grosse phlyctene qui occupe toute la surface avec laquelle la Gantharide se trouvait en con- Lt Get effet n'est complet qu'au bout de huit, douze, seize ou vingt-quatre heures selon la ténuité de l'épiderme et la vitalité des téguments. Il peut • employer quelques heures seulement k .se produire, comme il peut faire absolument défaut malgré l'excellente qualité et l'application parfaite du remède. Car la Gantharide n'exerce pas sur la peau une action chimique, fatale, k la manière de l'acide sulfurique ou de la potasse caustique : elle provoque, irrite les tissus vivants qui répondent plus ou moms k sou action phlogistique, et quelquefois demeurent inertes malgré un contact prolonge de deux ou trois jours. Mais ce dernier cas, que j'ai bien observe, est exces-

"Zrrpr'emier moment, l'action topique de la Gantharide p.ut être aidée par les acides de la sueur qui dissolvent le principe actif de 1 msecte Tant que dure la violente phlegmasie déterminée par le contact de la poudre iSante, l'absorption ne s'exerce pas; mais dès que l'exsu at.on s'arrête par le fit de l'apaisement du travail inflammatoire en rapport avec l'ITlme^t du corps irritant, désormais séparé de la superficie u derme leloignemem a 1 plastique, alors lab-

par une ^pa^--; Pj^^ \ J^^^ 3.exerce sur un Hquide albumi- Z!:::^:^^^^- chargé de canthandine, celle-ci commence à

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s'introduire dans la circulation et produit bientôt les effets qui lui sont propres. Au premier degré, on note l'accroissement de la diurèse et coincidemment, par action réflexe (Gubler), l'excitation tonique du grand sympathique, d'où l'augmentation de la tension vasculaire, et le ralentissement du pouls. Avec une action plus forte, le pouls devient fréquent et plein, la respiration accélérée, la peau chaude et sudorale. L'urine diminue- de quantité, et les mictions sont plus fréquentes, accompagnées de douleurs au passage. Ces phénomènes peuvent être très-accusés k la suite de la vésication, mais ils se montrent dans toute leur puissance lorsque la Gantharide est ingérée dans les premières voies. Voici alors ce qu'on observe :

Dans l'estomac, la Gantharide excite de la chaleur ou de la brûlure, de vives douleurs gastralgiques, des nausées et des vomissements. Néanmoins une partie du principe actif est absorbée, et va produire la fièvre artificielle, signalée tout à l'heure, avec une intensité plus grande et une soif ardente. Bientôt se montrent des ardeurs d'urine>des douleurs atroces dans les lombes et le bas-ventre, un priapisme des plus pénibles. Le malade pisse, au milieu de cruelles souffrances, de l'albumine, de la fibrine, du sang, avec une urine rare et concentrée. Il éprouve une violente constriction de la gorge, de la difficulté d'avaler, de l'hydrophobie, du ptyalisme, de la dysenterie, une sensibilité exquise du ventre, commë dans le péritonisme . Si le sujet résiste on voit une période de sédation et d'asthénie succéder à cette effervescence morbide; le pouls se ralentit, et se déprime, la température s'abaisse, et les forces sont dans la résolution. Mais si la dose est trop forte, il survient du délire, des convulsions, le tétanos, l'insensibilité, le coma et qaelquefois la mort. A l'autopsie, on trouve une inflammation violente, plastique et ulcéreuse du canal digestif et de' l'appareil urinaire, principalement de la vessie.

Les lésions fonctionnelles et anatomiques observées du côté des reins et des voies urinaires indiquent suffisamment que c'est par là que se fait l'élimination de la Cantharidine et des autres principes actifs absorbables. En présence de ces profonds désordres, on admire la tolérance relative du système vasculaire pour la Cantharidine, mais l'étonnement cessera si l'on considère que l'albumine dissimule un grand nombre d'agents nuisibles ou toxiques, lesquels ne recouvrent leur pouvoir de nuire que lorsqu'ils reprennent leur liberté dans les sécrétions non albumineuses.

La cystite cantharidienne (Morel-Lavallée) ou mieux le canlharidisme réno-vésical tel que Bouillaud l'a décrit, n'est pas une complication à beaucoup près aussi fréquente qu'on le suppose généralement. Mes relevés statistiques prouvent que cet accident n'existe à un degré quelconque que dans un dixième des cas tout au plus et que, sous une forme intense il ne se montre pas. plus d'une fois sur vingt applications de grands vésicatoires,

A mon avis, les graves symptômes observés dans les intoxications du côté du système nerveux ne sont pas uniquement le résultat de l'action directe du poison sur l'encéphale et la moelle ; ils sont quelquefois les effets sympathiques ou réflexes de la violente irritation des organes digestifs et urinaires.

Le tétanos lui-même se prête à notre explication, car il se montre fréquemment à la suite des lésions traumaliques de l'abdomen, peut-être parce que, dans cette cavité spianchnique , les corpuscules db Pacini sont presque aussi nombreux que vers les extrémités des membres.

La Gantharidine est accusée, à bon droit, d'être l'agent essentiel de tous ces désordres. Cependant la substance volatile odorante, considérée par Beaupoil et Orfila comme le principe vraiment toxique de la Gantharide, possède réellement des propriétés irritantes semblables k celles de la Gantharidine.

On cite des cas nombreux d'individus qui , pour être restés endormis à l'ombre des arbres chargés de Gantharides, ont inhalé par les poumons des quantités suffisantes de l'huile volatile pour qu'il en résultât, non-seulement dM ophthalmies, des éternuments et des saignements de nez, mais encore des vertiges, la dysurie, l'hématurie et la fièvre (Amoreux, Lyonnel, Boyle).

Substances synergiques.— Ce sont les rubéfiants et les vésicants : mouarde, croton, thapsia, garou, ammoniaque, chloroforme, etc. Substances antagonistes. — L'action topique de la Gantharide peut tre contrariée par tout ce qui tend à épaissir l'épiderme et à produire la corrùgation de la peau, ainsi que par la présence de l'eau et des liquides qui ne dissolvent pas la Gantharidine. L'interposition d'un papier huilé est au contraire un non-sens. L'incorporation dans une substance protéïque, albumineuse, nuirait également au travail de la véi-ication.

Quant aux effets diffusés de la Gantharidine, c'est encore l'albumine qm en gêne le plus la réalisation Le camphre, s'il est utile, ne paraît pouvoir agir au' en s'opposant à l'élimination de la Gantharidine par les reins quil ne traverse pas ou qui ne sont pas un émonctoire d'élection. D'un autre côte c'est k tort qu'on a cru pouvoir neutraliser les effets de la Gantharide sur l'appareil uro-génitai par l'addition des alcalis (Ameuille , Martm-Damourelte) car il est bien établi maintenant que les cantharidate.s alcalins sont -mêmes éminemment irritants et vésicants (Massing et Draggendort,

eux-

T- Delpech, Gubler). , . , , -r

Usages -Localement, la Gantharide sert k prodmre.la rubéfaction pour exciter la sensibilité et l'irritation de la peau dans la paralysie, les névralgies les douleurs rhumatismales, etc. C'est aussile plus sûr et e moins douloureux de tous les vésicants. Elle est pour cela d'un usage vulgaire dans les maladies inflammatoires dont l'acuité commence à céder, du qui sont parvenues à l'état chronique , notamment dans celles des yeux , des jomtures, de la poitrine. Les anciens l'appliquaient sur la morsure des animaux venimeux^ On a cru pouvoir imposer à l'érysipèle une barrière infranchissable en nlacant un vésicatoire sur sa route, c'était une illusion. , .

^ Gomme agent dynamique général , la Gantharide a été en grande réputation da^s l'hydrophobie, le tétanos, la chorée, l'épileps.e et la manie. On n y

'"Maton l'emploie encore pour agir sur les organes urinaires, et d'une manière détourné!, sur l'appareil génital. L'irritation cantharidique est cou-

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