‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 67 sur 293 · GRENADIER · texte numérisé non relu

GRENADIER

séeuse, et jouit de propriétés éméto-cathartiques d'une énergie comparable à celle de la Coloquinte. Des doses excessives produisent des superpurgations violentes avec coliques atroces^ syncopes, crampes, refroidissement, selles sanglantes, inflammation consécutive de l'intestin, ictère, etc. La mort a été la conséquence de ces désordres chez des chiens soumis à l'expérience par Orfila.

Bouvier a observé quatre cas de nymphomanie chez des femmes qui avaient pris un lavement de Gratiole, et le fait a été observé depuis (Mérat et de Lens).

Usages. — Comme tous les drastiques, la Gratiole est utile dans les hydropisies, la congestion et l'apoplexie cérébrales, les maladies du cœur, certains engorgements viscéraux. Par l'intensité de son action spoliatrice, elle peut conjurer un accès de fièvre, une attaque de goutte, ou supprimer momentanément un écoulement uréthral. Elle convient particulièrement dans les affections apyrétiques, chez les sujets d'un tempérament lymphatique, d'une structure molle. Elle est, au contraire, contre-indiquée quand il existe de la fièvre, de l'irritabilité et, à plus forte raison, de la phlogose des premières voies ou des annexes du tube digestif, ainsi que de la congestion utérine et des règles trop abondantes. D'après les observations de Bouvier, on devrait aussi s'en abstenir quand on a lieu de craindre un éréthisme génital excessif. Les paysans robustes s'en servent comme d'un purgatif habituel, d'où vient le nom d'herbe au pauvre homme donné à la Gratiole, qui est également un bon anthelminthique.

Modes d'administration et doses. — La Gratiole se donne en poudre, en infusion, en décoction et en extrait.

La poudre se prescrit comme émétique, à la dose de 60 centigrammes à 1 gramme ; comme purgatif, à dose un' peu plus forte. Pour le même objet on fait prendre l'infusion de 2 à 4 ou 8 grammes dans une quantité d'eau indéterminée. L'extrait se donne à la dose de 30 à 60 centigrammes en plusieurs prises dans la journée.

La Gratiole entrait dans VEàit médicinale de Husson.

GREIVADIER. Punica Granatum, L. — Granatées.

Angl. Common Pomegranate. Ail. Granatapfelbaum.

Le Grenadier habite le nord de l'Afrique et toute la largeur du continent asiatique. Il est également spontané en France et dans le midi de l'Europe. On cor serve dans les officines la fleur dite Balauste, l'épicarpe nommé écorce de Grenade ou Malicor, et l'écorce de la racine, actuellement presque toujours remplacée par celle du tronc ou des branches, qui paraît jouir des mêmes propriétés.

Composition. — Toutes ces parties sont remarquables parla présence de principes amer et tannique.

Dans h Malicor, Reuss a trouvé : résine, tannin, tannin oxydé, extractii et gomme. D'après Latour de Trie, l'écorce de la racine contient : matière

grasse, tannin, acide gallique, Gramdine, résine en abondance, cire, chlorophylle et matière insoluble.

La Granadine paraît n'être autre chose que de la mannite. La résine, sans odeur ni goût remarquable, est soluble dans l'eau, dans l'alcool, surtout chaud, et très-peu dans l'éther.

Action physiologique. — L'épicarpe, les écorces de la racine et de la lige, ainsi que la pulpe des graines, sont remarquables par leur astringence et produisent, sous ce rapport, les effets physiologiques de l'acide gallique ou du Tannin (voy. ce mot). Mais, dans les écorces, il existe en outre un principe amer et nauséeux qui, lorsqu'elles sont employées à haute dose, détermine des vomissements, de la diarrhée et parfois des étourdissements et des évanouissements.

Ce principe, probablement la résine, exerce sur les organismes inférieurs une action toxique utilisée contre les vers intestinaux.

Usages. — Depuis le travail de Gomès (1824), Vécorce de racine de Grenadier jouit en France et ailleurs d'une réputation méritée comme téniafuge. Mérat la croit également bonne contre les strongles, les ascarides et les autres parasites de l'intestin.

L'écorce ou épicarpe de Grenade est employée contre les maux de gorge, le relâchement de la luette, la leucorrhée, la diarrhée chronique, etc., à cause de ses propriétés astringentes. Il en est de même des balausles ou fleurs non épanouies. Enfin, la pulpe des semences, fortement astringente et légèrement sucrée, dont quelques personnes sont très-friandes, est rafraîchissante en même temps que tonique, et convient mieux que la plupart des autres fruits chez les sujets faibles, atteints de dyspepsie torpide et de relâchement de corps.

Modes d'administration et doses. — Gomme vermifuge, l'écorce de Grenadier s'emploie en poudre, décoction et extrait. La première se donne a la dose de 4 à 8 grammes. Pour la décoction, on fait bouillir 64 grammes d'écorce dans 750 grammes d'eau qu'on laisse réduire à 500 grammes par . l'évaporation. Gette quantité se prend en trois fois à une heure d'intervalle. Si le ver n'a pas été rendu dans la journée, on administre un drastique le lendemain. On laisse un jour de repos, et, en cas de résultats négatifs, on recommence le traitement trois fois de suite, s'il y a lieu, Contre les oxyures, on donne la décoction en lavement.

On préfère l'écorce de racine et surtout l'écorce fraîche.

L'écorce de Grenade s'emploie en décoction pour l'usage interne et pour gargarismes, injections et lotions.

GRENOUILLE. Rana esculenta, L. — Reptiles-Batraciens. Angl. Frog. — AU. Frosch.

La Grenouille verte ou commune est comestible en Allemagne, en France, et surtout en Italie. Chez non?, on nemangequele train postérieur. La chair en est blanche, tendre lorsqu'elle est bien cuite, et savoureuse comme le poulet.

GUARANA.

Elle est peu nutritive, et convient aux estomacs actifs et aux sujets pléthoriques, aussi bien qu'aux convalescents qu'on veut nourrir très-légèrement.

Avec 125 grammes de corps de Grenouilles dans 500 grammes d'eau, on obtient un bouillon qui est adoucissant, relâchant et bon, si l'on en croit Pomme, pour les états de langueur, les affections nerveuses, les maladies chroniques de la poitrine et du bas-ventre.

Autrefois la Grenouille vivante passait pour absorber les venins ; aussi en appliquait-on sur les morsures de vipères et dans certains cas d'anthrax malin, ainsi que contre le tétanos. Sans parler de plusieurs autres usages, nous dirons que le frai de Grenouille a servi jadis en guise de mucilage dans une foule de circonstances où nous employons actuellement les mucus végétaux.

GROSEILLIER ROUGE. Ribes rubrum, L. — Grossulariées.

Angl. Red Currant. — Ail. Rolhe Krausbeere, Johannisbeeren.

Le Groseillier rouge, naturel aux contrées septentrionales de i^Europe et aux montagnes de nos régions tempérées, est très-lréquemment cultivé pour Ises fruits acidulés qu'on mange au dessert, dont on prépare, dans quelques contrées privées de vignes, une liqueur fermentée assez agréable, et qui doivent à la grande proportion de leur pectine de donner par la cuisson une gelée très-recherchée dans diverses conditions de santé. On en fait aussi des glaces, des sorbets, et l'on prépare un sirop de Groseille simple ou framboisé qui contient un peu plus de son poids de sucre.

La Groseille est un des Quatre fruits rouges employés en médecine ; elle est éminemment rafraîchissante en raison de la grande quantité d'acide citrique qu'elle renferme, et jouit d'ailleurs de toutes les propriétés des acidulés, à savoir : une légère action styptique locale, avec pâleur et réfrigération ; une diminution momenta aée des phénoniènes chimiques de l'hématose. Absorbés, les acides de la Groseille et les carbonates alcalins qui résultent de leur oxydation produisent la sédation de la fièvre et finalement l'alcalinité de l'urine, si la dose ingérée est suffisante.

GRUAU. — Voy. Avoine.

GUARANA, Paullinia sorbilis, Mart. — Sapindacées-Paulliniées.

Les semences du Paullinia sorbilis, arbrisseau grimpant de la vallée de l'Amazone, après avoir été grossièrement broyées, additionnées d'un peu de Cacao ou de fécule de Manioc, et converties en pâte qu'on fait sécher sous forme de cylindres, constituent le produit désigné au Brésil sous le nom de Guarana.

Composition. — Berthemot et Dechastelus ont constaté dans le Guarana: tannate de caféine {Guaranine, Théod. Martins), gomme, amidon, matière résineuse d'un brun rougeâtre, huile grasse, colorée par la chlorophylle, et tannin colorant en vert la solution ferrique.

Action physiologique. — Le Guarana possède une saveur amère-astringente bien prononcée, et une odeur sut gcneris. Il agit localement et après absorption comme les amers en général (voy. Gentiane et Tannin). Celte substance stimule l'estomac languissant, favorise la digestion, relève les | forces, contracte les vaisseaux et les fibres musculaires avec lesquels elle se ' trouve en contact, enraye les phénomènes chimiques qui se passent dans les capillaires sanguins, diminue la supersécrétion intestinale et augmente la sécrétion de l'urine dans certaines conditions déterminées.

Usages. — Ces propriétés du Guarana en rendent l'emploi réellement utile dans la dyspepsie atonique, la débilité générale, la diarrhée. On s'en est servi avec succès pour combattre ces symptômes chez les convalescents, les malades atteints d'affections adynamiques, les phthisiques. Il a été particulièrement recommandé dans la colite (Meyr), et jusque dans la dysenterie aiguë et subaiguë (Trousseau). Enfin on l'a vanté outre mesure contre la migraine, sous le nom de Paullinia-Fournier^

La migraine n'est pas une affection toujours identique avec elle-même. Tantôt simple névralgie, tantôt phénomène prédominant d'une crise qui a sa raison d être dans un état diathésique variable : accident de forme asthénique ou de forme irritative, l'hémicranie réclame, selon les cas, des traitements tout à fait différents. Certaines migraines demandent l'opium, d'autres le sulfate de quinine. La Paullinia-Fournier réussit chez ces dernières, mais pas plus que toute autre préparation de Paullinia. C'est un palliatif qui n'a paru curatif que parce que la constitution du sujet se modifiait par l'âge ou par une autre cause durant l'emploi du remède. Le Guarana, qui réunit les propriétés du café et du tannin, n'agit pas autrement que ces substances, et ne possède pas une efficacité spéciale.

Substances synergiques et substances antagonistes. — Voy. Café et Tannin.

Modes d'administration et doses. — Le Guarana ou Paullinia s'administre en poudre h la dose de 50 centigrammes à 1 ou 4 grammes et au delà; en extrait hydro-alcoolique sous forme de pilules de 10 centigrammes répétées quatre ou cinq fois par jour.

On en fait aussi un sirop, un chocolat et une pommade. Ces dernières préparations sont peu usitées.

GUARAWHEM. — Voy. BuRANHEM.

GUIMAUVE. Althssa officinalis, L. — Malvacées. Angl. Common Marsh-mallow. — AU. Gemeiner Eibisch. i

Composition. — La racine de cette belle Malvacée indigène renfermej % d'après Buchner : huile grasse, mucilage, sucre incristallisable, amidon,

al théine, etc. , ,

L'AUhéine est identique avec YAsparagine ou Asparamtdc. Cristallisan e, , dépourvue d'odeur et de goût, elle est soluble dans l'eau et l'alcool faible. .

GUTTA-PERGHA. 173

On doit supposer qu'elle exerce une influence sur les propriétés physiologiques de la racine.

Action physiologique et usages. — La Guimauve a les qualités émollientes et adoucissantes au plus haut degré, ce qui la fait rechercher, surtout en France, toutes les fois qu'on a besoin des mucilagineux pour l'usage interne comme pour les applications topiques. La tisane, les pastilles et la pâte de Guimauve sont réputées pectorales, jl Seulement, cette dernière préparation, uniquement composée aujourd'hui \ de blanc d'œuf, de gomme et de sucre, n'a plus de la Guimauve que le nom. On emploie assez fréquemment le sirop pour édulcorer des tisanes adoucissantes dans les angines, les laryngites ou les trachéo-bronchites.

La décoction sert à faire des cataplasmes avec la farine de lin, à bassiner les plaies, à fomenter les régions douloureuses, à pratiquer des injections vaginales.

Enfin, la poudre est utilisée pour la préparation des pilules, et la racine entière desséchée se donne en guise de hochet aux petits enfants, qui la mâchonnent pendant les souflrances dues à l'évolution dentaire.

GUTTA-PERCHA. Extrait à^Vlsonandra Gutta, Hook., ou d'autres arbres de la famille des Sapotacées.

Angl. Gutta-percha.

L'Isonandra Gvtla (Gulta-percha tree) est originaire de l'archipel malais, et spécialement de Singapore. Son suc laiteux, épaissi à l'air, donne la substance précieuse connue sous le nom de Gulta-percha.

•La Gutta-percha, insoluble dans les menstrues ordinaires, se laisse à peine entamer par l'éther. Ses dissolvants particuliers sont le chloroforme, l'essence de térébenthine et les huiles volatiles, le benzol et le sulfure de carbone.

Composition. — A part le principe spécial, analogue au caoutchouc, qui la constitue presque entièrement, la Gutta-percha contient un acide végétal, de la caséine, une résine soluble dans l'alcool, et une autre soluble dans l'éther et l'essence de térébenthine.

Usages. ~ Pour résumer succinctement les nombreux usages thérapeutiques auxquels cette substance est appelée, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce passage de Littré et Robin {Dictionn. de Nysten) • « La malléabilité de la Gutta-percha, jointe à l'avantage qu'elle possède de supporter une certaine élévation de température sans que la forme qu'elle a reçue en soit altérée, la rend d'une utilité constante en médecine et en chirurgie. On fabrique avec la Gulta-percha d'excellents bandages appropriés au traitement orthopédique ; on la substitue avantageusement à la soie huilée pour conteclionner les draps de lit employés par les médecins hydropathes. Auss, légère que la soie, non conducfrice de la chaleur, absolument imperla rnw!' ^"'^ préparations acides ou métalliques qui entrent dans tilé dT'"'°° hydropathiques, elle a sur les tissus soyeux quanvaniages. Par sa propriété de se mouler parfaitement sans la moindre

résistance sur l'objet qui lui sert de base quand elle a trempé dans l'eau à 50 ou 60 degrés, la Gutta-percha est d'un grand secours pour façonner à la minute les appareils à fractures, pour réunir les tendons divisés, pour envelopper les articulations dans les cas d'entorses. La Gutla-percha, dissoute dans le chloroforme, constitue un topique pour les coupures et les blessures. En efl'et, k peine ce liquide est-il étendu sur la peau, que le chlorolorme abandonne, en s' évaporant, une mince pellicule solide qui protège la plaie » contre l'action pernicieuse de l'air, de la poussière et des corps étrangers. On fabrique également avec la Gutta-percha des sondes, des bougies et autres instruments analogues ; mais le Caoutchouc est préférable dans certains cas, à cause de sa souplesse et de son élasticité. »

Ajoutons que le premier emploi de la solution par le chloroforme est dû à Simpson et Acton. Ce dernier l'a recommandée judicieusement comme moyen de protection contre les poisons contagieux. Robert la préconise contre les J dartres squameuses humides. Ghassaignac fait en Gutta-percha des tubes de 1 drainage, moins résistants et moins sûrs que ceux de Caoutchouc vulcanisé. ! Une planche de Gutta-percha, échancrée à la manière d'un plat à barbe, est ! le moyen le plus commode de soutenir les bourses dans les cas d'orchite. i

Enfin, dans ces derniers temps, Mannoury et Robiquet ont eu l'idée d'in- ' corporer un grand nombre de médicaments actifs dans la Gutta-percha, afin de pouvoir leur donner toutes les formes et les dimensions réclamées par les ; circonstances diverses au milieu desquelles l'application doit en être faite, j Ils y ont associé spécialement le chlorure de zinc et la potasse caustique ; -, puis, donnant à la masse des configurations variées, ils ont obtenu des plaques pour la cautérisation des surfaces étalées, des cylindres pouvant reta- ■ placer les crayons de nitrate d'argent, des fils pour la ligature des tumeurs, | et des pois caustiques pour l'établissement des fonticules.

On voit, d'après cela, que la Gutta-percha est appelée à devenir entre les i mains des chirurgiens un agent plein de docilité, de souplesse et d'efficacité. Un grand avenir est réservé à cette substance merveilleuse.

HACHISCH. Produit du Chanvre indien, variété du Cannabis saliva, L. — Cannabinées.

Ang. Hashish product of the Indian Hcmp. — AU. Indianisher Hanf.

Le Chanvre, cultivé dans presque toutes les contrées du globe, se rencontre à l'état sauvage en Perse, dans le Caucase et sur les collines dans le nord de l'Inde. ,

On fait usage des semences et des feuilles.

Les semences, ou chènevis, réduites en pulpe, servent à faire des cataplasmes qu'on suppose Être résolutifs. Eu émulsion, elles composent uae boisson rafraîchissante. L'huile qu'on en retire est donnée en lavement con-

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