‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 252 sur 384 · GIO CHLORAL IIYDIUTÉ, HYDRATE DE CHLORAL · texte numérisé non relu

GIO CHLORAL IIYDIUTÉ, HYDRATE DE CHLORAL

du Chloral se réduiraient à ceux de « la chloroformisation la plus lente quon puisse imaginera (O.Lieibreich, B. W. Richardson, Personne, Roussin, Byasson et Follet, Ilorand etPeuch, Willième, E. Napiéralski, Lissonde, Arloing, etc ) ; les autres, et j'ai été l'un des premiers à entrer dans celte voie, reconnaissent au Chloral une stabilité suffisante pour agir directement et par lui-même (Demarquay, L.Labbéet Goujon, Dieulafoy etKrishaber, Ferrand (de Lyon), Giraldès, Giovanni et Ranzoli, Rajeski, Heidenhain, Rudolph Arndt, etc, ). Vulpian (communie, orale) m'a aussi déclaré qu'il partageait cette manière de voir. On remarquera que dans la première liste prédominent les chimistes et les vivisecteurs ; dans la seconde, les cliniciens. Voici comment raisonnent les partisans de la métamorphose préalable et indispensable : la transformation du Chloral doit s'effectuer dans les milieux alcalins de l'organisme animal comme dans le laboratoire de chimie : or, elle se réalise indubitablement, car à la suite de l'administration du Chloral l'haleine exhale l'odeur du chloroforme, et ce dernier corps se retrouve dans le sang ainsi que l'acide formique dont il vient de se séparer. Aucune de ces raisons n'est décisive. A la conception hypothétique de Liebreich je pourrais opposer une fin de non-recevoir tirée du pouvoir incarcérant et cohibent de l'albumine qui empêche la réalisation d'un grand nomhre d'actions chimiques prévues par la théorie ; mais J'aime mieux opposer

des faits. .

D'abord la transformation du Chloral en chloroforme n'est pas aussi facile qu'on semble le croire. J'ai mis de l'hydrate deChloral en contact, à la température ambiante, avec du sérum sanguin, avec le sang de saignées locales et générales, d'hémoptysies, d'épistaxis, avec les salives et les mucus alcalins -j'en ai plongé dans de l'eau de Vichy et même dans la solution alcaline dite eau de Vichy artificielle des hôpitaux, et je n'ai pas vu, même au bout d'une demi-heure et de trois quarts d'heure, apparaître la moindre odeur de chloroforme. Ces expériences ont eu pour témoins les D" Fernet, Rigal, D'Heilly,Bourdillat,A.E.Labbée,Landrieux, etplusrécemmentM. Bourdon et les élèves de mon service. Horand et Peuch reconnaissent eux-mêmes qu'un mélange de sang et d'hydrate de Chloral n'exhalait aucune odeur de chloroforme, et Lissonde n'a constaté à froid aucune réaction apparente dans les mômes conditions. Je n'ignore pas que du chloroforme se dégage en petite quantité dès que la température s'élève à 38° ou AO", et même audessous, seulement je tiens à faire comprendre que la transformation est assez lente pour permettre au Chloral d'accomplir ses effets physiologiques avant sa métamorphose eu chloroforme.

En second lieu,L. Labbé et E. Goujon n'ont pas senti l'odeur du Chloroforme dans l'haleine des animaux en expérience, et je n'ai pas été plus heureux chez mes malades. Quant à la présence du chloroforme dans le sang des animaux qui ont absorbé une forte proportion de Chloral, elle me semble suffisamment établie, bien que toute objection ne soit pas encore leyce ; mais qu'importe, si la proportion du chloroforme est insignifiante. Est-il venu jamais à l'esprit d'un physiologiste de mettre les effets de l'alcool sur

CIILORAL HYDRATÉ, [lYDRATlî DE CllLORAL. 617 le compte de l'aldéhyde ou de l'acide carbonique qui peuvent en dériver? Eh bien, de l'aveu môme de plusieurs expérimentateurs, le chloroforme ne se trouve qu'en minime quantité dans le sang (Horand et Peuch). Rien, par conséquent, ne vient justifier l'idée préconçue d'O. Liebreich, trop facilement adoptée par la majorité des observateurs.

D'ailleurs, les profondes dissemblances qui séparent les effets physiologiques des deux agents auraient dû détourner les chimistes de l'opinion à laquelle quelques hommes distingués semblent vouloir s'arrêter. Mes expériences sur les grenouilles, faites avec la collaboration de mon disciple et ami le D"" A. E. Labbée, mettent en relief ces différences d'action du Chloral et du chloroforme, employés de la môme manière, comparativement et à doses équivalentes. En voici le résumé :

i° Injections sous-cutanées. — Hydrate de Chloral. — Irritation locale s'étendant par le fait de l'imbibition du tissu cellulaire. Puis, phénomènes généraux. (Voy. plus bas). Rigidité comme cadavérique rapide.

Chloroforme. — Pleurosthotonos, Opisthotonos. Ensuite, phénomènes généraux ci-dessous décrits.

2" Inhalation ou absorption cutanée. — Chloral anhydre liquide. — Irritation périphérique violente. Excitation extrême et prolongée. L'animal se défend énergiquement. Cependant ralentissement et affaiblissement rapides des contractions cardiaques. Cessation des battements du cœur, le ventricule en diastole énorme. Sensibilité tactile émoussée ; déjà insensibilité cornéale, enfin anesthésie. Catalepsie. Quelquefois encore mouvements réflexes en apparence volontaires. Mort réelle. Cette terminaison est considérablement retardée par la section préalable du bulbe spinal.

Chloroforme. — Irritation légère ou nulle. Peu ou point d'excitation. L'animal demeure calme. Ralentissement et affaiblissement graduels des contractions cardiaques. Abolition de la sensibilité et des mouvements volontaires et réflexes, avec conservation de la sensibilité cornéale. Mort apparente, mais persistance de quelques rares mouvements du cœur. Recouvrance.

La plupart de ces différences se retrouvent à la suite de l'introduction du chloroforme et du chloral parla voie hypodermique ou bien en injections veineuses. Ainsi l'importance de l'insensibilité cornéale dans le chloralisme avait déjà été signalée par L. Labbé etE. Goujon, expérimentant de la sorte non seulement sur des grenouilles, mais aussi sur des mammifères et des oiseaux.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur ces résultats pour se convaincre de l'manitédes arguments tirés des réactions chimiques contre l'autonomie du chloral. Les preuves cliniques sont d'une évidence plus incontestable encore. Tandis que le chloroforme porté dans les premières voies produit simplement la sédation d'une entéraigie ou d'une hépatalgie, par exemple, le chloral à la môme dose procure en quelques minutes un profond sommeil. La rapité de cette action est même si grande qu'elle exclut toute idée de transformation préalable. L'hypothèse de Liebreich paraîtra plus invrai-

618 CnLOR\L HYDRATÉ, HYDRATE DE CIILORAL.

semblable encore si l'on réfléchit à la lenteur avec laquelle se fait cette mélariiorphose, d'après les expériences de Ricbardson. En effet, il ne se formerait que 25 à 80 centigrammes de chloroforme par heure aux dépens de 35 à /i2 centigrammes (5 à 7 grains) de Chloral. Or, une pareille dose de Chloroforme administrée à titre de somnifère toutes les heures, cinq ou six fois de suite, serait absolument illusoire. A la vérité, on objecte que le Chloroforme insoluble ne peut pénétrer que lentement dans la circulation; mais cette raison est mauvaise, attendu que l'essence de térébenthine, également insoluble, ne rencontre pas d'obstacle à son absorption par la muqueuse digestive, et que l'éther passe plus rapidement encore dans la circulation, bien qu'il ne soit pas miscible à l'eau. On pourrait dire encore, avec Horand et Peuch, que le Chloroforme à l'état naissant possède une activité supérieure; mais, outre que cette présomption manque de vraisemblance et ne repose sur aucune base expérimentale, l'état naissant ne donnerait pas la raison des actions inverses du chloroforme et du Chloral. Et d'ailleurs comment comprendre l'innocuité presque absolue, à la dose de plusieurs grammes, de l'acide trichloracétique qui donne si facilement du chloroforme sous l'inCuence des alcalins (Hermann et Thomaszewicz), innocuité telle que les lapins en supportent sans broncher 5 grammes? La soudaineté des effets hypnotiques du Chloral est encore moins exphcable dans la doctrine de la métamorphose depuis les dernières recherches de Personne, qui nous a fait connaître l'existence d'une combmaison de ce corps chimique avec les matières protéiques, et nous a révélé amsi un nouvel obstacle à sa rapide décomposition. Les conclusions à tirer de l'ensemble de ces faits et de ces considérations

sont les suivantes : .

Le Chloral agit comme tel et non parce qu'il se transforme en acide formique et Chloroforme. Après avoir pénétré dans le sang, il passe en majeure partie intact, dans les parenchymes et spécialement dans les éléments histologiques du système nerveux. Toutefois la petite proportion de chloroforme qui prend naissance à ses dépens dans la circulation, sert, en quauie d'anesthésique, à compléter ses effets sédatifs et hypnotiques.

Faut-il y joindre les effets de l'acide formique? La réponse ne sera possible que le jour où nous connaîtrons le mode d'action de ce composé employé isolément. En l'absence de toute constatation directe, il nous serait donc impossible de considérer, avec Byasson, Lissonde, Arloing et que ques autres expérimentateurs, les symptômes du chlorabsme comme la résultante des effets combinés du chloroforme et du formiale de potasse quand bien même nous n'aurions pas d'excellentes raisons pour croire à l'intervention toute-puissante du Chloral en nature.

A dose moyenne, thérapeutique, le Chloral produit d'abord une excitation qui est la résultante de deux actions : la stimulation locale de 1 estomac, Généralisée par voie de sympathie, et la stimulation du cerveau après ditfusion dans l'organisme. Dans cette première période, il est cordial et môbriant Plus tard, il éteint laclivité des lobes cérébraux en même temps

CHLORÂL HYDRATÉ, HYDRATE DE CHLORAL. 619 qu'il Stupéfie l'appareil sensitivo-moteur dans la moelle épinière, car il ne paralyse ni les nerfs moteurs ni les nerfs sensitifs : c'est alors un puissant hypnotique et un anesthésique.

A dose toxique, le Chloral porte le trouble dans la circulation et détermine la mort par l'arrêt des contractions cardiaques, non peut-être en agissant directement sur le cœur, mais plutôt par l'intermédiaire de la moelle allongée, en exagérant l'action du nerf suspensif, ou bien en épuisant l'innervation des ganglions cardiaques, ou par un autre mécanisme qui reste à déterminer : la paralysie du centre respiratoire, encore (Vulpian).

Préalablement la pression sanguine avait diminué de plus en plus, tombant presque à zéro, vraisemblablement par suite de la paralysie progressive du centre vaso-moteur.

Après un court séjour dans les tissus qu'il a imprégnés et au sein desquels iladû s'altérer, soit dans sa constitution, soit dans sa dynamisation, le Chloral est repris pour être livré aux émonctoires, et c'est probablement alors qu'il subit une décomposition partielle ou totale dont les résidus ont acquis aux yeux de quelques chimistes une importance imméritée.

Tels sont les traits principaux du Chloralisme aigu. Mais il existe aussi un Chloralisme chronique, comparable à l'ergolisme déterminé par l'usage prolongé du seigle ergoté et dont Smith (de Baltimore) a rapporté quatre cas. Les accidents ont consisté en malaise général, hyperesthésie, desquamation épidermique des doigts, ulcérations superficielles autour des ongles, anasarque, albuminurie, affaiblissement du cœur et embarras de la respiration. Sur ces quatre malades, deux ont succombé. Un autre accident a été observé, en Angleterre, par Giichton Browne et Manning, c'est la paralysie des membres inférieurs consécutive à l'administration prolongée du remède, paralysie transitoire, à la vérité, mais qui a pourtant nécessité la suspension du traitement et l'emploi de la strychnine.

Il est d'autres accidents plus superficiels ou moins profonds plutôt, caractérisés par diverses éruptions à la peau et des troubles gastriques. Les éruptions sont surtout érythémateuses ou ortiées et fréquentes à la face, au cou, sur le devant de la poitrine et (Martinet) au niveau des grandes articulations, apparaissant brusquement après les repas et disparaissant en quelques heures. Mais on peut encore observer du purpura hémorrhagica et de la conjonctivite.

Substances incompatibles ; antagonistes. — Antidotes ; contre-poisons. — Les incompatibles par excellence sont les alcalins, qui peuvent décomposer le Chloral en acide formique et chloroforme. Dans la théorie impossible à accepter des chimistes, ces agents seraient des auxiliaires.

La strychnine est le principal des antagonistes du Chloral (Liebreich, Camboulive, Liégeois, Oré, iiyasson et Follet, Horand et Peuch, Lissonde, etc.) dont il dissipe quelques-uns des effets toxiques sans pouvoir en être cependant considéré comme un antidote efficace et sûr. Le Chforal, à son tour, exerce une influence sur le strychnisme, mise souvent à profit dans l'empoisonnement strychnique avec des avantages incontestables.

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