CIILORAL HYDRATÉ, HYDRATE DE CHLORAL
Le Chloral et la fève du Galabar se contrarient également ; seulement ici l'influence du Ghloral paraît prépondérante. On ne peut donc en aucune manière compter sur l'ésérine pour dissiper le syndrôme chloralique dans ses degrés les plus élevés.
On ne comptera pas non plus sur la picrotoxine (Crichlon Browne), qui parvient à grand'peine à mitiger les effets du Chloral, bien que celuici soit en réalité un bon antidote du principe de la coque du Levant (Amagat), et encore moins sur le nitrite d'amyle (Goghill), qui me semble sans valeur.
En réalité, on ne connaît jusqu'à présent qu'un seul antidote du Chloral, c'est la strychnine, utile peut-être dans un laboratoire, mais ne pouvant donner au praticien aucune sécurité.
Je n'indiquerai en outre qu'un unique contre-poison, douteux encore, l'eau albumineuse, propre tout au plus à retarder l'action du poison et à donner le temps de vider l'estomac. Le Chloral coagule l'albumine, et se trouve de plus fixé par elle (Byasson), d'où l'application que je propose.
Le cas échéant, l'empoisonnement par le Chloral devra être combattu, à peu près comme la sidération chloroformique, par la réfocillation, la flagellation, la respiration artiflcielle, les inhalations d'oxygène, l'électricité, la titillation de la muqueuse nasale et l'olfaction d'odeurs fortes ou irritantes, les affusion froides.
Auxiliaires et synergiques. —Tons les anesthésiques généraux, et particulièrement le chloroforme et l'éther,le croton-chloral, véritable hypnotique et analgésique (Liebreich, Tommasi), mais d'une saveur abominable et d'une odeur désagréable, sont des synergiques de l'Hydrate de Ghloral. ^
Il est toutefois un synergique important, Xa Par aldéhyde, à signaler ici. D'après des études très récentes, celte substance CeHi^O^, posséderait toutes les propriétés principales du Ghloral, mais serait un hypnotique plutôt qu'un analgésique, à la dose de 4 à 8 grammes. Elle n'aurait dans ces conditions aucune influence fâcheuse sur le cœur (Mering), ou sur la pression vasculaire. D'ailleurs le Diéthijlacétal ou acéal, analogue du Paraldéhyde, deviendrait naturellement un succédané du Ghloral. Ses auxiliaires sont l'opium et ses dérivés, le brome et ses produits.
Contre-indications du CÂloraL— Elles se tirent de son action irritante topique et surtout de son action paralysante sur les origines centrales des nerfs
cardiaques. f i -
On doit éviter l'usage du Chloral dans les inflammations simples et ulcéreuses de l'estomac et de la partie supérieure du tube digestif, ou môme quand il y a intolérance stomacale, sans parler de la répugnance des sujets.
Mais il faudra surtout l'administrer avec une grande prudence, ou s en abstenir complètement lorsqu'on aura afl'aire à des troubles de l'innervation cardiaque : palpitations, intermittences, asystolie, chez desnévropathiques, fumeurs, goutteux ou alcooliques ; ou symptomaliques de lésions des centres nerveux; ou bien encore liés à des altérations organiques du cœur, principalement quand elles sont à une période avancée.
CHLORAL HYDRATÉ, HYDRATE DE CIILORAL. 621 J'avais prévu et annoncé, dès 1870, les fâcheux effets du Chloral dans ces conditions. UlténeuremenL les faits sont venus me donnei- raison. J'ai vu de l'angoisse, de la dyspnée et de grands troubles circulatoires développés sous l'innuence du Chloral. D'autres observateurs ont été témoins de cas funestes, la plupart chez des sujets atteints d'affections organiques du cœur (Liebreich, Davreux, H. Waters, Andrew Dunlop. Habershorn, Meldola, Smallmann). Néanmoins quelques praticiens se louent de l'emploi du Chloral dans de semblables circonstances (Waters, Ogle, Peyers, W. Strange); il y aura donc lieu de déterminer par de nouvelles recherches quels sont les cas d'affections cardiaques où le Chloral peut être employé sans inconvénient ; mais, jusqu'à ce que ce travail soit accomph, la plus grande réserve est de rigueur.
Le Chloral paraît avoir occasionné la mort chez un certain nombre de sujets atteints d'autres états morbides ; ainsi dans des cas de névrose, de névralgie, d'insomnie, d'aliénation, d'épuisement, de rash'ortié, de faussecouche, chez un rhumatisant, un phtisique et un mangeur d'opium et dans l'alcoolisme. La liste des victimes est malheureusement déjà bien longue.
Mais les empoisonnements par le Chloral n'ont pas toujours cette funeste gravité. Dans les formes légères on a noté les phénomènes suivants : vomissements, principalement si le sujet est debout, avec vertige, hébétude, pâleur, prostration des forces; rash scarlatiniforme et inflammations coïncidentes des muqueuses (J. Wilkie Burmann). A un degré plus avancé, il survient des troubles de la vue, des sueurs froides, la faiblesse et la dépressibilité du pouls, ainsi que tous les symptômes dus à la paralysie du grand sympathique (Crichton Browne). Et quand la terminaison doit être funeste, elle est précédée de sopor, coma, mydriase, et quelquefois de convulsions toniques tétaniformes.
La mort est attribuée parla plupart des auteurs (Jolington, Pred. Webb, Waters) à la dépression ou à la paralysie du cœur, dont le rôle redoutable nous était apparu dès 1869 dans nos expérimentations physiologiques, faites avec E. Labbée.
Usages. — Les indications du Chloral dérivent de ses propriétés toxiques pour les éléments figurés des animaux supérieurs et pour les microzoaires, de ses propriétés stimulantes, hypnotiques et anesthésiques, ou plus généralement stupéfiantes.
Au premier titre il peut servir comme antipulride, antiseptique ou antizymotique, dans le traitement des plaies envenimées, des ulcères sanieux et ichoreux, des suppurations fétides, des affections gangréneuses, de la pourriture d'hôpital (Hichardson, L. Labbé et E. Goujon, Dujardin-Beaunielz etilirne, etc.). Fr. Accetella l'a employé avec succès en qualité de topique dans les ulcères syphilitiques. De plus Hirne et Personne ont, chacun de son côté, conçu l'idée d'appliquer les injections de Chloral en solution aqueuse à la conservation des cadavres et des préparations. Des résultats vraiment étonnants ont été obtenus par ce procédé, et Personne a exhibé devant l'Académie de médecine un chien préparé de la sorte depuis
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cinquante-cinq jours, et qui paraissait mort depuis quelques minutes seulement, tant la souplesse en était grande et la conservation parfaite. C'est un avenir qui s'ouvre pour l'art des embaumements.
Topiquement, le Chloral peut aussi être employé comme agent de révulsion (Peyraud), et pour animer les ulcères atones, blafards, ou môme pour calmer les plaies douloureuses telles que les brûlures. MarcSée le préconise comme un des meilleurs topiques antiseptiques et vulnéraires. On conçoit donc que le nombre de ses applications puisse être en chirurgie très considérable. 11 aurait en somme tous les usages de l'acide phénique ou de l'alcool, etc.
Voici l'énoncé simplement de ses principales applications : plaies cancéreuses (Dujardin-Beaumetz, Martineau, Fleischer, Goodell, etc.), syphilitiques, gangréneuses, atoniques, trajets fistuleux, empyème.U peut encore rendre de bons services contre la carie dentaire (Sporer), les ulcères utérins, les tumeurs érectiles (Mouillard), les varices (Luigi Porta, Parona), le pityriasis capitis (Martineau), la blennorrhagie (Parona, etc).
Ses effets anodyns seraient peut-être utiles contre les névralgies superficielles, les pleurodynies, les rhumatismes; ils seraient plus efficaces dans la gastralgie, l'entéralgie, la proctalgie et la douleur spéciale qui accompagne les contractions {cinésialgie) du sphincter, dans les fissures à l'anus (Créquy) G Paul a réussi à modérer les douleurs du cancer utérin à l'aide de suppositoires vaginaux au chloral ; j'ai obtenu le même résultat par des
lavements. , , , , « »
On ne demande pas au Chloral une stimulation générale, plus sûrement et plus agréablement obtenue au moyen des alcooliques et de quelques autres agents; mais on recherche encore quelquefois ses effets anesthésiques malgré leur insuffisance ordinaire et la difficulté de les obtemr, malgré le danger qui s'attache à leur réalisation. , . „
Les propriétés anesthésiques du Chloral sont incontestables, et si elles ont été mises en doute ou réduites à de minimes proportions par Deraarquay, Giraldès, Léon Labbé et la plupart des chirurgiens, français c est précisément en raison de leur apparition tardive à une époque du cbloralisme qui confine à l'intoxication.
Un chirurgien allemand est arrivé aux mêmes résultats. Nussbaum, ayant administré vingt fois le chloral avant de pratiquer des opérations, n a pu obtenir qu'une seule fois l'anesthésie. chez une femme débihtée. Cependant les autres patients souffrirent peu, surtout, dit-il, parce qu'il étaient en-
^°BTuchut a cependant été plus heureux, et il a pu souvent pratiquer de petites opérations chez des enfants endormis par le chloral sans provoquer la moindre souffrance (Redier).
En inieclion intra-veineuse, le Chloral détermine une anesthésie sure ei profonde, comme l'ont surtout et d'abord démontré les observations d O ré.
L'habile expérimentateur de Bordeaux déclare que le Chloral injecté dans les veines d'un chien se montre le plus puissant des anesthésiques et qu il
CllLOlUL HYDRATÉ, HYDRATE DE CHLORAL. 023 produit une insensibilité de cadavre. Il paraît môme que l'anesthésie peut être maintenue pendant plusieurs heures sans causer la mort de I animal, bien que le danger devienne imminent dès que l'action stupéfiante dépasse une certaine limite aussi facile à franchir que difficile à tracer.
Il est donc à craindre que l'exemple des vivisectcurs ne puisse jamais être suivi par les médecins, qui hésiteront à se servir du procédé un peu brutal des injections intra-veineuses et redouteront toujours la possibilité d'accidents graves, d'autant plus difUciles à conjurer que la dose capable de devenir toxique serait introduite d'un seul coup et produirait dès lors fatalement tous ses effets possibles. Quelques résultats favorables obtenus par le promoteur de cette méthode, jiar Van Wetter et Deneffe, par quelques autres encore, n'ont pas encouragé les tentatives dans ce sens, de sorte que la méthode est aujourd'hui abandonnée. Elle expose les patients à la mort instantanée, ou au moins à la phlébite. Condamnée à son origine à la Société de Chirurgie de Paris, à l'Académie de médecine, elle a été encore vivement attaquée par Tizzoni et Togliata, Luciani, Troquart, etc., d'après de nombreuses expériences sur les animaux, qui démontrent la possibilité de l'arrêt du cœur en diastole forcée. .
Par contre, Trélat et Choquet obtiennent une anesthésie chirurgicale certaine et inoûensive, suffisante pour les petites opérations, en associant le Chloral à la morphine. Fornet conseille une autre association : le Chloral d'abord et le chloroforme ensuite.
Mais si le Chloral ne peut pas entrer dans la pratique en qualité d'anesthésique véritable, il est du moins appelé à rendre des services dans les affections douloureuses pour en modérer l'un des symptômes les plus intolérables. On le trouvera utile dans les névralgies trifaciale, scialique, utérine, dans la cystalgie, les coliques hépatiques et néphrétiques (Liebreich, Bouchut, Icard, Serullaz, Alves Crespo), dans la gastralgie indépendante de toute lésion ulcéreuse ou inflammatoire. Il calmera les crampes douloureuses, la pleurodynie, les douleurs de la goutte et du rhumatisme, celles du cancer et de l'ataxie (J. Faure), les douleurs ostéocopes et autres d'origine syphilitique (Mauriac).
Seulement nous ferons remarquer que, dans un grand nombre de ces cas, il agit plutôt comme hypnotique qu'en qualité d'aneslhésique proprement dit. Il en est de même dans la médication antispasmodique .
Liebreich a trouvé son moyen sans efficacité dans l'hystérie. Dans la coqueluche, le Chloral, sans modifier beaucoup la durée de l'affection, diminuerait le nombre et l'intensité des quintes, ce qui est déjà beaucoup. Bouchut cependant a môme raccourci cette durée en donnant simultanément le Chloral et le sirop de belladone, ce que confirment mes observations (E. Labbée). Quant à l'asthme et à la toux convulsive, on peut espérer de les calmer par le Chloral (Mackelcan).
Les assertions les plus contradictoires se sont produites à propos de la chorée. Hassew icz l'a trouvé en défaut là où l'arséniate de soude a réussi plus tard : bien plus, il l'a vu une fois déterminer des phénomènes asphyxiques.
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Dans un cas, Moutard-Marlin l'a trouvé absolument impuissant. AUhaus se contente de lui attribuer une faible supériorité sur l'oxyde de zinc et l'arséniate de fer. Cantani, Carenthers, W. Hammond reconnaissent que ce médicament calme les mouvements déi'donnsoés, améliore les cborées intenses. D'un autre côté, J. Russel rapporte une guérison de chorée chez une femme enceinte, et Charpentier a réuni plusieurs cas semblables. Enfin Rougeot prétend que le Chloral réduit la durée moyenne de la chorée à dix-huit jours, tandis qu'elle est de trente-neuf avec le bromure de potassium. Un pareil résultat ne peut s'expliquer que par le hasard d'une série de cas favorables au nouveau traitement.
Nous croyons être dans le vrai en disant avec Roger et quelques autres cliniciens que le Chloral, inférieur en cela au bromure alcalin, peut apporter du soulagement et du calme dans la chorée, mais surtout en procurant du sommeil.
Dans la hernie étranglée, le Chloral calme le hoquet (Yerneuil), et Caro l'a vu, comme par un « effet magique » , amener la réduction, quand le tabac et le chloroforme avaient échoué.
Le Chloral a peut-être agi comme antispasmodique dans l'incontinence nocturne d'urine, où Vecchietti Edoardo, W. Tomson et Bradhury l'ont trouvé utile. 11 en est de même pour la spermatorrhée ^Bradbury, Willième etDavreux). La première application du Chloral au traitement du tétanos fut faite par le professeur Yerneuil, et le malade guérit. D'autres cas heureux ont été observés depuis (Geens, G. Lavo, Liégeois, S. Duplay, etc.), mais les revers n'ont pas manqué non plus; il est même probable que la petite statistique de Beck : 36 cas, 21 guérisons, 15 morts, donne une idée juste de la moyenne des résultats observés. Je n'ai eu que deux fois l'occa. sion d'employer le Chloral contre le tétanos, et les sujets ont succombé, quoique la dose ait été portée à 10 grammes par jour et que les effets physiologiques, diminution de la contracture musculaire, hypnotisme, eussent été obtenus avec une certaine persistance. Oré et Douaud, pas plus d'ailleurs que Tillaux, Léon Labbé, Cruveilhier, n'ont pas été plus heureux dans le cas où ils conçurent et mirent à exécution l'idée première des injections intra-veineuses. Le malade résista quinze jours et finit par mourir. Malgré tout le Chloral demeure toujours notre meilleur médicament contre le tétanos, ainsi qu'il résulte des statistiques plus récentes de Chopard, des observations également récentes de Cargill et autres.
A côté de cette grande névrose se place naturellement la rage, jusqu'ici reconnue incurable par tous les bons observateurs. Eh bien, le Chloral, comme tous les autres moyens, est demeuré impuissant (H. "NV. T. Ellis, Th. Smith). Dans un cas rapporté par Liouville, non seulement l'insuccès a été complet, mais on n'a pas remarqué la plus légère sédation. Les deux seuls exemples de guérisons cités en Angleterre se rapportent à 1 hydrophobie symptomatique, essentiellement différente de l'empoisonnement par le virus rabique. L'enfant de i'2 ans guéri par Nicholson était certainement un névropathe bydrophobe et rien de plus. Nous en pouvons dire
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autant du sujet traité et guéri par le D'' Sainter. C'était d'après le D' Vaux,
un enragé buveur dewisky, un alcoolique en somme. Néanmoins si le
Chloral ne guérit pas la rage, malheureusement incurable, il en atténue les horribles souffrances (Bucquoy, C. Paul, etc.).
L'induction n'est guère favorable à l'emploi du Chloral dans l'épilepsie, et l'expérience semble d'accord avec les prévisions fondées sur la connaissance de l'état congestif de l'encéphale dans les grandes attaques et des effets hyp^émiants du sommeil naturel oifartificiel. Cependant l'éclampsie puerpérales été souvent traitée avec succès par cet agent. A la vérité, le professeur Depaul déclare qu'entre ses mains le Chloral n'a pas été seulement inutile, mais que ses effets ont été déplorables; néanmoins il est impossible de ne pas tenir compte des observations favorables rapportées par Campbell, Milne, Serré, Demarquay, Bourdon, Tarnier, Coudereau, Portai, Adolphe Dumas, Froger. La statistique de ce dernier, par trop brillante, fixe à 4 p. 100 seulement la mortalité, des éclamptiques traitées par le Chloral. Le chiffre plus modeste de Testut : 7, 4 me paraît à peine acceptable.
Simpson, à qui revient l'honneur de plusieurs initiatives heureuses, est le premier gynécologue qui ait fait usage de Chloral dans les accouchements laborieux. Maintenant quelques accoucheurs avec Lambert, d'Edimbourg le promoteur de cette méthode, le trouvent bon dans tous les cas, à la manière du Chloroforme ; mais la plupart le réservent pour des indications spéciales.
Le Chloral est utile 1" dans le premier stade, pour diminuer l'inquiétude exagérée d'une jeune mère (Kidd), l'agitation d'une femme nerveuse à l'excès Pelhssier, Chouppe, Chiarleoni) ou souffrant de douleurs de reins de tranchées violentes, de contractions spasmodiques (Spôndly); 2° quand la rigidité du col est excessive (Garo, More Malden) ; 3" quand la femme est épuisée et que les douleurs, devenues rares, sont inefficaces (Gerson da IW. J ' H ZT^ phénomènes prémonitoires font redouter
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