NOYER COMMUN
exhalent un arôme très-fort, possèdent un goût amer et astringent, et jouissent de propriétés physiologiques en rapport avec ces qualités organoleptiques.
Composition chimique. — Le Brov, ou péricarpe de la Noix est composé de tannin, matière acre et amère, amidon, chlorophylle, acides citrique et malique, oxalate et phosphate de chaux (Braconnot). Vergel et Reischauer y signalent la présence de la nucine, principe immédiat encore mal défini, qui couvre les noix vertes de ses efflorescences cristallines, lorsque, au mois de juin, on les traite par quelques gouttes de benzine.
La matière acre, analogue aux résines, se dissout dans les alcalis et s'oxyde au contact de l'air en se colorant en brun noir.
La pellicule qui enveloppe l'amande contient également une forte proportion de tannin, ainsi qu'une matière résineuse, odorante et amère.
La composition des feuilles se rapproche probablement beaucoup de celle du Brou.
Rochleder a trouvé dans les chatons, outre la nucine, une forte proportion d'acide oxalique.
Action physiologique. — Les divers organes de végétation et de reproduction du Noyer, cités plus haut, produisent la stimulation de la sensibilité qui appartient aux amers résineux, et l'astriction des tissus, due à la présence du tannin. L'odeur d'un arbre ou d'une grande quantité de feuilles réunies passe pour donner lieu à des affections soporeuses, et cause effectivement de la céphalalgie et du malaise. Le Noyer est aussi un bon tonique stiraulantde toute l'économie. Sa seconde écorce est, dit-on, émétique, rubéfiante et même vésicante.
Substances synergiques, auxiliaires. — Dans cet,le catégorie se placent les amers francs et les amers tanniques en général; mais on retrouve naturellement une certaine analogie d'action dans les autres espèces du genre. Ainsi le Juglans cinerea, arbre du Canada et des États-Unis, offre dans sa seconde écorce des propriétés irritantes, beaucoup plus actives que celles du Noyer commun, propriétés qu'elle doit sans doute à la résine plus abondante, dont Wetherill a démontré la présence, et qui la fait employer habituellement comme révulsif cutané, rubéfiant etvésicant.
On en prépare un extrait appelé en anglais: ext7^act of Butler-nut or white Walnut.
Usages. '— Les parties vertes du Noyer étaient anciennement usitées dans l'ictère, les aSections cutanées et dans quelques autres états morbides, en qualité de tonique et stomachique. Mais c'est Négrier (d'Angers) qui en a vulgarisé l'emploi contre les affections scrofuleuses, la chlorose, la leucorrhée, etc. On les a vantées, sans beaucoup de raisons, contre la fièvre intermittente (Ebrard) et contre la pustule maligne (Poymarols, Raphaël, Vaillandet, Vivier, Gipoulon), mais Guipon (de Laon) conteste l'efficacité de ce moyen dans les affections charbonneuses, et il est permis de penser que dans quelques cas de succès la maladie n'avait pas le caractère septique, et
que dans les autres la nature a fait presque tous les frais de la cure, car la pustule maligne guérit spontanément (Van Swygenhoven).
L'amande de la Noix fraîche peut servir à faire une émulsion afrrjable et rafraîchissante. JJhuile de Noix est comestible et peut remplacer l'huile siccative de Lin. Le tourteau se mange sous le nom de Pain de Noix. Eufin les Noix ont eu la réputation d'être vermifuges.
Modes d'administration et doses. — On n'emploie ç\us Y Eau des trois Noix qui avait été successivement distillée sur des chatons mâles, puis sur des Noix nouées et des Noix mûres ; mais on se sert souvent de la tisane de feuilles de Noyer (10 grammes de feuilles sèches pour 500 grammes d'eau). Vinfusion pour l'usage externe doit être beaucoup plus chargée; on recommande aussi la décoction, qui n'agit guère que comme solution tannique, et qu'on applique en lotions, injedions ou coUyres.
L'extrait de feuUks de Noyer se prescrit en ipilules de 20 centigrammes^, au nombre de 2 à 4 par jour; le sirop de feuilles, par cuillerées à café ou à soupe.
On compose avec l'extrait une pommade résolutive pour les engorgements froids.
• Le ratafia de Brou de Noix est d'un usage populaire comme stomachique. . C'est, de plus, une très-bonne liqueur.
ŒILLET ROUGE, Dianthus Caryophyllus, L.— Garyophyllacées. A.ng\. Red Pinli. — AU. Wilde oder Gartenmlhe.
Cette espèce, d'une admirable couleur et d'un parfum délicieux, qui rappelle le airoEle, fournit à la matière médicale ses pétales, d'un rouge foncé, appartenant à k variété cultivée sous le nom à'OEillet à bouquets.
Les pétales d'Œiilet sont estimés cordiaux, sudorifiques, toniques. On les emploie en infusion, à la dose de 8 à 12 grammes pour un demi-litre d'eau, dans les fièvres malignes et les affections septiques. On en prépare aussi un sirop qui jouit de propriétés analogues.
L'Œillet entrait naguère dans plusieurs préparations officinales maintenant
délaissées.
ŒUF DE POULE, Ouwn gallinaceum. Fourni par la femelle du Phasiornus Gallus, L. ; Gallus Bankiva, var. domesticus, Temminck. — Oiseaux
Gallinacés.
Angl. Hen's Egg. — Ail. Hahner Eyêr.
On croit le Coq et la Poule originaires de Java. L'Œuf se compose de la coquille, de la membrane, du blanc et du jaune. Ces quatre parties ont ete utilisées par les médecins et les physiologistes : la membrane pellucide, pour faire des expériences de diosmose ou de dialyse; la coquille calcaire pulvé-
ŒUF DE POULE. ^55 risée, comme absorbant; le blanc et le jaune, pour des usages divérs dans le détail desquels nous allons entrer.
1» Blanc ou Albumine d'Œuf (angl. Egg's Whiie or Glaire; ail. Eiweiss). — Ce n'est qu'une solution concentrée, 12 grammes pour 85 grammes d'eau, d'albumine fortement sulfurée, contenant une petite quantité de sels et de mucus ou matière protéique incoagulable. 11 faudrait cependant, croyonsnous y joindre une faible portion d'huile qui devient évidente lorsqu'un Blanc d'Œuf, coagulé par la chaleur, va commencer à se dessécher ; car on voit alors se former à la surface concave, de petites gouttelettes d'un liquide à peine nuancé de jaunâtre, qui tache le papier et présente au toucher le caractère des corps gras. ^
Le Blanc d'Œuf est lénitif, adoucissant, comme les mucus en gênerai. Dissous dans l'eau (un blanc pour un litre de liquide) et. aromatisé avec de l'eau de fleur d'Oranger, puis sucré, il constitue une boisson excellente dans les affections inflammatoires de l'estomac et du tube intestinal. L'Eau albumineuse convient dans la gastrite, l'ulcère simple de l'estomac, Ticlère par phlogose du duodénum et des conduits biliaires, la dysenterie et l'entérorrliée vulgaire ou de cause miasmatique. A l'extérieur, le Blanc d'Œuf dissous dans l'eau est employé en collyre, en gargarisme adoucissant. 11 pourrait être injecté dans les cavités muqueuses atteintes d'excoriations, seul ou additionné d'astringents et de narcotiques.' On en fait des cataplasmes simples ou rendus médicamenteux par diverses substances. Dans certaines contrées, la moitié d'un Blanc d'Œuf cuit dur est appliqué sur l'œil affecté d'orgelet ou d'une autre inflammation. Battu avec de l'huile, le Blanc d'Œuf constitue un Uniment très-efficace contre la brûlure. Enfin, avec des étoupes et des bandes, il sert à construire des bandages inamovibles.
En pharmacie, l'Albumine de l'Œuf sert à la clarification des liquides et à donner plus de légèreté à la pâte de guimauve. Gomme elle dissout le fer, on l'a proposée pour administrer ce métal dans un état de grande division. Nous pensons que ce procédé devrait être étendu à beaucoup de préparations métalliques dont l'Albumine peut se charger après les avoir modifiées, pourvu, toutefois, qu'on ne recherche dans ces agents que les effets généraux ou altérants. En solution, sous la forme d'albuminates, le fer, le manganèse, le cuivre, le mercure, l'argent, n'exerceraient aucune action fâcheuse sur les premières voies, pénétreraient plus aisément dans la circulation, et présenteraient déjà, pour ainsi dire, un premier degré d'assimilation. Ces avantages se retrouvent en partie dans les autres matières albuminoïdes, telles que le gluten et le caséum. Il est donc rationnel d'administrer la liqueur de Van Swieten dans du lait, et l'essai du gluten comme véhicule, tenté par un pharmacien de Paris, mérite d'être encouragé.
La propriété que possède l'Albumine, de précipiter un grand nombre de solutions métalliques, fait copsidérer ce corps comme le contre-poison chimique, par excellence, des sels de cuivre et de mercure ; aussi l'usage s'en est-il vulgarisé depuis les travaux d'Orfila. Il ne faut cependant pas oublier
que l'Albumine en excès redissoul le précipité qu'elle a formé d'abord, et que l'absorption va s'effectuer sur ce nouveau composé aussi bien que sur la solution cuprique ou mercurique ; seulement, sous la forme d'albuminate, le métal a cessé d'être un irritant local. En somme, il faut continuer à administrer l'eau albumineuse dans ces sortes d'empoisonnements, à la condition de provoquer ensuite des évacuations par les voies supérieures et inférieures pour entraîner toute la matière toxique, et prévenir ainsi sa diffusion dans la masse sanguine.
2° Jaune d'oeuf ou Vitellus (angl. Yelk or Yolk; ail. Eyerdotler). ~ Cette substance est composée d'eau, d'albumine phosphorée et d'huile jaune, avec de la matière grasse cristallisable. Mais la couleur jaune n'appartient pas en propre à l'élaïne ; elle est constituée, selon Chevreul, par deux matières colorantes : l'une jaune, analogue à celle de la bile, l'autre rouge. En outre, Dareste a trouvé dans le Jaune d'Œuf une variété d'amidon.
Le Jaune d'Œuf est donc une sorte d'émulsion de matière grasse maintenue en suspension par l'Albumine. Etendue d'eau chaude, sucrée et aromatisée, elle constitue le lait de poule, breuvage adoucissant par sa nature, et sudorifiquc par la haute température à laquelle on le prend au début des refroidissements et des affections catarrhales. Le looch jaune est fait avec du Jaune d'Œuf, de l'huile d'amandes douces et du sirop de gui-
mauve.
Vcmulsion simple de Jaune d'Œuf sert à dissoudre les corps gras, et particulièrement k nettoyer la tête de sa crasse naturelle ou des épiihèmes médicamenteux, ainsi qu'à débarrasser les conduits auditifs du cérumen en excès et durci. Elle sert également à tenir en suspension des médicaments insolubles dans l'eau, et qu'on emploie en lavements : tels que l'onguent mercuriel, le camphre, l'asa fœtida. Sans aucune addition, elle constitue un lavement adoucissant.
Le Jaune d'Œuf entre dans Y Emplâtre jaune, l'Onguent digestif et l Onguent hémorrhoïdal, aujourd'hui abandonné. Edm. Sichel a eu l'idée d'associer le Jaune d'Œuf à la glycérine pour constituer ce qu'il appelle la Ghjconine; mais ce mélange a parfois le double inconvénient de sentir mauvais par l'hydrogène sulfuré qui ne tarde pas à s'y développer, lorsqu'il est au contact de l'air, et de s'acidifier à cause de la glycérine.
Enfin le Jaune d'Œuf fournit l'huile anciennement usitée en onctions adoucissantes sur les brûlures, les hémorrhoïdes, les boutons de petite
•vérole, etc. i>n?nr Ajoutons que ces deux constituants de l'Œuf, et conséquemment 1 Œut tout entier, sont d'excellents aliments qui conviennent particulièrement aux valétudinaires, aux convalescents, aux sujets affectés de diarrhée chronique. Le Jaune, plus digestible que le Blanc, est souvent mêlé au bouillon de bœuf comme premier aliment, à la suite d'une maladie grave. Le Blanc se digère assez bien quand il est cuit en lait ou peu coagulé ; durci au feu, H se iaîsse difficilement attaquer par les sucs digestifs.