HUILE DE FOIE DE MORUE
plaisir de voir adoptée par Pidoux (Études sur la phthisie, 1869), ainsi que par d'autres thérapeutistes, depuis la publication de la première édition de ces Commentawes.
La njalière grasse est le point de départ de toute formation cellulaire (Swann, etc.), elle est aussi bien le rudiment des corpuscules sanguins (Donné) : on comprend donc la nécessité de son intervention continuelle dans les actes nutritifs. Tel est, à mon avis, le rôle essentiel de l'Huile de foie de Morue. Maintenant la condition qui fait qu'elle remplit mieux que d'autres ce rôle formateur, nous la trouvons dans son origine. Les corps gras, en dépôt dans la glande hépatique, ne sont pas simplement excrémentitiels; nous admettons qu'ils sont en partie destinés, comme la substance glycogène de Cl. Bernard, à fournir des éléments à la nutrition et à la respiration. Leur état moléculaire est sans doute approprié à cette double fonction. Ainsi, rien ne serait plus facile à comprendre que la supériorité de l'Huile de foie, mais de toute espèce d'huile de foie : de mammifère aussi bien que de poisson, sur les huiles ou les graisses tirées des végétaux ou des autres organesdes animaux, sans en excepter même le beurre. La matière grasse du lait exige une élaboration préalable dont la substance grasse du foie peut se passer. La première est très-assimilable, j'en conviens; mais la seconde est déjà assimilée; l'organisme en souffrance n'a donc presque rien à faire pour l'intégrer et l'identifier à sa propre nature. L'Huile de foie de Morue est donc une substance histogénique par excellence. En outre, de même que tous les autres corps gras, elle sert à la combustion respiratoire.
Quant à l'iode, au brome et au phosphore, leur action est secondaire sans être nulle, car l'influence des petites doses se fait sentir àlalongue delà part des médicaments dits altérants.
Substances auxiliaires. — Succédanés. — Les huiles hépatiques de toutes les espèces du genre Squale et du genre Raie sont presque identiques, et par la composition chimique, et par l'action thérapeutique, à celles qu'on extrait des foies de Morue (Lebœuf, Delattre, Devergie). On peut les substituer^ indifféremment les unes aux autres. Nous n'en disons pas autant de ce qu'on appelle, dans le commerce, huile de poisson, parce que cette huile provenant de diverses parties du corps, et spécialement de la chair de ces animaux, n'a pas la constitution chimique de celle que fournit la glande hépatique.
En re (tanche, j'assimile l'huile des foies de poissons à celle des foies d'oiseaux ou de mammifères, et, pour dire ma pensée, je crois que les pâtés de Strasbourg ou de Nérac rendraient à peu près les mêmes services que l'Huile de foie de Morue. J'en ai déjà fait l'épreuve avec succès dans un certain nombre de cas de lymphatisme, de scrofules, et même de rachiiisme, où action curative est plus évidente et le rapport causal plus facile à démener. Je recommanderais donc aux sujets qui éprouvent pour cette dernière e répugnance invincible, de manger des foies de volailles grasses, aussi que des foies de raies, ou de faire entrer dans leur nourriture des
184 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, animaux entiers, conséquemment pourvus de cet organe, tels que des escargots, des huîtres, des moules, des clovisses (Venus verrucosa), si estimées des Provençaux, et généralement tous les mollusques comestibles.
Pour ce qui est des huiles d'olive, d'oeillette, de Doix, etc., des graisses des animaux, nous nous refusons à les placer au même rang que les huiles de foies, A la vérité, elles pourraient, après absorption et transformation dans 1 appareil hépatique, rendre les mêmes offices que la matière oléagineuse extraite directement du foie des animaux ; mais cette métamorphose préalable suppose chez le sujet l'intégrité des fonctions de l'estomac et du foie. Or, c'est là précisément ce qui fait défaut chez la plupart des malades auxquels s'adresse la médication ; tandis que la proportion des corps gras se trouve toujours suffisamment représentée dans l'alimentation habituelle pour rendre superflues les additions à tilre médicamenteux.
Dans la pensée que l'Huile de foie de Morue agissait comme un corps gras quelconque, chargé d'un peu de phosphore, d'iode, de brome et de chlorure alcalin, J. Personne préparé une huile iodée qui n'est pas sacs mérite, et Trousseau a souvent prescrit des tartines couvertes du mélange suivant : teurre très-frais, 300 grammes; iodure de potassium, 15 centigrammes; phosphore, 1 centigramme ; bromure de potassium, 1 gramme ; chlorure de sodium, 2 grammes. Sans avoir les propriétés de l'Huile de foie, ce beurre médicamenteux a néanmoins rendu de grands services par les agents altérants qu'il renferme en proportion considérable.
Sous la dénomination fallacieuse à'oléo-morrhuine, on débite aussi une poudre composée de sucre de lait et de substances minérales supposées actives dans l'Huile de foie de Morue, telles que les sels de chaux et spécialement le phosphate. Quelques personnes ont imaginé pour la chaux la singulière fonction de crélifîer les tubercules. Sans admettre de pareilles idées, on peut cependant considérer les sels de chaux, et surtout le phosphate, comme auxiliaires de l'Huile de foie de Morue, en ce sens qu'ils servent à la recorporation et jouent même un rôle histogénique. Sous ce rapport, le sirop de lacto-phosphate de chaux (Dusart) et d'autres préparations analogues peuvent aider à l'action reconstituante de l'Huile de foie.
Li'hélicine, préparée, dit-on, avec le suc extrait de ['Hélix Pomatia, est donnée également, mais sans preuves démonstratives, comme un succédané de l'Huile de foie de Morue.
Enfin, dans ces dernières années, des publications importantes ont eu pour but d'établir que la Propylamine est le principe actif de l'Huile de foie de Morue aussi bien que d'une foule d'autres substances végétales ou animales formant une classe pour laquelle le docteur Kaleniczenko propose la dénomination de Médicaments propijlamiques. Le Chenopodium vulvaria, le Viburnum Opulus, les Asclépiadées doivent leurs propriétés à cette ammoniaque composée aussi bien que le Caviar, le Balyk gras (et probablement la Boudach'), les Harengs et autres poissons fumés, ou t'Huile de foie de Morue. Il est inutile de dire qu'il nous est impossible de partager à cet égard les