NICOTIA.NE OU TABAC
l'élher et la potasse caustique. On suppose que c'est une combinaison d'un acide et de nicotine.
Le Tabac à fumer, qui a subi une fermentation spéciale, offre une composition différente. Zeise y a trouvé : huile empyreumatique particulière, acide butyrique, acide carbonique, ammoniaque, paraffine, résine empyreumatique, acide acétique, oxyde de carbone et hydrogène carboné. Dans cette analyse, il n'est pas question de nicotine, mais ultérieurement Melsens en a démontré la présence dans le Tabac à fumer.
La combustion de ce Tabac donne naissance à la fumée^ et dans celle-ci à un certain nombre de produits spéciaux qui, moins dangereux que la nicotine, ne sont pas pourtant inoffensifs. D'après Vohl et Eulenberg, ce sont la pyridine, la picoline, la lutidine, la coUidine, bases ayant pour formules : C^H^N... CW^N ; les acides prussique et sulfhydrique, l'oxyde de carbone, le protocarbure d'hydrogène, l'azote, l'oxygène.
Les bases citées plus haut sont surtout dangereuses et se développent particulièrement (la pyridine surtout) pendant la combustion incomplète du tabac dans une pipe, et moins lors de la combustion plus franche du cigare. D'où résulte que si ce dernier renferme plus de nicotine que le tabac à fumer, il produit moins de piridine et se supporte plus facilement (Nothnagel et Rossbach). Pour Lebon, la fumée de Tabac est dangereuse par la collidine, alcaloïde aussi toxique que la nicotine ; par l'acide prussique que fournissent surtout les Tabacs de la Havane et du Levant.
Le Tabac à priser contient des proportions variables de nicotine, depuis 0,03 jusqu'à 2 p. 100. Mais le Tahac à chiquer est beaucoup plus inoffensif grâce à sa préparation qui lui enlève ses principes toxiques.
Action physiologique. — Le Tabac est doué d'une odeur spéciale et nullement déplaisante, du genre de celles qu'on appelle vireuses. Son goût est à la fois amer et piquant. Il laisse une impression de chaleur dans le gosier, ainsi que dans l'estomac quand on l'avale, et donne lieu à de la nausée avec une sensation de malaise spécial analogue à celui qui précède la syncope. De petites doses répétées agissent comme diurétique et moins habituellement comme laxatif.
A doses fortes, le Tabac détermine promptement des nausées, suivies de vomissements et de purgation, avec douleurs abdominales et sensation de défaillance épigaslrique. En môme temps il se produit une langueur, une faiblesse extraordinaire avec relâchement des muscles, tremblement des membres, anxiété, tendance syncopale, affaiblissement de la vue et confusion des idées. Les pupilles se dilatent. Le pouls devient petit et fréquent, la respiration quelquefois laborieuse ; la peau se refroidit, se couvre d'une sueur glaciale, et des mouvements convulsifs peuvent compléter le tableau. Ou bien, si la dose est toxique, ce moment de désordre moteur est suivi d'une période de paralysie et de torpeur précédant la mort.
Pendant que ces symptômes se déroulent, il existe une diminution considérable de la sensibilité tactile ; rarement il survient un véritable sommeil.
NICOTIANE OU TABAC. 2o3 Le Tabac à priser cause sur la muqueuse nasale une double sensation olfactive et tactile. Celle-ci consiste en un vif picotement donnant lieu, par action réûexe, à des éternûments plus ou moins répétés, accompagnés d'une abondante sécrétion de mucus. Le séjour de la poudre de Tabac dans les narines a paru produire, dans quelques cas, des étourdissements, de la prostration, de la somnolence et même des accidents plus graves ; mais de tels phénomènes, liés à l'absorption des principes actifs du Tabac, ne sont possibles que lorsque la sécrétion muqueuse fait défaut, ou que la membrane de Schneider est exulcérée. Les inconvénients du Tabac à priser sont plus manifestes. Lorsqu'il se répand dans l'arrière-gorgej et surtout lorsqu'il est dégluti, il en résulte nécessairement les effets des petites doses prises directement par la bouche, et même, si les doses sont un peu fortes, une intoxication grave ou mortelle.
Fumé, le Tabac provoque la sécrétion de la salive et du mucus buccal, et amène l'ensemble de symptômes décrit plus haut, à l'occasion du Tabac ingéré dans l'estomac. Quelques pipes fumées coup sur coup ont suffi à déterminer la mort chez des novices (Marshall-Hall, Gmelin). IMus souvent ceux-ci en sont quittes pour des vomissements et une purgation. Mais l'usage habituel et longtemps continué émousse la susceptibilité de l'économie, et les fumeurs, devenus insensibles aux mauvais effets de la plante, jouissent sans mélange du calme et de la tranquillité d'esprit singulière que leur apportent ses vapeurs narcotiques. Ils éprouvent une étonnante stimulation du cerveau qui va jusqu'à exalter leurs fonctions intellectuelles et facilite les travaux d'esprit, aussi longtemps qu'ils se tiennent dans les limites d'une tolérance facile. Au contraire l'abus du Tabac à fumer entraine, pour l'individu et pour la société, des inconvénients et même des dangers dont P. Jolly a tracé avec éloquence le sombre tableau. Ce sont d'abord des troubles de la digestion et de la crase sanguine; ensuite des névroses multiformes, et consécutivement- la cachexie et la déchéance de l'espèce. Les phénomènes nerveux consistent en étouffements, palpitations, . spasmes bronchiques, gastro-entéralgie (Praag), auxquels il faudrait joindre l'angine de poitrine (Beau) et l'amblyopie. De plus la mémoire s'amoindrit et l'intelligence s'affaisse, sans parler des irritations des voies respiratoires, etc.
Les intermittences et les inégaUtés d'intensité et de rhythme des pulsations cardiaques dans le nicotisme chrotiique ne sont pas moins difficiles à expliquer que l'accroissement de force et la régularisation des contractions du cœur, à la suite de l'administration de la digitale. Ces intermittences pourraient être mises sur le compte de l'excitabilité plus grande du cœur ou de ses ganglions automoteurs, aussi bien que sur l'asthénie du pneumogastrique. Toutefois la seconde hypothèse nous paraît vraisemblable et s accorde mieux avec le résultat final des doses toxiques, ainsi qu'avec le sens général des actions pharmacodynamiques du Tabac.
Le Tabac à c/aquer n'est guère usité que par les marins et les hommes delà plus basse classe. Pris sous cette forme, il aoit localement à la ma-
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nière du Tabec à fumer, et ne produit que rarement les effets généraux du poison.
Appliqué sur des surfaces excoriées, le Tabac a donné lieu quelquefois à des accidents d'intoxicalion dont la terminaison a pu être funeste. Des lavements de Tabac, même à dose raisonnable, ont été suivis de semblables résultats. Ces effets observés sur l'homme sont confirmés par les expériences pratiquées sur les animaux, notamment sur les Carnivores, car les Herbivores sont incomparablement moins sensibles à l'action des poisons végétaux.
En définitive, ce qui caractérise principalement la Nicotiane, c'est son action puissamment dépressive sur le système nerveux, et spécialement sur la circulation. Ceux-là se trompent, qui voient dans ces effets une analogie d'action avec la Digitale, laquelle calme les désordres du cœur, non pas en amoindrissant son activité, mais bien en augmentant sa force impulsive et régularisant l'emploi de cette force. L'analogie est plus réelle, par rapport à l'aconit (Vogt, Sundelin) et aux autres Solanées vireuses, dont le Tabac se distingue principalement parce qu'il ne produit aucun délire.
Les vertus du Tabac résident à peu près tout entières dans la nicotine, qui agit sur les organismes vivants avec une violence presque sans égale, et comparable seulement à celle de l'acide cyanhydrique, de l'aconitine et de l'atropine. Deux gouttes suffisent à tuer un chien de moyenne taille (Orfila) en quelques minutes. Quand la dose est moins massive, et que la mort se fait attendre, on observe l'accélération de la respiration, qui est accompagnée d'un bruit particulier dû, soit au spasme des voies respiratoires (Praag), soit à la contraction très brusque du diaphragme (Claude Bernard). Un ralentissement marqué succède toujours à cette accélération. Les pupilles se dilatent, des phénomènes convulsifs se montrent du côté des yeux et des membres, consistant en spasmes cloniques et toniques, ou tétaniformes d'origine asthénique. Puis surviennent l'adynamie, accompagnée de tremblement musculaire, et la mort. La sécrétion urinaire ne s'est pas montrée modifiée, et celle de la salive a été augmentée dans moins de la moitié des cas. Enfin, on a observé les vomissements et les évacuations alvines toutes les fois que les animaux ont survécu.
En résumé, les doses fortes foudroient pour ainsi dire les animaux; les doses moyennes leur donnent des convulsions à la fois toniques, comme dans le tétanos, et cloniques, puis les paralysent et les tuent par asphyxie.
Chez l'homme, les doses assez élevées mais non mortelles de Nicotine déterminent de la céphalalgie, des vertiges, de la somnolence, des troubles de la vue et de l'ouïe, une sensation de faiblesse extrême, des lipothymies, de l'oppression, de la réfrigération, des nausées, des vomissements, des tremblements des membres, des spasmes musculaires, en somme un état grave qui peut persister plusieurs jours.
Tandis qu'à dose faible tout se borne à de la stimulation générale : intellectuelle et physique. .
De sorte qu'en définitive la nicoline est bien réellement un poison du
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système nerveux, paralysant l'encéphale et la moelle à doses massives, excitant ces organes d'abord, pour les paralyser ensuite à doses moins élevées. Ces effets sur le système nerveux ont pour résultats la mort foudroyante dans le premier cas, les accidents convulsifs et la paralysie dans le second.
Puis, en poursuivant l'analyse des symptômes, nous retrouvons toujours ces mêmes effets successifs d'excitation et de paralysie sur les nerfs. Ainsi la stimulation des vagues produit le ralentissement du cœur et l'abaissement de la pression sanguine ; celle du centre respiratoire, l'accélération de la respiration ; celle des nerfs de l'intestin, de l'utérus et de la vessie engendre les contractions plus ou moins fortes de ces organes, allant pour l'intestin jusqu'à une sorte de tétanos et aux mouvements péristaltiques les plus exagérés. La paralysie se traduit par des symptômes absolument opposés, et les fonctions finissent par se suspendre.
Les voies d'élimination sont mal déterminées. Dans les empoisonnements la nicotine semble se répandre uniformément partout, imprégnant tous les organes.
Quant à Vhuile empyreumatique, sans exercer comme la nicotine une action paralysante sur le cœur, elle n'en constitue pas moins un violent poison. Une seule goutte, appliquée sur la langue d'un chat, l'a fait périr en deux minutes, dans des convulsions, le cœur continuant à battre avec force et régularité.
Substances synergiques, auxiliaires. — En tête, nous devons placer les autres espèces de Tabacs : les JSicotiana latissima, N. rustica, N. persica, N. repanda, et peut-être le haschich, à supposer qu'il contienne de la nicotine ; la pilocarpine (Harnach et Meyer), dont l'action est voisine de celle de cette base, la pyridine, etc. ; puis viennent les Lobelia inflala et syphilitica ; ensuite les Solanées vireuses, et enfin les aconits et l'aconitine, ainsi que les Renonculacées toxiques, etc. De plus, tout ce qui anémie, tout ce qui épuise le système nerveux, peut être considéré comme adjuvant dynamique de la Nicotine.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes et contre-poisons. — Les antagonistes du Tabac sont les toniques, les stimulants et particulièrement les cordiaux, les spiritueux, le café; tous les excitants mécaniques : frictions, flagellation, acupuncture, ou physico-chimiques : électrisation, ustion, etc. Les antidotes les meilleurs sont l'essence de sassafras (Thompson, de Nashville), les alcooliques et le café.
Ce dernier agit môme de deux façons : dynamiquement et chimiquement par le tannin qu il renferme et qui précipite la Nicotine à l'état insoluble. Le thé se comporte de même, et les astringents tanniques, en général, sont les contre-poisons du Tabac. Il faudra donc éviter de les associer à ce dernier, ou de donner concurremment avec lui des stimulants diffusibles.
Usages. - L'action dépressive du Tabac sur le système nerveux, et surtout ses effets relâchants sur le système musculaire, indiquent l'emploi de