HUILE DE FOIE DE MORUE
vues de notre confrère de Gharkow et de nous associer aux espérances qu'elles ont fait concevoir de remplacer efficacement les doses massives d'Huile de foie par quelques dragées (Meynet) renfermant à l'état condensé la propylamine et certains principes fortement odorants et sapides qui seraient pour ainsi dire l'essence de l'Huile de foie de Morue. Une telle préparation peut avoir quelque utilité chez des sujets affaiblis et languissants, car l'expérienQe m'a appris que les aliments ou plutôt les condiments qui sont chargés de ces principes âores et volatils, notamment la Boudach (appelée poiitargue par les Marseillais), stimulent puissamment la sécrétion salivaire et les fonctions gastriques, mais elle ne saurait à aucun titre tenir la place d'une substance recorporante et histogénique.
Usages, — L'Huile de foie de Morue est indiquée théoriquement toutes les fois que la nutrition et les actes plastiques languissent, comme dans la chlorose, le lymphatisme, la scrofule, la tuberculose, le rachitisme, et généralement dans les dyscrasies et les cachexies. Mais l'expérience a démontré qu'elle est plus efdcace dans le rachitisme, la scrofule et la tuberculisation pulmonaire, trois aspects d'une même diathèse. Seulement, tandis qu'elle n'est qu'un palliatif dans cette dernière afiection, et même dans la précédente, elle est curative, au contraire, lorsqu'il s'agit du ramollissement des os : c'est là son véritable triomphe.
Elle est aussi très-favorable dans les caries osseuses, les arthrites chroniques passant à la tumeur blanche, les engorgements ganglionnaires et le tabès mésentérique. Mais son utilité, quoi qu'on en ait dit, est moins manifeste dans la phthisie pulmonaire. Je ne l'ai constatée nettement que dans les périodes peu avancées du mal, et dans la forme chronique ou lente, analogue à la scrofule externe, observation conforme à celles de Trousseau et Pidoux et d'HQmolle.
Ce résultat eût été facilement prévu par ceux qui eussent admis avec nous le caractère purement plastique du médicament, sans aucune spécificité d'action vis-à-vis des diverses entités morbides contre lesquelles on l'a successivement préconisé.
On a conseillé encore avec succès l'Huile de foie de Morue dans la goutte et le rhumatisme chroniques, dans quelques cas de paralysie, dans l'ophthalmie chronique, strumeuse, et dans certaines affections cutanées se rapportant, sans doute, particulièrement à la classe des scrofulides (Bazin). Trastour l'associe à l'iode contre la paraplégie. Blaizeau la vante contre l'héméralopie, qu'il guérit; ordinairement en moins de quatre jours avec une dose quotidienne de une ou deux cuillerées à soupe.
L usage externe de l'Huile de foie de Morue est peu rationnel; cependant on l'a employée en onctions sur les engorgements ganglionnaires.
Modes d'administration et doses. — Nous donnons la 'préférence à 1 Huile de foie de Morue blonde sur la jaune dite blanche et la brune dite noire, parce que la seconde, clarifiée et souvent additionnée d'huile à manger, ne remplit pas l'objet qu'on se propose, et que la troisième, de qualité
'inférieure, ofl'ense plus que toute autre le goût et l'odorat, sans aucune compensation. L'Huile de foie de Morue se digère mieux et laisse moins d'arrière-goût, lorsqu'elle est prise avec les aliments. En conséquence, on doit l'ingérer préférableraent au commencement des repas. . Chez un adulte, on débute par une cuillerée k soupe, puis on s'élève progressivement à deux, trois ou quatre cuillerées par jour. Chez les enfants, on procède par cuillerées ci café ou par cuillerées d'entremets.
De nombreux moyens ont été imaginés pour rendre moins pénible l'ingestion de ce médicament. On l'emprisonne dans des capsules gélatineuses. En Angleterre, on emploie une cuiller fermée, sauf à ses deux extrémités, et qu'on introduit jusqu'au fond du gosier avant de relever le manche pour laisser s'écouler le liquide; de cette manière, le goût, et surtout le fîavour, ne se font; pour ainsi dire, pas sentir. Cet instrument ne s'est pas répandu jlj en France.
'On additionne quelquefois l'huile d'un principe aromatique : essence de v citron, d'anis^ de menthe poivrée, pour en masquer le goût déplaisant. Dans le même but, on enduit la cuiller de sirop d'écorce d'orange, ou l'on fait prendre, à la suite, de l'eau ou des pastilles de menthe, une liqueur alcoolique quelconque, du vin d'orange, du café noir. Duquesnel obtient une désinfection complète en ajoutant un centième d'essence d'Eucalyptus.
Pour altérer le sens du goût, on fait fondre dans la bouche quelques grains de sel. Il serait plus efficace de laisser agir une huile volatile sur le palais, surtout la teinture de Pyrèthre, avant d'ingérer l'huile.
L'acide cyanhydrique en petite quantité, associé à un mucilage, est? employé, k Bromplon Hospilal, pour dissimuler l'odeur de l'Huile de foie de^ Morue et calmer l'irritation de l'estomac. C'est une nouvelle preuve de cette » propriété coërcitive, sinon destructive, des odeurs que nous' avons reconnue, aux préparations cyaniques.
L'Huile a été émulsionnée ou mise en gelée et aromatisée, tantôt avec une huile volatile, tantôt avec l'essence d'amandes amèresou l'acide cyanhydrique, ou bien avec le rhum (Stanislas Martin, Mouchon,- Jeannel, Van deu^i
Gorput). I
La gélatinisalion s'obtient, soit par la gélatine animale ou par la gelée de Fucus crispus, soit par l'intermédiaire de la Gétine et d'un sirop.
Un pharmacien de la Rochelle a eu l'idée d'émulsionner l'Huile de foie do Morue à l'aide d'œufs de Raie.
Plusieurs préparations officinales de ce genre ont été proposées sans avoir \ réussi à se faire adopter par les médecins ni par le public. Elles ont l'incon-^ vénient de coûter cher et d'augmenter le volume du médicament, sans avo^î^i l'avantage d'en masquer complètement les qualités désagréables. ' I
Le meilleur moyen de faciliter la digestion de l'Huile de foie de Morue, . c'est de la donner au commencement des repas, en ayant soin de faire rejeter • autant que possible les différents corps gras qui font habituellement partie i de l'alimentation.