OLIBAN OU ENCENS
oiGi\ox COMMUA, Allium Cepa, — L. Liliacées. Angl. Oiiion. — AU. Gemeihe Zwiebel.
L'Oignon, probablement originaire de ITnde, est cultivé partout pour son bulbe savoureux, qui était adoré des Égyptiens, et que les Juifs de Moïse ont failli préférer au vrai Dieu et à leur liberté.
Il en existe d'innombrables variétés dépendant de deux espèces : l'une rouge, l'autre blanche. Cette dernière est la seule usitée en médecine, parce qu'elle est très-douce et renferme peu d'huile essentielle.
Composition. — Fourcroy et Vauquelin ont trouvé dans le bulbe de l'Oignon : huile volatile âcre, sucre incristallisable, gomme, fibre ligneuse, albumine, acides acétique et phosphorique, phosphate et citrate de chaux, eau.
L'huile volatile d'Oignon est sulfurée et analogue à celle de l'Ail, qui est un sulfure d'allyle. Elle possède aussi des qualités physiologiques semblables.
Action physiologique. — L'action physiologique de l'Oignon est plus douce que celle de l'Ail, à laquelle elle ressemble d'ailleurs beaucoup -
Usages. — Dépouillé de son essence par la décoction prolongée, il devient un aliment fort recherché par toutes les classes de la société. Cru, le bulbe de l'Oignon est un assaisonnement aimé des pauvres.
En médecine, on ne l'emploie presque jamais comme diurétique, stomachique ou comme expectorant; moins rarement il sert à faire des cataplasmes maturatifs, employés surtout par les campagnards. Toutefois, depuis quelques années, on donne le suc d'Oignons comme une panacée contre les albuminuries, y compris celle de Bright, ou diabète albumineux.
OLlBAi\ ou ENCENS. Gomme-résine du Bosioellia serrata, Stack.; Boswellia thurifera, Golebrooke. — Térébinthacées.
Angl. Olibanum, frank Incense. — Ail. Weihrauch.
Le Boswellia thurifera croît dans les parties montagneuses de la côte de Coromandel (Inde). Cependant l'Encens passe pour venir d'Arabie, et il paraît certain qu'on en récolte dans une grande partie de l'Afrique, ce qui porte à croire, ou bien que l'aire géographique du Boswellia thurifera est plus étendue qu'on ne dit, ou bien que plusieurs espèces distinctes produisent la gomme-résine vendue sous le nom d'Encens. En tout cas, on doit distinguer deux sortes d'Encens : celui de l'Inde et celui d'Afrique.
Composition. — L'encens de l'Inde, analysé par Braconnot, a donné : huile volatile, résine, gomme, matière gommeuse soluble dans l'eau et dans l'alcool.
L'huile volatile est analogue à celle de la Térébenthine, mais d'une odeur plus suave, rappelant celle du citron. La résine est double, l'une acide l'autre semblable à la colophane. '
Action physiologique et usages. — L'Oliban, comme la Myrrhe, le Mastic elles autres substances balsamiques, jouit de propriétés tonigues e- GuBLEn, 2» édition.
258 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, slîtnulanles assez rarement utilisées dans les catarrhes et les hémoptysies. Il entre dans certains emplâtres, et l'on s'en sert en fumigations pour masquer
les mauvaises odeurs. i >. i» -j
A l'intérieur, on le prend à la dose de 2 U grammes, émulsionné à 1 aide
d'un jaune d'œuf.
OLIVIER, Oim ewropœa, L. — Oléacéks, ■ Angl. Eurovmn. Olive, Olivctnc. - AU. Olivcniaum, Oehlbaum. ■ uLier croît à l'état sauvage dans le midi de la France et de 1 Europ ,^ aussi bieu qu'en Orient. Il est cultivé en Provence et en Languedoc pour ses drupes cïa^gée. d'une huile excellente, et dont on faU une grande consommation dans tous les pays civilises. ..nrprmP 72 parties Composition. -L'huile d'Olive, selon Braconnot, renferme 72 parties ■d'éîre 2 parties de margarine. Cette proportion considérable de mati re gras'e criltallisable fait qu'elle se trouble par la gelée et laisse déposer des
" r/s:;io.Q.K .s.a.s. - L'haie d-OUve n'est, . propre- Hien Tarler qu'unaliment respiratoire ou même plastique comme les autres Z gr eL est seulement plus difficile à digérer que le beurre.^ Inger Sefen très-grande quantité, elle agit comme ^^'^^^^l^^^^ Hioindre colique. On l'emploie, quoique rarement, .Ueintsd'inflammation des
mulsionavec de 1^ g»^'^^'^^^ fT Ï^I têmeaue les autres huiles douces ellesertàcalmerlatouxspasm^^^^^^^^^
et les 'Très e^ irites X en empêche les effets fâcheux sur
Unie d'une couche protectrice en
même temps qu elle recouvre ei administrée comme contre-
poison. Elle s 0PP°s«^^"^\ J^^^ la canlharidine ou le phos-
•en prévient l'absorpt on, k J"^^!' '° ^^^^ auquel cas, loin de
s'opposer aux ^««^ , J,^^' , serait plus dangereux que de
"ï"""- , . ,„ •,. était emplojée dans l'antiquité en oncUons
^ ''Tint atonp ir s ^ On s'en sartanoore ,usl,ne-
ponr adoncir la pean «' ,^ ,„f,„, i„ corps de l'absorpt.on de. fois ponr ce. ."^"i^'f^^ntelle constitne levéhicnle des substances
z^::^^:^::^^^- Am. .... et de
vin rouge.
OPIDM. 259
OPitiM. Suc épaissi du Papavcr somniferum, L. Papavjsracées. Angl. Opium. — Ail. Opium.
Nous parlerons ailleurs de la plante (voy. Pavot blanc, P. noir, P. oeillette.) Dans cet article, il ne sera question que du produit qu'elle fournit à la matière médicale.
Il existe dans le commerce plusieurs sortes d'Opium distinguées par leur provenance : l'Opium de Smyrm, de Turquie ou du Levant^ VÔpium dit de Coiistantinople, l'Opium d'Égypte, celui de Trébizonde ou de Perse, et enfin celui de l'Inde ou du Bengale, auxquels il faut ajouter VOpium indigène de France, le seul qui soit récolté en grand.
Composition. — Nulle substance n'a été l'objet d'un plus grand nombre de recherches de l9,part des chimistes les plus recommandables de la France et de l'étranger ; mais les principales découvertes appartiennent à nos compatriotes. Séguin découvre la Morphine et l'acide Mécanique en même temps que Sertûrner (1804); Dublanc jeune, la Mèconine (1826), retrouvée plus tard (1820) par Couerbe, qui revendiqua en faveur de Thiboumery la découverte de la T/iébaïne signalée par Pelletier sous le nom de Paramorphine dès 1833. En 1832 Pelletier découvre la Narcéine, Robiquet annonce l'existence de la Codéine. Depuis lors, plusieurs autres principes ont été isolés. Voici I quelle était naguère, d'après les analyses de Mulder, de Schinler et de Bilz, ] la composition de l'Opium : Morphine combinée avec l'acide Mécanique, Narcoline, Codéine, Narcéine., Méconine, Thébaïne, Paramorphine, Opianine, Papavérine., Porphyroxine , extraclif, acide brun, acide sulfurique, résine, huile grasse, matière g ommeuse , cire, caoutchouc, albumine, principe odorant (huile volatile) et ligneux. Une autre base, la Pseudomorphine, n'avait été rencontrée qu'accidentellement par Pelletier.
Ainsi ce produit complexe ne renfermait pas , normalement , moins de huit alcaloïdes préexistants ou prenant naissance pendant les opérations multipliées auxquelles il est soumis.
Mais, dans ces derniers temps, la composition de l'Opium s'est compliquée d'un grand nombre de principes immédiats, jouant le rôle de bases et dont je ne puis que citer les noms.
En voici, je crois, la liste complète : Mécanidine, Laudanine, Laudanosine, Codamine, Lanthopine, Cryplopine, Prolopine, Hydrocotarnine. Il faut joindre la Cotarnine, V Apomorphine et la Chlorocodide.
De tous ces nouveaux alcaloïdes, deux seulement ont été jusqu'ici l'objet d'études physiologiques, ce sont la Cryptopine et l'Apomorphine. Celle-ci comme son nom l'indique, est très-voisine de la Morphine par sa composition chimique; effectivement, elle n'en diffère que par la privation d'une molécule d'eau, mais celte simple soustraction de HO suffit à lui conférer des qualités entièrement disparates.
L'Apomorphine, dépourvue de toute verlu hypnotique et narcotique, ne possède que des propriétés nauséantes et émétiques, fort énergiques d'ailleurs, à la dose de 5 à 10 milligr. en injection sous-cutanée. Elle peut ac-
260 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, quérir par là une valeur considérable comme agent de la médication contrestimulanle (Matlhissen et Wright). r -n j
Or telle est la manière d'agir d'une espèce américame de la famille des ' Papavéracées : la Sanguinaire du Canada; n'est-il pas probable, d'après cela que le principe aclil de cette plante serait un dérivé de la Morphme, J nui est l'alcaloïde caractéristique du Pavot, et ne peut-on supposer que la Sanguinarine est identique avec l'apomorphine? Si cette prévision était confirmée par l'expérience, il y aurait lieu de penser que le fait se reproduirait pour un certain nombre de cas analogues, et que les divergences profondes des actions physiologiques entre espèces d'une même famille botanique n'impliqueraient pas une différence essentielle entre leurs principes immédiats n conséquemment une atteinte portée aux loi^ des affim és na- || 3 e Et s'il était démontré qu'une même substance fondamentale soumise k des changements de composition chimi^e en apparence insignifiants, peu ainsTmaniLter tour à tour, selon les espèces et les conditions dans chacune d'elles, les propriétés physiologiques les plus diverses, xl serait étabT du même coup, que les vertus thérapeutiques ou toxiques des pnnf Immédiats sont aUachées non pas à la nature des éléments constituants ni à leurs proportions, mais plutôt à la structure moléculaire, aux <5tats allotropiques et dynamiques de ces composes.
Le s nd alcaloïde dont je veux parler, a été découvert en Angleterre , T T Pt H Smith, qui lui ont donné le nom de Cryptopia. 'ti: purf estTnir^ cristallisée en prismes k six pans. Sohjble . Ip fCoTorme elle se dissout bien dans l'alcool, moins dans lether ÏTan Sau E lT se comhine avec les acides chlorhydrique et acétiquepour et dans 1 eau. sulfurique et nitrique, en don-
lr:n^^:Jlrr^o;7e ^Pl-d.de avec le premier, et une coloration orangée avec le second Gryptopine pos-
Bes x^no^^ie:..^^.,
sède, comme la Morptiine ae ^es illusions visuelles et, d'autre
celle-ci consistant à produ^^e^^^^^^^^^^ ^^^^ ^^.^^^^^^^
part des phénomènes con^^^^^^^^ , ^„
-<=^'é.^/^°tnt it o2dérablesetVus prolongés que ceux du princip^ somnifères sont i^s conside P.^ ^^^^ ^^.^^^^^^ ^^^^ ^
Hne est d?ux foi p us forte' qui la Méconine et la Narcéine; 3» qu^ Morphine «^^^eux i p ^ • ^^j^ -sente des avantages sur la
des ^f^^'^lT;'^^^^^^^^ respiratoire, d'abord stimulante,.
dlLes^ rpo o^^^ pouvoir causer directement la mort; 5» qdevient dép essive au po P ^^^^^^^ changements respiratoires,
'''""TiollltZl la Gryptopine amène la dilatation pupil aire. , et 60 qu à doses e eve ,j , ^^^^ pharmacopée.
La MorpJnn ^ f^^^^^^^^^ ^^^dore, cristallisable en prismes
.•a'iLÎl";^i- est insolable dans l'eau froide, soluble
dans 400 parties d'eau bouillante, dans 100 parties d'alcool froid ou 24 parties d'alcool bouillant. Elle se dissout dans l'éther, le chloroforme (Fordos), et les huiles essentielles, Magendie la supposait le principe stimulant de i;Opium et la considérait comme éminemment toxique, tandis qu'Orfila et Bally la disaient inerte. Les belles expériences de Gl. Bernard montrent qu'en effet la Narcotine est un agent convulsivant, ce qui justifie l'hypothèse de son illustre maître, mais elles confirment aussi les observations de ses contradicteurs sur l'innocuité relative de la Narcotine.
La Narcéine (G"H"AzO"), également blanche et inodore, possède un goût légèrement amer et comme métallique. Elle cristallise en longues aiguilles" insolubles dans l'éther et le chloroforme, ainsi que dans l'eau froide, solubles dans 230 parties d'eau bouillante, ou 375 parties d'eau k 60 degrés. L'alcool en dissout encore moins , mais la glycérine est un meilleur dissolvant que l'eau. Son affinité pour les acides est peu marquée, et elle ne ramène pas au bleu le papier de tournesol rougi.
Elle est certainement très-peu active, eu égard à la Morphine; cependant Gl. Bernard et les cliniciens à sa suite (Béhier, Liné, Delpech, Gubler, etc.) ont démontré la réalité des effets hypnotiques de la Narcéine, à doses trois ou cinq fois plus fortes. De plus, Gl. Bernard établit qu elle est un pejj supérieure à la Morphine en puissance toxique, et Harley constate qu'elle tue par son action dépressive, puis finalement, paralysante des mouvements respiratoires.
Plus que les autres alcaloïdes, la Narcéine a le pouvoir de diminuer ou de supprimer la sécrétion urinaire. Le D'' Liné qui, le premier, a observé et signalé celte particularité, a même cru pouvoir en déduire l'indication de combattre par la Narcéine la diurèse exagérée; mais l'observation de Harley, qui a trouvé les tubuli du rein remplis de cristaux de Narcéine chez une souris empoisonnée par cet alcaloïde, et qui pense que l'anurie pourrait bien être due à cette cause mécanique, me porte à recommander à cet égard une prudente réserve, et me paraît de nature à détourner les praticiens de l'emploi prolongé des hautes doses de Narcéine chez les sujets atteints d'altérations rénales organiques.
La Méconine ou Opianyle (G^'H^'O^) est remarquable par l'absence d'azote. Berthelot l'envisage comme un alcool poly atomique, cependant des chimistes étrangers lui assignent la composition G'WAzO*. Son goût, d'abord peu marqué, devient ensuite sensiblement acre. Elle est jusqu'ici sans importance thérapeutiqiie. Toutefois, J. Harley qui lui reconnaît, bien qu'à un faible degré, les qualités calmantes et soporifiques de la Morphine, la croit appelée à rendre des services chez les sujets à qui la Morphine déplaît, ou qui témoignent d'une susceptibilité excessive à l'égard de ce médicament, et notamment chez les enfants du premier âge. L'expérimentateur anglais convient cependant que la Méconine serait d'un emploi peu commode parce que, n'étant que peu ou point absorbée par l'estomac, elle ne pourrait être administrée qu'en injections sous-cutanées.
La Thébaïne ou Paramorphine (G''H''AzO«), est blanche, cristalline, d'une saveur slyptique et âcre, très-soluble dans l'alcool et l'éther, k peine soluble dans l'eau. Elle est franchement alcaline, et n'est pas igomérique avec la Morphine, comme le croyait d'abord Pelletier. Magendie avait vu que 5 centigrammes de celte substance, injectés dans la jugulaire ou déposés dans la plèvre , agissant comme la strychnine ou la brucine, causent le tétanos et la mort en quelques minutes.
Cl. Bernard, W. MuUer, Falck,Vulpian, etc., ont vérifié cette action convulsivante de la Tliébaïne, qui tient le premier rang, sous ce rapport, parmi les alcaloïdes de l'Opium, de même qu'elle en est le plus délétère. Il serait important de classer les Opiums du commerce d'après les proportions de Thébaïne qu'ils renferment, puisque ce principe est à fois le plus excitant et le plus dangereux. Tout ce que je peux dire Ik-dessus, c'est que Merck en a trouvé un centième dans l'Opium du Bengale, et que Pelletier n'en a pas constaté du tout dans l'Opium français.
Malgré ses effets tétanisants, la thébaïne est devenue dans ces derniers temps l'objet de quelques tentatives d'applications thérapeutiques, exposées dans la thèse de M. Mihran Ar^erouny (1872). Le sulfate et le chlorhydrate de thébaïne ont été administrés en injections hypodermiques à la dose de 1 à 2 centigr. à la fois, répétée ordinairement deux fois par jour, contre diverses affections douloureuses. Quelques malades semblent en avoir éprouve du soulagement; mais jusqu'à présenties résultats sont douteux.
L'Opianine (G"H"Az^O=*) est une base qui ne se trouve que dans 1 Opium d'Egypte. D'après Kugler, qui l'a découverte, elle possède des propriétés narcotiques aussi énergiques que celles de la Morphine.
La Papavérihe (G"H=*AzO«) est faiblement basique, msoluble dans 1 eau, difficilement soluble dans l'alcool et l'éther froids. Elle se dissout mieux dans ces liquides à chaud. Merck, qui l'a fait connaître, la croyait indiflerente. Cl. Bernard a prouvé qu'elle produit des effets convulsivants, presque aussi prononcés que ceux de la Thébaïne. . ^ , , q, ,
Au contraire, d'après Leidesdorf et Breslauer, soutenus par Baxt et Stark, la Papavérine, dépourvue de tout pouvoir excitant, serait purement sédative, et ne prodoirait que le rétrécissement de la pupille et le sommeil avec le ralentissement du pouls et la dépression des forces musculaires, sans vertic^es ni troubles cérébraux d'aucune sorte.Et, comme ces effets de narcosedu centre cilio-spinal, lents à paraître à 7 heures après 1 ac mimslration), ne seraient pas encore épuisés après 24 oumème 48 heures, ils ensuivrai que la Papavérine serait préférable à l'Opium et à la Morphine comme palliatif de l'insomnie et de l'excitation mentale dans la manie et les autres formes d aliénation. Malheureusement, les résultats de K.-B. Hofman sont loin d e aussi satisfaisants. Cet expérimentateur a pris pendant trois i^^^ ^ vement 12 24 et jusqu'à 36 centigrammes de chlorhydrate de Papa^erlne ans obtenir l'hypnotisme, ni la résolution musculaire, m -un e e s la respiration, le pouls, la température et la sécréuon urmaire. En revanche.
a souffert de céphalalgie frontale, de gêne épigastrique et d'un hoquet fatigant,
La Pseudomorphine (G^H'^AzO*'') ne paraît pas toxique, d'après une expérience où un lapin en a pris 40 centigrammes sans inconvénient. Pelletier pense que c'est une forme de la Morphine, dans laquelle cette dernière a perdu sa propriété vénéneuse.
V acide Mécanique anhydre (G"HO") renferme 9 équivalents d"eau quand il est cristallisé. Il est inerte et n'intéresse le thérapeutiste que parce qu'il se trouve naturellement combiné avec le principal' alcaloïde de l'Opium à l'état de mèconate de Morphine.
Terminons cette exposition en plaçant sous les yeux du lecteur un tableau emprunté au récent travail de Gl. Bernard, et dans lequel les six alcaloïdes principaux de l'Opium sont rangés suivant l'ordre de leur plus grande activité, au triple point de vue des effets soporifiques, convulsivants et toxiques.
Pouvoir hypnotique. — 1° Narcèine; 2° Morphine; 3° Codéine; les trois autres dénués de qualités soporifiques, et non classés.
Pouvoir TÉTANIQUE. — 1° Thébaïne; 2° Papavèrine; 3" Narcotine; 4° Codéine; h° Morphine; 6" Narcèine.
Pouvoir toxique. — 1° Thèbaîne; 2° Codéine; 3° Papavèrine; 4° Narcèine; 5° Morphine; 6" Narcotine.
Les recherches les plus récentes ont généralement confirmé ces résultats au moins en ce qui concerne les animaux. Chez l'homme, les choses se passent un peu différemment. Ainsi le pouvoir hypnotique de la Narcèine, loin loin d'être supérieur, est au contraire quatre ou cinq fois moindre que celui de la Morphine. La codéine très-active chez les animaux n'a que peu de valeur dans l'espèce humaine. Mais, encore une fois, le tableau dressé par notre grand physiologiste reste vrai dans son ensemble et dans ses traits essentiels.
Action physiologique. — L'Opium stupéfie les plantes douées de. mouvement, et exerce son influence sur la généralité des animaux avec des variations conformes , dit- on , au degré de développement de leur système nerveux. Il y a pourtant deux réserves à faire : l'une en ce qui concerne les herbivores, auxquels il faut assimiler les pigeons (Weir-Mitchell), qui sont moins touchés par l'Opium parce qu'ils se défendent mieux que les carnivores contre tous les poisons végétaux, témoins les lapins, qui se nourrissent impunément de Pavot et de Belladone ; l'autre relativement à la difficulté d'observer les animaux inférieurs. Malgré les différences réelles qu'introduit dans la symptomatologie de l'Opium la diversité des tempéraments et des races, les effets de cet agent sur les hommes sont autrement précis et certains. Les Nègres, les Malais et les Javanais peuvent être plus excités que les Gaucasiques, mais chez eux, comme chez nous, se retrouve toujours l'ensemble des phénomènes du morphinisme, dont voici la description :
L Opium est doué d'une saveur amère, un peu nauséeuse, et d'une odeur caractéristique, l'un des types de celles qu'on nomme vireuses. Appliqué sur
la conjonctive, sur une muqueuse ou sur la peau excoriée, il détermine une sensation pénible bientôt suivie d'irritation inilammatoire, ce qui n'empêche pas la diminution considérable, ou l'abolition delà sensibilité et de la motricité, de se produire dans la région correspondante, au bout de quelques instants. Mais, selon MûUer, cette paralysie ne se propage pas des extrémités vers le tronc.
Administré à l'intérieur à la dose faible de 1 à 2 centigrammes, l'Opium donne lieu à une légère excitation circulatoire, animation du visage, éclat du regard, sensation de bien-être, alacrité d'esprit, disposition à l'exercice et accroissement de la force musculaire.
A la dose plus forte de 5 à 10 centigrammes, les symptômes de la période d'excitation, plus prononcés que dans le premier cas et accompagnés de fréquence et de plénitude du pouls, sont bientôt suivis de dépression circulatoire, de sécheresse de gorge, de nausées et quelquefois de vomissements avec perte d'appétit, diminution des forces, répugnance pour le mouvement, moindre impressionnabilité des sens et confusion des idées, enfin tendance invincible au sommeil, accompagné de rêves riants ou terribles.
A dose excessive ou toxique, l'Opium détermine, pour ainsi dire d'emblée, les symptômes de la période de coUapsus.
II n'est pas très-rare cependant de voir la scène s'ouvrir par des mouvements convulsifs rappelant les effets. des poisons tétanisants, et pouvantdonner le change sur la nature de l'empoisonnement. Mais presque aussitôt survient la torpeur avec rougeur de la face et des yeuy, contraction des pupilles, attitude abandonnée, relâchement musculaire, engourdissement de la sensibilité, somnolence et apparence d'un repos parfait. Et si la proportion du poison est suffisante, le sommeil se transforme en sopor et en coma, en même temps que le visage pâlit et devient cadavéreux, sans que les pupilles cessent d'être contractées et ponctiformes. La mort peut rapidement mettre fin aux accidents, ou, quand l'économie résiste, la stupeur diminue, le coma fait place à un sommeil prolongé, suivi, au bout de douze à vingt-quatre ou trente-six heures, d'un réveil tourmenté par des nausées, des vomissements et des êtourdissements, auxquels succède un état saburral avec éloignement pour toute espèce de nourriture.
Il est un symptôme de l'empoisonnement par l'Opium qui a jusqu'ici fixé peu l'attention : c'est l'asthénopie musculaire par insuffisance des muscles droits internes (Von Grâfe), laquelle est passagère dans l'intoxication accidentelle, mais permanente chez les opiophages.
L'habitude émousse naturellement l'impressionnabilité de l'organisme pou le poison du Pavot, et, quand l'usage s'en prolonge, des doses de plus en plu fortes sont nécessaires pour obtenir le même degré d'excitation ou d'hypno tisme. J'ai connu un pharmacien militaire qui avalait 4 grammes au momi d'extrait gommeux d'Opium à la fois, et j'ai vu un malade, cité par Trousseau comme pouvant ingérer d'énormes quantités d'Opium, qui avait fini par prendre chaque jour la dose fabuleuse de 750 grammes de Laudanum de
Sydenham. II croyait en prendre un litre par jour; mais sa femme m'a avoué qu'elle le trompait, et qu'elle complétait cette quantité par l'addition d'eau et d'alcool.
A la longue, on voit aussi survenir des modifications nouvelles dans l'économie des sujets qui demeurent sous l'influence de l'Opium. Ces phénomènes, observables chez quelques malades, ont été étudiés sur une grande échelle dans les pays de l'Orient où règne la fatale habitude de manger ou de fumer de l'Opium.
Les Ihériakis ou mangeurs d'Opium, recherchent dans cette substance des effets cordiaux exhilarants, et lorsqu'ils ont obtenu l'animation désirée, ils se croient au comble de la félicité. Mais pour ramener chaque jour cette bienheureuse extase, chaque jour il faut augmenter la dose du stimulant, et si, par hasard, le mangeur d'Opium est privé de sa ration, il tombe dans l'abattement physique et moral, reste muet, immobile, en proie aux idées les plus sombres ou plongé [dans une véritable imbécillité. Sous cette double influence énervante, positive et négative, de l'Opium, les grandesfonctions se troublent, •les facuhés digestives se perdent, la nutrition languit, et les intestins, frappés d'atonie, s'exonèrent à peine une fois par semaine. Il survient de l'émaciation, de l'impuissance génitale, de la paralysie musculaire ou du tremblement, de l'hébétude, et le malheureux succombe prématurément au milieu de douleurs que l'Opium lui-même ne calme plus, et dévoré par une faim qu'il n'est plus en état d'assouvir.
On reconnaît le mangeur d'Opium à son corps amaigri, à son teint jaune, à sa démarche tortueuse et chancelante, k l'incurvation de son épine, à ses yeux brillants et excavés (Oppenheim).
Les inhalations de la fumée d'Opium sont moins dangereuses que l'ingestion du poison en substance par les voies digestives, et les fumeurs d'Opium résistent plus longtemps que les thèriakis; mais chez ceux-là comme chez ceux-ci, l'excès longtemps continué finit par amener les mêmes résultats. Gela s'explique parce que, malgré leur fixité ou leur non-volatilité, les alcaloïdes de l'Opium sont entraînés mécaniquement par la fumée dans la bouche et l'entrée des voies respiratoires.
Quelques auteurs ont cherché à atténuer l'impression pénible produite en Europe par le tableau navrant que les voyageurs de toutes nations ont tracé de l'état de dégradation des peuples voués k l'abus de l'Opium ; mais leur témoignage est suspect, car ces écrivains sont anglais, et personne n'ignore que c'est la Compagnie des Indes qui favorise de tonte sa puissance cette Ignoble habitude, et qui bénéficie de l'odieux trafic de l'Opium en Chine et ailleurs.
Cela dit, revenons sur les différents effets de l'Opium, pour les mieux analyser et, autant que possible, en donner l'interprétation physiologique.
■L'Opium engourdit la sensibilité et la motricité, et diminue la tonicité du système capillaire : telle semble être son action primitive et directe. Par
anesthésie, il modère les actions réflexes qui ont pour point de départ une
266 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX. I sensation. Par l'atonie des capillaires sanguins, il amène : 1° l'accroissement du conflit entre l'oxygène et les parois vasculaires, c'est-à-dire l'exaltation calorifique ; 2° à la faveur de la diminution de pression, une accélération des mouvements du cœur, qui augmente encore plus tard par l'excitation calorifique La précipitation du rliytiime respiratoire est liée à cet accroissement des phénomènes de circulation et d'hématose, lequel explique également le , sentiment de force et d'activité musculaire, et jusqu'à un certain point la vivacité des opérations intellectuelles, ainsi que l'excitation génésique, dans la première période du morphinisme. r ■ , a-v. ,
Les convulsions, ordinairement cloniques, qui marquent parfois le début de l'empoisonnement, sont l'exaspération de cette excitation des centres nerveux, k moins qu elles ne dépendent en partie de 1 action propre de la Th baïn de la Papavérine et de la Narcotme, devenue prépondérante par le fait d^ leurs proportions exagérées, ou plutôt de l'impressionnabilite particu-
't'aSgne aussi les artères et les veines de gros calibre, et le développement du pouls dépend à la fois de la force d'impulsion cardiaque et du Hpfant de résistance de la paroi artérielle.
"Ssie des premières voies rendrait compte, ~ ^ sure de la diminution des sécrétions, caractérisée par la beresse de la bouche et du gosier, par l'enduit .^pithélial de la langue, ^^^lom^^n^l l'aDpélit la langueur des facultés digestives et la constipation. Mais cette anSe e cet é at saburral seraient liés aussi au mouvement plus rapid d Sutr ion, en rapport avec l'accroissement d'mtensité des ac es don 1 ' seau capillaire esUe siège; et la constipation, explicable V^^^ ^ lubrification des intestins, serait eu partie un phénomène paralyUque. La
: Xs reM.e dans les ye... dont le. iris, m^'^l:'^^^'j:^^f;^. mot épanouis, que la pupille en estpresque effacée. L' Pa'™' 1 .nrvienl dans les cas graves ne contredit pas cette manière de voir, car euf ;er°nd quer rexcès'même de la congestion cérébrale ^«rçaat ™e S,nlsive'snr la périphérie, en vertu d'un Mancen.en. fonc. 0 ne,^^^^^^ connu des physiologistes. Cette interprétation ^'^P"^;" '^"^^^^^^^^^^ , cation où Tardieu a eu loccasion de constater des Lemorrhagies ceremai ermWngées comme conséquence extrême de la congest.on ™ceph hque
S rémaciation et l'altération profonde de 1'— //j;";;"^ rellement leur explication dans la déperdition mcessante de substonce
force qu'amène l'excilation journalière de l'Opium, et dans l'impossibilité d'une restauration suffisante.
Il y aurait bien des détails et bien des correctifs à ajouter à ces propositions. Nous n'avons voulu établir ici que les dornées principales de la théorie des effets physiologiques de l'Opium, fondée sur la considération de son action intime sur les tissus et les fonctions.
Au résumé, l'Opium agit à la fois comme stimulant et comme sédatif, et la science moderne donne raison el tort aux partisans de Brown, aussi bien qu'à leurs adversaires. Elle nous enseigne, en outre, l'urgence d'une définition plus rigoureuse des termes, et la nécessité d'une analyse plus approfondie et plus scientifique de l'action des médicaments. Derrière le résultat apparent, le thérapeutiste doit chercher la filiation des actes, et remonter anx phénomènes initiaux et élémentaires de l'agent qu'il étudie, sous peine de ne rien comprendre aux faits cliniques, toujours complexes et souvent contradictoires pour ceux qui ne savent pas les interpréter.
L'absorption des principes actifs de l'Opium est la condition indispenpensable de la plupart des symptômes observés. Cette absorption est démontrée par trois ordres de preuves. D'abord l'odeur de la substance est souvent reconnaissable dans la respiration, dans l'urine et la sueur (Barbier, d'Amiens); ensuite les sécrétions, d'après le même auteur, possèdent des propriétés narcotiques; en troisième lieu, la Morphine a été constatée dans le sang et l'urine par Barruel.
A la traversée des émoncîoires qui sont leurs voies spéciales d'élimination, les principes actifs de l'Opium produisent leurs effets particuliers. Les narcotiques engourdissent la sensibilité et la motricité de la vessie. La matière odorante irrite les glandes sudoripares, et, comme la sueur est à la fois plus acre et plus abondante, il en résulte des exanthèmes cutanés plus ou moins fugaces : roséole, urticaire, sudamîna rouges, etc.
Substances auxiliaires. — A vrai dire, l'Opium n'a pas de substances synergiques ; aucun agent de la matière médicale ne saurait le remplacer, surtout comme hypnotique congestionnant et comme inébriant anodyn. Mais on peut lui trouver des analogues : bromures, chloral, anesthésiques, narcotiques; des adjuvants : les alcoohques, les stimulants diffusibles et la chaleur; des auxiliaires : les antispasmodiques, les anodyns, les stupéfiants.
Antagonistes. — Antidotes, contre-poisons. — Les acidulés, les astringents, les tanniques, en particulier, les toniques du système vaso-moteur, et^le froid par conséquent, contrarient l'action de l'Opium. Il en est de même des stupéfiants mydriatiques. Aussi le Café, la Belladone et l'Atropine (Bell, Béhier, etc ) sont-ils partiellement anlidotiques du suc de Pavot, contre lequel Orfila recommandait de préférence les acides, et dont le contrepoison chimique est celui des alcaloïdes en général; c'est-à-dire le tannin et les substances dont il fait partie. L'électricité est aussi appelée à rendre des services dans l'empoisonneent par 1 Opmm, de même que dans toutes les circonstances où des para-
lysies toxiques se produisent. Elle permet de réveiller les puissances respiratoires et d'entretenir momentanément la respiration artificielle, c'est-à-dire la vie, jusqu'au moment où la fonction se rétablira spontanément par la réaction de l'organisme avec ou sans l'aide des substances antidotiques. Divers appareils ont été mis en usage, et l'on compte déjà plusieurs succès (Bird, Yram, Van Holsbeck). .
L'antidote par excellence, parce qu'il est le plus sûr et le plus moffensif, est le Quinquina ou plutôt le sulfate de Quinine (Gubler). J'en ai éprouvé la vertu dans une circonstance mémorable où la vie d'un de nos distingues confrères, le professeur K.., de Philadelphie, avait été mise en péril par suite de l'erreur d'un élevé en pharmacie qui avait délivré de 1 Opium en place d'extrait de quinquina. Un gramme d'extrait gommeux thebaïque avait été pris d'un seul coup, quelques minutes avant le déjeuner, et avait •lait croire k un empoisonnement par la strychnine. Finalement, le sujet était tombé dans la torpeur et le coma.
L'émétique, d'abord administré, produisit ses effets accoutumes, mais dès lors les vomissements persistèrent opiniâtrement, et rendirent vame 1 ingestion de tout agent capable de combattre les effets toxiques. Lorsque j arrivai, six ou sept heures après l'empoisonnement, le malade, d'une pâleur mortelle, avec les pupilles ponctiformes, était encore plongé dans un coma profond d'où les soins les plus rationnels et les plus actifs, prodigues par plusieurs excellents confrères, ne parvenaient pas k le sortir, f^ ^'^^^'' nistrer un gramme de sulfate de quinine, dans un lavement qui fut gard^. e les symptômes graves ne tardèrent pas k s'amender. Le lendemain matin il ne restait que de la lourdeur de tête, de l'anorexie ; de a faiblesse et de a courbature Sans doute, il est permis de croire que les P^«°°°^^^^« ^"^f J auraient pu se dissiper spontanément, mais cette fin de non-recevoir est également applicable aux cas traités par la belladone. 'D'ailleurs! il me paraît démontré maintenant d'une manière irre gabb par les expériences nombreuses et parfaitement '^^^^^^f ^f/J.^^ le prétendu antidotisme absolu de l'Opium par rapport a la belladone, en reva dès 1570, est complètement illusoire, et j'adhère à peu près sans reserve aux conclusions de l'auteur anglais, qui sont les suivantes : 1 antagomsme ne ressort pas évidemment des cas cités. Tout au contraire, on peut y voir a preuve que la belladone est sans infiuence pour accélérer le retour apre^ l'intoxication thébaique. Les principaux effets de ^'Of^^ stupeur, narcotisme et coma, sont même prolongés lorsquon fait agir concur remment la solanée vireuse. Labelladone est impuissante a conjurer le pm cinal danger de l'Opium, c'est-a-dire la dépression de la foncUon respira oir Enfin le résultats de l'action combinée de l'Opium et de la belladon on les mLespour les doses thérapeutiques ou toxiques. Toutefois, t^d
la belladon^ ne peut en aucune façon être ' l'Opium, et qu'à l'inverse les hautes doses ^^outenUeurs effe s ox elle est apte au contraire à rendre quelques services, unie a d autres rem
et administrée en petite quantité, pour aider à dissiper les phénomènes de l'empoisonnement thébaïque.
Usages et contre-indications. — L'Opium est assurément le remède le plus usité et le plus important de toute la matière médicale. On a dit, avec raison, que sans lui la médecine serait impossible. Ne plus souffrir, c'est être à moitié guéri, et l'Opium enlève la douleur presque instantanément, dans la plupart des cas ; sans parler des autres résultais indirects dont profite en même temps celui qui cherche le calme à l'aide de ce narcotique
incomparable. v
Comme anodyn, l'Opium est indiqué dans la plupart des affections éminemment douloureuses : céphalalgies, névralgies, rhumatisme^ goutte, gangrène spontanée, sénile et symétrique des extrémités, carie dentaire, coliques intestinales, hernieétranglée, péritonite, coliques hépatiques et néphrétiques ; et dans les inflammations accompagnées de vives douleurs et de spasmes, ophthalmies profondes, cystite du col vésical, uréthrite, otite, pleurésie aiguë, pleuro-pneumonie, phlegùions, ulcères, cancers, empoisonnement par les poisons corrosifs, etc.
Comme sédatif du. système musculaire, l'Opium s'emploie dans les spasmes locaux des uretères et des conduits biliaires, du rectum, de la vessie, de I l'utérus lorsqu'il y a menace d'avortement ; dans le rétrécissement par contracture de l'urèthre, dans certains asthmes spasmodiques ; enfin, dans les affections spasmodiques généralisées : delirium treinens, tremblements métalliques, chorées, épilepsie, tétanos et convulsions tétaniformes.
On a recours à ses vertus hypnotiques dans une foule de circonstances, que l'absence de sommeil soit le phénomène unique, ou qu'elle constitue un symptôme de la maladie principale. Mais on doit à Cl. Bernard une application nouvelle de l'hypnotisme thébaïque devenu par son conseil l'auxiliaire puissant de l'anesthésie chirurgicale (Voy. Morphine).
Souvent on l'associe aux stimulants diffusibles pour obtenir la sudation, au début des maladies de refroidissement, par exemple. D'un autre côté, on s'en sert pour diminuer la sécrétion urinaire dans la polyurie et le diabète sucré, pour arrêter le flux du ventre, la dysenterie, le choléra nostras et le choléra épidémique. Mais, dans ce dernier cas, il agit également comme anodyn et antispasmodique, puisque la diarrhée intense est toujours accompagnée de contractions exagérées des intestins. Pavy attribue encpre à l'Opium le pouvoir de faire cesser la glycosurie. Pour cela, il l'administre à dose croissante, de manière à atteindre au bout de trois semaines la dose quotidienne de 60 centigr., et davantage. A la dose de 50 centigr., le sucre avait déjà disparu de l'urine.
L'Opium est encore employé dans certaines affections mentales dépressives et dans certains délires symptomatiques des maladies aiguës. On le prescrit tous les jours à titre de paUiatif dans les phlegmasies et les fièvres, tantôt pour favoriser la diaphorèse, tantôt pour calmer la douleur, ou bien pour procurer du sommeil.
Enfin, on le fait entrer dans les formules comme correctif : l" des médicaments d'une énergie redoutable pour l'estomac : des âeres, des caustiques ou au moins des irritants, tels que la teinture de cantharides (Rayer), le tartre slibié; 2° de ceux qui, comme le Calomel, tendent à produire des coliques et du dévoiement.
Mais l'Opium ne doit pas être administré dans toutes les formes et dans tous les cas des diverses affections qui viennent d'être énumérées. C'est là un point de thérapeutique sur lequel il faut être fixé à l'avance.
Ainsi l'Opium convient à la céphalalgie asthénique et anémique, aux névralgies de même origine, mais ne réussit pas dans les formes hypersthéniques et congeslives, qu'il peut au contraire aggraver, si la paralysie vasomotrice l'emporte sur la narcose des cellules nerveuses. De même, il est trèsutile dans le délire symptomatique de la pneumonie, de la fièvre typhoïde, de l'érysipèle et d'autres maladies aiguës, lorsque cet accident, dit nerveux, se rattache à l'asthénie, et particulièrement au défaut de stimulation du centre nerveux de la part d'un sang appauvri ou altéré ; tandis qu'il est nuisible dans le délire qui est une manifestation de l'inflammation des méninges et de la substance cérébrale, L'Opium est un moyen héroïque contre le delirium tremens dans son mode ordinaire, mais il échoue plus tard, et entretient les accidents, si le désordre fonctionnel a fini par se compliquer d'un certain degré de phlogose cérébrale. C'est alors la Digitale qui doit intervenir, on le sulfate de Quinine, ou encore le Bromure de potassium. Nous en dirons autant du tétanos, dont l'Opium est probablement le meilleur palliatif, tant que la moelle, simplement surexcitée, n'est pas encore le siège d'un travail inflammatoire.
Sans nul doute, l'Opium est le meilleur hypnotique ; cependant il peut manquer son effet ou même augmenter l'insomnie, car il ne possède pas une vertu dormitive spécifique. Lorsqu'il facilite le sommeil, c'est en plaçant l'organisme dans des conditions anatomiques semblables à celles qui président au sommeil naturel : à savoir, une certaine sédation nerveuse, et surtout la congestion vasculaire de l'encéphale.
Repos des cellules nerveuses et hypérémie statique, favorable k la réparation de l'organe : tels sont, en effet (Gubler), les deux phénomènes essentiels du sommeil physiologique , encore niés ou méconnus par un grand nombre d'»bservateurs. On ne s'est même pas donné la peine de vérifier un fait simple et facile à constater, bien qu'ignoré des physiologistes eux-mêmes : à savoir, le rétrécissement de la pupille et l'injection extrême des yeux pendant le sommeil profond. Mais je suis heureux de trouver la confirmation de mes observations et de mes idées sur la Congestion soporale dans une excellente thèse du D' Langlet, mon disciple, à laquelle je renvoie pour de plus amples renseignements.
Or, si l'insomnie résulte d'un excès d'activité cérébrale avec hypérémie active la congestion thérapeutique s'ajoutera à la maladie spontanée au grand' détriment du sujet. D^ns ce cas, c'est le sulfate de Quinine ou le
Bromure alcalin qui fera dormir. En conséquence, l'Opium doit être réservé pour les insomnies anémiques, ou plutôt par défaut de réplétion ou de stase sanguine, lesquelles se montrent généralement chez les spanémiques, les sujets affaiblis, inanitiés. Ces exemples suffisent pour montrer à des clini- . ciens, d'ailleurs informés, quels sont ordinairement les motifs des indications ' des préparations opiacées.
Modes d'administration et doses. — Les préparations opiacées s'administrent tantôt par les voies digestives supérieures ou inférieures tantôt par les méthodes iatraleptique, endermique et hypodermique. Enfin le docteur Armand a proposé les inhalations de fumée d'Opium, pratiquées à l'aide d'une pipe semblable à celles gui sont employées au même usage par les Chinois.
Selon cet observateur, il faudrait respirer la fumée de 5 à 50 centigr. d'extrait gommeux d'Opium pour se procurer des effets physiologiques notables et conséquemment une action médicatrice efficace. Ces doses seraient probablement trop fortes pour beaucoup de sujets; car, après avoir aspiré deux bouffées qui m'ont paru désagréables, j'ai aussitôt éprouvé un sentiment de malaise etde vertige. Plusieurs de mes élèves, à gui j'ai fait répéter l'expérience, ont été influencés de même, bien qu'en général un peu moins rapidement. Le docteur Armand croit que la fumée d'Opium conviendrait dans la coqueluche et même dans la période aiguë des laryngites et des bronchites ; nous en admettrons plus volontiers, avec lui, les bons effets contre la toux chronique, l'asthme, les névralgies dentaires et trifaciales , peut-être contre les palpitations nerveuses, l'angine de poitrine et même la migrame. Dans ces différents cas on peut supposer que l'action topique, sans être irritante, peut se montrer plus efficace que l'action diffusée après absorption par la muqueuse digestive; mais il n'en est plus ainsi lorsqu'il s'agit des affections rhumatismales des muscles, des tissus fibreux et des articulations, lesquelles seront plus commodément et aussi sûrement traitées par les préparations opiacées introduites dans les premières voies.
L'Opium brut, source des autres préparations pharmaceutiques, est fuimême rarement employé. Pulvérisé, il sert quelquefois à saupoudrer les cataplasmes qu'on veut rendre narcotiques.
Débarrassé par dissolution dans l'eau des feuilles et fleurs de Rumex et des autres impuretés, l'Opium brut donne, selon le mode opératoire différents extraits, la plupart abandonnés, dont l'un, également inusité auiourdhui, portait du temps de Paracelse le nom de Laudanum solide, et plus tard d Opium purifié. On ne trouve maintenant dans les officines que l'extrait gommeux on extrait aqueux d'Opium, renfermant les alcaloïdes la Mor- ? 1 ï/"' ^ ^'fî ^écon^^^^, mais privé en partie de la Nar- ' ceine de la Méconine, de la Narcotine et de la Thébaïne, celles-ci convulsi-
trTs-frémlp'' "^""l T"^""'' ^'«^^^«^'^ dommeux,
Le P'"''"' '° quelquefois en potion.
Les pilules varient de 1 à 5 centigrammes. On en donne une ou plusieurs
dans la journée. Étalé sur du taffetas, il constitue un emplâtre calmant qu'on applique dans les névralgies au niveau du point douloureux. Le Sparadrap d'opium de Schaeuffèle est d'un emploi très-commode.
On prépare aussi des dissolutions d'Opium dans des liqueurs spiritueuses ou acétiques.
Le Vin d'Opium composé^ ou Laudanum liquide de Sydenham, est une solution d'Opium dans le vin de Malaga, avec addition de safran, de cannelle et de girofle. C'est une préparation stimulante en même temps que narcotique, et dont 20 gouttes, mesurées à l'aide d'un compte-gouttes de Lebaigue, représentent à peu près 5 centigrammes d'extrait gommeux. Ce laudanum doué d'une action stimulante plus prononcée que les préparations ihébaïques pures, est d'un usage pour ainsi dire vulgaire enpolion, en lavement, en collyre^ en Uniment, en cataplasme. On en met habituellement 20 gouttes dans un julep à prendre par cuillerées, mais on en donne aisément 6 à 10 gouttes à la fois, et l'on doit mettre 12 à 15 gouttes au moins dans un petit lavement, lorsqu'on veut, comme dans le choléra, obtenir une narcotisation prompte et efficace.
Le Laudanum de Rousseau, ou Vin d'Opium obtenu par la fermentation du miel, renferme une proportion d'Opium plus que double de celle du Laudanum de Sydenham ; 20 gouttes équivalent à 12 centigrammes d'extrait gommeux. Il est employé, suivant cette proportion, de préférence à ce dernier, quand on tient à éviter toute action stimulante étrangère,
La Teinture d'extrait d'Opium n'est qu'une simple solution alcoolique i d'Opium au I^IS^ à peu près inusitée, bien que ce soit la meilleure de ton- j tes les préparations thébaïques liquides. Exempte de l'odeur désagréable que le Laudanum de Sydenham doit au safran, débarrassée d'un alcaloïde convulsivant, la narcoline, dont elle ne retient que 0,0001 décimiUigramme, tandis que le Laudanum de Rousseau en renferme 0,0025 et celui de Sydenham jusqu'à 0,005 miUigrammes (P, E. Barret), la Teinture d'extrait d'Opium jouit de propriétés purement hypnotiques et narcotiques qui rendent, k cet égard, superflue toute recherche d'une modification des laudanums ^ anciens. Pour ma part, depuis cinq ou six ans , j'ai généralement substitué la Teinture thébaiique au Laudanum de Sydenham dans mon service médical à l'hôpital Beaujon, en ayant soin de tenir compte de la plus grande intensité d'action de la Teinture alcoolique. 11 est bon de se rappeler que 6 gouttes de Teinture d'extrait d'Opium sont à peu près l'équivalent de 10 gouttes de Laudanum de Sydenham et représentent environ 2 centigrammes • d'extrait gommeux thébaïque lorsqu'elles sont obtenues à l'aide d'un |i compte-gouttes calibré, de trois millimètres de section. ' La Teinture d'Opium ammoniacale, ou Elixir parégorique, est une bonne préparation stimulante et narcotique, parce qu'elle renferme en outre de l'acide benzoïque, du safran et de l'essence d'anis. On en donne de 1 à 4 grammes dans une potion. . ^
Le Vinaigre d'Opium est la plus chargée de toutes les teintures opiacées:
4 grammes correspondent sensiblement à 35 cen;igrammes d'Opium brut, et l'on en prescrit de 7 à 30 gouttes dans les vingt-quatre heures (Monneret). On connaît la Teinture acétique d'Opium sous les noms anglais de black Drops ou the Lancaster, or Quaker' s black Drops.
Le Sirop d'exlraiù d'Opium, ou Sirop thébaïque, contient 4 centigrammes de substance active par 20 grammes. Additionné d'esprit volatil de succin il devient le Sirop de karabé. '
Le. Sirop diacode, qu'on ne prépare plus avec des têtes de Pavot est quatre fois moins chargé que le précédent, et doit être considéré désormais comme un léger anodyn, utile surtout dans la médecine infantile. Il remplace le Sirop de Pavot blanc de l'ancien Codex.
L'Opium entre aussi dans plusieurs préparations officinales d'un usat^e habituel. ° La Poudre de Dover, composée de sulfate et de nitrate de potasse, de poudre d'Ipécacuanha, de Réglisse et d'extrait d'Opium sec, contient' un peu plus du dixième de son poids de ce dernier, et se donne à la dose de 20 à 60 centigrammes et au delà.
La masse de Cynoglosse contient le dixième de son poids d'extrait thébaïque, et s'administre en pilules de 5 à 20 centigrammes, dont on donne une ou plusieurs par jour.
La Thériaque, parmi ses nombreux ingrédients, compte l'Opium brut dont elle renferme 5 centigrammes (25 milligrammes d'extrait) dans 4 grammes.
Le Diascordium contient moitié moins d'extrait d'Opium que la Tbéria que ne renferme d'Opium brut, mais sa -richesse en principes actifs est équivalente. C'est un électuaire aromatique, astringent et narcotique, fort utile dans les diarrhées et les affections atoniques du tube digestif à la dose de 1 à 4 grammes par jour. '
Les préparations opiacées sont employées à l'intérieur et à l'extérieur smvant la plupart des modes usités pour l'administration des médicaments' en : poudre, pilules, potion, collyre, gargarisme, injection, lavement cataplasme ou hmment, sans compter que nombre d'hommes mâchent l'Ooinm ou le fument. f'um
Relativement U^posologie, une remarque importante doit trouver place ^ci, c est que certains sujets sont très- vivement impressionnés par l'Opium et n en peuvent supporter que des doses extrêmement faibles. Beaucoup de lemmes et tous les enfants en bas âge sont dans ce cas. Il en est de même pour les malades disposés aux congestions cérébrales, ou déjà sous le coud d une hyperemie ou d'une phlegmasie encéphalique. Dans toutes ces circonances 1 excessive impressionnabilité pour l'Opium s'explique par une
ht:Uari"'''f^"t"r' --^-^^P'-g-dede'l'encé- Ïnt 1 \ "^'^ ^"'^^^^ ^^'^ 1« très-jeune en-
lacarè. r'"^ 'm normalement d'un rouge vio-
tr nS:- -uventpour une hypérémie morbide.
27^1 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX ÛU DES ANIMAUX. Le praticien, tenant compte de cette disposition, devra, selon la recommandation de Trousseau, ne donner aux enfants au-dessus de deux ans que des doses très-minimes d'Opium, une seule goutte de Laudanum de Sydenham, deux tout au plus, dans une petite potion ou dans un lavement. Il en sera encore très-parcimonieux dans les deux ou trois années suivantes,
La même prudence est de rigueur chez les vieillards apoplectiques ou le» jeunes filles à l'âge de la puberté, et chez les femmes h l'époque de la ménopause, lorsque les unes et les autres sont sujettes k des raptus sanguins qui les prédisposent aux congestions des centres nerveux.
Il convient alors de débuter par une dose faible, plutôt au-dessous qu'audessus de la dose supposée efficace; car, si l'on administrait d'emblée une quantité réputée moyenne de substance active, on risquerait de voir survenir des phénomènes inquiétants de narcotisme et de stupeiir.
OPOi'AWAX. Gomme-résine de YOpopanax Chironium Koch; Pastinaca Opopanax, L. — Ombellifères-Peucédanées.
Angl. Opopanax, — Ail. Heilwurz Gummi.
TJ Opopanax Chironium est une ombellifère du midi de la France et de l'Europe, dont les tiges laissent écouler par incision une substance gommorésineuse, analysée par Pelletier.
Composition, — L'Opopanax est composé de résine, huile volatile (sans doute sulfurée), gomme, cire, amidon, extractif et acide malique, caoutchouc et ligneux.
Action physiologique et usages. — De même que les autres gommesrésines fétides, l'Opopanax est tonique, anticatarrhal et antispasmodique. Rarement usité, bien qu'on l'associe quelquefois au Galbanum, à la Gomme Ammoniaque et à l'Asa fœtida, il fait encore partie de quelques vieilles préparations, notamment du Mithridate et de la Thériaque.
ORABiGER VRAI OU A FRUITS DOUX, Citrus Aurautium, Risso.' — Aurantiacées.
Angl. Common or sweet Orange-tree. — AU. Pomeranzenbaum.
U Oranger est originaire de l'Asie et cultivé dans le midi de l'Europe, en Provence et dans plusieurs autres contrées de l'ancien et du nouveau continent; mais on ignore à quelle ép,oque la variété, ou, si l'on veut, l'espèce à fruits doux, inconnue des anciens, a pu faire son apparition.
Bien que le Bigaradier, à fruits amers, passe pour être en possession de fournir a la médecine ses feuilles, ses fleurs et leurs essences, ainsi que ses fruits verts et le zeste de ses fruits mûrs, à l'exclusion de l'Oranger à fruits doux, il c'en est pas moins vrai que ce dernier donne une quadruple récolte de feuilles, de fleurs, d'Orangettes vertes et d'Oranges comestibles, et que l'eau de fleur d'Oranger est extraite en grande partie de ses fleurs par distillation.
Composition des fleurs de l'Oranger vrai. — BouUay a constaté les