GENÉVRIER COMMUN
lions. Mais l'essence de Genièvre exerce surtout une grande influence sur la sécrétion urinaire, et les praticiens s'accordent pour la considérer comme un des meilleurs diurétiques, sinon le plus puissant. Elle est aussi carminative, sudorifique et emménagogue. A doses très-fortes, elle détermine l'irritation des voies urinaires et même l'hématurie (Ch. Lepois), avec un mouvement fébrile.
Usages. — Les baies de Genièvre pourraient être prescrites comme anti» catarrhales; aussi hien que les autres balsamiques ; elles ont même été employées à ce titre dans les écoulements de i'urèthre et des organes génitourinaires. Mais leur spécialité d'action, ou du moins la prédominance de leurs effets du côté de l'appareil urinaire, a fait réserver leur emploi pour les cas où il convient d'augmenter la diurèse : ainsi, dans les maladies du cœur, l'ascite, l'anasarque et les autres hydropisies. Elles sont utiles dans la dyspepsie atonique, les débilités, le scorbut. On se sert aussi du Genièvre pour stimuler la périphérie cutanée, dans les affections rhumatismales chroniques, et de ses vapeurs pour masquer les mauvaises odeurs répandues autour des malades.
Modes d'administration et doses. — Les baies de Genièvre se prescrivent à la dose de 4 à 8 grammes, en infusion, dans 500 grammes d'eau, et en teinture alcoolique (hqueur de Genièvre). Le gin anglais n'est souvent que de l'alcool additionné d'essence de térébenthine.
Les baies de Genièvre, infusées dans l'eau et fermentées, donnent un vin d'où l'on retire par distillation une eau-de-vie aromatique-amère, consommée sur place par les populations des pays forestiers. On en a fait un Rob, qui se donnait à la dose de 4 grammes.
L'huile volatile dé Genièvre se donne à la dose de 2 k 6 gouttes, en pilules ou dans une solution mucilagineuse et sucrée.
Le Genièvre entre dans le Baume opodeldoch, et faisait partie de la Thériaque diatess'aron, ainsi que d'une foule d'autres confections anciennement en usage. C'est un ingrédient d'une importance ré'elle dans deux préparations diurétiques fort usitées : le Vin diurétique de la Charité et celui de l'Hô tel-Dieu (Trousseau).
Le premier, appelé aussi Vin scillitique amer, se compose de Vin bJanc tenant en dissolution les principes que peuvent lui céder les écorces de quinquina gris, de winter et de citron, les racines d'asperge et d'angélique, les squames de scille, l'absinthe, la mélisse, les haies de genièvre et le macis. Les excitants du rein y prédominent, les toniques vasculaires n'étant guère représentés que par le quinquina et peyt-être la scille et l'asclepias.
La formule de Trousseau conserve les baies de genièvre en proportion exagérée avec le vin blanc pour véhicule, mais elle exclut toutes les autres substances excitantes et fait intervenir, outre la scille et l'acétate de potasse, le plus puissant de tous les toniques vaso-moteurs : la Digitale. Cette association des deux genres de diurétiques donne souvent des résultats remarquables. J'ai vu, sous l'inQuence d'une dose quotidienne de 60 grammes de
vin diurétique de l'Hôlel-Dieu, un malade rendre, en six lieures, neuf litres d'urine. Seulement l'action irritante du vin blanc et des baies de genièvre suffit, chez quelques sujets, pour augmenter l'hypérémie rénale et amener sinon la suppression d'urine du moins une oligurie plus prononcée encore.
GÉNiPi VRAI, Artemisia glacîalis, L. — Composées ou Synanthérées-
SÉNÉCIONIDÉES.
Angl. Creeping Wormwood. — AU. Felunbeijfuss, GenipikrauC. ;
Le Génipi ou Génépi varie selon les pays et les espèces botaniques qui i reçoivent ce nom banal, et qui appartiennent aux genres Achillea et Artemi- > sia. L' Achillea nana donne le Génipi noir; V Artemisia rupeslris, le Génipi j blanc ; V Artemisia glacialis, le Génipi des Savoyards ou Génipi vrai. Ces diverses plantes des hautes montagnes sont fortement aromatique?, et passent pour les plus puissants de tous les vulnéraires.
On les prend en infusion, à la suite des chutes, contusions ou blessures, ou bien au début des maladies de refroidissement. On en fait aussi des fomentations sur les parties contuses.
JJ Absinthe suisse, si supérieure pour l'arôme à l'absinthe ordinaire, est i préparée avec le Génipi et colorée en vert par l'infusion alcoolique d'anis ou d'indigo.
GEi\TiAi\E, Gentiana lutea, L. — Gentianées.
Angl. Common or yellow Gentian. — Ail. Bitterwurzel. '
Composition. — La racine de la grande Gentiane, commune dans les montagnes subalpines de nos contrées, renferme un principe odorant fugace, • sorte d'huile volatile^ un principe amer, une huile verdâtre fixe, un acide organique libre, du sucre incrisfallisable, de la gomme, une matière colorante fauve et du ligneux (Henry et Caventou). La matière sucrée, analogue au sucre d'inuline (Bouchardat) est assez abondante (15 p. 100, L. Magne), | pour fermenter et donner une liqueur alcoolique. j
Le principe amer ou Genlianin {Gentianéine de Mérat et de Lens) est jaune, cristallin, et communique ses qualités au.stères à la racine. On y a découvert deux principes distincts, l'un insipide [Gentisine ou acide Geniisique), l'autre amer [Gentianite).
Action physiologique. — La Gentiane est un type d amer pur et simple, ; dénué d'arome et d'astringence, lorsqu'elle est sèche ; car la racine fraîche doit à son principe odorant, volatil, des qualités narcotiques et en quelque sorte toxiques démontrées par les observations de Planche, de Buchner, etc., confirmant l'opinion de Haller : que l'innocuité de la Gentiane n'est pas aussi complète qu'on le suppose.
Desséchée et privée de son principe aromatique, la racine de Gentiane jouit d'une amertume franche, et n'agit plus que comme simple tonique. Elle ouvre l'appétit, stimule les fonctions digestives, précipite le mouvement péristaltique et relâche le ventre. Il en faut des doses très-fortes pour occa-
GEBMANDRÉE, CHAM^DRYS OU PETIT CHENE. 15 7
sionner des vomissements. Barbier dit qu'elle accélère le pouls. Le Gentianin est absorbé et va porter son action dans tout le système. Il est éliminé par l'urine et par la sueur, auxquelles il communique sa saveur amère. (Arnemann).
Usages. — La Gentiane est fréquemment employée dans les divers cas morbides auxquels conviennent les amers. Elle doit être préférée aux amers astringents cbez les sujets disposés à la constipation, ou chez qui la liberté du ventre est une condition de guérison. On la prescrit habituellement dans les états d'anémie et de débilité, dans la dyspepsie torpide, la goutte, les névroses, l'hystérie et les affections de type intermittent. Mais elle ne réussit que contre les fièvres saisonnières et non contre les accès d'origine palustre. On l'emploie aussi comme antiverœineux.
En chirurgie, la racine de Gentiane sert de tente pour dilater les pertuis fistuleux. Projetée en poudre fine sur les exutoires, elle en active la suppuration. On fait avec la décoction des fomentations résolutives.
Modes d'administbation et doses. — On prescrit la Gentiane en infusion, en teinture alcoolique, en sirop, en vin, en extrait. On peut également faire prendre de la poudre de racine, dans du pain azyme, à la dose de 50 centigrammes à 3 et 4 grammes.
La tisane de Gentiane se prépare avec 8 grammes de racine dans un demi ou dans un litre d'eau. L'extrait se prend à la dose de I à 3 grammes. On lionne la teinture alcoolique à la dose de 4 à 8 grammes, le vin à celle de 120 à 200 grammes, le sirop à la dose de 15 à 30 grammes.
On fait aussi une infusion de Gentiane composée avec des écorces d'oranges et de citrons ; une teinture de Gentiane composée, renfermant de l'écorca d'orange et du cardamome ; une teinture de Gentiane ammoniacale ou Elixir antiscrofuleux.
La Gentiane entrait dans un grand nombre de préparations magistrales, unsi que dans le Diascordium, la Thériaque, le Mithridate, et beaucoup l'autres préparations officinales.
GERMAIVDRÉE, CHAM^DRYS OU PETIT CHENE, T^UCrium Chamœ-
Irys, L. — Labiées.
Angl. Wall Germander. — AU. Gamander.
La Germandrée, fréquente dans nos bois secs et sablonneux, est une Lalée amère aromatique, par conséqueut louique et stimulante, qui renferme ne huile essentielle en même temps qu'un principe amer et du tannin préipitant en vert les sels ferriques. Après avoir joui d'une grande réputation oAme antigoutleuse et fébrifuge, elle est abandonnée aujourd'hui à la méecme populaire, malgré des vertus très-réelles qu'elle partage avec les utres espèces de la même famille, également aromatiques et amères.
On la donne avec avantage en infusion, à la dose de 15 grammes pour 50 grammes d'eau, dans la bronchite chronique et les catarrhes des muueuses; dans la dyspepsie torpide et la tendance au dévoiement. Elle entre
dans plusieurs receltes contre la goutte : la Poudre arlliritique, celle de Portland, la Thériaque d'Ândromaque, etc.
Gil\Gi<:iHBUi!:, Zingiber officinale, Roscoe ; Amoinum Zingiber, L. — Amomacées.
Angl. Na/rroio-leaved Ginger. — AU. Ingwer, Imber, Ingher.
Une seule espèce botanirfue, probablement originaire d'Asie, mais cultivée dans les trois grands continents sous les tropiques, fournit toutes les sortes commerciales de Gingembre, dont ou distingue trois variétés principales d'après la provenance : le Gingembre des Indes occidentales, celui des Indes orientales et celui d'Afrique.
Dans cbacune de ces variétés il existe deux formes, selon que la racine est intacte {Gingembre gris du Codex, Gingembre noir, des Anglais), ou qu'elle est dépouillée de son enveloppe externe {Gingembre blanc).
Composition. — L'analyse du rhizome de Gingembre, opérée par Morin, a donné : huile volatile, résine molle acre, résine insoluble dans l'huile et l'éther, les éléments ordinaires des tissus végétaux, acide acétique, soufre, et un grand nombre de substances minérales.
Ij! huile volatile de Gingembre a l'odeur de la racine, avec une saveur d'abord douce, puis acre et chaude.
La résine molle possède une odeur aromatique et un goût aromatique et brûlant.
Action physiologique. — Le Gingembre est un stimulant aromatique, d'un goût très-piquant et d'une extrême âcreté. En contact avec la muqueuse nasale, il provoque l'éternument ; mâché, il est puissamment sialagogue appliqué sur la peau, il cause une sensation de chaleur intense, du picotement et de la rougeur. Cette action, manifestement excitantt, se reproduit dans la profondeur des premières voies, et ne tarde pas à se faire sentir, après absorption, sur toute l'économie, et particulièrement sur les organes respiratoires et sur l'appareil génital. On a noté aussi qu'il accroît l'énergie des fonctions cérébrales.
Usages, — Le Gingembre est un stomachique puissant et souvent employé dans ses lieux de production, ainsi qu'en Angleterre et en Allemagne, dana la préparation des sauces, des pâtisseries et même de la bière.
Cette racine est usitée depuis les premiers âges de la médecine comme alexipharmaque, alexitère et cordial. Elle est, en effet, très-propre à excite: une fièvre éphémère suivie d'une diaphorèse abondante. Elle est utile dans la dyspepsie atonique ou torpide, accompagnée de météorisme et de spasmes ou de coliques flatulentes, et joue le rôle de correctif à l'égard des purgatifs drastiques.
Le Gingembre est employé comme sialagogue, comme moyen de calmer i les douleurs dentaires, de dissiper la paralysie de la langue, de resserrer la : luette atteinte de prolapsus. Enfin, on applique un cataplasme de Gingembre pulvérisé sur une région douloureuse, à titre de révulsif.