‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 161 sur 384 · QUASSIA DE LA JAMAÏQUE · texte numérisé non relu

QUASSIA DE LA JAMAÏQUE

Action physiologique. - Le bois du Picrœtia excelsa est un amer énergique et franc, dénué de toute propriété irritante, stimulante ou styptique. Il se comporte exactement comme la Quassie amère, et rend les mêmes services dans les mêmes circonstances. Toutefois les expérimentations sur les animaux et quelques faits cliniques semblent prouver que la Quassie de la Jamaïque possède une inQuence sur le système cérébro-spinal et des propriétés toxiques.

a; l'inverse de ce qui a lieu pour le quinquina, les principes actils des Qiiàssia n'ont pas toujours le pouvoir d'éloigner les insectes qui en rongent les écorces ; mais il est connu depuis longtemps que l'eau chargée de cette substance est un excellent poison pour les mouches. On ne saurait nier cependant son action sur les germes de la putréfaction, car il est doué de qualités antiseptiques réelles, supérieur sous ce rapport à d'autres amers. Hartl a montré que le Simarouba élevé n'est pas moins nuisible aux lapins : 5 centigrammes de son extrait alcoolique introduits dans une plaie de la cuisse ont causé la mort chez deux de ces animaux. Des lotions faites sur des ulcères avec de la décoction de Quassie auraient amené la paralysie complète des extrémités inférieures chez un chien (Kurtz). D'un autre côté, le même auteur a vu survenir l'amaurose, et Kraus l'amblyopie, à la suite de l'usage prolongé de cette substance ; tandis que Barbier a remarqué des mouvements involontaires des bras et des jambes chez des femmes nerveuses qui buvaient l'infusion de Quassie.

Ces faits expérimentaux autorisent le rapprochement fait par Pereira entre le Quassi de la Jamaïque et l'acide picrique. Il est permis d'y voir un agent analogue à la coque du Levant et jusqu'à un certain point à la noix vomique. On pourrait donc concevoir les substances amères comme formant une série graduée dans laquelle on passerait de la plus innocente à la plus toxique par des nuances intermédiaires.

L'étude récente de la Quassine, par Campardon, met d'ailleurs hors de doute celle action énergique des Quassia. Voici ce que nous apprennent ses observations. Qu'on emploie la Quassine amorphe ou cristallisée, on constate, sous l'influence des doses thérapeutiques un peu fortes, l'hypercrinie des glandes salivaires; une action cholagogue, de la diurèse et peutêtre un effet galactogogue; de la stimulation des fibres musculaires de la vie organique, manifeste sur le tube digestif qui se contracte plus activement, sur la vessie, sur l'appareil excréteur de la bile, etc. ; de l'excitation du système musculaire de la vie animale, comparable à celle que causent les agents tétanisants.

Puis viennent d'autres phénomènes dont voici l'énumération : troubles digestifs caractérisés par la perte de l'appétit, des douleurs d'estomac, de la pyrosis, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, s'accompagnant, sans doute par sympathie, de céphalalgie, troubles de la vue. vertiges, malaise général, fièvre, aflaissemenl intellectuel, etc.

Usages. — Le Quassi de la Jamaïque est principalement employé dans la dyspepsie torpide et les différents états maladifs où l'on a recours au Bois

de Surinam. Selon Delioux de Savignac, le Biltera possède réellement des propriétés antipériodiques, mais bien inférieures à celles du quinquina et de l'arsenic. De plus, on a pensé qu'il pourrait être utile dans l'amaurose et les affections cérébrales. Kraus le conseille spécialement dans les cas de pholophobie comme adjuvant de la jusquiame et de la belladone.

C'est donc un médicament important, comme le démontrent encore les observations cliniques de Campardon, avec la Quassine, d'où il résulte que ce principe, à dose faible, augmente l'appétit, facilite la digestion et l'exonération de l'intestin, et par suite stimule les forces générales et facilite les travaux intellectuels. Par conséquent il est indiqué dans les dyspepsies . atoniques, dans les états chloro-anémiques, et toutes les fois qu'il y a faiblesse ou débilité de l'organisme.

On a proposé aussi l'infusion de Quassi en lotion sur les blessures et les plaies compliquées, dans le but d'éloigner les insectes.

Modes d'administration et doses. — Le bois de Simarouba élevé ne se donne pas habituellement en poudre, mais en infusion prolongée dans l'eau bouillante, ou mieux en macération dans l'eau froide.

On se sert aussi de la teinture alcoolique, à la dose de 2 à 8 grammes. En Angleterre, on emploie une teinture de Quassia composée, dans laquelle entrent le cardamome et la cannelle, chacun à la dose de 2 à 4 grammes. Le prof. Burggraeve fait confectionner des granules de Quassine d'un emploi commode, mais qu'il faut prendre en nombre trop grand pour obtenir d'utiles effets. Mieux vaut prescrire les pilules de Quassine amorphe,^deà 0E%05, ou bien celles de Quassine cristallisée, de 0^^002 àOs%OOo, à la dose de 2-4 par jour ou plus.

QUINQUINA. Écorces des Cinchona. — Rubiacées. Angl. : Cinchona Bark. — AU. : China Rinde.

Habitat. — Le genre Cinchona est nombreux en espèces qui habitent presque toutes les montagnes de la Bolivie, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade et de l'Équateur, côte Ouest de l'Amérique méridionale.

Les limites de son aire géographique sont comprises, d'après Weddell, entre 22° lat. S., où il a trouvé \e Cinchona australis, et 10° N., où se rencontrent les C. cordifolia et C. tucujensis.

Dans la Bolivie abonde le premier des Quinquinas, le C. Calisaya. Au Pérou appartiennent les Quinquinas gris. En général la région occupée par ces arbres précieux possède une température plutôt froide (12 à 22°) que chaude, mais uniforme. Telles sont les conditions climatériques qu'il fallait rechercher pour faire réussir l'acclimatation des Quinquinas dans les autres

contrées du globe.

Acclimatation. — Le premier Quinquina né en Europe provenait de graines données par Weddell et semées au Muséum de Paris. C'était un C Calisaya qui est devenu plus tard la souche de ceux que les Hollandais sont parvenus à implanter à Java (1852). A la suite de nos industrieux voisins des Pays-Bas, les Anglais, qui marchent toujours en avant dans le

QUINQUINA. 313 progrès commercial, ont fait des tentatives d'abord infructueuses, puis couronnées de succès, dans les montagnes des Neilgherries, dépendances de l'Himalaya. Le résultat de la seconde expérience (1839) fut si favorable que, dès la fin de 1866, les Indes britanniques comptaient déjà 2,500,000 pieds •de Quinquinas cultivés pour le compte du gouvernement, et 300,000 appartenant à des particuliers. Vers la même époque, Decaisne put montrer à l'Académie des Sciences des graines mûres provenant de ces plantations, dont la prospérité n'a fait que s'accroître depuis lors et qui commencent à venir en aide à la production défaillante des forêts naturelles du Nouveau Monde.

L'état des choses n'est pas moins satisfaisant dans les possessions hollandaises qui vont enrichir de leurs produits le marché des Quinquinas, puisque Java a expédié une première fois en Europe 450 kilos d'écorces et que son exportation, selon les calculs de Yan Gorkum, pourra atteindre 200,000 kilos ; en 1876 et 1877 les quantités importées ont été de 84,753 kil. et 91,543 kil.

Au reste les tentatives d'acclimatation se multiplient de toutes parts, et les principaux efforts viennent encore des Anglais qui ont obtenu des résultats encourageants à Maurice, en Australie, à Sainte-Hélène, à la Trinité et à la Jamaïque. Le Brésil a surtout essayé de propager les C. Calisaya et C. Ovata. Le Portugal a fait des efforts sérieux aux îles Canaries. Enfin la France, dont les essais à la Martinique et à la Guadeloupe sont restés jusqu'ici infructueux, a obtenu quelques résultats satisfaisants à la Réunion et s'en prépare d'autres en Algérie dans le jardin du Hammah. Ainsi l'élan est communiqué et tout fait espérer que dans un avenir prochain nous verrons régner l'abondance à la place de la disette dont nous étions naguère menacés. Mais, chose curieuse, nous ne serons plus approvisionnés des grandes espèces qui s'étaient, à travers les siècles, acquis une juste réputation d'efficacité et dont les noms célèbres sont présents à la mémoire de tous les médecins. Les Cinchona succirubra et C. pakudiana, qui ont le mieux réussi dans les îles de la Sonde et sur le continent asiatique, étaient pour nous presque des inconnus. Par bonheur, ils comptent parmi les plus riches en principes actifs et justifient toutes les espérances.

L'Amérique elle-même (Howard) ne reste pas inactive et s'efforce de recouvrer sa suprématie perdue ou bien près de se perdre. En Bolivie, on a fait de grandes plantations de quinquinas : plus de quatre millions de pieds dans ces dernières années (Sacc), et sans doute l'on substituera aux méthodes barbares d'autrefois, pour la récolte, les procédés nouveaux en usage dans l'Inde qui laissent vivre les arbres dépouillés méthodiquement de leur écorce, si on prend la peine de les soigner (enveloppement dans de la mousse) attentivement après cette mutilation.

Il s'en faut que toutes les espèces commerciales de Quinquinas aient une égale valeur au point de vue thérapeutique: les unes sont éminemment actives, les autres à peu près inertes. Les écorces de ces dernières sont ce qu'on appelle les faux Quinquinas.

Les Quinquinas vrais diffèrent autant les uns des autres par leur composition chimique que par leurs effets physiologiques et thérapeutiques, suivant les types botaniques qui les fournissent et les conditions dans lesquelles la végétation ou la récolte s'est effectuée. D'oti l'importance des distinctions pratiques à établir entre les diverses sortes commerciales. Mais pour être bien saisies, ces distinctions exigent la connaissance préalable de la composition chimique et de la structure des Ecorces du Péi-ou.

Composition. — Bien que multiples et variés, les principes immédiats des Quinquinas sont loin d'égaler le nombre et la diversité de ceux de l'opium, ce que j'attribue à leur plus grande stabilité et à leur résistance supérieure aux causes de dédoublements, d'oxydations ou de réductions, qui interviennent à chaque instant dans le cours des analyses chimiques.

Ce fut un médecin portugais, Bernardino-Antonio Gomès, qui, le premier, parvint à retirer de l'écorce fébrifuge une substance cristalline à laquelle il donna le nom de Cinchonin ; mais la découverte des alcaloïdes du Quinquina appartient à deux chimistes français, à qui nous devons en même temps une excellente analyse de ce précieux médicament.

Voici la liste des constituants organiques que Pelletier et Gaventou assignent aux Quinquinas : Quinine, Ginchonine, Aricine, Quinidine (Paricine, Paytine, Winckler et Hesse), acides kinique, tannique et kinovique, rouge cinchonique, matière colorante jaune, matière grasse verte, acides, gomme et ligneux.

Aucun des traits essentiels de cette analyse n'a été modifié par les recherches ultérieures. Toutefois Hesse annonçait en 1872 la découverte d'un nouvel alcaloïde dans le Cinchona succirubra. La Quinamine, c'est ainsi qu'il la nomme, cristallise en aiguilles, est insoluble dans l'eau, solubledans l'éther et l'alcool, et forme avec les acides des sels très solubles. Sa composition est encore ignorée. Quant à la Cinchonamine, alcaloïde découvert par Arnaud dans le Quinquina cuprea, c'est une substance à rapprocher des principaux alcaloïdes des Quinquinas et non pas à confondre avec ces produits, car elle est fournie par un faux Quinquina, du groupe des Remijia Purdiana (Arnaud). Elle est isomère de la Ginchonine et paraît douée de propriétés toxiques puissantes chez les animaux (Jules Simon).

Les cendres varient de 34 à 58 millièmes du poids de l'écorce. Quelquesunes (Galisaya, Huanuco) sont vertes, à cause de la présence du manganate de potasse, et les analyses de Puttfarcken sont favorables à l'idée que la proportion de la chaux diminue dans l'écorce à mesure qu'augmente celle des alcaloïdes végétaux.

Les Quinquinas renferment en outre (Fabbroni, Trommsdorff) une huile volatile h laquelle ils doivent leur odeur particulière, et qui possède une saveur âcre. L'action de ce stimulant diffusible est insignifiante.

Le tannin du Quinquina, ou acide Quinotannique, identique avec 1 acide Gachoutannique (Pelouze et Frémy), est moins astringent que celui de la noix de Galle, et précipite en vert les sels ferriques. Il absorbe l'oxygène de l'air avec une remarquable facilité, et se transforme en rouge cinchonique,

QUINQUINA. -^^^ acide carbonique et eau. Avec une moindre intensité, l'acide Quinotannique agit comme le tannin proprement dit. Il est probable qu il subit plus que ce dernier l'action comburante de l'oxygène dans le sang, et qu il est en partie brûlé quand il arrive dans les émonctoires, à raoms que 1 action protectrice de l'albumine ne s'oppose à cette oxydation. Le rouge cmcbonique est inodore, insipide, à peine soluble dans l'eau froide, un peu plus dans l'eau chaude, mais très soluble dans l'alcool et les alcalis. On admet néanmoins qu'il peut contribuer légèrement aux effets astringents de 1 é-

corce. . .

L'acide Kinique ou Quinique existe vraisemblablement en combinaison avec les alcaloïdes des Quinquinas et avec la chaux. Par lui-même il est probablement inerte, ainsi qu'il résulte des expériences deRabuteau; mais il est cependant brûlé dan? l'organisme comme les acides végétaux et peut devenir laxatif. Hadelmann s'est assuré qu'il se transforme chez les mammifères en acide hippurique.

L'acide Kinovique, ou Amer Kinovique, moins répandu que le précédent, n'a été constaté que dans le Quinquina Calisaya et le Q. nova, dans celui-ci probablement à l'état de Kinovate de chaux. L'amertume prononcée de ce principe fait supposer qu'il peut être non seulement tonique, mais encore fébrifuge ; cependant Weil ne lui a pas reconnu cette dernière propriété.

On l'a quelquefois considéré comme un glucoside, et sa formule serait C^OH^^O^

Les alcaloïdes des Quinquinas se trouvent dans les écorces, en combinaison avec un ou plusieurs acides : les acides kinique et tannique, selon Pelletier, Caventou et la plupart des auteurs; l'acide kinique et le rouge cinchonique, d'après 0. Henry et Plisson.

Les deux principaux de ces alcaloïdes seront décrits ailleurs, et je me contente d'en inscrire ici les formules atomiques, pour les mettre en regard de celles des autres principes semblables et en tirer quelques inductions qui intéressent la matière médicale.

La Cinchonine = C*''H-"Az202, et la Quinine = C*°H-"Az20* : celle-ci ne diffère, par conséquent, de la première que par 2 molécules d'oxygène en plus, etl'on trouvera légitime l'hypothèsedePelletier consistantàconsidérer les alcaloïdes des Quinquinas comme des degrés d'oxydation d'un radical qui aurait pour formule C^oH^^Az^. Mais, de plus, il est permis de se demander si la Quinine ne pourrait pas se former avec les progrès de la végétation aux dépens de la Cinchonine, ce qui semble d'autant plus vraisemblable que les écorces des Quinquinas gris, plus chargées de Cinchonine, sont plus petites et appartiennent à des branches plus jeunes que celles des Quinquinas jaunes où prédomine la Quinine.

Ces deux alcaloïdes capitaux possèdent chacun deux isomères découverts et décrits par Pasteur : la Cinchonidine et la Cinchonicine d'une part ; la Quinidine et la Quinicine d'autre pari. Reste seulement VAricine ou Cinckovaline, dont la formule C^^H^'^AzW s'éloigne notablement des précédentes.

La Quinidine et la Cinchonidine se trouvent dans le produit que livre le

commerce SOUS le nom de Quinoïdine; la Quinicine et la Cinchonicine, obtenues des sulfates de Quinine et de Cinchonine par la chaleur, peuvent, selon Pasteur, se produire sous l'influence des rayons solaires dans les écorces qui ne les contiennent jamais naturellement.

L'action physiologique et thérapeutique de la Quinine et de la Cinchonine sera exposée avec tout le soin désirable dans les articles spécialement consacrées à ces deux alcaloïdes dans la deuxième partie (Voy. ces mots).

La Quinidlne, cristallisable, neutralise parfaitement les acides, se dissout dans d,500 parties d'eau froide, dans 750 parties d'eau bouillante, dans 45 parties d'alcool froid, dans 3,7 parties d'alcool bouillant et dans 90 parties d'éther. Avec l'identité de composition atomique, C^^H^^Az^Q*, la Quinidine possède, eu égard à la Quinine, une similitude complète de propriétés médicales, à l'intensité près, et avec cette nuance que cet alcaloïde produit plus facilement des nausées et des vomissements, et de la diarrhée. Bauduin et Pereira l'ont vue guérir la fièvre intermittente tierce avec la même sûreté que le sulfate de Quinine lui-même, à la dose de 60 centigrammes seulement. Cette conclusion résulte encore des expériences de Jobst qui affirme non seulement l'action fébrifuge de la Quinidine, mais aussi ses effets antipyrétiques étudiés dans l'érysipèle, la fièvre puerpérale, la pneumonie.

La Quinicine se présente sous forme d'une masse résineuse, demi-fluide et amère, presque insoluble dans l'eau, aisément soluble dans l'alcool.

La Cinchonidine, cristallisée, isomère de la Cinchonine, C^OH'^AzSQ-, est insoluble dans l'eau froide, à peine soluble dans l'eau bouillante. Elle se dissout assez bien dans l'alcool, mal dans l'éther, un peu mieux dans le chloroforme.

Ses solutions ou celles des sels qu'elle forme dévient à gauche la lumière polarisée.

Étudiée chez les animaux elle reproduit les effets de la quinine, mais paraît plus toxique et convulsivante (Laborde). Elle est fébrifuge, presque à l'égal de la quinine, quelques auteurs disent à l'égal (Poncet, de Cluny). mais aux doses de 4 à 5 grammes, et se tolère jusqu'à 6 grammes. (Voy. Bromhydrate de Cinchonidine).

La Cinchonicine, isomère de la Cinchonine et de la Cinchonidine, est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, et se sépare de ses solutions sous forme d'une résine fluide. Forget l'a prescrite dans un cas de fièvre intermittente, et quoiqu'elle en ait triomphé, il ne la croit pas comparable au sulfate de Quinine. Cependant elle a bien réussi dans un cas de rhumatisme articulaire aigu (A. S. Taylor et G. 0. Rees).

Enfin, VAricine, CgH^'Az^O», est cristallisable, soluble dans l'alcool bouillant, soluble dans l'éther, à peine soluble dans l'eau, et dévie ii gauche le plan de polarisation. Douée d'une saveur amère et d'une réaction alcaline, elle forme avec les acides des sels solubles et cristallisables.

La Paricine de Winckler, trouvée dans un faux Quinquina de Para, mais en minime proportion dans le C. succirubra, en est très voisine. 11 n'a point

été fait de recherches suivies sur l'action thérapeutique de ces deux bases ; cependant on les croit généralement inertes.

Je mentionne ici pour mémoire les alcaloïdes amorphes des Qumqumas, encore mal connus, constituant un mélange déviant, le plus souvent, à droite le plan de polarisation. Leurs effets physiologiques ou médicaux nous sont inconnus. Quant à la Qainoidine, c'est tout bonnement un mélange de matières résineuses, de Quinidine et de Ginchonine, pourvu d'une action réelle contre la cachexie tellurique (Burdel, J. Augé).

En résumé, il y a surtout dans les Quinquinas quatre principes pouvant intéresser le thérapeutiste : la Quinine, la Quinidine, la Ginchonidine et la Ginchonine, rangées ici par ordre d'activité curative (Buchanan Baxter, Joseph Dougall, etc.), contre les fièvres.

Tous les quatre agissent vivement sur le système nerveux cérébro-spinal, mais les trois derniers sont convulsivants, et produisent de véritables attaques d'épilepsie (Laborde). L'ordre d'action spinale est le même, mais renversé, que dans l'énumération précédente.'

Siège des principes actifs des quinquinas. — Delondre conclut de ses expériences : 1° que les feuilles et les fruits ne présentent aucune trace d'alcaloïdes ; 2° que l'écorce des racines en contient moins que celle du caudex ascendant ; 3° que les liquides obtenus par incision du tronc ou des branches offrent en dissolution toutes les substances que l'eau enlève à l'écorce.

Les récentes analyses comparatives, effectuées sur de jeunes plantes soumises à la culture méthodique, à Java et dans l'Inde, nous conduisent aujourd'hui à faire certaines réserves sur la seconde conclusion du chimiste français. En effet, le docteur de Vrij, opérant d'abord sur des Cinchona pahudiana, obtenus h Java et à Oolacamund, et plus tard sur des C. succirubra, C. micrantha et C. Calisaya, des mêmes localités, est arrivé à ce résultat: que la proportion des alcaloïdes est généralement plus forte et peut être trois fois plus grande dans l'écorce de la racine que dans celle du tronc. Il y a plus : tandis que, dans un cas, les alcaloïdes de l'écorce du tronc n'étaient représentés que par la cinchonine et de la cinchonidine, ceux de ia racine étaient en majeure partie constitués par de la Quinine. Une conséquence toute naturelle semblait se déduire de ces faits : c'est qu'il fallait exploiter principalement les racines, afin d'obtenir un rendement plus considérable en alcaloïdes. Mais, d'une part, la règle posée par De Vrij souffre quelques exceptions ; et, d'autre part, la supériorité de l'écorce des racines ne s'observe que dans les deux premières années. Au delà de ce terme, les rapports se renversent et la tige s'enrichit à mesure que la partie souterraine devient plus indigente (de Vrij, Broughton). Néanmoins, la racine conserve toujours un avantage, c'est de livrer plus facilement ses alcaloïdes à l'état de pureté; mais à l'aide d'un artifice anssi simple qu'ingénieux Mac Ivor est parvenu à transformer sous ce rapport les troncs en racines : il lui à suffi de les envelopper de mousse, et de les soustraire ainsi à l'influence de la lumière. L'opération du moussage, pratiquée sur une grande échelle dans les plantations de Quinquinas, a pour efl'et d'accroître la production des

alcaloïdes dans l'écorce en môme lemps que d'en faciliter l'extraclion.

Mais ce n'est pas toute l'épaisseur de l'écorce qui est pourvue d'alcaloïdes. Ni l'épiderme, ni la couche subéreuse n'en renferment la moindre parcelle ; seulement les observateurs ne s'accordent pas sur celle des deux autres stratifications corticales à laquelle ces principes appartiennent. Pereira les attribue au liber; il mentionne toutefois un cas où il en existait dans une couche intermédiaire à celui-ci et à l'enveloppe herbacée. PourBouchardat, Howard et la plupart des auteurs, c'est le tissu celluleux, vert, ou mesophlœum, qui a le privilège de contenir les alcaloïdes, sous forme de petites masses blanches, bien observées par Pereira, qui n'y a cependant découvert aucune apparence de cristallisation, tandis qu'Howard y a vu des cristaux microscopiques parfaitement déterminés. Ces cristaux, composés de qu»nates et de tannâtes de quinine et de cinchonine, diffèrent essenliellemenl des raphides ordinaires, qui sont des sels à bases alcalines ou terreuses.

Modes de production de ces principes. — Pelletier concevait la formation des divers alcaloïdes des Quinquinas par l'oxydation de plus en plus avancée d'un principe préexistant. J'ai introduit, en outre, cette vue que l'oxydation s'elfectuerait avec le temps dans les écorces plus anciennes, el que la quinine résulterait de la transformation de la cinchonine, et non pas directement du radical hypothétique admis par le grand chimiste français. D'après le docteur de Vrij, chimiste associé à Junghunh pour les essais de culture du Quinquina à Java, les alcaloïdes seraient le produit de la rea^Uon de l'ammoniaque contenue dans l'écorce sur l'acide quinotanmque H U ), auquel elle fournit de l'azote, comme l'urine ammoniacale en fourmi au lichen [Roccella tinctoria) pour développer une matière colorante bleue.

Division des sortes commerciales de quinquinas. ^ Sous le rappor» Géographique qui respecte passablement les liens naturels en raison de 1» circonscription des espèces dans, des contrées relativement ref ^eintes divise les Quinquinas en ceux: l" de la Bolivie; 2» du Pérou; 3° de la Nouvelle-Grenade. La division la plus précise et la plus sûre, celle qui seraU fondée sur les caractères botaniques des espèces, n'est pas encore possible aujourd'hui, à cause de l'incertitude des déterminations.

En France, on partage habituellement les Quinquinas en trois groupes fondés sur l'apparence extérieure, et répondant en partie à des diilérence.^ de composition chimique :

\ 0 Quinquinas gris ; 2° Quinquinas jaunes ; 3" Quinquinas rouges.

Ainsi que le fait remarquer Bouchardat, et que le confirme la savante commission du Codex, cette distinction pèche en ce sens que, d une pari, une espèce a été rangée parmi les gris, les jaunes et les rouges, selon les temps et les lieux, et que, d'autre part, on réunit dans le même groupe des Quinquinas excellents ou nuls: le Qutvquina Iluanuco, par exemple, el le Quinquina Jaën, qui ne renferme que de l'aricine.

Pptte division est bonne tout au plus pour la séparation des écorces de difféients âges appartenant à des espèces déterminées, et qui, par ce seul

QUINQUINA GRIS IlUANUCO.

fait qu'elles ont été récoltées sur des troncs plus ou moins volumineux ou des rameaux plus ou moins jeunes, possèdent une coloration, une structure, des dimensions et par suite une composition chimique différentes.

Dans ce sens restreint que j'admets, on peut dire qu'en général, les Qui7igninas gris sont plus astringents, contiennent beaucoup de Tannin et de Cinchonine, mais peu de Quinine ; tandis que les Quinquinas jaunes, beaucoup plus amers et moins astringents, sont très riches en Quinine et pauvres en Cinchonine. Les Quinquinas i^ouges, intermédiaires aux deux autres, sont également astringents et amers, et contiennent des proportions moyennes de Quinine et de Cinchonine. Ils tiennent aussi le milieu, pour la texture et les dimensions, entre les écorces grises, qui sont les plus minces et les moins fibreuses, et les jaunes, qui sont épaisses et fortement fibreuses.

Parmi les Quinquinas gris, on doit signaler : r celui de Loxa; 2° le Q. de Lima ou Huanuco; 3° le Q. Huamalies; 4° le Q. Calisaya roulé.

Parmi les Quinquinas rouges : le rouge vif et le rouge pâle de V Equateur; le range de la Nouvelle-Grenade ou de Mutis, et le rouge verruqueux, dont l'importance est appelée à grandir en propostion de l'extension des cultures de C. succirubra dans les Indes et ailleurs.

Les meilleurs Quinquinas jaunes sont le Calisaya jaune royal ;\q Calisaya de la Nouvelle-Grenade ; le Quinquina Carabaya, le Q. Pitaya, le Quinquina jaune du roi d Espagne, etc.

De toutes ces sortes commerciales et d'un grand nombre d'autres que nous passons sous silence, le Codex n'en admet que trois dont nous allons maintenant nous occuper particulièrement.

Les écorces de Quinquinas gris doivent contenir 15 p. 1000 d'alcaloïdes salifiables, dans lesquels la quinine figure pour 1/10; celles de Quinquinas jaunes, au moins 25 p. 1000 de sulfate de quinine ; celles de ijuinquinas rouges, 30 p. 1000 de sulfate d'alcaloïdes, dont 20 au moins de sulfate de quinine.

QUINQUINA GRIS HUANUCO, Cinchona micranlha, Ruiz et Pavon, non Poppig ni VYeddell; C. nitida R. P. et C. Peruviana How. — Rubiacées-

ClNCHONÉES.

Angl. : Grey silver Bark. — AIL: Graue China; China Huanuco oder Havane.

Ce Quinquina tire son nom commercial de la province de Huanuco, où croît le Cinchona micranlha, P., et où il porte le nom de Cascarilla provinciana. Guibourtl'a nommé Quinquina rouge de Lima.

On en trouve deux sortes dans le commerce : l'une de qualité supérieure [fine grey Bark), attribuée par quelques auteurs au Cinchona nili'/a, R. et P. : l'autre moins bonne (nommée coarse grey Bark), rapportée au C. micranlha, Poppig.

La première est le. Quinquina rouge de Lima, Guib., et le Quina cana légitima, Lambert. Elle possède une odeur argileuse douceâtre, que Bergen dit lui être spéciale. Son goût est astringent, aromatique et amer, nullement désagréable. Cette écorce donne 2,113 pour 100 d'alcali, à savoir: Qui-

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